Je rentre à la maison pour le dîner que ma femme, Claire Dupont, prépare ce soir. Je veux lui parler, le sujet est difficile, alors je commence: «Jai quelque chose à te dire». Elle ne me répond pas, se remet à cuisiner. Je remarque à nouveau la douleur dans ses yeux.
Je dois poursuivre, alors je lâche que nous devons divorcer. Elle ne demande que «Pourquoi?». Je reste muet, je ne veux pas répondre.
Elle sénerve, lance tout ce qui lui passe sous la main, crie: «Tu nes pas un homme!». Il ny a plus rien à dire. Je me couche, je narrive pas à dormir et jentends ses sanglots. Je ne sais pas comment lui expliquer que notre mariage sest éteint, que mon cœur appartient à Julie Lefèvre.
Le lendemain, je prépare les papiers de divorce et de partage du patrimoine. Je lui laisse lappartement de Lyon, la Renault Clio et 30% des parts de mon entreprise de vins. Elle sourit, déchire les documents et affirme quelle ne veut rien de moi, puis elle pleure de nouveau. Dix ans de mariage me manquent, mais sa réaction ne fait que renforcer mon désir de séparation.
Ce soir, je rentre tard, je ne dîne pas et je me glisse immédiatement dans le lit. Claire est assise à la table, en train décrire. Au milieu de la nuit, je la réveille: elle écrit encore, immobile. Je ne men soucie plus, il ny a plus dintimité entre nous.
Le matin, elle me propose des conditions pour le divorce. Elle veut garder de bonnes relations, tant que cela suffira à notre fils, Thomas, qui passe ses examens dans un mois. Elle soutient que ces nouvelles le bouleverseraient. Son deuxième souhait me paraît absurde: pendant un mois, chaque matin je devrai la porter hors de la chambre jusquau seuil, comme rappel du jour où je lai accueillie à la maison après le mariage.
Je névoque aucune objection. Au travail, je raconte cette demande à Julie, qui se moque en disant que cest une manipulation pitoyable de ma femme pour me retenir.
Le premier jour où je la prends dans les bras, je me sens maladroit. Nous sommes de plus en plus étrangers. Thomas nous voit, saute de joie et crie: «Papa porte maman!». Claire murmure: «Ne lui dis rien». Je la dépose près de la porte, elle se dirige vers larrêt de bus.
Le deuxième jour, tout devient plus naturel. Je remarque pour la première fois les fines rides autour de ses yeux et quelques cheveux gris. Elle a tant donné à notre couple, que puisje bien lui rendre?
Rapidement, une petite étincelle renaît entre nous et grandit chaque jour. Elle devient de plus en plus légère à mes yeux. Je ne dis rien à Julie.
Le dernier jour, je la trouve près du placard, affligée de sa perte de poids. Thomas entre et demande quand papa la portera à nouveau. Je la soulève, comme le jour de notre mariage, et elle menlace doucement le cou. Le seul souci qui me reste, cest son poids.
Je la repose sur le sol, attrape les clés de la voiture et file au travail. En rencontrant Julie, je lui dis que je ne veux plus divorcer, que nos sentiments se sont refroidis parce que nous nous sommes négligés. Elle me gifle, senfuit en sanglots.
Je réalise que je veux avant tout revoir Claire. Je sors du bureau, jachète le plus beau bouquet au fleuriste du quartier. Le vendeur me demande ce que je veux inscrire sur la carte; je réponds: «Pour moi, le bonheur sera de te porter dans les bras jusquà la mort.»
Je rentre à la maison, le cœur léger, le sourire aux lèvres, je monte les escaliers et jentre dans la chambre. Claire est allongée sur le lit, immobile elle est morte.
Plus tard, japprends quelle se battait courageusement contre un cancer depuis plusieurs mois, sans jamais men parler, car elle était absorbée par ses «conditions de divorce» pour protéger Thomas et mempêcher de devenir le monstre aux yeux de notre fils.
Jespère que mon récit pourra aider quelquun à sauver son foyer; bien des personnes abandonnent sans savoir quelles sont à un pas du bonheur.
