Le bonheur volé
Ils se sont croisés dans une ruelle étroite entre deux vieux murs de pierre : celle qui était lépouse légitime de Grégoire, et celle qui, par toutes les lois du cœur, aurait dû lêtre, mais ne le fut jamais… Cétait un de ces dimanches chagrins, glacés, où la bise mord les doigts et pousse chacun au coin du feu.
« Cest un mauvais rêve, cest tout ! » pensa subitement Clémence, tout en dévisageant sa rivale, au teint vif et frais. Sa rivale, dailleurs, ignorait tout des sentiments de Clémence. Elle sappelait Apolline.
Grégoire avait toujours été, pour Clémence, lhomme inaccessible, celui quon ose à peine regarder, même du coin de lœil. Elle aurait cru impossible quApolline femme de Grégoire Dupuis, mère de ses enfants, grand-mère de ses petits-enfants ait eu cette vie qui, en rêve, semblait lui appartenir à elle, Clémence. Dans ses songes, cétait elle qui veillait sur cette maison, ce foyer. Et pourtant, la réalité la ramenait toujours à cette amère injustice.
« Non et non jamais ! pensa-t-elle chaque fois quelle croisait Apolline dans les rues de Montreuil. Comment peut-on croire quune femme comme elle vive la même vie que nous autres ? Elle suit une autre loi, une loi qui na rien à voir avec nos règles du cœur ! Si elle navait pas eu ce destin, jamais elle naurait épousé Grégoire, jamais elle naurait élevé ses enfants, jamais elle naurait régné sur ses souvenirs. »
Mais voilà, personne, pas une âme à Montreuil, ne sémouvait de cette anomalie. Elle avait beau crier, se perdre dans la Seine, brûler tout le quartier de la colère de son amour cela ne ferait jamais ouvrir les yeux à personne. Personne ne discernerait la supercherie, sauf elle, Clémence Martin.
Des êtres naissent sans bras, sans jambes, aveugles, sourds, fous, marqués par le malheur mais tout cela, du moins, saute aux yeux. Ici, cétait un secret muet et sourd, connu delle seule et de nul autre.
Voici donc Apolline, qui sarrêta sur ce sentier enneigé, et, rompant le mauvais rêve, demanda avec curiosité :
Comment va la vie, Clémence ?
Je vis…
Moi aussi, vois-tu ! fit-elle en ouvrant grand les bras comme pour mieux sexhiber. Regarde !
Son visage, dun blanc laiteux… À Montreuil, on disait quApolline ne se couchait jamais ni jeune fille ni épouse sans sêtre lavé le visage avec du lait. Deux grands yeux clairs et ronds en ressortaient davantage. Elle portait un manteau dastrakan à bord blanc, une écharpe dangora toute neuve et des chaussures fines, pas encore usées.
Cest en la voyant que Clémence se souvint : cétait dimanche ! Cela lui était sorti de la tête, tant les jours glissaient les uns sur les autres Apolline, avec sa tenue soignée, respirait le dimanche, la fête.
Et dis-moi, Clémence, que fais-tu par ici, dans le vieux quartier de la Mare ? Où mène ce sentier ?
Clémence avait une raison. Trois jours quelle navait vu Dupuis ; elle mourait denvie dapercevoir les rideaux fleuris à la fenêtre de la maison dApolline. Par ces rideaux, elle se rassurait : Grégoire était vivant.
Mais, alors quen se penchant au-dessus du mur sur la droite on voyait les fenêtres de la maison de Dupuis, Clémence détourna le regard. Apolline, par contre, jeta un coup dœil furtif chez elle et relança :
Alors, où vas-tu ?
Comme ça… Rien.
Apolline sourit.
Et ton mari, Michel, il va bien ? Je nen entends plus parler…
Il vit, répondit Clémence avec un soupir. Il bricole, comme toujours : un portail, une étagère… Michel est discret, on na pas grand-chose à dire sur lui… Puis, sapprochant dApolline, elle demanda, soudain plus fort, Et Grégoire, ton mari, comment va-t-il ? Toujours occupé à la mairie ? Toujours aussi affairé ?
Nimporte quelle femme se serait fâchée. Elle aurait crié : « Ah, la traîtresse ! Tu dragues lhomme dautrui ! Tu rôdes autour de sa maison sous le nez de ton mari, devant tout le monde ! » Même les veuves à Montreuil nauraient pas supporté pareille offense ; alors, épouse légitime, encore moins.
Mais Apolline ne fit rien. Un instant, son pâle visage sassombrit, puis deux flocons fondirent sur ses joues, les traversant comme des larmes, effaçant tout ressentiment.
Debout, Apolline, belle, élégante, gardait sa gentillesse. Elle poursuivit :
Tu sais bien que Grégoire passe presque chaque jour à la mairie. Tu le croises souvent ! Cest toi qui devrais me renseigner, non ?
Justement, je ne lai pas vu depuis trois jours…
En vérité, Apolline avait ce quelque chose qui faisait delle la femme de Grégoire Dupuis. Et ladmettre replongea Clémence dans la douleur et lenvie quApolline la rabroue et la chasse, enfin.
Grégoire est comme ça, tout le temps, expliqua Apolline. Entre la mairie, la commission de quartier… Il na jamais su passer une journée sans son lot de soucis, même jeune ! Père et grand-père à présent.
Nest-ce pas lassant de vivre avec un homme aussi sérieux ? Toute la vie, ainsi…
Apolline sourit vaguement, réfléchit puis dit :
Il mest arrivé de mennuyer, oui ! À notre jeunesse, les grands-parents soccupaient des enfants. Nous, les jeunes mariés, aurions pu danser, nous amuser. Mais Grégoire navait jamais ces idées… Non, il bossait dans le jardin, lisait, ou écrivait sur son carnet. Voilà tout. Toutes les fêtes y passaient ainsi.
Pourquoi lavoir épousé, alors ?
La question, étrange, prenait le ton dune confidence. Apolline répondit, posée :
Cest mon père qui ma appris à choisir. Sur ses conseils, je lai écouté… Il ma dit que la patience de la jeunesse te revient plus tard.
Tu ne las jamais regretté ?
Non, au contraire ! Un an ou deux, et son caractère ma paru si bon, une chance ! Jai entendu tant de cris, de disputes, de violences ailleurs. Les femmes battues, les engueulades… Dautres envoyaient leur femme aux champs, et se laissaient vivre. Moi, jamais Grégoire naurait fait cela !
Facile, la vie. Pas vraiment féminine.
Mais si ! Justement, cest la vraie vie de femme ! Je lai mérité, Grégoire. Il est devenu un homme respecté, et jadis ce nétait quun garçon timide, transparent, plongé dans les livres. Les filles ne le regardaient pas, il ne comprenait rien aux filles ! Heureusement pour moi car après, dautres auraient tout donné pour être à ma place, mais trop tard !
Apolline rit soudain. Cette femme sage riait dune fille naïve.
La voilà, Apolline : ni rêve, ni illusion. Elle prit Clémence par la manche et linvita doucement à sortir de la ruelle, tout en évoquant la « saison des champignons » lorsque, jadis, elle était la première fiancée du village, perchée sur de hauts escarpins, tandis que le père de Clémence aurait pu la vendre pour un mauvais quart ou une paire de bottes usées. Pour échapper aux indésirables, Clémence cachait un couteau dans sa botte.
Cest ainsi que sétait jouée la vie des plus belles filles de Montreuil : Apolline croyait épouser Grégoire par dépit, presque par sacrifice. Elle ne voyait pas tout ce monde de femmes qui, en secret, enviaient Grégoire, alors que Clémence nétait jamais parvenue à lui adresser la parole.
Désormais elles marchaient côte à côte, deux femmes superbes sous le regard des passants du dimanche, proches à en être inséparables. Lune, toute sa vie sur ses escarpins jaunes, droite et sans faute. Lautre, qui navait connu de chaussures à la mode que par ouï-dire, marchait à présent tout près, comme une amie de toujours.
Mais Clémence, la gamine pieds nus, devint lespace dun instant adulte : elle prit le bras dApolline en riant doucement :
Tu minvites, Apolline ? Je ne suis jamais venue chez les Dupuis !
Apolline hésita, puis, sans mot dire, lemmena jusquau portail, quelle ouvrit grâce à une solide lanière de cuir. Voici le perron, la maison de Grégoire Dupuis.
La maison vivait comme toutes les maisons françaises : une cuisine avec sa grande table sous une icône de la Vierge, une cuisinière cerclée de bleu. Dans la pièce principale on reconnaissait la simplicité, mais aussi labondance, avec ses ficus, son buffet, le coffre de Clémence, tandis quici sentassaient vêtements denfants, berceau, jouets… Au milieu, sur un tabouret, la fille de Dupuis, Isabelle, rousse, enceinte, reprenait un col de manteau déchiré. Elle salua Clémence avec curiosité « Pourquoi donc vient-elle ici ? »
Isabelle était simple, pas méchante, mais ses mots trébuchaient.
Et dans la pièce suivante là où seuls Dupuis et deux ou trois familles du quartier possédaient une telle bibliothèque , une vitrine pleine de livres. Clémence en avait vu plus, mais cétait dans la maison du châtelain, quand elle était jeune servante. Là-bas, elle lavait le sol, portait le bois, plaisait au fils du patron qui lui enseignait la lecture, lui donnait à lire les beaux volumes couvrant les murs. Elle croyait quil serait possible, en une vie, de lire tous ces livres, et puis un jour le fils du châtelain la prit dans ses bras, maladroit, lembrassa dun coup, mais elle le repoussa et il tomba, honteux, sous le regard des lions de bois sculptés du canapé.
Cest ainsi que lapprentissage de Clémence sarrêta. Cette même année, elle partit avec son frère pour le Limousin, espérant une vie meilleure. Son frère mourut en chemin, et la nostalgie dun monde idéal lui resta longtemps. Elle nen voulait cependant à personne, ni aux gens de Montreuil, qui lavaient accueillie malgré tout… mais elle regrettait de navoir jamais eu le temps de connaître ces vies inconnues, racontées dans les beaux livres dorés. Ce manque, face à la bibliothèque de Dupuis, lui pinça le cœur : lui avait saisi dans ses livres ce quelle navait pu apprendre. Pourquoi ne lui disait-il pas ce quil savait ? Apolline lécoutait-elle, indifférente ?
Elle aurait voulu que son maître, jadis, ne la repousse pas. Elle laurait laissé faire
Apolline, entre-temps, ôta son écharpe, son manteau, ses bottes, tout mouillé, et les mit à sécher sur la cuisinière. Elle dit à Clémence :
Mets-toi à laise… Mais Clémence, absorbée par la bibliothèque, hésita. Apolline observa la même chose et ajouta : Oh, quimporte ! Lis donc si tu veux… Dautres auraient brûlé ces bouquins pour que leur époux ne perde pas son temps, mais moi, je préfère la paix à la richesse. Mon gendre me suffit pour les reproches ! Laisse-les donc !
Clémence sassit sur la banquette, ouvrit la porte et, aussitôt, le chien Baron bondit dans la cuisine.
Chut ! Baron, sors dici ! cria Apolline dun ton sec. Pas de bêtises ! Va-ten !
Mais Baron, au lieu dobéir, se coucha, tout tremblant, sur le carrelage, et se mit à hurler dun cri plaintif.
Il est où, Grégoire ? demanda Clémence. Il est chez lui ?
Grégoire nest pas là, il est parti en forêt ce matin à cheval… répondit Apolline, indifférente, tout en sagitant autour de Baron.
Baron gémissait, plein de taches sur le poil, les oreilles en glace, la queue frissonnante
Clémence sagenouilla, serra la fourrure tachée, ouvrit la main, et y coula un liquide rouge et odorant.
Du sang ! Cest du sang.
Et alors ? Ce chien aura bien réussi à ségratigner ! Il semble inoffensif, mais un jour, il a arraché loreille dun autre chien plus grand que lui… Cest comme ça ! Quest-ce que ça peut faire ?
Ce nest pas à lui, ce sang. Il na pas de blessure.
À qui, alors ? Dis !
Peut-être à Grégoire… souffla Clémence, sanglotant.
Là, Apolline semporta :
Cest bien ce que tu cherches, nest-ce pas ! Invitée, bien sûr ! Elle jeta la pelle dans un coin, donna un coup de pied à Baron et quitta la pièce. De la salle, elle lança : Il narrivera rien à Grégoire ! Il a fait toute la guerre et mest revenu sain et sauf, jai prié, il mest revenu, et ce nest pas aujourdhui que ça changera ! Je te crois pas, ni toi ni les jaloux !
Dans la fenêtre, les flocons traçaient des lignes humides, tente de pénétrer dans la maison Mais au fond de la forêt, Clémence devinait la présence du malheur, là où la cruauté règne, indifférente à toute souffrance.
Isabelle courut de la chambre, pâle, laiguille à la main :
Une catastrophe ! Le chien le sent, il sest passé quelque chose à papa !
Clémence la saisit :
Sur quel cheval est parti Grégoire ? Et quand ?
Sur Mortagne ! Mais va savoir, tout arrive par ce temps… dit-elle dune voix chevrotante.
Baron déjà se tendait vers la porte, aboyait, appelant à laide.
Allez, vite ! pressa Clémence. Isabelle, cours à létable, prends une bête, on file ! Baron nous guidera !
On na plus de cheval, tous sont dehors… gémit Isabelle.
Elle se râclait la gorge, hurlant de désespoir, expliquant à Clémence entre deux sanglots, mais celle-ci ne lécoutait déjà plus, courant hors de la maison.
Une demi-heure plus tard, Michel découvrit sa femme sellant la jument pie, tandis que le chien Baron trépignait.
Où vas-tu par ce froid ? demanda-t-il.
Il le faut ! Tu mouvres la porte ? répondit Clémence.
***
Le visage pâle de Dupuis apparut à Clémence comme une apparition plus blanche que la neige. Lorsquil murmura « Qui est là ? », elle comprit quil vivait encore. Il demanda :
Quelle monture ai-je ? Mortagne ? Est-elle… morte ? Mortagne !
Oui, elle est morte, dit Clémence en touchant la bouche froide du cheval, les lèvres déjà raides. Et toi, Grégoire, comment tes-tu défendu ?
Je ne sais pas… Jai tiré deux fois ; les autres se sont éparpillés.
Il montra dune manche déchirée un loup mort, son sang rougissant la neige. Un autre sétait traîné dans les bois.
Dupuis attrapa la main de Clémence, la posa sur les naseaux gelés de la jument. Il balbutia :
Elle est vraiment morte ?
Oui.
Il la scruta, surpris :
Clémence ? Doù viens-tu ?
Elle gardait le silence. Il insista, surpris.
Doù viens-tu ? Cest étrange…
Étrange ? Je nai rien à faire ici, cest ça ? Une autre devrait être là, mais il ny a quelle, Grégoire ! Il ny a quelle, retiens-le ! Puis elle éclata Et Mortagne ? On labandonne alors ?
Elle est gelée comme moi.
Mais cest faux ! Si vous étiez tous deux froids, je vous laisserais ici, mourir ensemble ! Mais sil reste une goutte de chaleur, je la garde, pour moi, et je ne la rends à personne !
Elle linstalla dans le traîneau et cria à la jument :
Allez, ma belle, tire encore, tire !
Baron gémit : il ne voulait pas laisser Mortagne. Il la léchait, tombait à terre, refusant daccepter quil était trop tard.
Tu nas pas le dos fracturé, Grégoire ?
Non, cest bon.
Le ventre ?
Ça va.
Alors la jambe ?
La droite, près du genou, en charpie… Où memmènes-tu, Clémence ?
On ne ta pas assez secoué, Dupuis, hommes et bêtes nont pas fait assez, il faudrait quon tarrache la langue !
Clémence, tu es folle ? Pourquoi dis-tu ça ?
Pour que tu te taises enfin sur ce qui est « permis » ou non ! Les autres, la loi, le regard du monde Jen ai assez ! Assez des mensonges : tu as une femme, moi un mari, mais est-ce quils nous sont nécessaires ? Ça suffit ! Je temmène chez moi ! Cest à moi, pas à une autre ! Si on le demande, je répondrai : Jai ramassé mon homme dans la forêt’. Jai marché tant dannées seule derrière lui, et maintenant, à qui est-il ? Je veux que tous ceux qui ont un cœur comprennent cela Toi non, mais tant pis ! Désormais je serai ta sœur de charité, tu vas voir ! Tant que je voudrai, je veillerai sur toi !
Écoute, Clémence, ce nest pas raisonnable…
Jen ai trop entendu ! Jai eu ma dose de tes non et de tout ce malheur quon simpose ! Désormais, cest fini ! Cest moi qui décide.
Ils roulèrent, cahotant sur la neige, dans le noir ou sous la lune blafarde. Baron jappa, puis fila devant.
Dupuis gémit :
Jentends des gens venir… Cest sur le grand chemin… On dirait le cheval de Charles.
Clémence arrêta la jument. Tout devint silencieux. Là-bas, Baron cessa daboyer.
Dupuis pensa : « Apolline ? » Mais ny crut pas.
Clémence non plus : elle revoyait le manteau dApolline, le visage calme, les yeux ronds, lécharpe dangora… Était-ce elle ? Impossible.
Ils attendirent en silence. Ce fut Charles, le gendre de Grégoire, qui arriva, arrêta son cheval à quelques pas, et demanda :
Qui est là ? Des amis ?
Baron, le premier, reconnut la voix : « Charles ! Cest Monsieur ! »
Dupuis se tut. Clémence aussi.
Qui ? hurla Charles, plus fort.
Cest moi, répondit Dupuis.
Pourquoi tu dis rien, papa, quand on tappelle ? Charles se rapprocha, reconnut Clémence : Cest toi, Clémence ? Doù ramènes-tu papa ? Où cela ?
Je lemmène loin de la catastrophe.
Et Mortagne ?
Elle est morte. Moi aussi jai été blessé… Qui ta envoyé ?
Isabelle ma envoyé, jétais chez des amis. On na pas bu, pas joué aux cartes ! Je suis sobre, papa, je te jure ! Tu veux rester dans ce traîneau ou quon te ramène sur celui-ci ? Papa ? Pourquoi tu te tais ? Tu es perdu ?
Dupuis jeta un regard noir à Clémence, comme sil se décidait : resterait-il près delle, bravant lopinion, comme un mari nouveau et légitime, briserait-il enfin ces non-dits et ces amours clandestines Resterait-il ou
Je rentre dans le mien, lâcha-t-il en détournant la tête.
Charles sempressa de tirer son beau-père, le passant maladroitement devant Clémence, sans lui parler. Elle, muette, nosa pas protester, puis soudain sexclama :
Et moi…? Et moi…?
Dupuis gémit sa jambe le faisait souffrir. Charles senquit : « Tu saignes, papa ? » Mais Clémence continuait : « Et moi… ? »
Bientôt Dupuis était tout entier dans le traîneau de Charles, on fit demi-tour sans dire un mot à Clémence, et ils rentrèrent.
*
À la fin de cette journée, jai compris que le bonheur ne semprunte jamais, pas plus quil ne se vole. Chacun porte en soi une douleur secrète, un rêve inaccompli, et il ne sert à rien de se larracher lun à lautre, car ce qui ne nous revient pas de droit, noffre au bout du compte quun goût amer, celui dun bonheur impossible.
