Le paradis au F3 : Quand Dimi confie enfin ses clés à Ève, elle se sent victorieuse—plus que DiCaprio n’a attendu son Oscar, elle a guetté cet Adam (même Dimi) avec sa propre mansarde ! Trente-cinq ans, le moral en berne, elle lorgnait déjà les chats errants et les boutiques de loisirs créatifs… Jusqu’à ce que Dimi, célibataire endurci, sportif vegan à la recherche de sens, lui offre une oasis à apprivoiser. Mais entre serrure capricieuse, voisine suspicieuse, déco à refaire et quiproquos dignes d’un vaudeville parisien, Ève découvre que transformer la tanière de son homme en nid douillet, c’est surtout l’occasion de s’imposer, de se tromper d’adresse… et de prouver que parfois, le vrai Eden tient dans un modeste appartement sur une avenue aux senteurs de lilas, jasmin et tisanes bio.

Un paradis dans un studio

Quand Pascal a remis les clés de son appartement à Chantal, elle a compris : le siège de la Bastille était enfin terminé. Aucun acteur tricolore, même pas un Jean Dujardin devant les Oscars, navait attendu son heure autant quelle son Pascal (même si ce nest « que » Pascal), surtout quand il était équipé de son propre nid. Désespérée, trente-cinq ans bien comptés, elle lançait de plus en plus de regards compréhensifs aux chats errants et sarrêtait devant les vitrines de « Loisirs Créatifs à prix tout doux ». Et lui, se vantant dêtre célibataire, davoir sacrifié sa jeunesse à sa carrière, à la diététique, à la salle de sport et à des fadaises comme la quête de soi et pas denfants à lhorizon. Chantal réclamait ce cadeau depuis ses vingt ans, et apparemment, ce Père Noël à la bourre avait fini par piger quelle nétait pas dhumeur à blaguer.

Dernier déplacement pro de lannée, et ensuite je suis tout à toi, dit Pascal en glissant la précieuse clé de son repaire. Mais ne prends pas peur de mon terrier. Jy rentre en général uniquement pour hiberner, précisa-t-il, avant de sauter dans un A320 direction fuseau horaire opposé pour le week-end.

Chantal, munie de sa brosse à dents, de sa crème miracle tout-en-un et de trois cotons démaquillants, fila inspecter le dit terrier. Les ennuis commencèrent dès lentrée. Pascal avait prévenu : la serrure est capricieuse, mais Chantal nimaginait pas à quel point. Pendant quarante minutes, elle assiégea la porte : la poussant, la tirant, enfonçant la clé jusquà la garde, puis la tournant à demi, poliment. Mais cette possessive avait décidé de faire la difficile avec la nouvelle venue. Chantal passa à la persuasion psychologique comme les copains lui avaient appris derrière le collège autrefois. Le raffut alerta la voisine den face.

Vous essayez dentrer chez quelquun dautre, non ? lança une voix féminine suspicieuse.
Pas du tout, jai la clé, rétorqua sèchement Chantal en sessuyant le front dans un élan de dignité.
Et vous êtes qui exactement ? Je vous ai jamais vue ici, poursuivit la commère.
Sa copine ! répondit Chantal, bras croisés, regard de défi, mais se heurtant à une porte entrouverte réduite à une simple fente dinterrogatoire.
Vraiment ? fit la voisine, sincèrement sidérée.
Oui, et alors ?
Non rien Cest juste quil na jamais ramené personne ici (dans un élan, Chantal adora Pascal encore plus), et là dun coup
Quoi, « dun coup » ?
Enfin, ce nest pas mes affaires. Désolée, balbutia-t-elle en refermant la porte.

Chantal, déterminée à ne pas se laisser faire, enfonça la clé et appuya avec toute la conviction dune femme qui compte bien prendre possession de son refuge. La serrure céda.

Lunivers intérieur de Pascal soffrit, brut et glacial. Certes, il est normal quun homme célibataire ait un petit côté spartiate, mais là on atteignait lascétisme monacal.

Pauvre chéri, ton cœur a oublié, ou na jamais su, ce quest un foyer douillet, soupira Chantal en faisant le tour de ce logis plus quaustère.

Paradoxalement, elle était ravie. La voisine navait pas menti : rien ici navait effleuré longle rose dune femme. Chantal était pionnière.

Impulsive, elle remonta illico ses ballerines et se rua au Monoprix acheter rideau de douche coloré, tapis moelleux, maniques et serviettes au motif tournesol pour la cuisine. Au rayon déco, craquage complet : diffuseurs de parfum, savons dartisan, boite à cosmétiques.

« Ajouter des petites touches dans lappart dun autre, ce nest pas du culot, cest de lart de vivre », se raisonna Chantal en alignant un deuxième caddie aux côtés du premier.

La serrure, cette fois, ne résista plus. À vrai dire, elle nassurait plus aucune fonction, évoquant un gardien de but de hockey sans casque. Prise de remords, Chantal passa sa soirée à retirer le vieux barillet à force de couteaux de cuisine, puis fila au Castorama du coin acheter un neuf. Couteaux, fourchettes, nappe à pois, planches à découper et dessous de plat y passèrent. Et tant quà faire, rideaux aussi.

Le dimanche midi, appel de Pascal qui annonça que la mission séternisait : deux jours de rab.
Ça me fait plaisir que tu mettes un peu de chaleur dans mon antre, avait-il ricané devant laveu de Chantal quant à ses initiatives de décoration.

Côté chaleur, elle en avait livré des palettes, triées selon les plans et répertoriées comme il se doit. Tant de frustration accumulée éclatait maintenant, et impossible de revenir en arrière : Chantal était en mode chantier ouvert.

Au retour de Pascal, il ne restait de son ancien appartement que laraignée près de la VMC. Chantal avait songé à lévacuer, mais devant ses huit yeux déboussolés par la révolution intérieure, elle sétait dit que labandonner là témoignerait de son respect des biens dautrui.

Le logis avait, de lextérieur, des airs de huit ans de mariage heureux, suivi dune brutale désillusion, puis dun bonheur retrouvé, envers et contre tout. Non contente davoir tout repensé, Chantal sétait arrangée pour que limmeuble entier la reconnaisse comme la nouvelle intendante. Pas de bague au doigt ? Détail technique. Les voisins ont dabord jeté des regards sourcilleux, puis, résignés, ont soupiré : « Si ça vous va, chacun sa vie »

***

Le jour du retour, Chantal prépara un vrai dîner maison, emballa ses atouts encore vaillants dans une tenue festive et légèrement provoc, alluma des bâtonnets dencens et tamisa la lumière pour lambiance. Ce cher Adam pouvait faire son entrée ; même sans pommier, leur coin du paradis était fin prêt.

Pascal trainait. Lorsque Chantal commença à sentir la couture de sa robe sincruster au point stratégique (celui pour lequel elle squattait le Club Med Gym depuis six mois), un trousseau tituba dans la serrure.

La serrure est neuve, pousse, cest ouvert ! lança-t-elle dun ton langoureux (et pas du tout paniqué). Elle navait aucune crainte quant au résultat son investissement décoratif plaidait pour sa défense, coûte que coûte.

Au moment précis où la porte souvrit, Chantal reçut un SMS de Pascal : « Tu es où ? Je suis à la maison. Rien na changé ici ! Mes potes mavaient pourtant prédit que tu transformerais tout en parfumerie ! » Évidemment, Chantal ne lut ce message qu’après. Dabord, cest cinq inconnus qui pénétrèrent dans lappart : deux jeunes hommes, deux ados et un papi qui, en apercevant Chantal, se redressa, lissa ses derniers cheveux gris et bomba le torse.

Eh bien, papa, quelle réception ! À quoi ça sert daller en maison de repos, si tas ce genre « dall inclusive» à la maison ? lança le grand fils, illico houspillé par sa femme pour cause excessive de coup dœil.

Chantal, plantée dans le couloir, deux flûtes à la main, narrivait plus à bouger. Crier ? Même pas, le choc la clouait sur place.

Un gloussement daraignée se fit entendre dans le coin.
Pardonnez-moi, mais vous êtes qui ? bafouilla Chantal.

Le proprio local, et vous, je parie que vous venez de la pharmacie pour ma visite de contrôle ? Javais pourtant dit que je gérais, répondit le papi en jaugeant la tenue dinfirmière sexy de Chantal.

Eh ben, Adam-Marie, cest le royaume du confort ici ! marmonna la belle-fille en furetant derrière Chantal. Rien à voir avec la crypte davant. Vous, mademoiselle, vous avez un prénom ? Il nest pas un peu mûr pour vous, notre Adam ? Bon, je comprends, un homme avec appart

Ch-Chantal
Eh ben dites donc ! Quelle sélection, Adam-Marie !

Daprès léclat dans ses yeux, papi trouvait la situation tout à fait à son goût.

Et… où est Pascal ? murmure Chantal, qui, dun trait, vida ses deux verres face au stress.

Ben, cest moi, Pascal ! sexclama un gosse de huit ans, levant la main.
Tes gentil, mais pour être Pascal, tas dabord quelques années devant toi, range ta main et file à la voiture, répondit sa mère en embarquant mari et rejetons.

Hum… Je crois bien que je me suis trompée dappartement, bredouilla Chantal en se remémorant sa lutte initiale avec la porte. Cest bien rue des Glycines, numéro dix-huit, appartement vingt-six, non ?

Pas du tout, ici cest rue des Lilas, dix-huit, répondit papi, déjà prêt à déballer ses valises surprises.

Bien sûr, soupira Chantal tragiquement, je les confonds toujours. Installez-vous… Je dois juste passer un coup de fil.

Attrapant son téléphone, elle détala dans la salle de bains, barricada la porte et semmitoufla dans une serviette. Cest là quelle découvrit le SMS de Pascal.

« Pascal, jarrive, jai juste été retardée aux courses », répondit-elle à la hâte.
« Parfait, je tattends. Si tu peux penser à ramener une bonne bouteille », répliqua Pascal en vocal.
Le vin, elle allait le ramener, mais déjà dans le sang. Elle attrapa le tapis, décrocha le rideau, attendit prudemment que les nouveaux arrivants envahissent la cuisine, puis fila ventre à terre rassembler ses affaires.

Adam-Marie, elle séchappe ! Lamour sévade ! hurlèrent les commères à travers leurs portes entrouvertes.

***

Je texpliquerai plus tard… fit Chantal dans une pirouette de justification à Pascal, lorsque celui-ci lui ouvrit enfin la bonne porte.
En mode zombie, elle le zappa royalement, direction salle de bains pour remettre rideau et tapis à leur place. Puis elle sécroula sur le canapé et dormit jusquau matin, jusquà ce que le stress et le pinard sévaporent.

Au réveil, face à un Pascal interloqué, elle demanda d’une voix enrouée :
Dis-moi… Cest quoi déjà ici, ladresse ?
Rue des Jasmins, dix-huit.

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Le paradis au F3 : Quand Dimi confie enfin ses clés à Ève, elle se sent victorieuse—plus que DiCaprio n’a attendu son Oscar, elle a guetté cet Adam (même Dimi) avec sa propre mansarde ! Trente-cinq ans, le moral en berne, elle lorgnait déjà les chats errants et les boutiques de loisirs créatifs… Jusqu’à ce que Dimi, célibataire endurci, sportif vegan à la recherche de sens, lui offre une oasis à apprivoiser. Mais entre serrure capricieuse, voisine suspicieuse, déco à refaire et quiproquos dignes d’un vaudeville parisien, Ève découvre que transformer la tanière de son homme en nid douillet, c’est surtout l’occasion de s’imposer, de se tromper d’adresse… et de prouver que parfois, le vrai Eden tient dans un modeste appartement sur une avenue aux senteurs de lilas, jasmin et tisanes bio.
Alors, c’était ça, ses soi-disant «voyages d’affaires»… — Je ne peux pas t’épouser. C’est ça que tu attends, non ? Macha n’a jamais compris comment elle avait pu ne pas s’évanouir à cette annonce. Tous les «coups de tonnerre dans un ciel serein» et les «coups de couteau dans le cœur» paraissaient bien fades à côté de ce qu’elle ressentait en cet instant. Elle n’avait jamais imaginé que son grand amour puisse déjà être marié ! Oui, il partait souvent en déplacement, mais c’était, croyait-elle, la nature de son boulot… Macha avait quitté son petit village à seize ans sans jamais vouloir y revenir. Sa mère, Olga Sergeïevna, épuisée par sa vie et son dur labeur à l’usine avicole locale, ne s’était d’ailleurs pas opposée au départ de sa fille. Qu’aurait-elle bien pu faire là-bas ? Trimer sur le même genre de boulot, sans jamais voir le jour ? Aussi, les premières années à la ville, sa mère l’avait aidée du mieux qu’elle pouvait. C’est quand Macha eut terminé son BTS et décroché un poste dans une petite société de logistique qu’elle put subvenir à ses besoins. C’est alors qu’elle eut une chance incroyable : une grand-tante qu’elle n’avait jamais rencontrée laissa en héritage à sa mère un petit F2. Olga Sergeïevna n’hésita pas une seconde à l’offrir à sa fille. Restait une question en suspens – celle du mariage. Ce n’était pas si simple. Macha, elle, rêvait d’un vrai mari, pas comme certaines amies prêtes à tout pour se dégoter un « papa gâteau », mais le prétendant idéal à ce poste se faisait toujours attendre. Deux histoires d’amour sans grand intérêt, qui finirent vite – sans mariage, bien sûr. Un petit gars du quartier, autrefois, lui avait lancé ce regard – celui d’un amoureux transi craquant de passion. Elle n’y avait jamais songé, à ce petit Nicolas, mais elle se souvenait encore de son regard. Aucun de ses prétendants suivants ne l’avait jamais contemplée ainsi. Les autres s’intéressaient aux comédies débiles, au foot et aux prix de la bière – c’était tout. Mais ce schéma-là, Macha ne le supportait pas le moins du monde. Voilà que surgit Paul – grand, séduisant, sûr de lui, seize ans de plus qu’elle – qui, lui, la regardait comme elle en rêvait. Il disait ce qu’il fallait, il agissait, il ne perdait pas de temps. Macha était sûre d’avoir trouvé l’homme de sa vie et tomba follement amoureuse. Elle rêvait déjà de robe blanche, de voyage de noces, de bébé – mais le Destin choisit de commencer son histoire à l’envers. — Je suis enceinte ! annonça-t-elle, radieuse, à son amoureux au bout de six mois de relation. Il devait lui faire sa demande sur-le-champ. — Eh bien, c’est… c’est fou ! souffla Paul, avant de se ressaisir : C’est merveilleux, mais c’est pas le moment. — Pourquoi ? — Je ne peux pas t’épouser. C’est ce que tu attends, non ? Le fait est… je suis déjà marié. Macha ne comprenait même pas par quel miracle elle ne s’était pas évanouie. Tous les « coups de foudre dévastateurs » et « coups de poignard » n’étaient rien à côté de cette douleur. Elle n’en savait rien ! Et pourtant, il partait si souvent en déplacement… mais bon, lui, c’était pour le boulot… Voyant la mine de la jeune femme, Paul se hâta de l’assurer qu’il divorcerait bientôt. Apparemment, c’était prévu avec sa femme depuis un moment. Seule sa fille de quinze ans lui faisait de la peine. Mais bon, Lika – sa fille – était assez grande, elle pourrait rester avec sa mère, et lui, s’occuper d’un autre enfant – il en avait l’énergie. Macha doutait, mais trois mois plus tard, il lui montra l’acte de divorce, et un mois après, ils se marièrent. Pas de fête, pas de lune de miel… mais Macha avait (presque) ce qu’elle voulait. Paul emménagea chez elle – normal, il n’allait quand même pas rester avec son ex-femme, pour un homme, ça ne se fait pas ! – et leur vie était plutôt heureuse. À terme, Roméo naquit, et la famille gagna encore un peu plus en bonheur. Paul continuait ses déplacements – des vrais, désormais – et assumait sa nouvelle famille sans oublier sa fille, à qui il payait la pension. Macha se débrouillait seule avec le petit, et ne se plaignait pas. — Macha ? fit une voix d’homme, à la sortie du supermarché. Laisse-moi t’aider ! dit le jeune homme, descendant habilement la poussette de Roméo sur la rampe. — Nico ? s’exclama-t-elle. Enfin, Nicolas, tu préfères ? lança Macha en détaillant, amusée, l’ancien amoureux. C’était bien ce Nicolas – le gamin du quartier qui, autrefois, la regardait l’air fou d’amour. Le gringalet maladroit était devenu… plutôt pas mal ! Il devait avoir quoi, vingt-cinq ans ? Si elle avait vingt-six… Que le temps file ! Nicolas les accompagna jusqu’à l’immeuble. Elle refusa qu’il monte plus haut, même si les sacs étaient lourds. Inutile de donner des raisons de commérages aux voisins, ou de rendre Paul jaloux. Ils avaient déjà discuté près d’une heure au parc – pas question d’aller plus loin. Nicolas n’avait pas l’air de se vexer. Il lui demanda juste son numéro – « au cas où » – et elle nota le sien, sans vraiment penser l’utiliser. Dans les deux mois qui suivirent, Nicolas se retrouva plusieurs fois « par hasard » dans le quartier, et ils promenaient Roméo ensemble. Ils bavardaient de tout et de rien ; pour Macha, il n’était qu’un ami. Lui, ne s’en formalisait pas, il la faisait rire, il jouait avec le bébé. Mais un soir, le petit monta à plus de 39°, il fallut faire venir le médecin et aller chercher des médicaments d’urgence. Macha ne pouvait pas sortir, mais Paul devait rentrer d’un déplacement d’une minute à l’autre. — Tu rentres bientôt ? appela-t-elle. Il faut passer à la pharmacie pour Roméo. Je t’envoie la liste. — Papaaa ? T’es où ? Viens, maman et moi on a faim ! lança une voix de fille en arrière-plan. — Où tu es ? balbutia Macha, la gorge serrée par un mauvais pressentiment. — Je suis passé voir ma fille, répondit Paul, agacé. Quoi, c’est interdit ? — Papa, on t’a attendu à table hier, et aujourd’hui aussi, viens ! redemanda Lika. — Ok, j’ai compris, coupa Macha avant de raccrocher. Submergée par la tristesse, Macha dut d’abord régler les médicaments, grâce à une voisine pour surveiller le bébé. Paul arriva trois heures plus tard. — Je vais pas me justifier, lança-t-il en entrant. Oui, je t’aime toi, j’aime notre fils, mais ma première famille me manque. Et oui, ces six derniers mois, il m’est arrivé de dormir là-bas. Si ça ne te convient pas, tant pis. — Ça ne me convient pas ? répéta Macha, abasourdie. Je croyais qu’on s’aimait, qu’on était une famille, toi… toi… t’es qu’un traître ! Si seulement il avait demandé pardon, prétexté une blague, au moins promis que plus jamais… elle l’aurait peut-être pardonné… Mais Paul alla voir son fils dormir, fit ses valises, et quitta l’appartement. — T’inquiète pas, j’enverrai de l’argent pour le petit. — Va te faire voir ! cria-t-elle, recloisonnant la porte et réveillant Roméo. Trois jours durant, Macha pleura sans répondre au téléphone ni aux messages. Paul, elle le savait, n’appellerait pas. Les autres, elle s’en fichait. Mais il fallut tout de même ouvrir à un visiteur insistant. — Ça va ? Et Roméo ? lança Nicolas en l’attrapant dans ses bras. Tu répondais plus, j’ai eu peur ! Nouvelle crise de larmes pour Macha. Nicolas resta pour veiller sur elle et le petit, écouta, consola, resta dormir sur le canapé puis prépara le petit-déjeuner le lendemain avant de partir au boulot. Il resta ensuite toute la semaine à l’aider à la maison. — Tu travailles pas ? fit-elle, étonnée. — J’ai posé des congés. Une semaine plus tard, ils finirent dans le même lit. Pourquoi pas ? Paul avait disparu, n’envoyant qu’un virement. Macha se dit que Nicolas ferait un meilleur mari que ce traître de Paul. Il n’avait pas encore emménagé, ils attendaient le divorce officiel dans un mois, mais il passait souvent la nuit chez elle. Pas d’amour fou, mais Macha se sentait enfin rassurée, tranquille, et Nico s’entendait à merveille avec Roméo. Il fallait voir la tête de Paul, croisé lors d’une promenade — Macha sentit son cœur se serrer. Peut-être allait-il tout comprendre, demander pardon, et… Elle n’eut pas le temps de finir sa pensée : Paul se détourna, salua, et s’occupa de son fils. Bon, c’est décidé, Macha venait de choisir la bonne personne. C’est alors que sa mère débarqua à l’improviste. Déjà devant l’immeuble en taxi, elle appela Macha : viens m’aider avec les sacs. Nicolas venait tout juste de partir au travail. Il allait bien falloir annoncer à maman ce nouvel épisode dans sa vie. Pendant le petit-déjeuner, alors que Macha se préparait à parler, sa mère dit soudain : — Dis donc, le Nicolas, le fils de Ludivine, il habite pas dans cet immeuble ? Macha se figea. « Ludivine », la maman de Nico… — Pourquoi tu dis ça ? demanda-t-elle sans se retourner. — Je viens de le croiser ! Un gars responsable, ce Nico ! Chez nous, il n’y a pas de boulot — tu sais, tous les hommes montent à Paris, mais lui, il a tout refusé pour venir s’installer ici. Il dit qu’il ne veut pas être loin de ses filles. Il ramène de l’argent, il est toujours là… Je t’avais dit qu’il s’était marié, il y a trois ans ? Il a une petite, Sonia… Les paroles de sa mère lui parvinrent comme à travers un brouillard. Macha s’adossa contre le tabouret, épuisée. Une deuxième fois ! Deuxième fois qu’elle oubliait de demander à un homme s’il était marié ! Peut-on encore faire confiance à quelqu’un ? Ou à personne ? Elle quitta Nicolas, ou plutôt le mit à la porte bruyamment, lui interdisant de revenir lui parler, refusant d’entendre ses « promesses de divorcer dès que sa fille grandirait un peu ». On dirait bien que le bonheur conjugal n’était pas fait pour Marie…