Mes parents ne méritent que du mépris. Parfois, il m’arrive de regretter dêtre née dans une telle famille.
Je sais bien quen abordant ce sujet, je risque dêtre incomprise, voire jugée sévèrement, mais je tiens malgré tout à partager mon ressenti. Dites-moi, pourquoi donc des gens sans ressources, qui nont rien accompli de notable dans leur vie, décident-ils de mettre des enfants au monde? Dans quel but ? Pour perpétuer la même misère ? Pourquoi ne se soucient-ils pas de lavenir quils réservent à leurs enfants ?
Moi, je viens justement dune telle famille. Mes parents nont jamais rien construit. Aucune éducation, aucun métier, pas même un logement à eux. Tout ce quils ont fait, cest nous mettre au monde, mes quatre sœurs et moi. Pourquoi? Oui, je lavoue à contre-cœur: le bonheur et la gratitude dêtre née ne mont jamais traversée. Et ainsi fut ma réalité.
Durant toute mon enfance, on ne cessait de mhumilier à cause de ma pauvreté. On me répétait sans cesse que ma mère, Lucienne, était concierge, et que mon père, Bernard, nétait quun simple ouvrier. Même mes professeurs me faisaient sentir que mon avenir serait scellé, que je finirais sur la mauvaise pente ou, pire, oubliée dans la misère. Quavais-je bien pu faire pour mériter tout cela ? Juste dêtre fille de parents qui navaient pas su être à la hauteur. Depuis, je leur en veux cest pourquoi je ne maintiens aucun lien avec eux aujourdhui.
Cependant, malgré la précarité et le manque despoir, jai su me relever. Jai travaillé sans relâche, jai étudié, jai réussi à minscrire à la faculté et jai financé seule mes études. Au fil du temps, jai pu gravir quelques échelons et mener la vie dont je rêvais autrefois. Pourtant, mon passé miséreux me colle à la peau comme une ombre persistante.
La difficulté sintensifie depuis que jaime un homme issu dune famille fortunée, à Paris: ses parents, Marie-Claire et Gérard, sont cultivés, intelligents, raffinés. À chaque rencontre, je peine à me sentir à ma place. Jéprouve une honte inexplicable, même quand il sagit de leur adresser la parole. Que faire? Je nen ai pas la moindre idée. La pauvreté encombre toujours mes pensées, et les souvenirs de ces jours ternes où lon me la jetait à la figure demeurent indélébiles.

