Maman, arrête de harceler papa tous les soirs !
Maman, il faut quon parle, entre femmes.
Margaux, six ans à peine, fixait sa mère avec le sérieux dun ministre. Sa mère navait quà hocher la tête et demander :
Très bien, de quoi veux-tu discuter ?
De quoi ? sétonna la fillette. Des hommes, évidemment.
Dans ce cas, de qui ? On dit de qui, pas de quoi pour les gens, tu sais.
La mère en profita pour corriger gentiment sa fille, fidèle à lesprit pédagogue des mamans françaises.
Mais pourquoi cest comme ça ? Je trouve ça bizarre.
Dès quil sagit de personnes, il faut parler de qui.
Oh, la la… marmonna Margaux, boudeuse.
Je nai encore rien dit, et tu me mélanges déjà tout…
Pardon, pardon. Vas-y, dis-moi ce quil y a.
Je minquiète pour papa.
Quest-ce quil a ?
Je crois que tu lui en demandes trop le soir, là…
La mère sentit soudain une goutte froide glisser sous sa frange.
Ma chérie, tu ne dors pas la nuit ?
Mais si, évidemment ! Les grands yeux de Margaux transpiraient la sincérité.
Mais jentends toujours quand tu grondes papa : Ça suffit, il est tard, va dormir, Éteins ton ordinateur ! Mais maman, il travaille sur son ordinateur portable. Il gagne des euros pour nous deux. Pour que tu tachètes ce que tu veux, et pour moi des jouets. Alors pourquoi tu le déranges ?
Évidemment. Là, tu nas pas tort. Je te promets, je vais faire un effort. Cest tout ce que tu voulais me demander ? On arrête la conférence des femmes ?
Oui, oui, cest bon, répondit Margaux, rassurée.
Bon, je vais réchauffer le gratin. Papa va bientôt rentrer de la mairie.
Margaux se précipita à la fenêtre pour guetter son père. Lui, invariablement, lui faisait toujours un petit signe de la main.
