Egor le Petit: Une Aventure Enchantée à Paris

27 octobre 2023

Ce matin, la crèche était vide. Tous les parents étaient déjà partis, il ne restait plus qu’un seul petit, Eugène. Il jouait tranquillement avec son petit camion dans le coin, tandis que je jetais un œil mécontent à l’horloge qui avançait trop lentement. Un lourd soupir s’échappa de ses lèvres quand il fixa le petit hublot sombre, puis la porte.

«Mademoiselle Dupont, jai vu un gros chien près de la clôture ce midi», déclara-t-il dune voix tremblante, sadressant à moi. «Il doit encore être là. Maman a peur dentrer. On pourrait léloigner?»

Je secouai la tête. «Il ny a pas de chien. Ninvente pas. Je rappelle encore sa mère.»

Je composai le numéro de la maman dEugène une fois de plus. Le silence au bout du fil me fit serrer les dents. «Quelque chose doit se passer», pensai-je. «Jamais cela nétait arrivé. Son père est absent, sa mère est très protectrice. Si elle était retardée, elle aurait au moins laissé un message.»

«Eugène, habillonsnous, on ira chez moi», proposaije pour le rassurer.

«Maman?», balbutia le garçon, les yeux remplis de larmes. «Elle viendra, mais nous ne serons pas là.»

«Nous lui laisserons un mot», improvisaije, essayant de garder un ton calme. «Je lui indiquerai ladresse et mon numéro. Il se fait tard, allonsy, mon chat a faim.»

«Vous avez un chat?» sexclama Eugène, tout sourire. «Vrai, vivant?Je pourrai jouer avec lui?»

«Oui, viens.»

Lappartement de la rue de la Chaussée dAntin était chaleureux, empli du parfum des tartes aux pommes. Un gros chat roux, paresseux mais affectueux, se laissait caresser et toléra les bêtises dun petit garçon avec une patience étonnante. Après avoir bu un thé, Eugène sendormit sur le canapé.

Je le déposai doucement sur le lit, puis, téléphone à la main, je me rendis à la cuisine. Après de longs échanges avec la police et le service des accidents, jappris quune jeune femme venait dêtre admise aux urgences après un grave accident de la route, inconsciente et gravement blessée.

«Dès quelle se réveillera, diteslui que son fils est en sécurité chez moi. Quil restera avec moi, pour quelle ne sinquiète pas. Nous lui rendrons visite.»

De retour dans la chambre, Eugène, les yeux rougis, me fixa et sanglota :

«Où est ma maman?Je veux rentrer à la maison, chez maman. Je ne veux pas rester ici. Chez moi, maman pleure, le berceau pleure, les jouets mattendent. Emmenezmoi chez maman.»

Je tentai de le consoler : «Mon petit, ne pleure pas. Maman travaille, elle est occupée. Calmetoi, tout ira bien. Ici cest sûr, je taime, et le chat aussi.»

«Non, elle mattend,» sanglotatil. «Je ne peux pas être sans elle.»

«Maman est-elle partie au ciel?»

«Non, elle nest pas partie.»

«Cest mon papa qui est au ciel,» ajoutatil, «et ma grandmère. Ils me regardent du haut. Quand je suis sage, ils sont heureux. Et si maman partait aussi?»

Je le pris dans mes bras, le pressant contre mon épaule.

«Ne ten fais pas, ta maman est forte. Demain, nous irons la voir. Elle nest pas au travail, elle est à lhôpital. Elle a mal à la gorge, un petit mal au bras, mais elle se remettra.»

«Elle aura besoin de lait chaud avec du miel?»

«Bien sûr, je le lui apporterai. Maintenant, ferme les yeux, je te raconte une histoire.»

«Madame Dupont, pourquoi vivezvous seule?»

Cette question me prit au dépourvu. Les larmes me surprirent. «Javais un mari et un fils. Un jour, ils sont partis à la campagne, je suis restée pour faire le ménage. Un accident est survenu, et depuis je ne suis plus que moi et le chat.»

«Sontils partis au ciel?»

«Oui, au ciel,» soupiraije.

«Ne pleurez pas,» ditil doucement, «ils vous regardent. Quand vous êtes joyeuse, ils le sont aussi ; quand vous pleurez, ils pleurent. Ma mère me la toujours dit.»

Jessuyai mes larmes, le serrai contre moi et lembrassai.

«Allez, dors, demain il faut se lever tôt. Jaimerais que tu restes chez moi tant que ta maman sera à lhôpital. Le chat et moi serions plus heureux. Daccord?»

«Daccord,» acquiesça Eugène, «je pourrai aider, je sais faire la vaisselle. Puisje pourrai tappeler grandmère?Juste ici, pas à la crèche.»

«Oui, mon petit. Bonne nuit.»

Je restai longtemps près de la fenêtre, essuyant les larmes qui coulaient encore. Eugène dormait paisiblement, loin de mon lit.

Des années plus tard, je me réveille à laube, sautille hors du lit, métire. Lodeur des croissants tout juste sortis du four envahit la cuisine. Jentre, le sourire aux lèvres.

«Grandmère, pourquoi vous levezvous si tôt?», disje en embrassant la joue de Mariette.

«Je nai pas pu dormir, jai pensé que vous vous réveilleriez avec maman, et jai préparé des croissants. Vous êtes mon bonheur, et ça me rend heureuse. Viens, je te verse du lait. Quand le temps viendra, je me reposerai au ciel.»

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Egor le Petit: Une Aventure Enchantée à Paris
Alors, c’était ça, ses soi-disant «voyages d’affaires»… — Je ne peux pas t’épouser. C’est ça que tu attends, non ? Macha n’a jamais compris comment elle avait pu ne pas s’évanouir à cette annonce. Tous les «coups de tonnerre dans un ciel serein» et les «coups de couteau dans le cœur» paraissaient bien fades à côté de ce qu’elle ressentait en cet instant. Elle n’avait jamais imaginé que son grand amour puisse déjà être marié ! Oui, il partait souvent en déplacement, mais c’était, croyait-elle, la nature de son boulot… Macha avait quitté son petit village à seize ans sans jamais vouloir y revenir. Sa mère, Olga Sergeïevna, épuisée par sa vie et son dur labeur à l’usine avicole locale, ne s’était d’ailleurs pas opposée au départ de sa fille. Qu’aurait-elle bien pu faire là-bas ? Trimer sur le même genre de boulot, sans jamais voir le jour ? Aussi, les premières années à la ville, sa mère l’avait aidée du mieux qu’elle pouvait. C’est quand Macha eut terminé son BTS et décroché un poste dans une petite société de logistique qu’elle put subvenir à ses besoins. C’est alors qu’elle eut une chance incroyable : une grand-tante qu’elle n’avait jamais rencontrée laissa en héritage à sa mère un petit F2. Olga Sergeïevna n’hésita pas une seconde à l’offrir à sa fille. Restait une question en suspens – celle du mariage. Ce n’était pas si simple. Macha, elle, rêvait d’un vrai mari, pas comme certaines amies prêtes à tout pour se dégoter un « papa gâteau », mais le prétendant idéal à ce poste se faisait toujours attendre. Deux histoires d’amour sans grand intérêt, qui finirent vite – sans mariage, bien sûr. Un petit gars du quartier, autrefois, lui avait lancé ce regard – celui d’un amoureux transi craquant de passion. Elle n’y avait jamais songé, à ce petit Nicolas, mais elle se souvenait encore de son regard. Aucun de ses prétendants suivants ne l’avait jamais contemplée ainsi. Les autres s’intéressaient aux comédies débiles, au foot et aux prix de la bière – c’était tout. Mais ce schéma-là, Macha ne le supportait pas le moins du monde. Voilà que surgit Paul – grand, séduisant, sûr de lui, seize ans de plus qu’elle – qui, lui, la regardait comme elle en rêvait. Il disait ce qu’il fallait, il agissait, il ne perdait pas de temps. Macha était sûre d’avoir trouvé l’homme de sa vie et tomba follement amoureuse. Elle rêvait déjà de robe blanche, de voyage de noces, de bébé – mais le Destin choisit de commencer son histoire à l’envers. — Je suis enceinte ! annonça-t-elle, radieuse, à son amoureux au bout de six mois de relation. Il devait lui faire sa demande sur-le-champ. — Eh bien, c’est… c’est fou ! souffla Paul, avant de se ressaisir : C’est merveilleux, mais c’est pas le moment. — Pourquoi ? — Je ne peux pas t’épouser. C’est ce que tu attends, non ? Le fait est… je suis déjà marié. Macha ne comprenait même pas par quel miracle elle ne s’était pas évanouie. Tous les « coups de foudre dévastateurs » et « coups de poignard » n’étaient rien à côté de cette douleur. Elle n’en savait rien ! Et pourtant, il partait si souvent en déplacement… mais bon, lui, c’était pour le boulot… Voyant la mine de la jeune femme, Paul se hâta de l’assurer qu’il divorcerait bientôt. Apparemment, c’était prévu avec sa femme depuis un moment. Seule sa fille de quinze ans lui faisait de la peine. Mais bon, Lika – sa fille – était assez grande, elle pourrait rester avec sa mère, et lui, s’occuper d’un autre enfant – il en avait l’énergie. Macha doutait, mais trois mois plus tard, il lui montra l’acte de divorce, et un mois après, ils se marièrent. Pas de fête, pas de lune de miel… mais Macha avait (presque) ce qu’elle voulait. Paul emménagea chez elle – normal, il n’allait quand même pas rester avec son ex-femme, pour un homme, ça ne se fait pas ! – et leur vie était plutôt heureuse. À terme, Roméo naquit, et la famille gagna encore un peu plus en bonheur. Paul continuait ses déplacements – des vrais, désormais – et assumait sa nouvelle famille sans oublier sa fille, à qui il payait la pension. Macha se débrouillait seule avec le petit, et ne se plaignait pas. — Macha ? fit une voix d’homme, à la sortie du supermarché. Laisse-moi t’aider ! dit le jeune homme, descendant habilement la poussette de Roméo sur la rampe. — Nico ? s’exclama-t-elle. Enfin, Nicolas, tu préfères ? lança Macha en détaillant, amusée, l’ancien amoureux. C’était bien ce Nicolas – le gamin du quartier qui, autrefois, la regardait l’air fou d’amour. Le gringalet maladroit était devenu… plutôt pas mal ! Il devait avoir quoi, vingt-cinq ans ? Si elle avait vingt-six… Que le temps file ! Nicolas les accompagna jusqu’à l’immeuble. Elle refusa qu’il monte plus haut, même si les sacs étaient lourds. Inutile de donner des raisons de commérages aux voisins, ou de rendre Paul jaloux. Ils avaient déjà discuté près d’une heure au parc – pas question d’aller plus loin. Nicolas n’avait pas l’air de se vexer. Il lui demanda juste son numéro – « au cas où » – et elle nota le sien, sans vraiment penser l’utiliser. Dans les deux mois qui suivirent, Nicolas se retrouva plusieurs fois « par hasard » dans le quartier, et ils promenaient Roméo ensemble. Ils bavardaient de tout et de rien ; pour Macha, il n’était qu’un ami. Lui, ne s’en formalisait pas, il la faisait rire, il jouait avec le bébé. Mais un soir, le petit monta à plus de 39°, il fallut faire venir le médecin et aller chercher des médicaments d’urgence. Macha ne pouvait pas sortir, mais Paul devait rentrer d’un déplacement d’une minute à l’autre. — Tu rentres bientôt ? appela-t-elle. Il faut passer à la pharmacie pour Roméo. Je t’envoie la liste. — Papaaa ? T’es où ? Viens, maman et moi on a faim ! lança une voix de fille en arrière-plan. — Où tu es ? balbutia Macha, la gorge serrée par un mauvais pressentiment. — Je suis passé voir ma fille, répondit Paul, agacé. Quoi, c’est interdit ? — Papa, on t’a attendu à table hier, et aujourd’hui aussi, viens ! redemanda Lika. — Ok, j’ai compris, coupa Macha avant de raccrocher. Submergée par la tristesse, Macha dut d’abord régler les médicaments, grâce à une voisine pour surveiller le bébé. Paul arriva trois heures plus tard. — Je vais pas me justifier, lança-t-il en entrant. Oui, je t’aime toi, j’aime notre fils, mais ma première famille me manque. Et oui, ces six derniers mois, il m’est arrivé de dormir là-bas. Si ça ne te convient pas, tant pis. — Ça ne me convient pas ? répéta Macha, abasourdie. Je croyais qu’on s’aimait, qu’on était une famille, toi… toi… t’es qu’un traître ! Si seulement il avait demandé pardon, prétexté une blague, au moins promis que plus jamais… elle l’aurait peut-être pardonné… Mais Paul alla voir son fils dormir, fit ses valises, et quitta l’appartement. — T’inquiète pas, j’enverrai de l’argent pour le petit. — Va te faire voir ! cria-t-elle, recloisonnant la porte et réveillant Roméo. Trois jours durant, Macha pleura sans répondre au téléphone ni aux messages. Paul, elle le savait, n’appellerait pas. Les autres, elle s’en fichait. Mais il fallut tout de même ouvrir à un visiteur insistant. — Ça va ? Et Roméo ? lança Nicolas en l’attrapant dans ses bras. Tu répondais plus, j’ai eu peur ! Nouvelle crise de larmes pour Macha. Nicolas resta pour veiller sur elle et le petit, écouta, consola, resta dormir sur le canapé puis prépara le petit-déjeuner le lendemain avant de partir au boulot. Il resta ensuite toute la semaine à l’aider à la maison. — Tu travailles pas ? fit-elle, étonnée. — J’ai posé des congés. Une semaine plus tard, ils finirent dans le même lit. Pourquoi pas ? Paul avait disparu, n’envoyant qu’un virement. Macha se dit que Nicolas ferait un meilleur mari que ce traître de Paul. Il n’avait pas encore emménagé, ils attendaient le divorce officiel dans un mois, mais il passait souvent la nuit chez elle. Pas d’amour fou, mais Macha se sentait enfin rassurée, tranquille, et Nico s’entendait à merveille avec Roméo. Il fallait voir la tête de Paul, croisé lors d’une promenade — Macha sentit son cœur se serrer. Peut-être allait-il tout comprendre, demander pardon, et… Elle n’eut pas le temps de finir sa pensée : Paul se détourna, salua, et s’occupa de son fils. Bon, c’est décidé, Macha venait de choisir la bonne personne. C’est alors que sa mère débarqua à l’improviste. Déjà devant l’immeuble en taxi, elle appela Macha : viens m’aider avec les sacs. Nicolas venait tout juste de partir au travail. Il allait bien falloir annoncer à maman ce nouvel épisode dans sa vie. Pendant le petit-déjeuner, alors que Macha se préparait à parler, sa mère dit soudain : — Dis donc, le Nicolas, le fils de Ludivine, il habite pas dans cet immeuble ? Macha se figea. « Ludivine », la maman de Nico… — Pourquoi tu dis ça ? demanda-t-elle sans se retourner. — Je viens de le croiser ! Un gars responsable, ce Nico ! Chez nous, il n’y a pas de boulot — tu sais, tous les hommes montent à Paris, mais lui, il a tout refusé pour venir s’installer ici. Il dit qu’il ne veut pas être loin de ses filles. Il ramène de l’argent, il est toujours là… Je t’avais dit qu’il s’était marié, il y a trois ans ? Il a une petite, Sonia… Les paroles de sa mère lui parvinrent comme à travers un brouillard. Macha s’adossa contre le tabouret, épuisée. Une deuxième fois ! Deuxième fois qu’elle oubliait de demander à un homme s’il était marié ! Peut-on encore faire confiance à quelqu’un ? Ou à personne ? Elle quitta Nicolas, ou plutôt le mit à la porte bruyamment, lui interdisant de revenir lui parler, refusant d’entendre ses « promesses de divorcer dès que sa fille grandirait un peu ». On dirait bien que le bonheur conjugal n’était pas fait pour Marie…