Marina tombe amoureuse du mari de son amie et sa vie se transforme en cauchemar : obsédée jour et nuit, elle se demande pourquoi elle a accepté de renouer avec Valérie après des années sans contact. Comment Valérie, sans diplôme ni ambition particulière et vendeuse dans une boutique de chaussures, a-t-elle pu épouser Anatole, brillant avocat propriétaire d’une somptueuse maison, de voitures de luxe et mari attentionné ? Rongée par la jalousie et l’incompréhension, Marina réalise que l’amour n’a jamais été de son côté. Invitée une nouvelle fois chez Valérie, elle hésite, se sent attirée et menacée en même temps, se rappelant comment, enfant, elle avait déjà « volé » un amoureux à son amie. Entre confidences, souvenirs d’enfance et découvertes inattendues dans la belle demeure de Valérie, une réflexion profonde s’amorce : pourquoi les femmes ordinaires rencontrent parfois un bonheur exceptionnel et faut-il, pour être reconnue et aimée, d’abord s’accomplir et retrouver le bonheur en soi ?

Il y a de cela bien des années, une histoire dont je me souviens encore avec amertume sest jouée dans ma vie. À cette époque, Camille était rongée par un amour impossible pour le mari de son amie denfance, Hélène. Sa vie en devint un tourment sans répit ; chaque nuit, chaque aurore, la silhouette de cet homme la poursuivait. Parfois, Camille se demandait pourquoi elle avait bien accepté, ce jour-là, de suivre Hélène jusque chez elle. Voilà bien des années quelle jugeait leur amitié superflue, et sans jamais sexpliquer pourquoi, sétait peu à peu effacée. Cest à la faveur dune exposition dans une galerie du Marais, alors que le hasard réunit Hélène et Camille dans une conversation chaleureuse, que la curiosité de Camille lemporta : elle accepta linvitation pour un dîner, et tout bascula

Dès lors, Camille ne parvenait plus à trouver le sommeil sans revoir ce visage. Au réveil, cétaient ses yeux à lui qui habitaient ses pensées. Comment était-il possible quHélène, que rien ne distinguait, sans aucun talent particulier, ait pu épouser un tel homme ? Un avocat brillant, propriétaire dune somptueuse maison de trois étages à Vincennes, de plusieurs voitures : un 4×4 pour les virées en Normandie les jours de pluie, un coupé pour la ville, une berline allongée parfaite pour les escapades familiales, et une petite Citroën rouge, adorable, uniquement pour sa femme. Camille nen revenait pas. Hélène, à ses yeux, nétait pas à sa hauteur pas détudes supérieures, vendeuse dans une boutique de chaussures de la rue de Rivoli Pourquoi la chance souriait-elle à Hélène, et jamais à elle ? Autour delle, les hommes ne semblaient quinstincts bruts et maladresses. Bien sûr, elle voulait être contente pour Hélène, mais se jura de ne plus jamais mettre les pieds chez elle. Elle savait trop bien quune fois là-bas, elle risquait sabandonner à la tentation.

En repensant à leur enfance, Camille se souvint de la première fois où elle avait «volé» un garçon à Hélène. Après une colonie de vacances à Argelès, Hélène était revenue éperdument attirée par Paul : un garçon charmant, inventif, maître dans lart de raconter des histoires. Il vivait dans un autre arrondissement, venait les fins de semaine écouter les confidences des unes et des autres, partager ses anecdotes. Il plut immédiatement à Camille, mais elle nen montra rien, respectant la «propriété» dHélène du moins, limaginait-elle. Pourtant, sans sen apercevoir, elle le séduisit. Rapidement, ils formèrent un trio inséparable : cinéma, salons de thé, pique-niques au jardin du Luxembourg, anniversaires partagés le temps filait joyeusement.

Un jour, Paul vint frapper à la porte de Camille, une boîte de chocolats dans une main, un petit bouquet dans lautre, et proposa de sortir ensemble.

Et Hélène ? demanda Camille, un brin coupable. Après tout, cest mon amie, je naimerais pas quelle se sente trahie.
Hélène ? Nous sommes amis, rien de plus. Mais toi toi, cest différent.

Camille accepta, tout en culpabilisant. Hélène fit la tête quelques mois, puis un après-midi dautomne, revint soudain :

Merci de mavoir ouvert les yeux sur Paul. Je laimais, mais tu mas montré que ce garçon-là ne méritait pas ma confiance.

Et moi, est-ce que je la mérite, ta confiance ? demanda Camille, sur le ton du défi.

Hélène éclata de rire, détourna la question, et laissa peu à peu glisser sa rancune. Paul ne tarda pas à lennuyer, et cette histoire sacheva quand il fit une scène de jalousie parce quun camarade de classe lui avait effleuré la joue dun baiser. Mais cela remontait à une autre vie, semblait-il.

À présent, Camille allait sur ses trente ans, elle était responsable daccueil dans une agence bancaire de la rue Saint-Lazare. Lheure du mariage approchait, selon ses parents, mais aucun homme à lhorizon. Sa relation avec Hélène sétait effilochée avec les années, et le hasard dun rendez-vous mondain les avait remises en contact. Hélène, cette fois, linvita non plus dans son ancien appartement, mais dans un superbe pavillon à Saint-Germain-en-Laye, avec une femme de chambre, un jardinier, un portier. On noserait plus parler de surprise, cétait un ébahissement.

Cest via une histoire incroyable quHélène rencontra son époux, Antoine. Un matin de pluie, il sauta dune voiture dans une flaque et, devant lurgence de sa situation, entra dans la première boutique de chaussures du quartier. Hélène, vendeuse appliquée, lui trouva la paire idéale. Coup de foudre immédiat. Que lui, homme accompli et rare, ait pu tomber sincèrement amoureux delle, Camille ny croyait pas. Car elle-même nétait pas sotte, elle possédait un bel appartement de deux pièces, un bon salaire, elle sentretenait Pourquoi donc les hommes de valeur detournaient-ils toujours les yeux pour aller vers dautres ?

Ce soir-là, Hélène linvita à nouveau. Antoine était en déplacement. Camille brûlait dy retourner, mais la peur de perdre tout sang-froid la retenait. Une seule visite et déjà, elle ne savait comment maîtriser ce désir nouveau, cette jalousie mêlée dun infini désir de comprendre comment Hélène avait accompli ce miracle matrimonial. Finalement, la curiosité lemporta : elle verrait Hélène, tenterait de savoir si, parmi les amis dAntoine, il ny avait pas un célibataire convenable.

Elles bavardaient dans le vaste salon, parmi des tableaux aux allures de contes : dragons, châteaux, princesses, tout semblait vivant, tressé dune magie discrète.

Qui est lartiste ? demanda Camille.
Cest moi, avoua Hélène.

La surprise de Camille fut aussi grande quà la découverte de la maison.

Jignorais que tu peignais !
Je me souviens quenfant, tu avais un don pour le dessin. Jai toujours cru que tu ferais les Beaux-Arts, pas une école déconomie.
Ma mère a insisté. «Dessiner ne mène à rien», répétait-elle. Mes parents mont imposé études et profession. Parfois, je me sens vivre la vie dune autre, comme prisonnière dun scénario écrit pour moi.
Jai découvert la peinture parce quAntoine je lappelle parfois Tonio ma demandé de quitter mon emploi pour gérer la maison. Je ne me retrouve pas dans leur cercle mondain. Cest mon excuse pour rester ici, à peindre tous ces tableaux.
Je rêverais de rencontrer quelquun dans votre cercle. Y a-t-il des célibataires ?
Si, mais je ne suis pas sûre quil serait ton genre. Il évite les femmes qui cherchent à épouser leur porte-monnaie, et puis il a tendance à partir en bender pendant des semaines
Eh bien, on ne le dira pas ! répondit Camille.
Autour de lui, les femmes virevoltent, et pourtant
Quoi ?
Il est amoureux de moi. Antoine en rit. Il lui a dit franchement : «Si Hélène te quittait, je lépouserais».
Et toi, pourquoi les hommes biens tombent-ils amoureux de toi ?
Je nai aucun secret !
Dans ce cas, pourquoi moi, je ne plais quaux imbéciles ?
On ne sait jamais quand le grand amour surgira.
Facile à dire, pour toi.
Tu veux que je te raconte une histoire damour authentique ?
Vas-y.

Il y avait un jeune client, fidèle de mon ancienne boutique, qui venait parfois à la fermeture pour parler. Il était épris de la femme de son meilleur ami. La jeune femme venait dun cercle dintellectuels, toute sa famille enseignait la littérature, son père était agrégé. Ce garçon, fils dune laitière et dun fermier, vagabondait dans Paris, écrivait des poèmes inutiles rien que pour lui, sous le coup de la passion. Mais jamais il nosa troubler ce mariage : il enterra très loin son amour. Mais un jour, en lisant un article, il suivit un conseil : «On ne peut que difficilement sopposer à lamour, car cest une force sauvage. Mais en cessant de la nourrir, en lignorant, elle sétiole, comme une plante privée deau et de soleil».
Et alors ? demanda Camille, curieuse.
Il sinvestit dans ses études, apprit des langues, trouva sa voie. Cinq ans plus tard, il apprit leur divorce, lui fit sa déclaration et ils se marièrent !

Pourquoi me raconter ça ? sinquiéta Camille.
Pour te rappeler que saccomplir donne du sens à la vie. Lamour revient quand tu es prête à le recevoir.
Tu crois que je ne suis pas prête Et toi, tu aimais ce métier de vendeuse ?
Oui. À chaque client, je trouvais la paire idéale. Cette joie, ce sentiment dêtre une magicienne, cétait unique. On venait de tout Paris, car tout le monde savait que jamais je ne forcerais la vente dune chaussure inadaptée.
Et il ny avait jamais de retours ?
Quand tu écoutes les gens, non, jamais. Viens, je vais te montrer latelier à létage.

Elles montèrent sous les combles : un espace empli de toiles vierges, de chevalets, de pinceaux, daquarelles, respirant la créativité. Camille frissonna : depuis quand navait-elle pas ressenti cette inspiration ?

Je peux peindre ?
Hélène fixa une grande feuille blanche sur le chevalet.
Laquarelle ?
Oui.

Camille se perdit dans la douceur du geste, émergeant enfin au moment où un vase fleuri prit vie sur la toile. Elle lavait vu jadis dans un bistrot parisien, lavait tant admiré quelle voulut lacheter. Désormais, cette beauté était à elle, née de ses mains.

Mais cest splendide ! Tu devrais reprendre la peinture, sexclama Hélène.
Et regarde-toi, ajouta-t-elle en photographiant Camille, radieuse devant son œuvre.

Tu es magnifique quand tu crées. Le vois-tu ? La banque toffre-t-elle ce bonheur ?
Non

Voilà ta réponse. Lorsque tu rayonnes, les gens sont attirés vers toi et parmi eux, tu trouveras lâme sœur. Le secret, peut-être, cest cela : te remplir de cette joie avant de la partager. Le reste viendra, sois-en sûre.

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Marina tombe amoureuse du mari de son amie et sa vie se transforme en cauchemar : obsédée jour et nuit, elle se demande pourquoi elle a accepté de renouer avec Valérie après des années sans contact. Comment Valérie, sans diplôme ni ambition particulière et vendeuse dans une boutique de chaussures, a-t-elle pu épouser Anatole, brillant avocat propriétaire d’une somptueuse maison, de voitures de luxe et mari attentionné ? Rongée par la jalousie et l’incompréhension, Marina réalise que l’amour n’a jamais été de son côté. Invitée une nouvelle fois chez Valérie, elle hésite, se sent attirée et menacée en même temps, se rappelant comment, enfant, elle avait déjà « volé » un amoureux à son amie. Entre confidences, souvenirs d’enfance et découvertes inattendues dans la belle demeure de Valérie, une réflexion profonde s’amorce : pourquoi les femmes ordinaires rencontrent parfois un bonheur exceptionnel et faut-il, pour être reconnue et aimée, d’abord s’accomplir et retrouver le bonheur en soi ?
Я отказалась мириться с капризами свекрови на своей кухне и показала ей выход