Il y a de nombreuses années, je vivais seule avec mon fils, après un divorce, dans un pays étranger. La mélancolie m’a submergée.

Il y a de nombreuses années, je vivais seule avec mon fils Lucas, après mon divorce, dans un pays étranger, plus précisément à Bruxelles, loin de ma France natale. Une profonde mélancolie sétait abattue sur moi. Je me sentais isolée, déplacée, comme une âme en peine. Chaque soir, je grimmais sur mon vieux vélo et arpente­tais pendant des heures les rues inconnues de la ville, longeant les avenues bordées de maisons impeccables et de parterres de fleurs soignés. Le cœur serré, je contemplais les silhouettes des habitants qui, derrière les rideaux éclairés, semblaient vivre dans la quiétude et le bonheur. Je me demandais pourquoi je ne pouvais pas connaître ce même contentement. Ma famille était restée en Provence, mon mariage sétait dissous, et les amitiés sétaient éparpillées comme des feuilles au vent après la séparation. Je me sentais seule et malheureuse.

Un bâtiment au bout dune rue que je ne connaissais pas, dans une impasse sombre, captiva mon attention. Ce nétait pas tant la bâtisse que la fenêtre qui brillait derrière les arbres. Même lorsque les autres fenêtres séteignaient, cellelà restait allumée, comme un phare dans la nuit. Au fil de mes balades, je revenais toujours à cet angle, je marrêtais, je regardais à travers les feuillages cette lueur qui semblait promettre famille, amour et bonheur. Puis, je repliais les jambes sur mon vélo et regagnais ma modeste maison, froide, sombre, vide.

Un jour, poussée par la curiosité, je décidai de suivre la rue jusquau bout de limpasse. Jarrivai dans une fourche en T, tournai à gauche et, comme par enchantement, je me retrouvai sur une avenue familière qui menait droit à mon quartier. Au départ, je ne comprenais rien. Je pensais être loin de mon domicile, perdue dans un lieu étranger, alors quen réalité, le réseau circulaire des rues mavait simplement fait perdre la boussole. Je rebroussai alors le chemin jusquau point où je métais toujours arrêtée pour contempler cette fenêtre mystérieuse.

Lorsque la brume de létrangeté se dissipa, tout devint soudain familier : les arbres, les maisons voisines, et surtout la fenêtre. Ce nétait pas la fenêtre dune maison lointaine, mais celle de mon propre appartement, qui se reflétait à travers le jardin du voisin. Cétait la lampe de chevet de Lucas, restée allumée parce quil navait pas encore fermé les yeux, attendant mon retour de promenade. Le voile de lillusion se leva en un instant. Jétais dans une rue inconnue, et linstant daprès, je me tenais derrière la porte de mon propre logement, où la lumière guidait mon cœur comme un phare damour dans lobscurité.

Je franchis le seuil, enlaçai mon fils et lembrassai bonne nuit. Alors, je compris que tout ce que je désirais lamour, la famille, le bonheur était déjà là, dans ma maison, mais que javais été aveuglée, incapable de le voir et de le chérir. Cette prise de conscience menseigna que parfois, il suffit de tourner le regard vers lintérieur pour découvrir que la lumière que lon cherche nest autre que celle qui brille déjà chez soi.

Оцените статью
Il y a de nombreuses années, je vivais seule avec mon fils, après un divorce, dans un pays étranger. La mélancolie m’a submergée.
Les Deux Épouses