La maison de tous les conflits — Et en quoi cela concerne-t-il ma maison ? Tatie Claudine, qui venait déjà de sortir un bocal de cornichons et un morceau de fromage du réfrigérateur, se retourna. — Comment ça ? Tu vois bien : dans la petite chambre où je dors d’habitude, il y a des travaux ! Et là, mon fils, ma belle-fille et les trois petits-enfants sont là ! Je n’ai même pas de place pour les coucher ! Alors j’ai décidé : je viens ici, je passe la nuit, demain matin je repars, je règle les soucis avec l’équipe de travaux et, promis, tout va rentrer dans l’ordre ! *** Sophie fut tirée d’un rêve très agréable par un bruit sec venu du rez-de-chaussée. Elle sursauta, s’assit sur son lit et tendit l’oreille… — Mais qu’est-ce que… — chuchota-t-elle dans l’obscurité de la chambre, située à l’étage. Plus aucun bruit suspect, uniquement le tic-tac de l’horloge murale — autrefois apaisant, devenu soudain menaçant… « Sans doute une branche qui a cassé et est tombée sur le perron, pensa-t-elle, ou alors un vieux meuble qui s’effondre… La maison est ancienne. Je verrai ça demain matin. » Sophie se rallongea pour replonger dans son rêve… mais à peine s’assoupissait-elle qu’un nouveau bruit retentit en bas. Moins assourdissant que le premier, mais beaucoup plus inquiétant. Un frottement… Des pas. Quelqu’un marchait en bas. Et ce n’était sûrement pas le chat. La peur la tétanisa. Ce n’était pas un rêve. Des cambrioleurs. Dans SA maison. Et ça, c’était dans le meilleur des cas… Elle n’osait imaginer pire. Paniquée, Sophie sauta hors du lit. Le sol froid sous ses pieds la fit frissonner, mais sa sueur était due à la peur. Son regard se porta sur la table de nuit. Une vieille lampe en laiton, lourde, au pied massif, trônait là. Une vraie massue. Impossible de rater sa cible… Elle la saisit, puis, presque à quatre pattes, s’approcha silencieusement de la porte de la chambre. Elle entrouvrit la porte d’un millimètre. Le couloir était plongé dans le noir, mais la lumière du lampadaire extérieur traversait la fenêtre près du plafond, dessinant des ombres inquiétantes. Les pas s’arrêtèrent. Le cambrioleur (ou les cambrioleurs ?) s’immobilisait devant l’escalier, non loin de la cuisine. Sophie descendit sur la pointe des pieds. Collée au mur, elle prit une profonde inspiration, repensant à ces cours d’autodéfense abandonnés après une seule séance. C’était maintenant ou jamais. Elle fonça, lampe levée au dessus de la tête. — Je vais vous montrer ce que… ! hurla-t-elle, visant la silhouette dans l’obscurité, dos à elle, à la base de l’escalier. La silhouette n’eut même pas le temps de se retourner. Mais Sophie rata sa cible. Et, heureusement ! Car ce n’était pas un cambrioleur armé qui se trouvait là : c’était tatie Claudine. Sophie resta figée, bras pendants, puis, se ressaisissant, atteignit l’interrupteur. — Tatie Claudine ? Claudine serrait dans ses bras un sac en toile, les yeux écarquillés devant Sophie, affublée d’un t-shirt rigolo et d’un pantalon de pyjama. — Ma petite Sophie ! Oh Seigneur ! — tatie Claudine, la main sur le poignet pour contrôler son pouls, — Je suis en mode alerte ! Tu as failli m’assommer… Sophie expira comme elle ne l’avait plus fait depuis ses résultats du bac. — Tatie, j’ai cru que c’était des voleurs ! Pourquoi faire peur comme ça… Je viens de voir défiler ma vie en descendant. Elle posa le pied en laiton de la lampe sur une marche. — Toi tu as cru… et moi, imagine si tu m’avais vraiment frappée… — tremblait Claudine. — Mais comment êtes-vous entrée ? Claudine se souvint alors que c’était à elle de s’expliquer, pas de faire la morale. — Pardon, ma chérie, pardon. Je ne voulais pas te réveiller. Je croyais que tu dormirais bien. J’ai vraiment fait tout doucement… — Doucement ? — répéta Sophie. — On a entendu un beau vacarme pourtant. — C’est moi, j’ai fait tomber le porte-manteau dans le couloir. Après ça, je cherchais où poser mes sacs… — Vos sacs ? — Sophie jeta un œil dans le couloir — plusieurs sacs de courses y attendaient. — Mais pourquoi débarquer chez moi à trois heures du matin ? — Bon, « débarquer », c’est un grand mot… — protesta Claudine, — Je venais juste te rendre une petite visite. — Une visite ? Vous aviez gardé un jeu de clés ? — fit-elle le lien, un peu incrédule. Oups, Claudine s’était fait pincer. — Oh, c’est pas tout à fait… enfin, un peu… disons qu’en faisant du rangement, je suis tombée sur un autre trousseau ! Je l’avais complètement oublié ! Sophie s’adossa au mur. Elle ne savait plus rire ou pleurer. — Bien, — lâcha-t-elle sèchement, — vous avez retrouvé un trousseau. Mais pourquoi venir ici, si tard, sans prévenir ? Vous savez que j’ai peur du noir seule. En écoutant Sophie, Claudine fit le tour du salon, ouvrit toutes les portes. — Oh, comme c’est propre ici ! Tu es douée, ma Sophie. Mais tu vois, c’est la panique chez nous. — Quelle panique ? — demanda Sophie. Claudine entra dans la cuisine, visible depuis le salon, et ouvrit le réfrigérateur sans lumière. Le rayon du frigo éclairait sa silhouette penchée. — Tu sais, Antoine et sa femme sont arrivés à l’improviste ! Et les petits-enfants aussi… — En quoi c’est lié à ma maison ? Tatie Claudine, qui avait déjà récupéré le bocal de cornichons et le fromage, se retourna. — Tu sais bien : dans la pièce où je dors d’habitude, il y a les travaux ! Et là, toute la famille… Je n’ai même pas de place ! J’ai donc décidé de venir dormir ici, je repars demain matin, je règle ça avec les ouvriers… tout ira bien ! Il aurait vraiment fallu la sonner à la lampe. — Tatie Claudine… Je ne veux pas être désagréable, mais techniquement, cette maison est à moi maintenant. Claudine acheva son morceau de fromage, reposa le bocal, et interrogea Sophie du regard. — Et alors ? Tu ne vas pas accueillir ta tatie ? Dans la maison que je t’ai vendue pour pas cher, en plus ! On aurait dit qu’elle l’avait offerte, philanthropiquement. — Je vais vous accueillir, tatie, — céda Sophie, après cette nuit éprouvante, — mais c’est la première et dernière fois. Vous passez la nuit, demain vous repartez. Il fallut faire le lit en bas, sur le canapé neuf prévu pour les invités, mais encore jamais utilisé. Le matin, Claudine, découvrant à quel point Sophie avait emménagé, fouillait chaque tiroir. — Oh, mais c’est quoi ça ? Un nouveau blender ? Celui que je t’ai donné fonctionnait encore, tu disais qu’il était vieux ! Tu ne sais pas apprécier les bonnes choses. À midi, Sophie espérait voir Claudine plier bagage — mais elle n’en fit rien. — Ma Sophie, tu es vraiment gentille de ne pas m’avoir mise dehors ! Tu sais, j’ai réfléchi… À quoi donc ? — Vous avez réfléchi à quoi, tatie ? — Les travaux ne seront pas finis en un jour… L’équipe promettait mercredi, mais ils repoussent pour la troisième fois. Ils te disent une date, font autre chose… Et Antoine est là pour longtemps, il leur faut bien un logement ! — J’ai mes propres projets… — répondit Sophie. — Mais comment je gêne tes projets ? Je dors sur le canapé, comme hier. Je serai discrète comme une souris ! Tu ne sauras même pas que je suis là. — Je l’ai déjà remarqué ! — s’exclama Sophie. — Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal ? — demanda-t-elle d’un ton plaintif. Impossible pour Sophie de dire un « non » catégorique. Surtout à une tante. Surtout qu’elle demandait quelques jours, pas l’éternité. Et puis, cette maison avait été longtemps la sienne… — D’accord, — murmura Sophie, — mais seulement jusqu’à mercredi. Et pas d’autres invités. — Jusqu’à mercredi ! Promis, juré ! Mercredi arriva. Les travaux chez Claudine n’étaient pas finis. Une semaine passa. Sophie découvrit qu’elle vivait désormais dans une chambre d’hôtel où elle avait droit à la cuisine… seulement quand tatie Claudine avait fini d’y opérer. Et bien sûr, elle devait aussi assurer l’entretien. — Ma Sophie, tu n’aurais pas une autre serviette ? Celle-ci est sale. Tu la laveras, hein ? Sophie se sentait épuisée. Elle aurait aimé laver uniquement ses affaires, avoir la cuisine pour elle, passer du temps tranquille dans sa chambre. Elle se mit à fermer sa chambre à clé, ce qui provoquait les protestations indignées de Claudine. — Tu as peur que je te pique quelque chose ? Ou c’est quoi, cette manie ? — Je veux juste un peu de solitude… — Parce que je t’agace ? Oui ! Mais, à voix haute, Sophie répondit : — Non. Enfin, au bout de deux semaines, Antoine et sa famille partirent, emportant la moitié des provisions du congélateur. Sophie décida qu’il était temps de congédier ses hôtes. — Tatie Claudine, j’espère que ce soir, vous pourrez enfin dormir chez vous ? — Bien sûr, Sophie ! Mais ce n’était pas tout. — J’ai besoin que vous me rendiez les clés avant de partir. — Pourquoi mes clés ? — Elles ne sont plus à vous. Vous m’avez vendu cette maison. Elle est à moi. Les clés ne doivent appartenir qu’à moi. — Tu me mets à la porte ? — avec les yeux du Chat Potté. — Avec tout le respect possible, vous êtes une invitée. Les invités n’ont pas les clés. — Oh, Sophie, tu sais bien que j’ai vécu ici tant d’années… Je connais chaque recoin. — Je comprends vos sentiments, mais… C’est votre décision de vendre, pas de m’offrir. — Et alors ? Tu pourrais tout de même me laisser passer quelques jours ! Je ne m’installe pas définitivement ! — Tatie Claudine, vous êtes restée deux semaines, avez vidé mon frigo, dormi sur mon canapé, et voilà maintenant que vous ne voulez plus rendre les clés ! Ce n’est plus de l’hospitalité. — On aurait pu vivre ici toutes les deux… — suggéra-t-elle. — N’y pensez pas ! — s’emporta Sophie. Alors la tatie, vexée, sortit ses clés. — Voilà, prends-les. Je ne remettrai jamais plus les pieds ici ! — Au revoir, tatie Claudine. Le message était limpide : il était temps de partir. — Très bien. Ne m’appelle plus. Si tu ne veux plus me voir, à quoi ça sert de nous parler ? — ajouta-t-elle. — Comme vous voudrez. Impossible de se séparer paisiblement, tatie Claudine bougonnait en faisant ses bagages. Mais, une fois la porte refermée derrière elle, Sophie soupira de soulagement — sans aucun remord.

La maison de tous les conflits

Et quel rapport cela a-t-il avec ma maison ?

Tante Clémence, déjà penchée dans le réfrigérateur pour en sortir un bocal de cornichons et un morceau de fromage, se retourne.

Tu comprends, chère ? Dans la petite chambre où je dors dhabitude, on fait des travaux en ce moment ! Et puis voilà que mon fils, sa femme et mes trois petits-enfants débarquent ! Je nai même pas un coin pour les coucher. Alors, jai décidé : je viens ici pour passer la nuit, demain matin je rentre, je règle tout avec les ouvriers, et tout ira bien !

***

Solange est tirée dun sommeil doux par un bruit brusque au rez-de-chaussée. Elle sursaute, sassoit dans son lit et tend loreille…

Mais quest-ce que… chuchote-t-elle dans la pénombre de sa chambre à létage.

Plus aucun bruit suspect. Juste le tic-tac de lhorloge murale qui a toujours rassuré Solange mais qui résonne maintenant sinistrement…

« Cest sûrement une branche tombée sur le perron, pense-t-elle. Ou un meuble vermoulu sest effondré. Cette maison est vieille. Je vérifierai demain matin. »

Solange essaie de se rendormir et y parvient presque… quand un nouveau bruit se fait entendre en bas. Moins sourd, mais bien plus angoissant. Des pas traînent. Des pas traînants. Quelquun marche en bas. Et ce nétait sûrement pas le chat.

La peur la glace. Ce nest pas un cauchemar. Des voleurs. Chez elle. Dans le meilleur des cas ! Et si ce nétait même pas des voleurs…

Paniquée, Solange bondit hors du lit. Le parquet est froid sous ses pieds, mais son corps ruisselle de frayeur. Son regard tombe sur la table de nuit, où trône une lampe en laiton massif à labat-jour épais, typique des brocantes françaises. Solide. Il faudrait viser juste…

Solange lempoigne, avance aussi silencieusement que possible vers la porte de sa chambre.

Elle lentrouvre dun millimètre. Il fait noir dans le couloir, mais la lumière du lampadaire sur la rue filtre par la fenêtre haute, sculptant des ombres inquiétantes. Les pas sont stoppés. Lintrus (ou les intrus) sest arrêté devant lescalier, près de la cuisine.

Sur la pointe des pieds, Solange descend.

Plaquée contre le mur, elle inspire profondément, se remémorant le seul cours dauto-défense quelle na pas daigné poursuivre. Cest le moment ou jamais.

Elle fonce, la lampe brandie au-dessus de sa tête.

Je vais vous montrer ce que ! hurle-t-elle en visant la silhouette sombre qui lui tourne le dos au pied de lescalier.

La silhouette na pas le temps de se retourner.

Solange manque sa cible.

Dieu merci !

Devant elle, ce nest pas un voleur armé, mais Tante Clémence en personne.

Solange reste figée, la lampe ballante. Puis, elle reprend ses esprits et allume linterrupteur.

Tante Clémence ?

Clémence serre contre elle son vieux sac en tissu, les yeux écarquillés face à Solange, vêtue dun t-shirt ridicule et dun pantalon de pyjama.

Ma Solange ! Oh, mon Dieu ! Tante Clémence se cramponne le poignet là où bat son pouls. Mon cœur bat la chamade ! Tu as failli me tuer…

Solange soupire comme elle na pas soupiré depuis ses résultats au bac.

Mais, tante, je croyais à des voleurs ! Vous mavez fait une peur bleue Jai cru ma vie défilait devant mes yeux pendant la descente !

Elle repose la base en laiton de la lampe sur la première marche.

Ta vie a défilé ? Imagine si tu navais pas raté tremble Clémence.

Et comment êtes-vous entrée ici ?

Tante Clémence se souvient quelle doit sexpliquer.

Excuse-moi, mon trésor. Je ne voulais pas te réveiller. Je croyais que tu dormais profondément. Je suis entrée tout discrètement…

Discrètement ? répète Solange. On aurait dit un vacarme monstre.

Jai fait tomber le porte-manteau dans le couloir… Et puis je cherchais où poser mes sacs…

Des sacs ? Solange jette un œil : plusieurs sacs de courses tassés dans le corridor. Mais pourquoi vous arrivez ici à trois heures du matin ?

Enfin, je ne débarque pas vraiment se défend Clémence Cest juste une visite.

Une visite ? Vous aviez gardé des clés ? Solange réalise.

Oups. Le secret a été percé.

Oh, enfin, on peut dire ça…

Quand vous mavez vendu cette maison, jai récupéré TOUS les jeux de clés. Vous avez promis quil ny en avait plus.

Clémence ricane, évoquant sa mémoire sélective.

Tu sais, Solange En rangeant mes affaires récemment, jai fouillé les poches du vieux manteau et là, hop, je tombe sur un jeu de clés ! Par hasard ! Javais complètement oublié !

Solange se laisse tomber contre le mur. Rire ou pleurer?

Daccord, lâche-t-elle, sèche Vous avez retrouvé un jeu. Mais pourquoi venir ici, si tard ? Sans prévenir ? Vous savez bien que la nuit et la solitude mangoissent.

Tante Clémence, tout en explorant le salon, jette un œil partout.

Oh, cest tellement propre maintenant ! Bravo, Solange. Je ne suis venue que parce quon a un grand imprévu.

Quel genre ? interroge Solange.

Clémence gagne la cuisine, visible depuis le salon, et sans allumer, ouvre le frigo tout naturellement. La lumière éclaire sa silhouette penchée.

Tu comprends, Antoine et sa femme sont arrivés dun coup ! Avec les petits enfants…

Et donc, quel rapport avec ma maison ?

Clémence, qui a déjà déniché le bocal de cornichons et du fromage, se retourne.

Eh bien ? La petite pièce où je dors est en plein chantier ! Le fils, la belle-fille, les enfants partout ! Je nai plus de place. Je suis donc venue dormir ici, je partirai demain matin, je gère les travaux, tout roule.

Solange se retient de frapper avec la lampe.

Tante Clémence Je ne veux pas paraître désagréable, mais, techniquement, cette maison est à moi.

Clémence finit le fromage, range le bocal et regarde Solange avec insistance.

Et alors? Tu ne laisserais pas entrer la tante pour une nuit? Dans la maison que je tai vendue pour presque rien, tu te souviens?

Elle donne limpression davoir fait un cadeau.

Bien sûr que je vous laisse entrer, capitule Solange. Après lémotion nocturne, pas la force de se battre, et puis où la mettre dehors à cette heure? Mais cest la première et la dernière fois. Vous dormez, demain vous partez.

Solange prépare le canapé du salon, acheté pour les invités et toujours inutilisé.

Le matin, Clémence découvre la maison bien installée, fouille les tiroirs.

Oh ! Cest quoi ça? Tu tes offert un nouveau blender ? Le mien, tu te souviens, je te lai donné il marchait encore ! Mais tu disais quil était usé. Je vois que tu ne tiens pas à tes objets

À midi, alors que Solange croit Clémence sur le départ, la tante sinstalle plus que jamais :

Ma Solange ! Tu es bien gentille de ne pas mavoir mise dehors ! Je pense à…

À quoi donc ?

Vous pensez à quoi, tante ?

Les travaux ne sont jamais finis en une journée. Les ouvriers promettent pour mercredi, mais repoussent sans cesse. Ils disent une chose, font le contraire. Et Antoine reste un bon moment, il faut bien quils logent !

Jai mes propres projets réplique Solange.

Comment est-ce que je dérange tes plans ? Jutiliserai juste le canapé, comme hier. Je serai discrète comme une souris ! Tu verras même pas que je suis là, je te jure.

Je vois déjà ! lance Solange.

Et quai-je fait de mal ? gémit Clémence.

Solange ne sait pas dire non, surtout à la famille, surtout pour « quelques jours » seulement, sans compter les années passées dans cette maison…

Très bien, souffle Solange. Mais seulement jusquà mercredi. Et pas dautres invités.

Jusquà mercredi ! Promis !

Mercredi arrive.

Les travaux chez Clémence ne terminent pas.

Une semaine passe encore.

Solange se rend compte quelle vit dans une pension de famille, où laccès à la cuisine dépend de la fin de la tambouille de tante Clémence.

Et elle fait le service !

Solange, tu naurais pas dautres serviettes ? Celles-ci sont sales. Tu penseras à les laver ?

Solange commence à fatiguer. Elle aimerait ne laver que ses propres affaires, ne pas attendre son tour pour la cuisine, profiter de sa chambre en silence. Elle enferme sa chambre, ce qui indigne Clémence.

Tu me crains ou quoi?

Je veux juste être seule

Parce que je tagace?

Oui !

Mais Solange se contente de répondre :

Non.

Finalement, au bout de deux semaines, Antoine et sa famille partent, emportant la moitié du congélateur. Solange décide quil est temps de mettre fin à lhébergement.

Tante Clémence, jespère que ce soir, vous pourrez dormir chez vous?

Bien sûr, ma Solange !

Mais ce nest pas tout.

Je dois vous demander de me rendre les clés avant de partir.

Pourquoi ten aurais besoin?

Elles ne sont plus à vous. Vous mavez vendu la maison. Elle mappartient. Vous ny vivez plus. Je veux que seules mes clés existent.

Tu me mets dehors? avec les yeux du chat du célèbre dessin animé.

Avec tout le respect que je vous dois, vous êtes mon invitée. On ne donne pas les clés aux invités.

Oh, Solange, tu sais, jai vécu ici tant dannées Je connais tous les recoins

Je comprends vos émotions, mais je ne peux rien y faire. Vous me lavez vendue, pas offerte…

Et alors? réplique-t-elle Tu pourrais encore minviter ! Je ne vais pas minstaller pour toujours!

Tante Clémence, ça fait deux semaines que vous vivez là, cuisinez dans mon frigo, dormez sur mon canapé, et maintenant vous ne voulez plus rendre les clés ! Ce nest plus une visite.

On pourrait vivre toutes les deux ici

Il nen est pas question! sexclame Solange.

Alors, furieuse, la tante sort les clés de sa veste.

Voilà, les jette-t-elle Prends-les. Je ne remettrai plus jamais les pieds ici !

Au revoir, tante Clémence.

Le message est clair. Il est temps de faire les valises.

Bon. Ne me rappelle pas. Puisque tu ne veux plus me voir, pourquoi continuer de se parler ? sindigne la tante.

Comme vous voulez.

Impossible de se quitter sereinement, Clémence, pleine de rancœur, tempête pendant quelle rassemble ses affaires. Mais une fois la porte refermée, Solange respire enfin. Pas lombre dun remords.

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La maison de tous les conflits — Et en quoi cela concerne-t-il ma maison ? Tatie Claudine, qui venait déjà de sortir un bocal de cornichons et un morceau de fromage du réfrigérateur, se retourna. — Comment ça ? Tu vois bien : dans la petite chambre où je dors d’habitude, il y a des travaux ! Et là, mon fils, ma belle-fille et les trois petits-enfants sont là ! Je n’ai même pas de place pour les coucher ! Alors j’ai décidé : je viens ici, je passe la nuit, demain matin je repars, je règle les soucis avec l’équipe de travaux et, promis, tout va rentrer dans l’ordre ! *** Sophie fut tirée d’un rêve très agréable par un bruit sec venu du rez-de-chaussée. Elle sursauta, s’assit sur son lit et tendit l’oreille… — Mais qu’est-ce que… — chuchota-t-elle dans l’obscurité de la chambre, située à l’étage. Plus aucun bruit suspect, uniquement le tic-tac de l’horloge murale — autrefois apaisant, devenu soudain menaçant… « Sans doute une branche qui a cassé et est tombée sur le perron, pensa-t-elle, ou alors un vieux meuble qui s’effondre… La maison est ancienne. Je verrai ça demain matin. » Sophie se rallongea pour replonger dans son rêve… mais à peine s’assoupissait-elle qu’un nouveau bruit retentit en bas. Moins assourdissant que le premier, mais beaucoup plus inquiétant. Un frottement… Des pas. Quelqu’un marchait en bas. Et ce n’était sûrement pas le chat. La peur la tétanisa. Ce n’était pas un rêve. Des cambrioleurs. Dans SA maison. Et ça, c’était dans le meilleur des cas… Elle n’osait imaginer pire. Paniquée, Sophie sauta hors du lit. Le sol froid sous ses pieds la fit frissonner, mais sa sueur était due à la peur. Son regard se porta sur la table de nuit. Une vieille lampe en laiton, lourde, au pied massif, trônait là. Une vraie massue. Impossible de rater sa cible… Elle la saisit, puis, presque à quatre pattes, s’approcha silencieusement de la porte de la chambre. Elle entrouvrit la porte d’un millimètre. Le couloir était plongé dans le noir, mais la lumière du lampadaire extérieur traversait la fenêtre près du plafond, dessinant des ombres inquiétantes. Les pas s’arrêtèrent. Le cambrioleur (ou les cambrioleurs ?) s’immobilisait devant l’escalier, non loin de la cuisine. Sophie descendit sur la pointe des pieds. Collée au mur, elle prit une profonde inspiration, repensant à ces cours d’autodéfense abandonnés après une seule séance. C’était maintenant ou jamais. Elle fonça, lampe levée au dessus de la tête. — Je vais vous montrer ce que… ! hurla-t-elle, visant la silhouette dans l’obscurité, dos à elle, à la base de l’escalier. La silhouette n’eut même pas le temps de se retourner. Mais Sophie rata sa cible. Et, heureusement ! Car ce n’était pas un cambrioleur armé qui se trouvait là : c’était tatie Claudine. Sophie resta figée, bras pendants, puis, se ressaisissant, atteignit l’interrupteur. — Tatie Claudine ? Claudine serrait dans ses bras un sac en toile, les yeux écarquillés devant Sophie, affublée d’un t-shirt rigolo et d’un pantalon de pyjama. — Ma petite Sophie ! Oh Seigneur ! — tatie Claudine, la main sur le poignet pour contrôler son pouls, — Je suis en mode alerte ! Tu as failli m’assommer… Sophie expira comme elle ne l’avait plus fait depuis ses résultats du bac. — Tatie, j’ai cru que c’était des voleurs ! Pourquoi faire peur comme ça… Je viens de voir défiler ma vie en descendant. Elle posa le pied en laiton de la lampe sur une marche. — Toi tu as cru… et moi, imagine si tu m’avais vraiment frappée… — tremblait Claudine. — Mais comment êtes-vous entrée ? Claudine se souvint alors que c’était à elle de s’expliquer, pas de faire la morale. — Pardon, ma chérie, pardon. Je ne voulais pas te réveiller. Je croyais que tu dormirais bien. J’ai vraiment fait tout doucement… — Doucement ? — répéta Sophie. — On a entendu un beau vacarme pourtant. — C’est moi, j’ai fait tomber le porte-manteau dans le couloir. Après ça, je cherchais où poser mes sacs… — Vos sacs ? — Sophie jeta un œil dans le couloir — plusieurs sacs de courses y attendaient. — Mais pourquoi débarquer chez moi à trois heures du matin ? — Bon, « débarquer », c’est un grand mot… — protesta Claudine, — Je venais juste te rendre une petite visite. — Une visite ? Vous aviez gardé un jeu de clés ? — fit-elle le lien, un peu incrédule. Oups, Claudine s’était fait pincer. — Oh, c’est pas tout à fait… enfin, un peu… disons qu’en faisant du rangement, je suis tombée sur un autre trousseau ! Je l’avais complètement oublié ! Sophie s’adossa au mur. Elle ne savait plus rire ou pleurer. — Bien, — lâcha-t-elle sèchement, — vous avez retrouvé un trousseau. Mais pourquoi venir ici, si tard, sans prévenir ? Vous savez que j’ai peur du noir seule. En écoutant Sophie, Claudine fit le tour du salon, ouvrit toutes les portes. — Oh, comme c’est propre ici ! Tu es douée, ma Sophie. Mais tu vois, c’est la panique chez nous. — Quelle panique ? — demanda Sophie. Claudine entra dans la cuisine, visible depuis le salon, et ouvrit le réfrigérateur sans lumière. Le rayon du frigo éclairait sa silhouette penchée. — Tu sais, Antoine et sa femme sont arrivés à l’improviste ! Et les petits-enfants aussi… — En quoi c’est lié à ma maison ? Tatie Claudine, qui avait déjà récupéré le bocal de cornichons et le fromage, se retourna. — Tu sais bien : dans la pièce où je dors d’habitude, il y a les travaux ! Et là, toute la famille… Je n’ai même pas de place ! J’ai donc décidé de venir dormir ici, je repars demain matin, je règle ça avec les ouvriers… tout ira bien ! Il aurait vraiment fallu la sonner à la lampe. — Tatie Claudine… Je ne veux pas être désagréable, mais techniquement, cette maison est à moi maintenant. Claudine acheva son morceau de fromage, reposa le bocal, et interrogea Sophie du regard. — Et alors ? Tu ne vas pas accueillir ta tatie ? Dans la maison que je t’ai vendue pour pas cher, en plus ! On aurait dit qu’elle l’avait offerte, philanthropiquement. — Je vais vous accueillir, tatie, — céda Sophie, après cette nuit éprouvante, — mais c’est la première et dernière fois. Vous passez la nuit, demain vous repartez. Il fallut faire le lit en bas, sur le canapé neuf prévu pour les invités, mais encore jamais utilisé. Le matin, Claudine, découvrant à quel point Sophie avait emménagé, fouillait chaque tiroir. — Oh, mais c’est quoi ça ? Un nouveau blender ? Celui que je t’ai donné fonctionnait encore, tu disais qu’il était vieux ! Tu ne sais pas apprécier les bonnes choses. À midi, Sophie espérait voir Claudine plier bagage — mais elle n’en fit rien. — Ma Sophie, tu es vraiment gentille de ne pas m’avoir mise dehors ! Tu sais, j’ai réfléchi… À quoi donc ? — Vous avez réfléchi à quoi, tatie ? — Les travaux ne seront pas finis en un jour… L’équipe promettait mercredi, mais ils repoussent pour la troisième fois. Ils te disent une date, font autre chose… Et Antoine est là pour longtemps, il leur faut bien un logement ! — J’ai mes propres projets… — répondit Sophie. — Mais comment je gêne tes projets ? Je dors sur le canapé, comme hier. Je serai discrète comme une souris ! Tu ne sauras même pas que je suis là. — Je l’ai déjà remarqué ! — s’exclama Sophie. — Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal ? — demanda-t-elle d’un ton plaintif. Impossible pour Sophie de dire un « non » catégorique. Surtout à une tante. Surtout qu’elle demandait quelques jours, pas l’éternité. Et puis, cette maison avait été longtemps la sienne… — D’accord, — murmura Sophie, — mais seulement jusqu’à mercredi. Et pas d’autres invités. — Jusqu’à mercredi ! Promis, juré ! Mercredi arriva. Les travaux chez Claudine n’étaient pas finis. Une semaine passa. Sophie découvrit qu’elle vivait désormais dans une chambre d’hôtel où elle avait droit à la cuisine… seulement quand tatie Claudine avait fini d’y opérer. Et bien sûr, elle devait aussi assurer l’entretien. — Ma Sophie, tu n’aurais pas une autre serviette ? Celle-ci est sale. Tu la laveras, hein ? Sophie se sentait épuisée. Elle aurait aimé laver uniquement ses affaires, avoir la cuisine pour elle, passer du temps tranquille dans sa chambre. Elle se mit à fermer sa chambre à clé, ce qui provoquait les protestations indignées de Claudine. — Tu as peur que je te pique quelque chose ? Ou c’est quoi, cette manie ? — Je veux juste un peu de solitude… — Parce que je t’agace ? Oui ! Mais, à voix haute, Sophie répondit : — Non. Enfin, au bout de deux semaines, Antoine et sa famille partirent, emportant la moitié des provisions du congélateur. Sophie décida qu’il était temps de congédier ses hôtes. — Tatie Claudine, j’espère que ce soir, vous pourrez enfin dormir chez vous ? — Bien sûr, Sophie ! Mais ce n’était pas tout. — J’ai besoin que vous me rendiez les clés avant de partir. — Pourquoi mes clés ? — Elles ne sont plus à vous. Vous m’avez vendu cette maison. Elle est à moi. Les clés ne doivent appartenir qu’à moi. — Tu me mets à la porte ? — avec les yeux du Chat Potté. — Avec tout le respect possible, vous êtes une invitée. Les invités n’ont pas les clés. — Oh, Sophie, tu sais bien que j’ai vécu ici tant d’années… Je connais chaque recoin. — Je comprends vos sentiments, mais… C’est votre décision de vendre, pas de m’offrir. — Et alors ? Tu pourrais tout de même me laisser passer quelques jours ! Je ne m’installe pas définitivement ! — Tatie Claudine, vous êtes restée deux semaines, avez vidé mon frigo, dormi sur mon canapé, et voilà maintenant que vous ne voulez plus rendre les clés ! Ce n’est plus de l’hospitalité. — On aurait pu vivre ici toutes les deux… — suggéra-t-elle. — N’y pensez pas ! — s’emporta Sophie. Alors la tatie, vexée, sortit ses clés. — Voilà, prends-les. Je ne remettrai jamais plus les pieds ici ! — Au revoir, tatie Claudine. Le message était limpide : il était temps de partir. — Très bien. Ne m’appelle plus. Si tu ne veux plus me voir, à quoi ça sert de nous parler ? — ajouta-t-elle. — Comme vous voudrez. Impossible de se séparer paisiblement, tatie Claudine bougonnait en faisant ses bagages. Mais, une fois la porte refermée derrière elle, Sophie soupira de soulagement — sans aucun remord.
Кризис среднего возраста. Когда на 45-летний юбилей Галине муж с детьми подарили путёвку в санаторий — её мир перевернулся, а жизнь замедлила ход… Слова «санаторий», «водолечебница» и «процедуры» вызывали у неё тоску по молодости. Она не показала виду, что такой «роскошный» подарок — словно пощёчина по накрашенной щеке, искренне благодарила, улыбалась и даже прослезилась! Но никто в кафе не знал, что это были слёзы отчаяния, тревоги и разочарования: часы тикают, дети растут, а мы не молодеем… Где взялись эти годы и кто придумал, что в 45 женщина — «ягодка опять»? Персиком себя Галя давно не ощущала, но и до кураги, считала, ещё не дотягивает, а путёвка заставила задуматься: «А может, действительно — курага?» Коллеги, кумовья и друзья, изрядно выпив, подпевали музыкантам, танцы — до упаду! Галя переживала за целостность плитки на полу дорогого ресторана. Гуляй — сколько влезет! И как ни старалась юбилярша держать марку, выглядеть беззаботной и весёлой, 12-сантиметровые шпильки и утягивающее бельё, привезённое дочерью из столичного магазина, не давали забыть о «солидном» возрасте. «Вот тебе и первые звоночки, мать!» — не выходило из головы. Главное желание — скорее домой, снять «орудие пыток» на высоченных каблуках, надеть мягкие тапочки, вскочить в ночнушку, которую муж называл «парашютом», и лечь в кровать! Но надо держать марку, хотя бы до торта… Неделя подготовки: понедельник — маникюр и педикюр, вторник — коррекция бровей и наращивание ресниц, среда — эпиляция всех зон, четверг и пятница — отходила от эпиляции, особенно интимной, а в субботу — причёска и макияж. Гости не расходились, даже когда торт был порезан и разложен по пакетикам — всё веселились! Галя хотела торта, но сдерживала себя: три недели сидела на диете от крутого фитнес-тренера — куриное филе и гречка, чтобы влезть в шикарное платье от самого Андре Тана. Курица с гречкой уже мерещились ночами! «Я скоро кудкудакать начну или яйца нести!» — жаловалась своим. Но добилась желаемого — на юбилее выглядела королевой! К полуночи все разошлись, унося кусочки торта в дорогих пиджаках и блестящих клатчах, обнимая и целуя хозяйку так, что платье трещало по швам. Именинница поехала отдыхать, заранее настраиваясь негативно: что хорошего в водолечебнице? Но место оказалось VIP! Единственное, что напрягало — рассчитано на отдыхающих 50+, с хроническими болями. Сидячая работа бухгалтера дала о себе знать, и Галя оказалась среди пожилых с похожими болячками. Поселили с бабушкой-одуванчиком за 70. «Господи, какие у нас могут быть общие интересы?» Всё раздражало: мелкие шаги, насыщенный аромат лавандовой воды, ярко-зелёные лосины и вставная челюсть в стакане на тумбочке. Не спасали ни красоты, ни чистый воздух, ни европейский сервис. Ходила злая, как пёс Барбос, когда его кусают блохи, а Галю кусали её горькие мысли о кризисе среднего возраста. «Наверное, это и есть старость!» — всхлипывала в ортопедическую подушку с гречневой шелухой. Через несколько дней стало хуже: врач назначил процедуры в гейзерном бассейне, а она забыла купальник! Пришлось идти на шопинг, но среди сувенирных лавок купальника не нашла. В супермаркете, чтобы утешиться Сникерсом и латте, вдруг увидела неплохой закрытый чёрный купальник — классика! Быстро скрутила его, чтобы никто не увидел размер. Кассирша — молодая, стройная, с гладкими волосами — улыбнулась и предложила примерочную. Гале показалось, что та насмехается над её возрастом и фигурой. Хотелось нагрубить! «Что она понимает? Видела бы меня 20 лет назад! Я носила такие купальники, что мужчины головы теряли!» Гневные мысли прервал гудок — соседка по комнате с роликами и розовым самокатом. — Для внуков? — спросила продавщица. — Нет, я буду учиться между процедурами! — по-девичьи подмигнула бабушка. Через две недели Галя вернулась домой другой женщиной. На вокзале сказала мужу: надо заехать в спортмагазин за велосипедами, на выходных — на каток и обязательно записаться в школу хип-хопа! Дома выбросила ночнушку-парашют и достала туфли на 12-сантиметровой шпильке. Увидев удивлённый взгляд мужа, крепко обняла и прошептала: «А что? Мы только жить начинаем! До кризиса нам ещё как до Москвы пешком!»