L’Amour de Lyuba : Une Épopée Émotionnelle à Travers les Couleurs de la Vie

Cher journal,

Dans le wagon de seconde classe, jétais assise contre la fenêtre du côté inférieur, les yeux perdus dans le paysage qui défilait. Je mappelle Clémence Dubois, jai tout juste dix-huit ans. Il y a une semaine, jai soufflé mes bougies, et je suis en route pour rendre visite à ma grandmère Germaine. Le dernier changement de train est derrière moi ; dans trois jours, le TER mamènera au cœur de ClermontFerrand, la ville où elle habite. Pour la première fois depuis le départ, le doute me serre le cœur. Et si Germaine ny était plus ? Et si elle avait quitté ce foyer ? En fuyant lappartement de ma mère ce matin, je navais pas pensé à ces questions.

***

1995. Demain, ma petite sœur, Adèle, fêtera ses six ans. Elle rêve dune poupée en robe blanche, ornée de perles scintillantes, quelle a baptisée Léa. « Cest trop cher, ma chérie », me répète notre mère Marie, « et puis tu iras à lécole lan prochain, pas besoin de poupées ». Les disputes éclatent dans la cuisine, mon père Henri et ma mère se chamaillant à propos dune absence de sous. Germaine, assise sur son lit, caresse la tête dAdèle et soupire lourdement.

Le lendemain, en rentrant de la crèche, Germaine me tend une grande boîte décorée dun ruban rouge. Jen dénoue le nœud, soulève le couvercle, et mon cœur sarrête un instant avant de battre la chamade : Léa, aux yeux bleus et aux cils délicats, me regarde depuis son petit lit. Ce soirlà, Marie se dispute dabord avec Germaine, puis avec Henri à cause de la poupée. Malgré tout, je suis folle de joie.

***

En observant le décor qui défile à travers la vitre, un sourire méchappe, rappelant la joie enfantine dil y a douze ans, qui perce le temps et enveloppe mon cœur dune chaleur apaisante. La peur de linconnu sévapore. Germaine est bien vivante, elle vit toujours dans la même rue, le même immeuble à trois étages, et même le même appartement que jai ardemment pressé ma mère de me révéler.

Adèle agrippe la main de ma mère, implorant de rentrer plus vite. « Léa nous attend », dit-elle, « et grandmaman a promis quon lui construirait un vrai lit aujourdhui, parce que chaque poupée mérite son petit lit. » Ma mère serre la main dAdèle avec dureté. Depuis quelque temps, elle se met en colère contre Henri, le reprochant de ne pas gagner assez dargent. Germaine, à ces moments, hausse la voix, mais je nentends que les cris de ma mère: « Les vrais hommes trouvent des solutions pour subvenir aux besoins de leur famille! » Nous arrivâmes finalement à la bâtisse. Adèle se précipita vers la porte, frappant du poing jusquà ce que le son résonne: « Grandmaman, cest moi! » Germaine ouvrit, me serra dans ses bras et me traîna dans la chambre. « Vite, faisons le lit de Léa », me lançatelle.

« Cest étrange », pensaije, tout en gardant les yeux sur le paysage du train, mais devant moi, ce ne sont plus les forêts qui défilent, cest le lit de la poupée. Il y a douze ans, Germaine avait fabriqué ce lit à partir dune boîte. Elle avait cousu un petit sac où nous remplissions de mousse et de ouate, créant ainsi un matelas qui sinsérait parfaitement.

Je souris à nouveau, puis je fronce les sourcils. « Cest pourtant étrange, je me souviens de chaque détail du lit de Léa, de chaque tenue que Germaine a cousue sur ma demande, mais le visage de ma grandmère reste flou, comme un éclair de lumière sans traits. Ses cheveux bruns toujours rassemblés en chignon, mais son visage » Je pousse un soupir lourd. Je tente de rappeler son visage, mais seuls ses mains, habiles avec aiguille et fil, reviennent à mon esprit. Sur son annulaire gauche, elle portait toujours une fine alliance en or, presque invisible à mon jeune âge. Mais cest la bague en rubis sur le majeur droit qui me fascinait. Elle me disait: « Quand tu seras grande, je te la donnerai, elle sera à toi. » Javais tant hâte dessayer la bague, mais elle était toujours trop grande pour mes doigts.

« Je vais me coucher », minterrompt soudain une voix féminine assise en face de moi. Je frissonne et grimpe rapidement sur létagère supérieure.

***

La porte de lappartement souvre en grand, une foule dinconnus envahit la pièce. Tous sont venus auprès du père, allongé dans la grande salle, les yeux fermés. Ma mère et Germaine sanglotent, tout comme moi, parce que mon père est mort. Je ne comprends pas vraiment comment il est décédé, je ne pleure que la douleur collective. Après les funérailles, ma mère et Germaine ne se parlent plus. Je ne sais pas pourquoi mon père est parti, mais une part de moi le tient responsable.

Deux énormes valises trônent dans le couloir. Ma mère et moi partons. Germaine pleure. Jécris à ma grandmère que je reviendrai souvent, je ne veux plus partir. En franchissant le seuil, Germaine sécrie: « Adèle, on a oublié la poupée! » Elle court à la chambre, ramène un gros sac contenant Léa, enveloppée dune petite couverture, et un second sac avec toutes les tenues. Ma mère, furieuse, crie: « Tu vas prendre la poupée à la bouche ? » Je réponds désespérée: « Je la porterai moimême. » Elle me saisit le sac de la poupée, le remplace par un sac de charcuterie et de pâtisseries. Je fonds en larmes.

« Ne pleure pas, ma petite, je tenverrai Léa par la poste », me console Germaine, les larmes coulant sur ses joues. « Donnemoi ton adresse, je lexpédierai » La porte se referme. Jentends la voix de Germaine pleurer: « Envoiemoi ladresse, Adèle » Et je crie: « Jarriverai, je le promets. »

***

Je me réveille, le visage mouillé de larmes. Le wagon sommeille au rythme régulier des rails. « Grandmaman », murmureje, « je suis déjà en route ». Je comprends alors que Germaine na pas envoyé la poupée par méchanceté comme ma mère lavait décrite, mais simplement parce quelle ne savait pas où lenvoyer. Ma mère na jamais donné à Germaine notre nouvelle adresse. La poupée était un cadeau de ma bellemère. Dans mon enfance, je demandais sans cesse à ma mère et à ma tante Giselle si la poupée était arrivée. Quand la réponse tarda, je me suis fâchée contre Germaine, la croyant trompée.

Je descends prudemment de létagère, sors dans le vestibule, allume une cigarette. En suivant le balancement des roues, je revis ma vie des onze dernières années. Tout cela me pèse. Petite, je naimais pas la tante Giselle, même si elle souriait, menlaçait et offrait des cadeaux. Tout semblait faux. Elle critiquait constamment ma mère, que jadorais. « Je déteste! », grondaisje entre les dents en allumant une nouvelle cigarette. Giselle vendait du petitgallois quelle distillait la nuit, malgré les associations antialcool. Elle ne buvait jamais, si ce nest un trait pour lapéritif, et guidait ma mère vers des prétendants. Ma mère, désespérée, senfonça dans lalcool, peutêtre en partie responsable de la mort de mon père, et cherchait à se remonter le moral grâce aux conseils de sa mère.

Quand jai intégré la cinquième, Giselle a eu un accident vasculaire cérébral et est décédée. Ma mère a finalement perdu la raison, senfermant dans les soirées arrosées, les hommes, les excès. Elle ma envoyée en internat. Je ne veux plus y repenser. Linternat était une misère, et les rares weekends chez ma mère napportaient aucune joie. Jai fini par devenir rebelle, indifférente à tout. En sortant de linternat, jai dû retourner auprès dune mère devenue alcoolique.

Je ne sais pas comment cela se terminera, probablement rien de bon. Mais il y a deux semaines, jai rêvé Germaine. Dans le rêve, elle me montrait toutes les nouvelles tenues quelle avait cousues pour Léa. « Pourquoi ne vienstu pas jouer avec moi? » « Je suis là, grandmaman », aije répondu, le cœur léger. Nous avons joué à la maîtresse et à la petite, je couchais Léa, elle cousait une nouvelle robe. Au réveil, une douleur sourde me serra la gorge, une envie de pleurer, mais aussi une petite joie, comme si un rayon de lumière revenait dans mon cœur.

Germaine me rend visite chaque nuit en rêve, et au cinquième jour, mon esprit a craqué: en me levant, jai pleuré à gorge déployée. « Si tu rêves ta mère, cest quelle pense à toi, quelle te manque et quelle reviendra te chercher », me disait une camarade dinternat. Jai alors décidé de rejoindre Germaine, espérant quelle mattendait et maimait.

Jai menacé ma mère de tout renverser, de briser son alambic, pour récupérer ladresse de Germaine et la raison de leur départ. « Cest moi, je suis responsable de la mort de ton père. Je lai poussé dans ce gang, cest tout ce qui se faisait à lépoque. Je nai plus pu rester avec sa mère, et je nai pas envoyé ladresse. Pardonnemoi, ma fille » sexclama ma mère, les larmes dalcool coulant sur son visage. « Je déteste! » aije crié.

Aujourdhui, je parcoure des milliers de kilomètres dans ce train, terrifiée à lidée que Germaine ne soit plus là. Plus le temps passe, plus la peur grandit.

Le train sarrête enfin. Je descends sur un quai inconnu. Jaurais pu prendre un taxi, mais largent que jai arraché à la hâte est presque épuisé. Après avoir interrogé quelques passants, je monte dans un bus qui me dépose sur la rue indiquée. La maison est étrangère, je ne la connais pas. En montant les escaliers jusquau troisième étage, mon corps semplit dune chaleur soudaine, la bouche se dessèche. La porte, tapissée de cuir noir avec une poignée métallique, attend mon toucher. Dun geste tremblant, jappuie la sonnette. Silence. Un autre silence. Aucun son.

« Bon, grandmaman ny vit plus, peutêtre même plus du tout », me traverse lesprit, les larmes me montent aux yeux. Sans réfléchir, jouvre la porte. « Y atil quelquun ? » crieje dune voix cassée. « Masha? », répond une voix lointaine. Javance prudemment.

Sur le lit, une vieille femme aux cheveux gris, assise à côté dune table avec des médicaments, une assiette et une tasse. « Vous qui êtes? Une nouvelle petitesœur ? » demandetelle, les yeux fixes sur moi.

Je suis désemparée. Le visage de Germaine reste flou, mais ma mémoire denfant me montre une silhouette qui ne correspond pas à celle devant moi. Tout à coup, la vieille femme rougit, saisit le bord du lit, les larmes coulent: « Adèle tu es enfin là Grandmaman! » Je tombe à genoux, serre ses mains ridées, le cœur brisé, je crie: « Je taime, mamie » Elle souffle, « Jai été malade, je pensais ne jamais te revoir Regarde toutes les tenues que jai cousues pour Léa Tu es grande maintenant, tu ne joueras plus avec les poupées »

Je tourne la tête vers le mur opposé. Jy reconnais mon petit lit denfant, recouvert dune couverture familière, où la poupée Léa me fixe de ses yeux bleus comme du verre. « Je resterai, je resterai » sangloteje.

Dix ans se sont écoulés. Jai appris le métier de pâtissière et je travaille aujourdhui dans une petite boulangerie artisanale. Je me suis mariée, jai donné à ma fille le prénom de Katia, en hommage à Germaine. Ma grandmère a récupéré de la santé, elle joue avec ma petitefille de trois ans, leurs parties de « mamanenfant » sont remplies de rires, de tenues pour Léa. Germaine ne coud plus, mais en onze ans elle a confectionné tant de vêtements que la petite poupée ne peut plus tout porter. Ma mère nexiste plus dans mes souvenirs; jai effacé ces onze années sombres de ma mémoire.

Je referme ce journal, le cœur plus léger, comme si Léa ellemême mavait murmuré un au revoir doux.

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