Lorsque Lucie a commencé son travail, Vincent était une fois de plus en route. Quelques jours plus tard, sans même passer par la maison, il s’est précipité à la maternité, où on lui a annoncé que son épouse avait abandonné leurs jumeaux nouveau-nés, affirmant qu’elle n’avait déjà pas besoin des aînés, et encore moins de deux autres, puis elle est partie. Bien que Vincent ait douté d’être le père, la colère a pris le dessus : « Lucie a vraiment dépassé les bornes ! » Rentré chez lui, il découvre que sa femme a disparu, laissant les aînés de trois ans, Antoine et André, chez la grand-mère de Vincent. Désemparé, avec pour seule famille la vieille Mamie Véronique incapable de l’aider, il se résout, sur les conseils d’un ami, à embaucher la voisine – Marina, une jeune fille timide de 19 ans, auxiliaire en crèche – pour s’occuper des enfants. Marina quitte alors son emploi, ils vont ensemble chercher les jumeaux à la maternité et elle s’installe chez Vincent. Entre la gestion de deux bébés, Denis et Damien, et deux bambins espiègles, Marina se dévoue entièrement, se formant seule pour bien les élever. Très vite, elle s’attache à ces enfants qui deviennent toute sa vie. De passage entre deux voyages, Vincent s’implique peu, préférant le repos ou sortir boire un verre, mais Marina reste, par amour pour les enfants qui l’appellent désormais maman. Deux ans passent ainsi, puis un soir, Vincent lui avoue qu’il la quitte pour une autre femme, enceinte, dans un autre village, la laissant seule avec les quatre petits. Marina obtient d’adopter légalement les garçons, à la condition de ne jamais les dresser contre leur père. Ensemble, elle et les garçons déménagent, elle ouvre un salon de coiffure, bâtit une nouvelle vie heureuse, et devient leur véritable maman. Les années filent, les enfants grandissent, l’amour familial ne faiblit pas. Mais le jour anniversaire de Denis et Damien, après tant d’années de bonheur, le père biologique réapparaît, misérable, alcoolisé, réclamant son rôle de « père ». Marina, brisée par cette irruption, s’isole en larmes, persuadée que son bonheur est brisé. Pourtant, ses quatre fils – devenus de beaux jeunes hommes, soudés dans l’amour qu’elle leur a donné – la rejoignent pour lui déclarer qu’elle sera toujours leur mère, la plus aimée et la meilleure au monde.

Quand les contractions ont commencé, Eugénie était seule à la maison, parce que son mari, Laurent, était encore en route pour une livraison à travers la France. Dès quil a fini sa tournée, il na même pas pris le temps de rentrer chez lui ; il est directement allé à la maternité de Dijon. Mais là, il apprend une nouvelle quil naurait jamais imaginée : sa femme a laissé un mot en annonçant quelle refusait de garder leurs jumeaux, deux petits garçons à peine nés. Elle aurait même dit quelle ne voulait déjà pas des aînés et que là, cétait la goutte de trop. Puis elle est partie.

Laurent, même sil avait eu quelques doutes sur sa paternité, a été pris dune colère monstre.
Eugénie, vraiment, là tu as dépassé toutes les limites !

En rentrant chez lui à Chalon, il ne la trouve plus. Elle a rassemblé ses affaires et a abandonné les deux petits garçons de trois ans, Pierre et Augustin, chez la grand-mère de Laurent, mamie Simone, qui a déjà un âge bien avancé. Laurent ne savait absolument pas quoi faire. Sa seule famille, cétait cette mamie Simone, plus toute jeune et qui avait déjà bien assez à faire avec ses propres soucis de santé. Mais il avait honte à lidée de placer les enfants à la DDASS. Un collègue camionneur lui a alors soufflé lidée dembaucher quelquun du village pour laider. Il se démenait sur son poids lourd, gagnait clairement bien sa vie, alors il pouvait se permettre de payer une nourrice.

Un beau matin, il est allé frapper à la porte de la maison voisine. Il a proposé le job à Apolline, une jeune fille de 19 ans, réservée, qui bossait déjà comme assistante maternelle à la crèche municipale. Au début, Apolline hésitait : soccuper de quatre petits garçons, cétait sacrément lourd ! Mais Laurent a fini par la convaincre. Elle a démissionné de son poste à la crèche et la aidé à aller chercher les deux bébés à la maternité. Elle sest installée chez Laurent pour ne jamais laisser les petits sans surveillance.

Laurent nétait pas le père le plus investit du monde. Changer une couche, donner le bain aux petits, ce nétait pas trop son truc. Il répétait sans cesse quil était un homme de la route, pas de la maison. Apolline a trouvé ça rude. Deux nourrissons, Paul et Mathieu, plus les jumeaux de trois ans, demandaient une attention de tous les instants. Heureusement, les petits étaient calmes, buvaient leur biberon sans broncher et sendormaient bien emmitouflés dans leurs gigoteuses. Apolline trouvait même le temps de lire des guides sur le développement des enfants, dapprendre des techniques de massages pour bébés et de nouveaux jeux.

Une voisine du village, Chantal linfirmière, passait souvent pour laider et la conseiller sur les soins. Les débuts ont vraiment été difficiles pour Apolline ; plusieurs fois elle sest dit quelle ny arriverait jamais, quelle ferait forcément des bêtises. Mais, peu à peu, elle sest attachée à ces garçons, comme sils étaient ses propres enfants. Laurent, quand il nétait pas en vadrouille sur les routes, ne restait jamais longtemps à la maison. Mais il y avait ces petits moments où tous les six, ils étaient réunis, à rire et à se bousculer sur le canapé, ou à planifier lachat de nouvelles baskets pour la rentrée. Un matin, on ne sait trop comment, Laurent et Apolline se sont réveillés ensemble, dans le même lit.

Une semaine plus tard, ils ont été déposer leur dossier à la mairie pour se marier. En trois temps, deux mouvements, Laurent a obtenu le divorce et Eugénie a perdu ses droits parentaux. Apolline na écouté ni ses parents, ni ses copines, qui la mettaient en garde : « Il ne taime pas, il profite de toi, tu verras, il recommencera, puis vous nêtes pas du tout faits lun pour lautre ! » Mais Apolline, elle, aimait de tout son cœur les petits garçons, et puis, elle était vraiment tombée sous le charme de Laurent. Elle croyait à leur histoire, elle croyait quil ne la laisserait pas, pas avec quatre enfants.

Ils ont fait un petit mariage, juste en famille, sans robe longue, ni costume, ni chanson damour. Laurent disait que tout ça, cétait bon pour la galerie. Apolline na pas insisté ce nétait pas le plus important pour elle.

Mais malgré toutes ses espérances, la belle vie na pas duré. Laurent, finalement, nétait pas le mari idéal. La maison ? Les enfants ? Il ne voulait plus en entendre parler : « Je bosse dur, jai le droit à un peu de repos à la maison, mince ! » Il sortait souvent boire un verre avec ses copains du village. Et puis, il partait tout le temps et laissait Apolline se débrouiller, même pour largent il fallait souvent quelle insiste pour avoir de quoi acheter des couches ou des kiwis. À la moindre remarque, il lui lançait : « Tes pas contente ? Pars ! » Mais elle, les enfants, cétait sa vie ; elle ne pouvait pas les laisser.

Cest comme ça que deux ans sont passés. Jusquau jour où Laurent est rentré dun long trajet, sest posé sur le canapé, lair grave :
Faut quon parle Jai rencontré quelquun. Elle vit dans un autre village. On se voit plus souvent quavec toi, et dailleurs, on va avoir un bébé. Je compte me marier avec elle Alors on va divorcer. Désolé.

Apolline sest sentie figée. Elle ne voulait pas croire que tout ça arrivait vraiment. Et les petits, alors ? Comment allaient-ils faire ?

Je ne te les laisserai pas ! a-t-elle murmuré.
Prends-les, jen ai rien à faire. Jaurai mon propre enfant.
Ton propre enfant ? Et ceux-là, tu les oublies ? sest étranglée Apolline.
Arrête ton sermon, tes pas leur mère. Moi jai juste besoin du divorce.
Très bien, mais à une seule condition : tu signes pour que je puisse adopter les garçons, et que jamais tu ne leur dises que je ne suis pas leur vraie maman.

Mais promets-moi aussi, répliqua Laurent, que tu ne me cracheras jamais dessus auprès deux. On respecte son père, un point cest tout.
Le divorce a été réglé en deux temps trois mouvements, sans bruit. Apolline a expliqué aux garçons que papa était parti travailler très loin, sur un grand chantier, pour construire des immeubles pour les familles pauvres, et quil ne reviendrait pas avant longtemps. Ils ont vendu la maison et acheté un autre pavillon dans un village à côté. Laurent ne sy est pas opposé ; Apolline voulait éviter quon bavarde au village.

Après le lycée, Apolline avait eu la bonne idée de passer un CAP de coiffeuse ; du coup, en arrivant dans le nouveau quartier, elle a dabord coiffé les voisines et puis, au bouche à oreille, la clientèle sest agrandie. Elle avait de lor dans les mains et un cœur énorme, tout le monde lappréciait et les euros rentraient assez pour que la famille nait besoin de rien. Apolline nattendait plus rien de Laurent.

Maman, il reviendra bientôt, papa, tu crois ? Il viendra à la rentrée avec nous à lécole ? Pierre et Augustin préparaient leur cartable tout excités, partageaient les crayons et stylos à égalité, pressés de montrer à la maîtresse tout ce quils savaient déjà.
Ils trépignaient dimpatience à lidée de rentrer à lécole. Apolline a rangé les cartables hors de portée de Paul et Mathieu, et puis tout doucement, a secoué la tête :
Non, mes chéris, papa ne pourra pas venir. Il doit encore construire beaucoup de maisons, et cest très loin.

Laurent na jamais donné de nouvelles. Apolline non plus na pas cherché à en savoir plus ce qui comptait, cétait que ses petits étaient là. Apolline aimait ses garçons comme jamais. Ils apprenaient ensemble à lire, jouaient au foot dans le jardin, se lançaient de leau froide dessus tous les matins. Le soir, cétait rituel : un thé chaud et chacun inventait une histoire, toujours drôles, toujours gentilles. Apolline notait tout dans un grand cahier dans lespoir quun jour, ses fils les liraient à leurs propres enfants.

« Pierre le prince et le Loup gris ont ramassé de la farine et cuisiné un énorme gâteau. Pierre le prince est monté sur son cheval blanc, direction le château de la princesse. La princesse a goûté un bout, et hop, elle sest transformée en petit chien et a fait un numéro au cirque jusquà ce que le magicien la ramène à la normale ! »

Les années ont défilé. Les garçons ont grandi. Les aînés se sont mariés, chacun a offert à Apolline un petit-fils. Les plus jeunes faisaient leurs études à la fac. Tous les dimanches, la famille entière se retrouvait : on cuisinait des petits plats, parfois on relisait ensemble le « Livre des Histoires de Maman ». Et comme dhabitude, on riait comme des mômes.

Un dimanche pas comme les autres, cétait aussi lanniversaire des jumeaux, Paul et Mathieu. Il faisait un soleil de plomb, la bande avait installé lenceinte sur la terrasse, la grande table dehors. Les belles-filles mitonnaient des merveilles dans la cuisine, les hommes préparaient le barbecue, et les copines des jumeaux dressaient la table. Apolline regardait son petit monde, adossée à la porte, le cœur gonflé de fierté.

Elle était tellement plongée dans ses pensées quelle na pas remarqué tout de suite lhomme âgé qui venait de franchir le portail. Habillé dune chemise chiffonnée, dun vieux jogging troué et de baskets usées sans chaussettes, il a jeté un regard autour de la cour et a lancé dune voix forte :
Alors, on ne salue plus son père, ici ?

Tout le monde sest figé. Apolline a eu du mal à reconnaître Laurent. Il a tenté dembrasser les garçons, mais Paul et Mathieu se sont vite écartés en sentant lodeur dalcool froid qui se dégageait de ce vieil homme presque inconnu.
Apolline, dis-leur qui je suis, quils respectent leur père ! Tu te souviens, cétait notre accord !
Apolline, désemparée, fixait Laurent sans parvenir à expliquer à ses fils que leur héros de jadis, le « bâtisseur au grand cœur », était devenu un vieillard égaré.

Un silence de plomb. Pierre a fini par prendre la parole :
Nous devons respecter notre père ? Et tu étais où, toutes ces années, papa ? Tu crois quon na rien compris ? Celle quon doit remercier, cest maman : elle seule nous a élevés et appris la vie.

Votre «maman» ? Mais ce nest même pas votre vraie mère, cest juste une nounou !

Le monde dApolline sest effondré, elle a filé dans la chambre des petits-enfants, sest assise sur le lit et a enfoui son visage dans ses mains. Voilà, son bonheur semblait sêtre évanoui. Elle a fondu en larmes.

La porte sest doucement ouverte. Apolline a levé son visage baigné de larmes et a vu ses fils, désormais quatre jeunes hommes forts et beaux, serrés dans les bras les uns des autres. André, laîné, tenait le « Livre des Histoires ». Il la tendu à Apolline, qui a découvert sur la dernière page, tracée en grandes lettres, cette phrase :
« Et ils vécurent heureux très longtemps, parce quils avaient leur maman. La plus formidable et la plus aimante du monde ! ». »

Paul a murmuré, les yeux brillants :
Tu nous as tout donné, maman. Merci davoir cru en nous, même quand tout semblait perdu.

Les autres ont hoché la tête, entourant Apolline de leurs bras. Au-dehors, la fête continuait, des rires denfants sélevaient sous le ciel bleu. Un souffle dair a agité les rideaux, apportant lodeur du gâteau danniversaire. Apolline a esquissé un sourire timide, sentant sa tristesse fondre devant lamour de ses fils.

On rentre, maman ? Cest lheure de souffler les bougies.

Elle sest relevée, le cœur léger, guidée par leurs mains chaudes. Tout près, dans la salle, la famille lattendait, la vraie, celle quon choisit chaque jour, celle quon bâtit à force de courage et de tendresse. Et tandis que les flammes vacillaient sur le gâteau, Apolline a compris : il ny avait rien à regretter, car aujourdhui, tout ce qui comptait était là dans leurs rires, leurs bras, et dans cette histoire quils écriraient encore, ensemble.

La lumière dorée du soir baignait la pièce. Dune seule voix, les garçons ont lancé :
Joyeux anniversaire, maman !

Et cest ainsi, au milieu des sourires complices et des souvenirs partagés, quApolline a soufflé ses bougies, entourée de ceux pour qui elle serait toujours, et à jamais, la seule véritable héroïne.

Оцените статью
Lorsque Lucie a commencé son travail, Vincent était une fois de plus en route. Quelques jours plus tard, sans même passer par la maison, il s’est précipité à la maternité, où on lui a annoncé que son épouse avait abandonné leurs jumeaux nouveau-nés, affirmant qu’elle n’avait déjà pas besoin des aînés, et encore moins de deux autres, puis elle est partie. Bien que Vincent ait douté d’être le père, la colère a pris le dessus : « Lucie a vraiment dépassé les bornes ! » Rentré chez lui, il découvre que sa femme a disparu, laissant les aînés de trois ans, Antoine et André, chez la grand-mère de Vincent. Désemparé, avec pour seule famille la vieille Mamie Véronique incapable de l’aider, il se résout, sur les conseils d’un ami, à embaucher la voisine – Marina, une jeune fille timide de 19 ans, auxiliaire en crèche – pour s’occuper des enfants. Marina quitte alors son emploi, ils vont ensemble chercher les jumeaux à la maternité et elle s’installe chez Vincent. Entre la gestion de deux bébés, Denis et Damien, et deux bambins espiègles, Marina se dévoue entièrement, se formant seule pour bien les élever. Très vite, elle s’attache à ces enfants qui deviennent toute sa vie. De passage entre deux voyages, Vincent s’implique peu, préférant le repos ou sortir boire un verre, mais Marina reste, par amour pour les enfants qui l’appellent désormais maman. Deux ans passent ainsi, puis un soir, Vincent lui avoue qu’il la quitte pour une autre femme, enceinte, dans un autre village, la laissant seule avec les quatre petits. Marina obtient d’adopter légalement les garçons, à la condition de ne jamais les dresser contre leur père. Ensemble, elle et les garçons déménagent, elle ouvre un salon de coiffure, bâtit une nouvelle vie heureuse, et devient leur véritable maman. Les années filent, les enfants grandissent, l’amour familial ne faiblit pas. Mais le jour anniversaire de Denis et Damien, après tant d’années de bonheur, le père biologique réapparaît, misérable, alcoolisé, réclamant son rôle de « père ». Marina, brisée par cette irruption, s’isole en larmes, persuadée que son bonheur est brisé. Pourtant, ses quatre fils – devenus de beaux jeunes hommes, soudés dans l’amour qu’elle leur a donné – la rejoignent pour lui déclarer qu’elle sera toujours leur mère, la plus aimée et la meilleure au monde.
Муж испортил выписку жены и сына из роддома: семейный праздник обернулся хаосом, забытые вещи и расстроенная молодая мама