Marina tombe amoureuse du mari de son amie et sa vie devient un enfer : obsédée jour et nuit, elle se demande pourquoi elle est venue chez Valérie, cette amie qu’elle avait délaissée il y a des années. Après une rencontre fortuite à une exposition, Marina cède à la curiosité et découvre l’univers luxueux de Valérie : un mari avocat, une grande maison, plusieurs voitures, alors qu’elle-même, simple vendeuse autrefois, semble avoir tout réussi là où Marina échoue. Les souvenirs d’enfance resurgissent, les rancœurs aussi. Aujourd’hui, presque trentenaire, travaillant à la banque et toujours célibataire, Marina hésite : accepter l’invitation de Valérie, plonger dans une histoire impossible, ou chercher le secret de son bonheur ? Entre confidences, jalousie et passion interdite, Marina tente de comprendre pourquoi l’amour et la réussite semblent toujours lui échapper…

Clémence tomba amoureuse du mari de son amie et tout devint un vrai cauchemar éveillé. Des pensées envahissantes à son sujet lassaillaient le jour, la nuit, entre chien et loup dans des couloirs silencieux, son visage surgissait hors du brouillard. Pourquoi avait-elle accepté de lui rendre visite ? Il y a quelques années déjà, Clémence avait jugé leur amitié superflue, puis, tout doucement, cessé dentretenir les échanges. Mais voilà quaprès une rencontre fortuite au Salon dArt de Paris, la curiosité lemporta et elle sy rendit, piégée dès la première minute.

Dormant, son esprit planait autour de son visage ; éveillée, la première pensée quelle cueillait chaque matin, cétait lui. Comment Adèle, sans charme extravagant ni don particulier, avait-elle pu épouser un tel homme ? Figurez-vous, brillant avocat, propriétaire dune immense villa sur les hauteurs de Saint-Cloudtrois étages sous une mer de toits, le garage abritait une berline sombre pour la pluie, un coupé criard pour Paris, un monospace pour les vacances, sans oublier la petite citadine rouge pimpante, cadeau de son épouse. Tout cela paraissait irréel. Adèle nétait, selon Clémence, pas à sa hauteurelle, ancienne vendeuse de chaussures quon croirait échappée dune rue grise de Montreuil, même pas lombre dun diplôme, tandis que Clémence, elle, collectionnait les licences comme on aligne les perles. Pourquoi la vie favorisait-elle toujours le hasard, jamais la justice ? On eût dit que les hommes biens formaient une hermétique société dont elle ne possédait pas la clef. Elle aurait dû se réjouir pour Adèle, certes, mais la jalousie était une brume froide qui sengouffrait par tous les interstices, la rendant incapable de revenir, sous peine de commettre lirréparable.

Clémence se souvint dune autre époque étrange, celle de la lumière dorée de la jeunesse, où elle avait séduit le garçon dont Adèle sétait entichéeCamille, rencontré en colonie de vacances. Il surgissait parfois le week-end, les poches remplies dhistoires tressées, captivant, lyrique, un garçon de comédies lunaires. Clémence, indifférente en surface, ricanait intérieurement : il nétait « que dAdèle ». Mais leur trio glissait, légèrement déséquilibré, vers des promenades dans des cinémas obscurs, des cafés aux lumières orangées, des anniversaires trop longs.

Un soir, Camille toqua à la porte de Clémence, des macarons dans une main, des pivoines dans lautre, parlant damour. « Et Adèle, alors ? Cest ma meilleure amie. » « Adèle et moi, cest lamitié, pas lamour. Toi, cest différent. » Clémence accepta, et Adèle mit deux mois à cesser de bouder. Puis un merci lointain tomba : grâce à Clémence, elle avait compris que Camille était de ceux qui trahissent. « Et moi, tu me fais confiance, Adèle ? » Pas de réponse, seulement un rire en écho, puis le passé seffaça sous la poussière, Camille disparut, et Clémence changea de rêve.

À présent, Clémence filait vers la trentaine, guichetière dune grande banque sur lavenue de lOpéra. Le mariage se dressait à lhorizon, mais aucun prénom némergeaittout nétait que silhouettes floues. Adèle nhabitait plus son petit immeuble du 14ème, mais une maison de conte de fées à Meudon, avec domestique, jardinier, vigile à lallure de statue. La première visite laissa Clémence hébétée, comme si le sol se contrariait sous ses pieds.

Lhistoire du couple était absurde, digne dun rêve : dans une matinée pluvieuse, Anatole (le mari) perdit sa chaussure dans une flaque, poussé alors dans la première boutique de chaussures venue, celle où Adèle travaillait. Elle lui trouva les chaussures parfaites ; coup de foudre en rayon. Que lui, Anatole, tombe amoureux dAdèle, cétait là le prodige. Clémence rêvait dun tel hommeéquilibré, élégant, dont le regard disait : « tu es attendue quelque part. » Mais à chaque fois, cétait quelquun dautre qui héritait de la fée-marraine.

Aujourdhui, Adèle linvitait à nouveau, promettant des heures complices sans Anatole, absent pour affaires à Lyon. Clémence était tentée, mais prise dune peur étrange. Une unique visite avait suffi à lui inoculer un virus sauvage et insatiable. Pourtant, curieuse, elle hésita longuement, espérant rencontrer dans lentourage dAnatole un célibataire égaré. Peut-être le cercle magique des époux dorés dissimulait-il un compagnon idéal.

La soirée sétira comme une énigme sous les hauts plafonds et les tableaux multicolores. Des dragons, tours, princesses, peuplaient les murs, les ombres dansaient vraiment, doucement animées par la lumière rousse.

Qui peint tout ça ?
Cest moi, dit Adèle.
Clémence sentit le plancher se dérober une seconde fois.
Tu as toujours eu des mains dartiste, tu te rappelles ? Cest curieux ce choix de banque.
Ma mère disait que dessiner, cétait pour rêver, pas pour vivre. Ils ont choisi université, bureau, raison. Parfois, jai le sentiment dhabiter la peau dune autre, dobéir à un scénario étranger.
Moi, jai osé la peinture parce quAnatole souhaite que je veille sur la maison, que je moccupe du nid. Mon passeport pour rester ici, cest ça, disons
Elle désigna les tableaux, un clin dœil complice.
Tu crois que tu aurais un ami à présenter ?
Eh bien Il y en a un. Mais il fuit celles qui cherchent un portefeuille avant un cœur. Parfois, il boit, se disparaît pendant des semaines.
On ne dira rien.
Les femmes lui tournent autourbizarrement, cest de moi quil sest entiché. Anatole sen amuse, mais il ma bien confié : « Si tu divorces, Adèle, je tépouse ! ».
Mais dis-moi, comment fais-tu pour charmer tous ces hommes ?
Je nai pas de recette, tu sais.
Alors, pourquoi moi jattire les fous furieux ?
On ne sait jamais où lon cueillera lamour, Clémence.
Cest facile à dire pour toi.
Veux-tu que je te raconte une histoire vraie, pour te bousculer un peu ?
Vas-y. Verse-moi encore du vin, je suis toute ouïe.

Adèle raconta lhistoire dun client taciturne, toujours le dernier à errer devant la boutique, qui venait chaque soir sans rien vouloir acheter, juste pour lui parler. Il sétait épris, passionnément, de la femme de son ami denfance. Les parents de la femme étaient universitaires renommés, et le garçon venait dun petit village de Bourgogne, fils de fromager. Devenant poète par désespoir, il écrivait exclusivement pour lui-même, la poésie bouillonnante en secret, sans aucune chance de la partager. Jamais il naurait trahi son ami : chaque sentiment fut enfoui comme une bête blessée. Un jour, il lut quelque part une étrange méthode philosophique : « Lamour, si on cesse de larroser de pensées, finit par sécher. Il peut étouffer, ou, au moins, ralentir. » Il sabsorba alors dans les langues anciennes, les études, chercha sa raison dêtre. Mais, cinq ans plus tard, apprenant le divorce de la femme, il revint, proposa aussitôt, fut accepté.

Quel rapport avec moi ? salarma doucement Clémence.

Jessaie de te dire que la clef est peut-être ailleurs. On croit que seule la passion compte, mais il y a tout un univers dattentes en coulisses. Trouve ce qui tembrase, et lamour sinvitera quand tu brilleras sans lattendre.

Tu penses que je ne suis pas prête Et toi, la vente de chaussures, ça te plaisait ?
Beaucoup. Un vrai théâtre de visages, chaque jour différent. Je devinais les envies, comme une illusionniste.
Tu savais deviner ?
Toujours ! Et puis ils repartaient heureux, comme si je délivrais un secret. Il marrivait de refuser de vendre sil nétait pas sûr de son achat.
On ne te rapportait rien ?
Non, jamais. Il faut juste écouter vraiment, simplement.

Elle entraîna Clémence sous la charpente, dans un atelier baigné de laiteuse lumière. Des papiers, des toiles, des pots daquarelles vierges attendaient sous les poutres. Un frisson étrange envahit Clémence. Depuis combien de temps navait-elle pas dessiné, pas senti la chaleur du possible ?

Je peux essayer ?

Adèle installa une grande feuille vierge sur le chevalet.

Quelle peinture ?
Aquarelle.

Clémence plongea, le monde se replia sur la silhouette dun vase de fleurs éclatantes, tressée de lumière et de souvenirsen avait-elle rêvé, jadis, dans un café du canal Saint-Martin ? Elle avait voulu lacheter, mais le gérant avait refusé. Maintenant, le tableau était sien, né de ses doigts.

Tu vois ! Tu devrais peindre, vraiment ! sécria Adèle, sincère. Et regarde

Elle sortit son portable, montra la photo volée de Clémence accaparée par la création : il y avait là un éclat irréel, une magie contagieuse.

Tu es magnifique quand tu crées. Est-ce que tu te sens aussi vivante à la banque ?

Non, jamais.

Voilà ta réponse. Le bonheur attire le bonheur. Peut-être que cest ça, le fameux secret : commence par remplir ta propre coupe, et lamour viendra, inattendu, se pencher pour goûter ce qui déborde.

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