La revanche de Julie À peine sortie de son travail, une jeune femme est accostée par la mère autoritaire de son ancien compagnon, qui lui reproche d’abandonner Dima alors qu’il a besoin de soutien. S’ensuit une confrontation mordante où Julie lui rappelle comment elle et son fils planifiaient, dans son dos, d’éviter tout engagement, de peur qu’elle ne devienne « un poids » en cas de coup dur. Désormais décidée à s’émanciper, Julie refuse de se sacrifier pour un homme qui n’a jamais voulu s’engager et laisse derrière elle non seulement une relation sans amour, mais aussi les manipulations de sa belle-famille, avec la satisfaction ironique de n’avoir jamais été mariée à Dima, ce qui lui épargne toute pension alimentaire. Une vengeance toute en lucidité et en indépendance, sur fond de disputes familiales et d’héritage immobilier aux portes de Paris.

Vengeance

À peine la jeune femme quitte-t-elle son bureau quune femme petite et rondelette, habituellement autoritaire, sapproche delle dun ton presque doux, mais lourd de reproches.

Élodie, ma chérie, que sest-il passé avec Nicolas ? Il ma appelée hier pour dire que tu las quitté. Tu crois que cest le moment ? Il a plus que jamais besoin de ton soutien, et toi, tu fais tout le contraire ? Comment peux-tu te dire amoureuse après ça ?

Aussi amoureuse que lui a pu lêtre, répond Élodie, son sourire acide. Ou bien auriez-vous oublié la conversation que vous-même avez eue avec lui, dans notre cuisine, il y a un an et demi ? Dois-je vous rappeler combien vous partagiez ses idées sur les arrangements à la française ? Maintenant, ce serait différent ?

Mais enfin, de quoi tu parles ? Jamais je naurais encouragé quon laisse tomber la personne quon aime, surtout dans un moment pareil.

Cest étrange, parce que, moi, je me souviens nettement du contraire. De vos objections farouches quand jai suggéré que lon se marie, de votre discours sur le fait que, si Nicolas épousait une femme comme moi, je finirais par profiter de lui, et quen cas de coup dur je deviendrais un boulet. Alors, lui peut éviter de porter un fardeau, mais pas moi ?

Mais enfin, quel fardeau ? Vous vous aimez, il faut surmonter tout ça ensemble…

Sauf quil na pas voulu surmonter ensemble. Et vous non plus. Alors débrouillez-vous avec vos principes, moi je poursuis mon chemin. Grâce à vous, je nai même pas à payer une pension à Nicolas puisque nous ne sommes pas mariés. Merci, Madame Dubreuil.

Après une révérence moqueuse, Élodie tourne les talons en direction de larrêt de bus.

Elle pense à nouveau quil faudrait, un jour, faire un prêt immobilier pour sinstaller près de son bureau, car le studio hérité de sa grand-mère, en banlieue, lui demande près de deux heures de transports et dembouteillages dans chaque sens.

Ses soucis pour le logement et la distance cèdent rapidement la place à la question lancinante : a-t-elle bien fait de laisser Nicolas dans une telle situation ? La logique lui dit que oui, mais son cœur, lui, a du mal à se durcir tout à fait.

Heureusement, il suffit quelle se rappelle les mots entendus par hasard, il y a quelques mois, pour que toute pitié disparaisse.

Élodie naimait pas lidée découter aux portes. Ce soir-là, épuisée par un rhume, elle sétait endormie toute la journée. Lorsquelle sétait enfin décidée à sortir pour boire un peu deau, elle navait pas retrouvé ses chaussons près du lit sûrement glissés sous un meuble par elle-même ou par Nicolas. Tant pis, elle avait quitté la chambre pieds nus.

Cest pour cela que ni son compagnon dalors, ni sa future belle-mère, navaient remarqué sa présence à lapproche de la cuisine.

Mais Élodie, elle, navait pas perdu une miette.

Cest une gentille fille, bien sûr, mon fils, mais il nest pas question que tu lépouses. Si au moins elle était riche, tu pourrais espérer un bon héritage, mais si tu te maries maintenant, tu sais ce qui va tarriver ?

Mais maman, quest-ce qui pourrait arriver ? Élodie travaille, elle ne me demande pas dargent, et puis si on se marie, on me proposera sûrement une promotion. Le patron est du genre à valoriser les grandes familles, la tradition, tout ça.

Ne me dis pas que tu envisages de lui faire un enfant ! soffusque Madame Dubreuil.

Mais non, voyons. Déjà quun gosse, ça coûte une fortune. Et puis Élodie est très branchée carrière, les enfants, ça ne lintéresse pas. Je pensais même raconter à tout le monde quelle nen voulait pas, ou quelle ne pouvait pas, comme ça je passerais pour un héros qui la acceptée malgré tout.

Ne va pas te marier, aucun intérêt pour toi. Si tu savais toutes les conséquences juridiques ! Tout ce que tu achètes une fois marié devient commun. Si tu veux la quitter, il faudra tout partager, lappartement, la voiture, largent… Sauf si tu proposes un contrat de mariage, mais sérieusement, tu crois quelle refuserait den profiter ? Et si elle tombe malade, légalement, tu lui dois tout. Dernièrement, un client a dû continuer de payer une pension à son épouse infidèle, même après un accident où elle est devenue invalide ! Non Nicolas, il vaut mieux garder Élodie à distance. Si ça tourne mal, tu pourras la mettre dehors du jour au lendemain.

Élodie était rentrée discrètement, les larmes aux yeux. Elle savait bien que Nicolas nenvisageait pas sérieusement de lépouser après deux ans, toujours pas de demande. Mais cest une chose den avoir conscience, et cen est une autre dentendre formulées les raisons en termes aussi froids et utilitaristes : la virer au moindre problème, surtout si elle était affaiblie ou malade.

Nicolas avait prétendu quil ne pouvait pas lépouser à cause de la politique de lentreprise, soi-disant défavorable aux salariés mariés. Il avait même promis que, dès quil trouverait un autre emploi, il franchirait le pas. Mais la réalité était tout autre.

Les larmes avaient coulé toute la nuit, puis, peu à peu, lamour pour Nicolas avait disparu.

Dès le lendemain, Élodie sétait posée face à ses sentiments, réfléchissant de façon purement pratique. Vivre avec Nicolas lui faisait gagner du temps sur les corvées et les trajets (il habitait quasiment en centre-ville de Lyon). Et puis, malgré ses défauts, il était doué au lit, et il nétait pas dit quelle en retrouverait un aussi compétent rapidement. En outre, grâce à cette cohabitation, elle pouvait louer son studio en banlieue, ce qui lui rapportait chaque mois quelques euros, ce qui nétait jamais à négliger.

Si on oubliait les sentiments qui, elle le comprenait maintenant, nexistaient sans doute pas non plus chez Nicolas leur accord pratique fonctionnait : chacun y trouvait son compte, aussi longtemps que cela ne posait pas de problèmes majeurs.

Cest ce qui avait duré, jusquà ce que, quelques mois plus tard, Nicolas, un soir de fête, prenne la route en état divresse, rate un virage, pulvérise la rambarde du périphérique lyonnais, détruit sa Renault flambant neuve et, plus grave encore, se brise la colonne vertébrale.

Les médecins restent optimistes : il a une chance de sen remettre, mais la rééducation sera longue et douloureuse. Par chance, il est victime et coupable à la fois il na mis personne dautre en danger et évite la case tribunal correctionnel.

Cest cette bonne nouvelle quil partage avec Élodie, venue le voir à lhôpital pour la première et la dernière fois.

Tinquiète, Élodie, on va sen sortir. Dici six mois, un an, je remarcherai. Le plus important, cest de tenir le coup et de ne pas perdre espoir.

Bonne chance à toi, vraiment, répond Élodie, un large sourire aux lèvres.

Puis elle pose calmement les faits : elle ne compte pas rester avec un quasi-invalide, ce nest pas dans son intérêt, alors dès aujourdhui, elle quitte son appartement.

Dailleurs, je viens juste pour te rendre tes clés. Jai déjà pris mes affaires et mes appareils, je tenvoie des photos de létat de lappart pour te prouver que rien ne manque.

Attends Tu me laisses tomber, là, maintenant ? On saime, Élodie ! Les gens qui saiment, ils restent unis dans les moments difficiles, non ?

Sauf que toi et ta mère avez bien expliqué que le mariage nétait justement pas une option pour éviter davoir à soutenir lautre en cas de coup dur. Ça marche dans les deux sens, Nicolas. Je ne vais pas porter, seule, quelquun qui maurait lâchée dans la même situation, et qui de toute façon nest même pas mon mari.

Je taurais jamais quittée ! Jamais…

Cest facile à dire aujourdhui. Mais qui sait ce qui se serait passé si les rôles avaient été inversés ?

Cest tout. Jai passé du bon temps, je te souhaite bon courage pour ta rééducation, et nessaie plus jamais de reprendre contact.

Sur ces mots, Élodie quitte la chambre dhôpital et bloque aussitôt le numéro de son ancien compagnon.

Elle décide définitivement de ne plus jamais rien avoir à faire avec Nicolas ni avec sa famille.

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La revanche de Julie À peine sortie de son travail, une jeune femme est accostée par la mère autoritaire de son ancien compagnon, qui lui reproche d’abandonner Dima alors qu’il a besoin de soutien. S’ensuit une confrontation mordante où Julie lui rappelle comment elle et son fils planifiaient, dans son dos, d’éviter tout engagement, de peur qu’elle ne devienne « un poids » en cas de coup dur. Désormais décidée à s’émanciper, Julie refuse de se sacrifier pour un homme qui n’a jamais voulu s’engager et laisse derrière elle non seulement une relation sans amour, mais aussi les manipulations de sa belle-famille, avec la satisfaction ironique de n’avoir jamais été mariée à Dima, ce qui lui épargne toute pension alimentaire. Une vengeance toute en lucidité et en indépendance, sur fond de disputes familiales et d’héritage immobilier aux portes de Paris.
Tu restes la meilleure La fête du mariage a résonné dans le village : c’est Dasha et Germain qui se sont dit oui. Mariage rural, joyeux et animé, la célébration déborde dans les ruelles ou sur les bancs devant les maisons. Il suffit d’un prétexte pour festoyer. Dasha et Germain ont emménagé ensemble, chez la grand-mère de Germain, loin des parents. Germain travaille comme chauffeur-livreur avec sa camionnette Renault pour livrer des marchandises aux deux épiceries du village. Leurs fiançailles furent brèves, Germain savait qu’avec cette fille discrète et charmante s’annonçait une épouse attentionnée. Après deux mois à peine, la demande en mariage s’est faite lors d’un rendez-vous trivial. — Dasha, on se marie ? — Déjà ? C’est si rapide ! — Pourquoi tarder ? On se connaît depuis l’école, même si j’ai eu mon bac deux ans avant toi… Tu es d’accord ? — Oui, bien sûr ! répondit-elle, ravie. La mère de Dasha, surprise, s’inquiéta : — Ma fille, Germain se presse. Es-tu sûr qu’il t’aime ? Et toi, comment tu le trouves ? — Je l’aime beaucoup. — L’essentiel, ma fille, c’est de ne pas se tromper. Un mari, c’est un appui solide. Dernièrement, on parle beaucoup dans le village de Michel, qui a pris le mauvais pli de boire. Un jeune homme sérieux mais réservé, qui traîne désormais avec des copains oisifs et fêtards. — Taïsia, qu’est-ce qu’il lui arrive à ton Michel ? Il était bon garçon, il conduisait la moissonneuse-batteuse, et voilà qu’il se perd. S’il continue, il perdra son travail, c’est sûr. Michel ne décollait plus, sa mère s’inquiétait sans succès. Quand vint la saison des récoltes, il ne se présenta même pas, et fut renvoyé, lui qui connaissait si bien les machines. Rencontrant Taïsia, grand-mère Évodie opina : — Que t’arrive-t-il avec ton Michel ? Encore croisé ivre, c’est dommage, il était prometteur… Je l’ai revu, il rentrait chez lui en titubant. Taïsia ne comprenait plus son fils. En rentrant, elle le trouva murmurant sur le canapé. En tendant l’oreille : — Dasha… Pourquoi l’as-tu épousé ? Moi, je t’aime… — Mon Dieu, serait-ce pour Dasha la factrice ? Michel serait amoureux d’elle ? Il n’a jamais fréquenté de fille, c’est la première fois… Sa timidité l’a perdu. Ce jour-là, Dasha passa justement distribuer le courrier. Taïsia l’attendait devant la maison. — Dasha, pourquoi tu as épousé Germain alors que Michel t’aime et souffre pour toi ? Tu ne l’as pas vu ? Dasha fut saisie, puis répondit : — Tatie Taïsia, d’où tu tiens ça ? Je ne comprends pas… — Il t’aime, je l’ai entendu marmonner aujourd’hui. Il est réservé, il n’a jamais su te le dire. Voilà pourquoi il boit… — Je te promets d’aller le voir, Tatie. Deux jours plus tard, Dasha croisa la bande de Michel, attablés avec des bouteilles au coin du chemin. Elle l’interpella, les autres disparurent au loin. Elle s’assit près de lui. — Dis-moi, tu m’aimes depuis longtemps ? — Depuis l’école… Dasha étonnée, silencieuse un moment : — Michel, aimer ce n’est pas s’abîmer. Tu bois, tu rends ta mère malheureuse et tu gâches ta vie. Redeviens toi-même. Franchement, je ne suis pas si exceptionnelle : je suis maladroite, pas très organisée, pas douée comme maîtresse de maison… Qu’est-ce que tu trouves à aimer ? Tu trouveras ton bonheur un jour. Pour l’instant, protège ta mère. Dasha s’en alla, Michel murmurait : — Mais tu restes la meilleure, tu te sous-estimes. Près du magasin, elle vit la voiture de son mari. Étonnée — il aurait dû être en ville. La vendeuse Tatiana, les joues rouges, sortit précipitamment. — Dasha, tu cherches quelque chose ? — J’ai vu la voiture de Germain, il n’est pas censé être ici… — Euh… elle est en panne, il est au garage pour des pièces. — D’accord, je repasse. La vie au village suivait son cours. Dasha distribuait le courrier, mais elle ne revoyait pas Michel. Elle questionna Taïsia en lui remettant le journal : — Il a arrêté de boire, il travaille au bois, s’occupe à la maison, ses mauvais amis viennent mais il les chasse. — Je suis soulagée, merci Dasha, il m’a parlé de ta visite. Un jour, en passant au magasin, Dasha tomba sur Germain qui embrassait passionnément Tatiana, pensant ne pas être vue. — Oh… Je tombe à pic… — Les deux se séparèrent brusquement. — Dasha, on parlera à la maison, dit Germain en évitant son regard. — Mais pourquoi… C’est parfait, marre de me cacher pour vous, Germain et moi, c’est fini depuis longtemps, confirma Tatiana fièrement. Même s’il s’est marié par dépit, notre amour n’a jamais changé. — Dasha, je t’expliquerai à la maison… — Nul besoin, tout est clair, dit-elle en sortant du magasin. La mère consola Dasha, qui finit par divorcer : le village apprit la nouvelle aussi vite que le reste. Les rumeurs circulaient déjà sur Tatiana et Germain. Taïsia raconta à Michel : — Dasha divorce, Germain la trompe avec Tatiana. Tu m’avais prévenu… Vas chercher du travail, l’ancien patron t’attend, il a remarqué que tu ne touches plus à l’alcool. — Maman, je le savais… Mais Dasha ne m’aurait jamais cru… Quelques temps après, la nouvelle fit le tour : Michel et Dasha se marient ! La grand-mère Évodie rayonnait, la voisine Valentina approuvait : — Michel est posé, il va rendre Dasha heureuse, ça lui réussit d’avoir arrêté de boire. Un jour, dans la cuisine, Dasha servit soupe et gâteau. — Michel, tu disais que je n’étais pas douée, mais regarde cette cuisine bien tenue ! — Dasha, je l’ai toujours su : tu es la meilleure. — Michel, j’ai une nouvelle : je suis enceinte, annonça-t-elle en souriant. Michel en resta bouche bée puis la serra fort, fou de joie. Dasha donna naissance à une fille, puis à un garçon trois ans plus tard. Taïsia, la belle-mère, chérissait ses petits-enfants et sa belle-fille. La vie s’écoulait paisiblement.