Un cadeau dun inconnu
La notification dans le chat général surgit sur lécran de Benoît comme une boule colorée au-dessus des piles de tableaux Excel et de-mails urgents :
« Chers collègues, nous lançons le Secret Santa ! Échange de cadeaux anonyme à la fête de lentreprise. Budget : jusquà 30 euros. Lien vers le formulaire ci-dessous. »
Benoît relit le message et jette machinalement un coup dœil à lhorloge dans le coin de son écran. Dix jours ouvrés avant la fin de lannée, deux semaines avant le bouclage du trimestre, trois jours avant la prochaine échéance de son crédit immobilier. Sa vie se décompose désormais en deadlines.
Les réactions fusent déjà : une gif de renne, un « Encore ? », quelques questions sur le budget. Camille, la responsable RH, ajoute promptement : « La participation nest pas obligatoire, mais très conseillée ! On se crée une ambiance de Noël. »
Benoît termine son café tiède et clique sur le lien. Le formulaire demande son nom, son service, laccord sur la gestion des données. En bas, le bouton « Participer » clignote. Il hésite une seconde, songeant à lobjet inutile qui finirait probablement sur son bureau déjà encombré. Mais il simagine aussi comme le seul qui ne participerait pas, son nom laissé à lécart.
Il clique.
Alors, tu tes aussi inscrit à cette loterie ? demande Julien du service dà côté, en passant la tête dans son bureau. Jespère tomber sur quelquun avec de lhumour. Jai déjà une idée : offrir un livre sur la gestion du temps à notre chef.
Cest anonyme, rappelle Benoît.
Justement, ça serait encore plus drôle ! Imagine, il louvre Julien allonge le visage comme sil découvrait son cadeau, puis éclate de rire.
Benoît sourit poliment et retourne à son rapport. Les chiffres flottent, gris et monotones. Ailleurs, des collègues débattent de paniers gourmands pour les partenaires, cherchent à économiser sur les chocolats. Dans lespace fumeurs, ce matin, on parlait de la prime : serait-elle maintenue, réduite, transformée en pack-cadeau ?
Tout cela bruisse autour de lui comme un décor de Noël sans âme : le sapin au hall dentrée, les boules en plastique, les cartes « Chers partenaires, nous vous présentons ».
Cette année, Benoît a deux principaux objectifs. Atteindre le bonus en clôturant son plan. Ne pas sénerver contre son fils pour ses notes. Les deux paraissent aussi durs lun que lautre.
Le soir, un e-mail arrive avec comme sujet : « Votre destinataire Secret Santa ». Il louvre dans le métro, coincé entre une doudoune et un sac à dos.
« Bonjour Benoît ! Votre destinataire : Benoît Lefèvre, service analyse. »
Il lit. Puis relit.
La rame tremble, quelquun le bouscule. Les captures décran envahissent déjà le chat :
« Cest une blague ? »
« Moi aussi, je me suis tiré au sort moi-même. »
« Voilà, cest le nouveau niveau de lintrospection. »
Camille réagit vite : « Oui, il y a eu un bug ! On ne peut plus changer, tout est lié à lID, selon lIT. Considérons ça comme une expérience. On apporte les cadeaux faisant comme si de rien, mais gardons lesprit et la surprise. »
« Où est la surprise si je sais déjà que cest moi ? » écrit quelquun.
« Imagine que cest un inconnu qui te connaît parfaitement », répond Camille, emoji sapin à la clé.
Benoît ferme le chat et range son téléphone. Quelquun crie dans la rame quil « boucle lannée ». Il regarde son reflet dans la vitre noire : quarante et un ans. Des cheveux qui résistent mais éclaircissent sur les tempes, un visage fatigué mais pas vieux. Un costume de prêt-à-porter, une montre achetée à crédit, un smartphone « comme celui du patron ».
Un cadeau à soi-même, mais sous létiquette dun inconnu Que pourrait donc lui offrir ce mystérieux bienfaiteur ?
Pas de réponse.
Le lendemain, le sujet ne quitte pas la « pause cigarette ».
Moi je dis, il faudrait tout annuler, marmonne Pierre du juridique en tapotant sa clope. Ça tue le principe même. Le Père Noël Secret ne peut pas être pas secret.
Moi, jadore, répond Élodie de la com. Pour une fois, on va pouvoir se faire un vrai cadeau, pas encore un énième mug avec des rennes.
Enfin, tu tachètes déjà tout ce que tu veux, observe quelquun.
Pas tout ! Pour certaines choses, je nose pas dépenser, dit Élodie en souriant. Cest le moment où jamais.
Benoît écoute sans mot dire. Casque, batterie externe, nouvelle souris Il aurait pu sen acheter nimporte quand, sans jouer à la loterie. Ça ne serait pas un cadeau, juste un gadget de plus sur le bureau.
Toi, tu vas toffrir quoi ? lui demande Julien à lascenseur.
Je ne sais pas, avoue Benoît.
Sérieux ? Moi, je machèterais direct une PlayStation, mais le budget est serré, plaisante Julien. Bon, ce sera un pack de bières artisanales, signé « de la part du Père Noël ».
Et moi ? songe Benoît en retournant à son poste. Quest-ce que je voudrais vraiment, si quelquun me voyait pour de vrai ? Pas comme un salarié, ni comme le type qui paye son prêt, ni comme le père qui ne passe jamais assez de temps avec son fils. Mais comme qui ? Une personne ?
Il ne trouve pas le mot.
Le soir, il entre dans un centre commercial où tout brille, tout clignote, la musique enveloppe tout. Les vitrines vantent les « cadeaux parfaits », les « coffrets pour lui », « pour lhomme accompli ». Sur chaque affiche, un homme au manteau impeccable, visage sûr de lui. Aucun na de cernes ni de factures à payer.
Il sattarde chez Darty devant des casques filaires, « best-seller » affiché. Un vendeur conseille un étudiant emmitouflé dans une doudoune.
Voilà, un casque. Pratique. Pour écouter de la musique, des podcasts. On pourrait même dire que cest se faire du bien, juge Benoît. Il prend la boîte, regarde le prix. Le budget suffit, sauf pour la version la plus hype.
Mais je moffre ça à moi-même Quel est le sens ? Toute lannée, je machète ce que « doit posséder » un homme de mon âge : smartphone, montre, chaussures décentes, manteau pas acheté en grande surface. Est-ce vraiment un cadeau ?
Il repose la boîte et sen va.
Chez le libraire, lendroit est plus chaleureux. À lentrée, des piles de livres qui promettent : « Devenez la meilleure version de vous-même », « Maîtrisez votre efficacité », « Le bonheur programmé ». Il en feuillette un, tombe sur des phrases vues mille fois : « quitter la zone de confort », « maximiser son potentiel ». Il sent la lassitude monter.
Au fond, le rayon romans. Il passe la main sur les tranches familières. Autrefois, il lisait beaucoup. A la fac, il pouvait dévorer un roman la nuit, et affronter les cours les yeux rouges. Puis le boulot est arrivé, puis le crédit, puis son fils. La lecture est devenue un « il faudrait ».
Peut-être un livre ? songe-t-il. Mais lequel ? Et est-ce que cet inconnu imaginaire lui offrirait un livre alors quil ne trouve jamais le temps de lire ?
Il sort, les bras vides, la tête bourdonnant des pubs et des musiques.
Chez lui, sa femme lui demande :
Tu as lair soucieux ?
Non, ça va, répond-il en retirant ses chaussures. On fait un jeu à la fête, cette année. Des cadeaux.
Encore des bougies et des mugs ? rigole-t-elle.
Cette fois, chacun doit soffrir un cadeau à soi-même. Genre, la machine a planté.
Mais cest chouette, dit-elle, posant des pâtes sur la table. Achète-toi un truc pour lequel tu noses pas dépenser.
Par exemple ?
Je ne sais pas, tu te connais mieux que moi.
Il se tait. À table, leur fils feuillette son manuel, en prétendant réviser.
Alors ? sa femme le fixe un instant. Dhabitude, tu veux toujours quelque chose de précis : un nouveau smartphone, une montre, un sac Tu adores ces gadgets.
Tout ça, je les prends au fur et à mesure des besoins, dit-il.
Alors, pourquoi pas autre chose quun objet ? propose-t-elle. Un bon pour un massage, pour une journée off
Jai pas besoin de bon pour ça, coupe-t-il. Ce quil me faudrait, cest un chef qui nécrit pas le dimanche.
Elle sourit.
Eh bien, mets-le sur ta liste au Père Noël.
Ce serait hors budget, plaisante-t-il.
La nuit, il est aux aguets. Dans sa tête, défilent images de boutiques, slogans, attentes des autres : « évolution professionnelle », « réussite », « confort matériel ». Tout cela compte, mais ressemble à des guirlandes quon range en janvier.
Quest-ce que je voudrais recevoir si personne ne me jugeait ? Ni collègues, ni épouse, ni enfant, ni parents, ni banque.
Toujours pas de réponse.
À une semaine de la soirée, le bureau bourdonne. Les sacs cadeaux fleurissent sur les tables. Certains cachent leur paquet, dautres lexhibent fièrement. Sur le chat, débats sur la tenue de soirée, le menu, les animations. Camille annonce un DJ et « un moment spécial Secret Santa ».
Benoît, toujours sans cadeau.
Tattends quoi ? demande Julien. Bientôt, il ne restera plus rien.
Je réfléchis, répond Benoît.
Faut pas réfléchir cent ans ! Prends-toi un truc utile. Moi, jai commandé un kit à plancha. Jai toujours voulu, je le ferai enfin.
À midi, Benoît descend au café du rez-de-chaussée. File dattente, discussions sur les bulletins scolaires, les bouchons franciliens. Sur lécran du comptoir, la pub défile : « Faites-vous plaisir ! Coffrets pour les fêtes ».
Assis à une table, il sort son téléphone. Tape « cadeau pour homme 40 ans » sur un site. Saffichent aussitôt : montres, portefeuilles, gadgets, coffrets apéro, bons pour barber shop.
Tout ça parle de comment je dois paraître, pense-t-il. Pas de ce que je sens à lintérieur.
Il ferme la page. Consulte ses mails perso. La majorité sont des newsletters lincitant à revenir, à profiter dune réduction, à « démarrer lannée avec une nouvelle version de vous-même ».
Au milieu, un mail dune plateforme de cours en ligne, reçue par hasard : « Nouvelle session, formation photo. Inscrivez-vous avant la fin de la semaine ».
Photographie.
Il se rappelle cet ancien reflex quil avait acheté dix ans plus tôt, quand le prêt nétait quun futur projet et le gosse nétait pas né. Il arpentait Paris les week-ends, photographiant rues, passants, vitrines. Puis lappareil a fini au placard : plus le temps, puis la fatigue, puis limpression que « ce nest pas sérieux ».
Cest cliché, critique-t-il mentalement. Lhomme de 40 ans qui se rappelle avoir aimé photographier, qui soudain veut tout changer Ridicule.
Il repousse son plateau, gêné comme pris la main dans le sac.
Je nai pas envie de tout plaquer. Mais simplement
Il na pas le temps de finir sa pensée. Son chef écrit : « Il me faut les chiffres du T3 pour ce soir ».
Benoît soupire et sexécute.
Le soir, il farfouille dans le placard et trouve lancienne housse de lappareil. Il lallume : batterie morte. Dans le tiroir du bureau, il retrouve le chargeur.
Sa femme le voit :
Tu vas faire des photos ?
Je veux juste vérifier sil marche encore, répond-il.
La batterie à peine rechargée, il sort sur le balcon. Quelques clics : voitures, fenêtres, neige, réverbères. Rien dextraordinaire. Mais quand il regarde dans le viseur, le bruit dans sa tête se calme un peu.
Il respire plus profondément.
Cest peut-être cela le cadeau ? pense-t-il. Pas lappareil en soi, mais lautorisation de consacrer du temps à ça. Une heure par semaine. Sans avoir à se justifier.
La pensée le surprend autant quelle leffraie. Le vieux critique intérieur se moque : Oui oui, offre-toi un cours photo. On croirait que ça changera tout.
Un autre murmure : Et pourquoi pas ? Tu gaspilles bien de largent pour des choses que tu oublieras dans un an. Autant le mettre dans ce qui ta vraiment plu.
Il rouvre le-mail du cours. Module composition, gestion de la lumière, photographie urbaine. Cours du soir, deux fois par semaine. Le tarif rentre pile dans le budget Secret Santa, à condition de ne pas prendre le pack premium.
Un cadeau à soi-même, de la part dun inconnu qui se souvient de ce quil aimait avant, sans juger.
Il paie linscription.
Restait à rendre le cadeau « présentable ».
Dans la consigne du jeu, le cadeau doit être matériel, à remettre en main propre. Impossible de se pointer à la fête avec juste « Jai pris un cours ». Il lui faut une boîte.
Chez Bureau Vallée, il achète un carnet bleu nuit, simple, et une enveloppe blanche. À la maison, il imprime lattestation du cours et la plie soigneusement. Sur la première page du carnet, il écrit : « Pour les photos que tu nas pas encore prises ». Son écriture tremble un peu, mais reste lisible.
Il réfléchit à une note manuscrite, ni cliché ni stéréotype, mais qui sonne juste :
« À Benoît. Parfois il faut se rappeler quon nest pas que des tableaux Excel et des réunions. Prends un peu de temps pour regarder le monde autrement quà travers des chiffres. Jespère que tu en profiteras. Ton Santa. »
Il relit le texte. Un pincement au cœur, mais pas de la honte : ces mots sont à la fois étrangers et nécessaires.
Ce « Santa » a plus de bienveillance à son égard quil nen a dhabitude.
Il glisse lattestation du cours dans lenveloppe, insère lensemble dans le carnet, emballe le tout dans un papier kraft, lié dun ruban rouge.
Le cadeau est modeste. Pas de marque, ni slogan.
La fête de lentreprise a lieu au rez-de-chaussée du centre daffaires : tables nappées de blanc, guirlandes, DJ, tubes démodés. Les collègues défilent : certaines habillées comme pour un gala, dautres en chemise habituelle sans badge.
Tous les cadeaux sont alignés sur une grande table, chacun portant le prénom du destinataire. Benoît pose son paquet, regarde lempilement. Sacs flashy, boîtes à ruban, objets griffés ou à la forme étrange, embalés dans du papier alu.
Prêt à te découvrir toi-même ? lui lance Camille, complice.
Autant quon puisse lêtre, répond-il.
À la moitié de la soirée, lanimateur annonce le « moment spécial ». Musique basse, éclairage tamisé. On rit, certains trinquent, dautres devisent au comptoir.
Mesdames et messieurs, cette année le Secret Santa est encore plus secret que dhabitude. Au point que vous êtes tous devenus votre propre magicien ! Mais on fait comme si de rien, daccord ?
Un rire parcourt la salle.
Chacun va venir chercher son cadeau, louvrir, ici, sous vos yeux. Noublions pas : ce qui compte, ce nest pas lobjet, cest ce quon découvre sur soi-même.
Encore un qui ne parle quen slogans, soupire Benoît.
Quand vient son tour, le trac létreint. Il prend le paquet marqué « Benoît Lefèvre » et regagne sa place.
Quas-tu eu ? se penche Julien. Pas des chaussettes, jespère !
Benoît défait le ruban, déroule le papier. Carnet, enveloppe. Son nom écrit dessus. Ses mains tremblent.
Ce nest pas une plancha, sourit Julien.
Benoît ouvre lenveloppe, lit la feuille. Autour de lui, deux collègues rient : « Jai eu un bon pour un spa ! », dautres montrent un coffret de jeu de société. Il aperçoit la comptable Sylvie rougir en découvrant un livre de yoga, Camille éclater de rire devant son mug « Employée du mois ».
Benoît relit la note. Puis encore une fois. Des mots écrits de sa main, mais lus comme sils venaient vraiment dun autre.
Tu nes pas que des tableaux et des réunions.
Une brève honte, comme surpris en flagrant délit de fragilité. Mais aussitôt le soulagement : ce « quelquun » ne juge pas.
Alors ? insiste Julien.
Un cours, souffle Benoît. De photo. Et un carnet.
La classe ! siffle Julien. Un créatif, sans doute. On na pas le droit de savoir qui cest, nest-ce pas ?
Non, confirme Benoît.
Bon, Julien sintéresse déjà à sa plancha. Tu feras les photos de la fête, alors.
Benoît referme le carnet. Lanimateur lance des blagues, certains dansent. Bruit tout autour, mais en lui, cest plus calme.
Discrètement, il lit un message de sa femme : « Alors, cette soirée ? » Il répond : « Sympa. Les cadeaux sont marrants. Je te raconterai. »
Il rentre après minuit. La cage descalier est silencieuse, une porte claque plus haut. Lappartement laccueille dune lumière douce de la cuisine et dune odeur de clémentines. Sa femme lit à table, leur fils dort.
Alors, quas-tu eu ?
Il pose le carnet et lenveloppe.
Cest tout ? sétonne-t-elle.
Regarde dedans, dit-il, ouvrant lenveloppe.
Elle lit la note, le regarde.
Cest toi qui as écrit ça ?
Oui, confesse-t-il. Et jai payé le cours photo.
Elle acquiesce, sans ironie ni moquerie.
Beau cadeau, dit-elle simplement. Tu aimais ça, avant.
Cétait il y a longtemps.
Et alors ? Longtemps, ça ne veut pas dire fini.
Il hausse les épaules, mais à lintérieur quelque chose bouge enfin, comme un meuble quon décide de déplacer.
On verra, dit-il.
Le premier janvier, il se réveille sans réveil. Dehors, le matin est gris, la cour couverte dune neige pas encore fondue, les voitures bien serrées. Il a la tête lourde, mais pas douloureuse. Sa femme et son fils sont partis la veille chez ses beaux-parents, il compte les rejoindre demain.
Le silence règne. Il se prépare un café, sassied à table, ouvre le carnet. Sur la première page : « Pour les photos que tu nas pas encore prises ».
Il allume son ordinateur, retrouve le mail pour accéder au cours. La première session débute dans une semaine, mais il peut déjà regarder le module dintroduction. Il clique, entend la voix douce de lintervenant, qui parle non pas de « productivité », mais de laisser le regard vagabonder.
Il se rend compte quil ne consulte même pas ses mails professionnels en parallèle. Le téléphone est dans lautre pièce, il ne songe pas à lattraper.
Après lintroduction, il saisit son appareil et descend dans la cour. Lair est frais, pas glacé. Des voisins sortent poubelles ou chien. Sur le terrain de jeu, un pétard traîne.
À travers lobjectif, il capture branches, fils électriques, balcons anodins. Mais le simple fait dappuyer sur le déclencheur lui donne limpression daccomplir quelque chose de minuscule et dessentiel.
Pas pour un rapport, ni pour un objectif, ni pour une présentation. Juste pour soi.
Il multiplie les clichés, remonte, transfère les images sur lordinateur. Certaines sont ratées, dautres banales. Mais une photo lintrigue : dans la vitre dune voiture, les fenêtres de limmeuble se reflètent, et, au milieu, sa propre silhouette.
Un cadeau dun inconnu, pense-t-il. Sauf que cet inconnu, cest moi. Et cest peut-être très bien ainsi.
Il ferme la visionneuse, termine son café refroidi. Demain, le bureau, les tâches, les réunions lattendent. Et ce cours qui démarre bientôt. Une heure libérée dans lagenda, réservée pour lui seul.
Il ouvre une page neuve et note la date. Puis : « Cour, matin, reflet dans la vitre ». Simple, mais personnel.
Il pose le stylo, et prend conscience quil pense enfin à lavenir autrement quen échéances ou remboursements. Un avenir où il lui reste un petit interstice, juste pour regarder, pour choisir ce quil veut.
Ce nest pas grand-chose. Mais soudain, il respire mieux.
Il se sert un autre café et ouvre le calendrier du cours. Tout en bas, il écrit en remarque : « Ne pas annuler pour le travail ». Cela le fait sourire : la vie imposera toujours ses propres aléas. Mais désormais, il sautorise au moins à essayer.
Et cest un cadeau, cela aussi.