Ni avec toi, ni sans toi… — Ne jure jamais, ma chérie. Dans rien. On jure amour éternel et la vie nous offre une nouvelle passion à laquelle on ne peut résister. La vie, c’est l’imprévu… Alors aime, réjouis-toi, vis simplement, répétait Véronique, persuadée de transmettre les vraies vérités. — Un nouvel amour ? Maman, comment ça ? Pour moi, c’est trahir celui qu’on aime, s’étonna Anna devant sa mère. — Anna, oui, peut-être que c’est une trahison… Mais parfois, l’amour s’en va, impossible de le retenir. On redevient indifférent à celui qu’on adorait. Revenir en arrière, c’est arroser du sable dans le désert… Inutile. Et puis vient un nouveau sentiment, comme un courant. L’ancienne passion s’efface, la nouvelle coule. On ne sait pas pourquoi c’est venu, il y a juste cette étincelle. Une chimie qu’on ne contrôle pas… Comment expliquer le rouge ? Impossible. Les sentiments, c’est pareil, soupira Véronique. Anna regarda sa mère attentivement, persuadée qu’elle parlait d’elle-même, de son secret. — Tu dis des choses étranges, maman… Je vais essayer de comprendre, souffla Anna avant de quitter la pièce. — J’espère, murmura Véronique en étreignant sa fille. …Comment expliquer à sa fille et à soi-même qu’au fond, peu importe les années de mariage, les épreuves traversées ensemble, les enfants… Ça n’a plus d’importance. Vient cet autre. On se laisse happer par sa vie. On se demande alors comment on a pu vivre sans lui… Véronique, résignée, regardait par la fenêtre. Et maintenant ? Impossible d’oublier cet homme. Il était là, douloureux comme une écharde au cœur. Les psy n’y feraient rien. C’est l’amour… « Je n’y suis pour rien… Je ne cherchais personne. Édouard m’a trouvée. Il ne me lâchera pas, j’ai déjà voulu fuir, impossible… Ses caresses me font frissonner. Un signe du destin. » Véronique décida de ne rien dire à son mari. Elle ferait ses valises en cachette et partirait rejoindre Édouard dans une autre ville. Il l’appelait depuis longtemps. L’amour était prêt… Peut-être que son mari comprendra. Depuis six mois, Véronique collait son téléphone sous l’oreiller chaque soir, l’emmenait sous la douche, le gardait au creux de la main… Il comprendrait, il est intelligent… « Ma fille, elle, est droite. Elle s’est mariée, point final. Jamais un faux pas, fidèle comme l’aiguille suit son fil. Famille parfaite, un petit garçon, tout son amour pour lui. Bon, il n’est pas à son image, il est plutôt turbulent, mais la vie remettra les choses à leur place… » Véronique était enfin prête à partir. Pour toujours. Vers l’amour. Mais la vie décida autrement. Brutalement. Son mari tomba cloué par un AVC, aussi impuissant qu’un enfant. Avant, tous les malheurs, ils les affrontaient ensemble, à deux… Désormais, Véronique oscillait entre son amour et son devoir. Elle n’avait que le téléphone pour parler à Édouard. Venaient des moments d’amertume, où elle ne voulait plus ni amour ni passion… Sa vie chavirait. Son mari l’émeuvait, Édouard, elle ne pouvait l’oublier. L’amour pour lui grandissait encore… Anna, sa fille, voyant le désarroi de sa mère, déclara : — Maman, je m’occupe de papa. Vis ta vie… Véronique sanglota, étreignit Anna : — Merci, ma chérie… ma fille si sage. Le soir même, elle attendait le train à la gare. …Retrouvailles avec Édouard. Larmes, baisers avides, conversations sans fin. — Bonjour, mon amour, murmura Véronique, suspendue à son cou. — Véronique, que tu m’as manqué… répondit Édouard, lui baisant la main. La nuit fut magique, sans fond… Passion échevelée, retrouvailles gourmandes, frissons, insatiété… Les draps se souvenaient des soupirs… Où était le ciel ? Où était la terre ? Comme si c’était la dernière fois… Combien elle avait besoin de cette étreinte chancelante ! …Trois jours plus tard, Véronique veillait auprès du lit de son mari inerte, une main sur ses larmes…

NI AVEC TOI, NI SANS TOI

Ne promets jamais rien. Jamais.
Tu jures un amour éternel, et la vie t’offre un nouvel amour auquel tu ne pourras résister…
La vie, c’est une chose imprévisible. Alors, aime, réjouis-toi, vis, tout simplement, disait Véronique Delaunay, en pensant délivrer à sa fille des vérités raisonnables.

Un nouvel amour ? Maman, comment est-ce possible ? Pour moi, c’est une trahison envers celui ou celle qu’on aime, Éloïse la regarda, ébahie.

Éloïse, peut-être que cest une trahison, une infidélité, oui… Mais comment te lexpliquer ? Lamour sen va. Tu ne peux ni l’arrêter, ni le retenir. Ce quelquun quon chérissait autrefois, pour qui on se serait jeté dans le feu, laisse place à une indifférence glaciale. Vouloir ressusciter ce qui est éteint, cest comme arroser du sable dans le désert : vain. Cest ainsi, Éloïse

Un sentiment neuf surgit, une sorte de courant, lancienne flamme séteint, la nouvelle coule comme un fleuve impétueux. Tu restes sans réponse : pourquoi ça arrive, pourquoi létincelle jaillit de nouveau, mystérieusement douloureuse et douce à la fois ?
Comment dompter cette passion dévorante ?
Quand tu rencontres celui qui te correspond, tout le passé paraît fade. Cest la chimie des émotions, voilà tout.
Sais-tu décrire la couleur rouge ? Impossible. Avec les émotions, cest pareil, soupira Véronique Delaunay dune voix lasse.

Éloïse dévisagea sa mère, se disant quelle parlait peut-être delle-même, dun amour secret.

Tu dis des choses étranges, maman Mais je vais essayer de te comprendre, dit Éloïse en quittant la pièce.

Je lespère, ma chérie Véronique serra tendrement sa fille dans ses bras.

Comment expliquer à une fille, ou même à soi-même, que peu importe les années partagées, dix ans, vingt ans
Peu importe les épreuves traversées main dans la main
Même sil y a des enfants, une maison, des souvenirs tissés
Tout cela na soudain plus de poids

Voilà quun jour, cet homme surgit. Et tu plonges dans sa vie comme on saute dans un abîme.
Tu te demandes comment tu as pu respirer, vivre sans lui aussi longtemps ? Comment ?
Véronique contemplait la fenêtre dun air résigné. Et après?
Impossible doublier cet homme. Il était là, point final. Planté avec violence au cœur, une épine impossible à extraire. Les psychologues ny peuvent rien. Cest de lamour

« Je nai rien fait de mal. Je nai rien cherché. Édouard ma trouvée, lui-même. Et il tiendra sa promesse, il ne me lâchera pas. Jai essayé de fuir, vingt fois Peine perdue. Un simple effleurement de sa main me glace et menflamme. Cétait écrit, cest le destin. »

Véronique décida de ne rien dire à son mari. En secret, elle préparerait ses affaires et partirait rejoindre Édouard dans une autre ville. Ensemble, ils construiraient enfin leur cocon.
Édouard la réclamait depuis longtemps. Leur amour avait eu tout le temps de mûrir

Son époux comprendrait, il est intelligent
Depuis six mois, Véronique gardait son portable sous loreiller, lemportait même sous la douche, ne le lâchait plus

« Ma fille, elle a trouvé son mari et sy est tenue. Même si elle sest précipitée vers le mariage, elle ne regarde ni à droite ni à gauche. Solide comme un roc. Éloïse suit son mari comme le fil suit laiguille. Une famille sans déchirure. Un fils bon, il nest pas comme sa mère, il est un peu frondeur, mais la vie arrangera tout, remettra bien les esprits en place »

Véronique acheva enfin ses bagages. Elle partait. Pour de bon, vers lhomme aimé.

Mais la vie, capricieuse, fit basculer tout son projet, la flagella sans pitié.
Son mari seffondra, réduit à limpuissance dun enfant. Une attaque.
Cela ne pouvait être vrai
Autrefois, rien ne leur résistait, ensemble

Véronique fut tiraillée entre Édouard et son mari. Elle ne pouvait plus que téléphoner à Édouard, sans pouvoir le retrouver. Des moments dabattement, de colère sourde. Plus envie damour, plus rien.
Tout sens dessus dessous
Son mari lui était atrocement cher, Édouard lui restait dans lâme, plus fort chaque jour.
Sa fille, voyant le désarroi profond, déclara :
Maman, je moccuperai de papa. Va vivre ta vie
Véronique fondit en larmes, serra Éloïse dans ses bras, souffla :
Merci, ma douce. Tu es une femme sage.

Le soir même, Véronique attendait sur le quai de la gare, la valise serrée contre elle.
Et la rencontre avec Édouard. Larmes de joie, baisers volés, mots murmurés, futiles et fous.
Bonjour, mon cher, Véronique se blottit contre Édouard, sans vouloir le lâcher.
Ma Véronique, je tattendais tant, Édouard lui baisa la main passionnément.

La nuit fut envoûtante, sans limite La passion les brisa, les retrouvailles tant attendues, livresse, linassouvissement
Les draps se souviennent encore des soupirs
Où était le ciel ? Où était la terre ?
Comme si cétait la dernière fois
Cette fragile rencontre lui avait tant manqué !

Et trois jours plus tard, Véronique veillait au chevet de son mari immobile
Essuyant ses larmes, les siennes, les siennes aussiAu petit matin, la lumière filtra à travers les rideaux dun bleu poudre. Véronique séveilla, blottie dans les bras dÉdouard, la tête pleine de souvenirs et dincertitude. Sans bruit, elle contempla le profil assoupi de cet homme quelle avait si longtemps désiré. Un silence dense sinstalla, peuplé du battement léger de son propre cœur, et, dans ce silence, une étrange paix sinvita.

Un parfum dinachevé planait dans lair. Véronique caressa la main dÉdouard, cherchant une certitude, mais ne trouva quune sensation éphémère : celle davoir vécu un rêve trop brillant pour durer. Sa pensée courut vers sa fille, vers lhomme couché dans un lit dhôpital, vers une vie entière derrière elle dont le poids ne sefface pas.

Édouard se réveilla, ouvrit les yeux, y laissa glisser un sourire tendre. Il souffla :
Maintenant, tout commence, tu vois ?
Véronique répondit, la voix tremblante démotion :
Oui tout commence. Mais tout recommence aussi, Édouard.

Elle sut, à cet instant, quil nexistait pas de fuite hors de soi-même. Que lamour nest ni pardon, ni oubli, ni promesse : il est juste ce fragile miracle, cette brûlure magnifique, quon accueille une nuit et quon apprend à laisser partir à laube.

Elle se leva, shabilla sans bruit, le regard doux. Posant un baiser sur le front dÉdouard, elle sourit enfin, pleinement :
Merci, murmura-t-elle, pour la passion, le rêve, la vérité.

Dehors, la ville séveillait, tout bruissait de possibles. Véronique marcha lentement vers la lumière nouvelle, porteuse de renoncements, mais aussi dune sincérité retrouvée. Ni avec toi, ni sans toi mais libre, enfin, daimer ce qui fut, ce qui est et ce qui, peut-être, adviendra.

Il ny eut ni regrets ni remords, seulement la sensation profonde davoir choisi, pour la première fois, non un homme, mais sa propre vie.

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Ni avec toi, ni sans toi… — Ne jure jamais, ma chérie. Dans rien. On jure amour éternel et la vie nous offre une nouvelle passion à laquelle on ne peut résister. La vie, c’est l’imprévu… Alors aime, réjouis-toi, vis simplement, répétait Véronique, persuadée de transmettre les vraies vérités. — Un nouvel amour ? Maman, comment ça ? Pour moi, c’est trahir celui qu’on aime, s’étonna Anna devant sa mère. — Anna, oui, peut-être que c’est une trahison… Mais parfois, l’amour s’en va, impossible de le retenir. On redevient indifférent à celui qu’on adorait. Revenir en arrière, c’est arroser du sable dans le désert… Inutile. Et puis vient un nouveau sentiment, comme un courant. L’ancienne passion s’efface, la nouvelle coule. On ne sait pas pourquoi c’est venu, il y a juste cette étincelle. Une chimie qu’on ne contrôle pas… Comment expliquer le rouge ? Impossible. Les sentiments, c’est pareil, soupira Véronique. Anna regarda sa mère attentivement, persuadée qu’elle parlait d’elle-même, de son secret. — Tu dis des choses étranges, maman… Je vais essayer de comprendre, souffla Anna avant de quitter la pièce. — J’espère, murmura Véronique en étreignant sa fille. …Comment expliquer à sa fille et à soi-même qu’au fond, peu importe les années de mariage, les épreuves traversées ensemble, les enfants… Ça n’a plus d’importance. Vient cet autre. On se laisse happer par sa vie. On se demande alors comment on a pu vivre sans lui… Véronique, résignée, regardait par la fenêtre. Et maintenant ? Impossible d’oublier cet homme. Il était là, douloureux comme une écharde au cœur. Les psy n’y feraient rien. C’est l’amour… « Je n’y suis pour rien… Je ne cherchais personne. Édouard m’a trouvée. Il ne me lâchera pas, j’ai déjà voulu fuir, impossible… Ses caresses me font frissonner. Un signe du destin. » Véronique décida de ne rien dire à son mari. Elle ferait ses valises en cachette et partirait rejoindre Édouard dans une autre ville. Il l’appelait depuis longtemps. L’amour était prêt… Peut-être que son mari comprendra. Depuis six mois, Véronique collait son téléphone sous l’oreiller chaque soir, l’emmenait sous la douche, le gardait au creux de la main… Il comprendrait, il est intelligent… « Ma fille, elle, est droite. Elle s’est mariée, point final. Jamais un faux pas, fidèle comme l’aiguille suit son fil. Famille parfaite, un petit garçon, tout son amour pour lui. Bon, il n’est pas à son image, il est plutôt turbulent, mais la vie remettra les choses à leur place… » Véronique était enfin prête à partir. Pour toujours. Vers l’amour. Mais la vie décida autrement. Brutalement. Son mari tomba cloué par un AVC, aussi impuissant qu’un enfant. Avant, tous les malheurs, ils les affrontaient ensemble, à deux… Désormais, Véronique oscillait entre son amour et son devoir. Elle n’avait que le téléphone pour parler à Édouard. Venaient des moments d’amertume, où elle ne voulait plus ni amour ni passion… Sa vie chavirait. Son mari l’émeuvait, Édouard, elle ne pouvait l’oublier. L’amour pour lui grandissait encore… Anna, sa fille, voyant le désarroi de sa mère, déclara : — Maman, je m’occupe de papa. Vis ta vie… Véronique sanglota, étreignit Anna : — Merci, ma chérie… ma fille si sage. Le soir même, elle attendait le train à la gare. …Retrouvailles avec Édouard. Larmes, baisers avides, conversations sans fin. — Bonjour, mon amour, murmura Véronique, suspendue à son cou. — Véronique, que tu m’as manqué… répondit Édouard, lui baisant la main. La nuit fut magique, sans fond… Passion échevelée, retrouvailles gourmandes, frissons, insatiété… Les draps se souvenaient des soupirs… Où était le ciel ? Où était la terre ? Comme si c’était la dernière fois… Combien elle avait besoin de cette étreinte chancelante ! …Trois jours plus tard, Véronique veillait auprès du lit de son mari inerte, une main sur ses larmes…
— Quand pourrons-nous emménager dans votre nouvelle maison ? demandèrent mes beaux-parents sans détour. — Vous ne comprenez pas ? s’irrita Irène. — Puisque tout est terminé, nous avons décidé que vous nous inviterez bientôt chez vous.