Ma belle-mère est arrivée le 31 décembre et a commencé à mettre de l’ordre dans ma cuisine !

Ma belle, écoute, le 31décembre, ma belle-mère est arrivée à lappartement du 12avril, dans le 9ᵉ arrondissement, avec son air de reine du foyer. Elle a tout de suite commencé à remettre de lordre dans ma cuisine.

Remets la mayo à sa place, tout de suite ! Tu te rends compte que tu mets trop de mayo ? Ça va nous rendre le cœur gros comme du beurre! sest écriée Madame Moreau, la mère de Sébastien, en se glissant dans le couloir habillée dune robe en velours brodée, déjà recouverte dun vieux tablier taché quelle a sorti de son sac à main comme par magie.

Jai eu la cuillère à la main, le cœur qui bat la chamade, et jai tenté de garder mon calme.

Madame Moreau, on avait dit que vous arriveriez à dix heures, pour le dîner. Il nest que deux heures, je suis à mon planning minute par minute ai-je dit, en serrant les doigts sur le manche de la cuillère.

À dix heures, je dis ! a ricanné la vieille dame en savançant, poussant ma petite cuisinière dun coup de hanche. Jai senti que sans moi, vous faisiez nimporte quoi. Qui a découpé les carottes comme ça ? On dirait des cailloux pour le cheval, pas pour une salade!

Elle a attrapé le bol de carottes déjà coupées, les a scrutées comme si elle cherchait des missiles nucléaires. Dehors, la neige tombait en gros flocons, tableau parfait de Noël, mais ici latmosphère chauffait comme une marmite sur le feu.

Le 31décembre, cest toujours un marathon pour moi, mais jadore ce jour : lodeur du sapin mêlée à celle du rôti, le brouhaha de la préparation. Jusquici, tout allait bien.

Les carottes sont parfaites, ai-je lancé, en essayant de récupérer le bol. Donnezmoi, il faut que je marine le canard.

Le canard? a flamboyé Madame Moreau, comme si on lui proposait un sacrifice. Mon Dieu, Clémence, tu vas encore préparer ce truc caoutchouteux? Lan passé, Sébastien a failli se casser une dent. Jai apporté du collier de porc, on le batra avec un marteau, ce sera du velours. Le canard, metsle au congélateur, les chiens du quartier laiment.

Jai senti mon œsophage se serrer. Mon canard, cétait du canard fermier que javais acheté à la ferme de SaintGervais, mariné depuis la veille avec du miel et des oranges. Lan dernier, la «caoutchouc» était venue de son four réglé à plein régime, sans aucune surveillance de ma part.

Pas de porc aujourdhui, aije rétorqué, me plantant entre ma bellemère et le frigo. Le menu est fixé. Nos invités adorent mon canard.

À ce moment, Sébastien est entré, en chaussons, la tasse de café à moitié vide à la main.

Salut, maman, pourquoi tu es là si tôt ? a-t-il bâillé, ignorant la tension.

Bonjour, mon chéri! a changé de ton Madame Moreau, passant du ton de juge à celui dune confiserie. Je suis venue aider ta femme. Elle sest perdue entre les carottes et le canard. Je propose du porc à la bonne franquette, avec de lail et une petite couche de fromage.

Sébastien a gratta sa tête, passant du regard de la mère en furie à celui de la filleinlaw.

Bon le porc de maman, cest toujours une réussite, Clémence. On garde le canard pour Noël?

Cette remarque a été la goutte deau. Le petit «trahison» de mon mari a crevé mon cœur plus fort quun couteau émoussé. Jai respiré profondément, sentant le parfum de la vanille et le parfum du détergent qui venait de la cuisine de Madame Moreau. Des scénarios de crise, de hurlements, de pleurs ont traversé mon esprit, mais jai choisi autre chose.

Vous avez raison, Madame Moreau, aije murmuré, presque inaudible.

Elle sest figée, la main sur le frigo, surprise. Sébastien a hoché la tête, interloqué.

Vous dites que jai raison? a demandé Madame Moreau, méfiante.

Absolument, aije répondu en détachant le tablier. Je suis sûrement nulle : mes carottes sont trop grosses, mon canard ressemble à du caoutchouc, je gaspille la mayo. Mais le réveillon, cest la famille, il faut que ce soit parfait, surtout pour mon fils.

Jai enlevé le tablier et lai posé sur le dossier dune chaise, gestes précis comme un chirurgien après une opération.

Cest quoi ce truc, Clémence? a demandé Sébastien, un brin inquiet.

Je cède la place au professionnel, aije souri, regardant Madame Moreau dans les yeux. Madame Moreau, la cuisine est à vous. Le porc, les produits, tout est dans le frigo. Faites comme vous lentendez, pour que Sébastien se régale. Moi, je vais prendre un bain, je nen peux plus.

Très bien, ma petite, a répondu Madame Moreau, ravie, en semparant du tablier. Va, ma chérie, ne gêne pas le pas. Je vais mettre de lordre ici. Sébastien, sors la hachoir, on va préparer des boulettes, le canard est annulé!

Des boulettes? Pour Noël? a rétorqué Sébastien, perplexe.

Maison, savoureuses, ne discute pas avec la mère,! a répliqué Madame Moreau.

Je suis sortie, fermant la porte derrière moi. Par la fenêtre, je voyais la vieille dame balayer ma belle carotte découpée dans la poubelle, marmonnant «nourriture pour le cochon». Mon cœur sest serré, mais jai fait volteface, allant à la chambre, attrapant le nouveau livre que je voulais lire pendant les vacances, les patchs pour les yeux et la serviette moelleuse.

Le claquement de la serrure ma isolée du vacarme. Jai rempli la baignoire deau chaude, ajouté une montagne de mousse, mis de la musique douce sur mon téléphone et je me suis laissée aller. Dabord, la colère me tremblait, je pensais à Madame Moreau qui déplaçait mes épices, qui faisait tout frire à lhuile de colza, qui arrangeait les salades dans des vases cristal. Puis leau tiède a calmé le tout, les pensées ont glissé doucement. Au final, ce nest quun repas. Si Sébastien veut des boulettes grasses et une salade où la mayo dépasse les pommes de terre, cest son choix. Au moins, je passe le réveillon sans visage rouge et mal de dos.

Dans la cuisine, les cris de Madame Moreau résonnaient :

Sébastien, où est le râpe? Pourquoi elle est si émoussée? Dieu, il ny a rien de normal ici!

Sébastien, pourquoi le four hulule? Il ne chauffe plus! Cest quoi ce capteur? On aurait mieux fait davoir des boutons classiques!

Sébastien, où est la grande poêle? Ce revêtement va se casser! Le téflon, cest du pipeau!

Jai monté le volume de la musique, mis un masque sur le visage, et je me suis laissée aller.

Deux heures plus tard, leau refroidissait, je suis sortie, en peignoir duveteux. Lappartement sentait le gras de porc, le parfum doignon brûlé et la chlore. Madame Moreau avait même désinfecté les surfaces.

Dans le couloir, Sébastien me croisa, épuisé, la chemise tachée de graisse, les cheveux en bataille.

Clémence, tes encore là? Aidemoi, il ne comprend pas le four, le mode convection a tout brûlé en haut, le fond reste cru.

Cest impossible, aije prétendu, ajustant mon turban de serviette. Madame Moreau dit que je ne sais rien, que tout le monde sait tout. Comment conseiller le réparateur? Je ne veux pas empirer les choses.

Allez, stop, a supplié mon mari. Elle ma crié dessus trois fois pour mes haricots verts. Elle a refait la salade de hareng, maintenant cest une couche doignon dun centimètre. Je ne pourrai même plus la manger.

Ne ten fais pas, loignon cest plein de vitamines, laije caressée. Je vais me coiffer, les invités arrivent dans trois heures.

Je suis retournée à ma chambre, laissant Sébastien seul au chaos. Un fracas de couvercle, un cri de Madame Moreau : «Mais où sont tes mains? Rien ne tient!»

Jai pris le temps de me maquiller, denfiler une robe vert foncé en velours qui épousait ma silhouette, de coiffer chaque boucle. Dhabitude, je serais en train de courir entre le four et la table, le visage rougi par la chaleur, mais là je me regardais dans le miroir, confiante, sereine.

À trente minutes du début des invités, jai sorti le salon. La table était dressée, mais à la façon de Madame Moreau : assiettes dépareillées récupérées dans un placard, serviettes en papier empilées, saladiers en cristal remplis dune mayo industrielle.

Au centre, le plat de porc. La viande était noire aux bords, le centre baignait dans une flaque de graisse. Les boulettes, à moitié brûlées dun côté, trônaient à côté.

Madame Moreau, assise sur le canapé, séventait un éventail de serviettes en papier, le visage rouge, la robe froissée.

Oh, je suis épuisée, a-t-elle soupiré en me voyant. Vous avez un four capricieux, des couteaux émoussés, mais jai tout refait. Jai même mis du gélatine dans votre aspic, sinon il tremblait comme une feuille.

Merci infiniment, Madame Moreau, aije souri, arrivant à ma place. Vous êtes une vraie héroïne.

Sébastien restait dans le coin, les yeux rivés sur son téléphone, lair morose.

La porte sest ouverte. Kostia et Marina, des amis du couple, sont entrés.

Joyeux réveillon! a crié Marina, apportant le froid et un parfum de parfum coûteux. Clémence, tu es rayonnante! Quelle odeur cest du vrai foyer!

Ils se sont assis, ont débouché du champagne.

Alors, on lance la nouvelle année! a proclamé Kostia. Clémence, jai rêvé de ton canard toute la journée, il était incroyable!

Un silence. Sébastien a toussé dans sa paume.

Aujourdhui, cest le menu de maman, a-t-il balbutié. Du porc à lancienne.

Marina a haussé les sourcils, mais est restée polie. Madame Moreau, ravivée, a commencé à servir.

Servezvous, servezvous! Voici une vraie salade soviétique! Pas davocat, pas de crevettes, juste du bon.

Kostia a piqué la salade «Russe» avec sa fourchette.

Mmm très oignoné, a-t-il commenté, cherchant un verre deau.

Marina a goûté le porc, peinant à couper la viande sèche.

Un goût intéressant, at-elle dit diplomatiquement. Bien cuit.

Je suis restée droite, un verre de vin blanc à la main, sans toucher à la fourchette. Regarder mon mari mâcher une boulette comme si cétait la semelle dune botte darmée, jeter des regards coupables vers moi, ça me suffisait.

Ma petite Clémence, a lancé Madame Moreau, légèrement alcoolisée, en brandissant un verre de liqueur, elle a tout laissé tomber. Elle ne veut même pas bouger le petit doigt. Les jeunes daujourdhui sont paresseux

Maman, arrête, a interrompu Sébastien.

Questce que jai dit? sest surprise la vieille dame. Je te dis la vérité! Regardela, elle ne fait rien pendant que je me débrouille.

Madame Moreau, a intervenu Marina, en repoussant son assiette, Clémence est une hôte formidable. Elle travaille comme un cheval toute lannée.

Ah, le travail de bureau, à trier des papiers! a rétorqué la mère, en riant.

Je suis restée muette, profitant du moment. Les assiettes vides parlaient plus fort que toutes les discussions.

À lapproche des douze coups, Sébastien sest levé, est allé à la cuisine, revient avec un plateau couvert de foie gras, de saumon fumé et de fromages.

Jai pensé à vous, a-t-il annoncé, regardant sa mère dun œil lourd. Le canard de Clémone était le meilleur que jai jamais mangé. Lan prochain, cest elle qui cuisinera.

Madame Moreau a pâli, bouche bée.

Tu tu le dis à ta mère? Après ce que jai fait toute la journée

Merci pour laide, maman, a dit Sébastien fermement. Mais Clémence commande ici. Cest la dernière fois que tu te mêles de notre cuisine.

Madame Moreau a serré les lèvres, le visage rouge comme une tomate, prête à dire un truc, mais a fini par se baisser, les yeux dans son plat daspic.

Les douze coups ont retenti, les verres ont tinté, les vœux se sont faits. Jai souhaité que mes limites restent aussi solides quun château fort.

Quand les invités sont partis, il était déjà trois heures du matin. Madame Moreau, se plaignant dune migraine et des «enfants ingrats», sest endormie sur le canapé.

La cuisine était un champ de bataille : vaisselle sale, éclaboussures de graisse, farine par terre. Sébastien, au milieu du désastre, me regardait avec les yeux dun chien qui a fait une bêtise.

Clémence je suis désolé, je suis con.

Je lai pris dans les bras, lai embrassé sur la joue.

Tu as bien compris, Sébastien, cest lessentiel.

Je vais tout nettoyer moimême, atil promis, scrutant le chaos. Même le gras du plan de travail

Vraiment? Ça prendra deux heures, tu sais

Vraiment.

Jai souri, monté à la chambre, prête à affronter demain et la prochaine dispute avec ma bellemère, mais aujourdhui javais gagné sans tirer une seule balle : javais laissé les choses prendre leur cours.

Je me suis glissée sous les draps frais, écoutant les cliquetis de la cuisine, le grondement de leau, le petit râle de mon mari qui raclait une poêle brûlée. Ces bruits, cétait ma berceuse.

Оцените статью
Ma belle-mère est arrivée le 31 décembre et a commencé à mettre de l’ordre dans ma cuisine !
Довели её до предела: как терпение превратилось в истерику