J’avais dix ans lorsque ma mère m’a annoncé qu’elle allait se marier à nouveau.

Javais dix ans quand ma mère, Marion, ma annoncé quelle allait se remarier.
Je lai haï pour ça, et ce «Pierre» souriant qui parlait à voix basse comme sil se contentait de jouer les invités.
Mon vrai père, Michel, était parti quand javais six ans, mais je continuais à rêver quil reviendrait.
Un jour, sans crier gare, un homme était assis dans notre salon, semblant appartenir à un rôle qui ne lui correspondait pas.
Je ne lui avais pas parlé depuis des mois, je lavais ignoré, je lui avais tourné le dos.
Ma mère ma suppliée de lui donner une chance, mais je ne voulais rien savoir.
Il nétait pas mon père, il ne le serait jamais!
Il sappelait Pierre.

Et le temps, ce maître implacable qui renverse toutes les certitudes, ma fait comprendre que je me trompais: peu à peu, il est devenu bien plus quun simple «remplaçant».

Durant les premières années, je faisais tout pour le repousser.
Il me parlait, je restais muette, il moffrait des cadeaux, je les refusais, il me proposait de sortir, je déclinais.
Ma mère pleurait, me reprochant de briser son bonheur, mais mon cœur était encore accrochés à lhomme qui était parti et ne reviendrait jamais.

Le tournant est survenu à treize ans, lors de ma première vraie rencontre au cinéma de la Plaine.
«Tu peux y aller, mais seulement avec un adulte», ma-t-elle dit.
Quelle gêne!
Jai appelé Michel, mon vrai père, le suppliant de venir.
Il a promis, jai attendu une heure, il nest jamais arrivé.

Alors, devant le cinéma, la voiture a freiné: cétait Pierre.
«Ta mère ma appelé. Elle disait que tu étais là. Allons-y, rentrons», a-t-il dit.
Sur le chemin du retour, il na prononcé aucun mot, a coupé le moteur, puis, dune voix étonnamment calme, ma déclaré:
«Je ne suis pas ton père. Je ne le serai jamais, sauf si tu le veux, mais je suis là. Si tu as besoin de parler, je serai là, non pas par devoir, mais par volonté.»

Ces mots mont bouleversée.
Pour la première fois, je lai vraiment vu: pas lintrus, mais quelquun qui était présent, à la différence de mon vrai père.

À partir de ce moment, tout a changé. Nous avons commencé à parler, dabord à peine, puis de plus en plus.
Il ne ma jamais demandé de lappeler «papa», il na jamais cherché à remplacer qui que ce soit; il était simplement là.

À quinze ans, après une violente dispute avec ma mère, jai fugué.
Pierre ma suivie en silence, jusquà ce que nous nous arrêtions sur un banc.
«Tu ne devrais pas être avec maman?» ai-je demandé.
«Je suis de ton côté et du sien. Vous deux comptez pour moi!» a-t-il répondu.
Nous avons parlé pendant une heure: il ne ma pas fait la leçon, il ma simplement écoutée.
Puis il a ajouté: «Être père, ce nest pas une question de sang, mais dêtre présent, dans les bons moments comme dans les jours où lon veut disparaître.»

Mon vrai père ne me rappelait que tous les six mois, promettait, oubliait, ne se souvenait même pas de mon anniversaire, occupé avec une autre famille.
Pierre, à linverse, assistait à chaque pièce de théâtre scolaire, maidait avec les devoirs, ma appris à conduire, était à mon chevet quand javais de la fièvre.

À dix-huit ans, le jour de la remise du bac, Pierre était là.
«Peut-être devraistu appeler ton père,» atil suggéré.
Jai rétorqué: «Tu es là, lui ne lest jamais.»

Le jour de mon mariage, les deux hommes étaient présents, mais cest Pierre qui ma poussée jusquà lautel.
Ses yeux étaient humides: «Jamais je naurais imaginé que tu me demandais de faire cela.»
«Tu le mérites,» lui aije répondu. «Tu étais père, même quand je ne pouvais pas le voir.»

Après la cérémonie, mon père biologique est apparu, furieux: «Pourquoi ne suisje pas venu? Je suis ton père!»
Je lai regardé calmement et ai dit: «Un père, cest celui qui reste. Pierre est resté, toi, tu nas pas.»
Je nai jamais regretté.

Aujourdhui, je comprends ce que je ne comprenais pas enfant.
La famille nest pas le sang, cest un choix.
Pierre ma choisie chaque jour, et je le choisis encore.
Pas comme un deuxième père, mais comme mon vrai père.

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