Elle a refusé de vivre entassée avec sa belle-mère dans un T1, et elle l’a regretté : l’histoire de Rita, mariée contre l’avis de sa mère à un homme bien plus âgé, entre passion secrète au bureau, luttes de famille, trahison amicale et douloureux retour chez maman

Pas du tout, lance Amandine avec une petite moue triomphante. Figure-toi que la mère de Luc, elle attendait juste que son fils se marie et lui offre enfin des petits-enfants.
Elle sy était préparée en bonne et due forme.

Amandine sest mariée à 21 ans, toute flamme, en dépit des avertissements maternels.

Il a vingt-deux ans de plus que toi ! Tu réalises que dans dix ans, tu seras une belle jeune femme et lui, ce sera déjà un homme presque vieux, avec tous les bobos qui vont avec ? insistait sa mère.

Maman, mais où vas-tu pêcher tous ces clichés ? répliquait Amandine, agacée. Jen peux plus de tentendre.

Avec François, je me sens en sécurité absolue ! Et on saime, tu comprends ? On saime, vraiment.

Et elle na pas cédé, le mariage a bien eu lieu.

Elle a alors emménagé chez François, cadre dans une petite administration à Lyon, et dix ans durant, elle na eu quà se féliciter de son choix.

Il prenait soin delle, lui passait volontiers ses petits caprices (même sils étaient rares). Cest grâce à lui quelle a pu finir ses études sans se soucier de chercher un job alimentaire, puis il lui a dégotté une place confortable dans le bureau dun ami.

Entre eux, tout était simple, joyeux. Même les mauvaises langues avaient dû reconnaître quils étaient un couple uni et heureux.

La mère dAmandine avait finalement revu son opinion et sétait mise à apprécier son gendre. Les deux filles que François avait eues de son premier mariage sétaient aussi adoucies et, sans être complices, elles échangeaient désormais poliment avec leur belle-mère.

Lors du divorce avec sa première épouse, François lui avait quasiment tout laissé, même si cétait elle qui était à lorigine de leur séparation.

Ils ne roulaient pas sur lor, mais ne connaissaient pas le besoin.

Jusquau jour où François a fait un infarctus, à la surprise générale.

Mon Dieu, quelle angoisse ! Elle a passé des jours à lhôpital, puis la soigné elle-même une fois de retour à la maison.

Par bonheur, il sen est sorti.

Mais après la convalescence en cure, François a quitté son poste et sest contenté de petits boulots de conseil.

Il ne sort plus que pour de brèves balades au parc de la Tête dOr.

Surtout, leur vie intime sest quasiment volatilisée.

Ma petite Amandine, tu comprends bien que ce genre defforts, cest risqué pour moi, soupirait François. Tu ne men veux pas ?

Mais non, mon chéri ! répondait-elle ardemment. Ce qui compte, cest ta santé, rien dautre.

Elle le disait vraiment, mais la nature a ses lois. Leur différence de tempérament, déjà marquée, devenait insurmontable.

Amandine n’a pas hurlé à la lune, elle sest rapidement laissé séduire par quelquun dautre. Cétait un homme de son âge, Guillaume, arrivé dans leur société six mois plus tôt.

Plutôt discret, poli, respectueux : il faisait tourner la tête à plusieurs collègues célibataires, mais Amandine avait tout de suite remarqué ses regards insistants.

Je préviens : je ne quitterai pas mon mari. Et personne ne doit jamais rien savoir de ce quil se passe entre nous, a-t-elle posé, droite, quand Guillaume la enfin invitée dans un bar à vins.

Comme tu veux, a-t-il acquiescé docilement.

Ils se voyaient dans des hôtels, Guillaume vivait dans un T1 avec sa mère retraitée à Villeurbanne, et il était hors de question quil vienne chez Amandine.

Ils étaient très discrets, mais au bout de huit mois, ils se sont faits surprendre par une collègue, Claire.

Eh bien, vous ici ? sest étonnée Claire, lorgnant lentrée de lhôtel devant lequel ils sortaient, main dans la main.

Pure coïncidence, balbutia Amandine.

Oui, totalement par hasard, renchérit Guillaume.

Faites pas semblant, franchement ! ironisa Claire. Cest donc une histoire, vous deux ?

Claire, sil te plaît, ne dis rien supplia Amandine. Tu sais bien pourquoi.

Oui, ten fais pas, personne ne saura rien par moi, assura-t-elle.

En réalité, Claire a gardé le secret. Mieux encore, les deux femmes se sont rapprochées, déjeunant ensemble, partageant leurs soucis, si bien que Claire était de toutes les confidences dAmandine.

Guillaume recommence encore à me dire que je devrais divorcer pour lépouser, se plaignait Amandine. Il supporte plus de me partager avec un autre homme. Je lui répète que François et moi, on ne couche même plus ensemble. Il ne partage rien du tout !

Et lui ?

Il fait la gueule. Il gronde : « Tu sais ce que je veux dire ! »

Et tu nas jamais pensé à refaire ta vie ?

Claire, toi aussi ? Jaime François, il est merveilleux. Sil apprenait cela, il en mourrait sans doute. Pour quoi ? Pour vivre à létroit dans un T1 avec sa mère ? Très peu pour moi, merci !

Amandine en était persuadée : Guillaume était fou delle et finirait, un jour, par cesser de réclamer plus.

Mais tout ne sest pas passé comme elle limaginait

Quest-ce que tu as fait ? Comment tu as pu ?! sécrie Guillaume, hors de lui.

Amandine, arrivée à leur rendez-vous, sursaute devant cette colère si inhabituelle.

Mais quest-ce qui tarrive ?

Tu devines pas ?

Guillaume, dis-moi franchement, on na pas beaucoup de temps

Tu nen as jamais pour moi. Mais pour avorter, là, tu as trouvé du temps ! son visage devient cramoisi.

Je ne comprends pas commence Amandine, puis se ressaisit. Oui ! Je lai fait, cest mon choix. Quelles étaient les alternatives, franchement ?

Cétait mon enfant aussi ! Tu aurais pu men parler, au moins

Et pour quoi faire ? Me conseiller de divorcer et de le faire passer pour lenfant dun autre ? elle hausse la voix. Et comment jaurais pu infliger ça à François ?

On aurait pu se marier et élever notre enfant ensemble

On a déjà eu cette discussion. Je ne peux pas tépouser, souffle Amandine, calmée. Il faut arrêter, Guillaume.

Ce nest pas la même chose, Amandine. Là, tu as supprimé notre enfant.

Il nest plus là, et on ne reviendra pas dessus. Oublions et continuons comme avant.

Sérieusement ? Guillaume la regarde, décontenancé. Jimaginais bien des choses, mais là… Peu importe. Cest fini entre nous, Amandine. Tout de suite.

Eh bien, va au diable ! lui lance-t-elle en partant, sûre quil reviendra.

Mais Guillaume ne se calme pas. Durant un mois, il lignore complètement, puis part en déplacement professionnel et ne donne aucune nouvelle.

Amandine fait la fière, mais elle finit par craquer.

Dès le retour de Guillaume au bureau, elle lui propose un rendez-vous dans leur bistrot préféré.

Elle meurt denvie de le serrer dans ses bras, mais il a lair si froid, si distant tout à coup

Amandine prend sur elle, évoque vaguement son voyage

Viens-en au fait, jai pas de temps à perdre, coupe-t-il abruptement.

Tu mas manqué On se retrouve, Guillaume ? Tu as ma parole, plus jamais je ne te cache quoi que ce soit

Ce nest plus la question, la coupe-t-il net. Je vais téconomiser du temps : cest terminé, Amandine.

Je vais me marier et je vais devenir papa. Je serai un homme fidèle, désolé.

Rapide, le garçon ! ironise-t-elle encore, sans trop réaliser. Cest qui, cette chanceuse ?

Claire, répond Guillaume dun ton égal. Elle attend un enfant de moi et on se prépare au mariage.

Au fait, je démissionne bientôt. Jai trouvé un meilleur salaire, il faut nourrir ma famille. Excuse-moi, je dois filer.

Et il sen va vraiment, laissant Amandine abasourdie, incapable de trouver la moindre répartie.

Mais les mots lui viendront en retrouvant Claire.

Alors comme ça, tu as estimé que Guillaume tétait destiné ?! semporte-t-elle. Je te prenais pour une amie !

Ce nest pas mon problème la façon dont tu mimaginais, réplique Claire sans broncher. Tu te moquais trop de lui, cétait insupportable ! Ni pour toi, ni pour une autre, tu ne faisais rien de bon.

Mais ça ne te regarde pas !

Si, justement. Guillaume ma toujours plu mais je n’ai rien tenté tant que tu me racontais tes exploits. Après tout ce que tu mas dit, jai compris : il méritait mieux. Je lui ai tout avoué, y compris ton avortement. Je me suis pas trompée : cest quelquun de bien.

Peut-être trop même

Il est venu vers moi, après vous. On a bu un verre, on a fini dans le même lit. Et jai immédiatement su que jétais enceinte. Il ma demandée en mariage.

Eh bien, bon courage pour vivre à quatre dans votre T1 avec sa mère ! raille Amandine.

Pas du tout, répond Claire, fière. Sa maman nattendait que ça : un mariage, des petits-enfants à choyer.

Elle sest super organisée Guillaume et moi, on va emménager bientôt dans un beau T2 sur la Presquîle.

Et la mère de Guillaume ne veut pas que je travaille : elle dit que je dois me reposer, pas minquiéter dargent

Amandine digère péniblement ces révélations.

Bon, il faut que jy aille. Guillaume et moi, on a rendez-vous chez le gynéco en clinique privée. Et essaie de ne pas trop te miner.

Guillaume ignorait que sa mère était une sorte de millionnaire cachée, conclut Claire, avant de quitter tranquillement les allées du parc où elles parlent.

Quant à Amandine, elle a fini par divorcer de François, à son initiative, deux ans plus tard.

Il a appris son histoire avec un autre, et a demandé le divorce.

Et son amant ne la jamais épousée. Amandine a dû revenir chez sa mère. Il lui reste le temps pour réfléchirDabord, elle nosait plus sortir, ni croiser ceux quelle avait connus. Les jours sécoulaient dans le salon maternel, entre tasses de thé refroidies et programmes télé insipides. Une fois, elle ouvrit une boîte de souvenirs: photos dun mariage radieux, cartes postales envoyées de la Côte dAzur, billets de concert signés «pour toujours».

Quelle ironie, pensa-t-elle. «Toujours», cétait, chez elle, comme une promesse qui séteint tôt.

Mais la vie, obstinée, continuait à circuler hors de lappartement. Un matin, en allant acheter du pain, Amandine croisa un vieux voisin qui la salua dun air complice. «On ne vous voit plus, petite !» lança-t-il.

Elle sourit faiblement, puis haussa les épaules. «Jai un peu raté mon tour, on dirait»

Le vieux monsieur sourit, malicieux: «Vous croyez? La roue tourne tout le temps, vous verrez.» Il lui tendit le pain, bien chaud. «Tant que cest croustillant, rien nest perdu.»

Ce soir-là, Amandine resta longtemps assise à la fenêtre, observant le ciel de la ville, violet et doux, zébré par les phares des bus. Elle nattendait plus de miracle, mais une certaine légèreté naquit: il restait des matins neufs, du pain croustillant, des inconnus à croiser, et même la chaleur maladroite dune mère qui passait dans le couloir, murmurant: «On dîne, ma fille?»

Ce nétait peut-être pas la grande histoire damour rêvée. Mais cétait la sienne, et, par une fente infime, lespoir filait encore.

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Elle a refusé de vivre entassée avec sa belle-mère dans un T1, et elle l’a regretté : l’histoire de Rita, mariée contre l’avis de sa mère à un homme bien plus âgé, entre passion secrète au bureau, luttes de famille, trahison amicale et douloureux retour chez maman
Gardons cela entre nous… J’étais très fâchée quand ma belle-mère nous offrait de vieux objets. Je pensais qu’elle le faisait exprès, pour se moquer. Mais plus tard, j’ai découvert la vérité. Quand Ivan et moi avons enfin acheté notre appartement, je n’en revenais pas de bonheur. Lumineux, spacieux, avec une terrasse baignée par le doux soleil du matin. Nous avions mis tout notre cœur dans la rénovation : des murs aux tons chaleureux, des meubles minimalistes, une cuisine stylée – tout semblait sorti d’un magazine. Je traversais les pièces en pensant : voilà notre maison, notre nouveau départ. Le seul élément qui détonnait dans cette harmonie parfaite, c’étaient les cadeaux de ma belle-mère. Marie, une femme simple de la campagne, gentille, attentionnée… mais au goût très particulier. Toutes les quelques semaines, elle débarquait avec des sacs remplis de “trésors”. Des verres en cristal des années 80 : – C’est du vrai cristal tchèque ! Regarde comme il brille ! – disait-elle en les tenant au soleil. Une vieille nappe un peu décolorée : – Tu vois la broderie ? C’est fait de mes mains, quand Ivan était petit… Je remerciais poliment, mais au fond de moi, tout se serrait. Tout cela semblait étranger dans notre intérieur moderne. Je cachais les cadeaux dans le placard, me demandant : qu’est-ce que je vais en faire ? Cette année, pour la Saint-Nicolas, ma belle-mère est arrivée avec une grande boîte en carton. – C’est pour vous. Un service tchèque, ancien. Prenez-en soin… J’ai ouvert la boîte – il y avait des tasses et des assiettes au liseré doré, un peu usées mais intactes. J’ai senti monter une vague d’agacement. Encore du vieux… alors qu’on a tout neuf… pourquoi ? Mais j’ai souri : – Merci, Marie. Nous apprécions beaucoup. Elle m’a regardée avec tant de chaleur que j’en ai été gênée. Une semaine plus tard, j’ai surpris sa conversation avec une voisine dans la cour. Je sortais les poubelles et j’ai entendu sa voix familière. – Je ne sais pas si ça leur sert… Mais c’est du cœur. Tout ce que j’ai de bon, tous mes souvenirs. Je veux qu’elle m’accepte. Ma belle-fille est citadine, élégante, cultivée… Et moi ? Je veux juste être proche d’eux. – Marie, tu leur donnes tout ce que tu as de plus précieux ? – a demandé la voisine. – Qu’est-ce que ça me fait… Qu’ils l’aient. C’est la famille… Je suis restée figée. Mon cœur s’est retourné. Elle ne nous apportait pas des vieilleries. Marie nous offrait une part de sa vie. Une part d’elle-même. J’ai eu honte de toutes mes pensées. Quelques jours plus tard, nous avons invité ma belle-mère à dîner. J’ai sorti sa nappe du placard, l’ai repassée, étalée sur la table. Elle a tout de suite réchauffé la pièce. Puis j’ai disposé le fameux service tchèque. L’ambiance est devenue si chaleureuse, si familiale. Quand Marie est entrée, elle n’a d’abord pas compris… puis ses yeux se sont illuminés. – Oh, vous avez… mis ma nappe ? – Elle est magnifique, Marie, – ai-je dit sincèrement. – Et le service aussi. Sans vous, notre table ne serait pas aussi chaleureuse. – Ma fille… je voulais juste du bien… – Je sais, – ai-je répondu en la serrant dans mes bras. Ce soir-là, nous avons ri, partagé des souvenirs de son village et de notre enfance, bu du thé dans ce “vieux” service. Et pour la première fois, j’ai ressenti que dans notre maison ultra-moderne, il y avait enfin une vraie chaleur qui unit les familles. Et vous, quelles relations avez-vous avec vos belles-mères ?