Petit Filou dans son Berceau Douillet

Élodie venait de mettre au monde sa petite fille il y a cinq jours, après une césarienne programmée. La jeune maman, encore fragile, se remettait péniblement des suites de laccouchement. Sa fille, prénommée Eulalie, était le premier véritable bonheur après trois grossesses interrompues à létape précoce. Élodie et Alexandre étaient mariés depuis sept ans ; pendant tout ce temps, les espoirs dagrandir la famille sétaient éteints, jusquà ce quÉlodie tombe enceinte de façon inattendue, alors quelle nen était quau troisième mois. Une nuit, elle rêva de sa défunte mère, qui, assise sur un terrain de jeu, la caressa doucement la tête et, dune voix apaisante, lui murmura :

Bientôt, Eulalie éclairera ta vie de lamour et de lespoir.

Élodie se réveilla convaincue que sa fille devait sappeler Eulalie. Aucun autre prénom ne lui venait à lesprit. Alexandre acquiesça, déclarant que, puisque le nom de famille et le patronyme reviendraient à lui, elle pouvait choisir le prénom librement.

Après la naissance, la fatigue dÉlodie était telle quelle demanda à son mari de soccuper des formalités administratives. Alexandre, muni du livret de famille et des certificats, se rendit à la mairie de Paris pour enregistrer la nouvelle. Il navait aucune idée du «surprise» qui lattendait.

De retour à lappartement, il arriva avec sa mère, Odile, femme au caractère bien trempé avec qui les relations dÉlodie étaient toujours tendues. Élodie, encore sous leffet de lanesthésie, nen avait guère envie, mais réprima son irritation et accueillit la bellemère avec un sourire forcé. Lorsquelle lut le certificat de naissance, son cœur sarrêta un instant : le prénom indiqué était « Ada », et non « Eulalie ». Ses jambes vacillèrent, ses mains tremblèrent comme des feuilles sous le vent. Elle dut relire plusieurs fois le document, incrédule, avant daccepter la vérité froide inscrite en noir sur blanc.

« Ada ? Questce que ? » lança-t-elle, la voix brisée. « Quastu fait, Alexandre ? Pourquoi ce nom ? »

« Fils, apporte à ta femme un verre deau, elle pourrait sévanouir. » répondit calmement Odile, un sourcil haussé, le visage impassible. « Rien danormal, cest simplement la tradition familiale. »

Alexandre revint en un instant avec un verre deau glacée. Les larmes dÉlodie coulaient sans retenue ; elle peinait à parler, à respirer, létat de choc la paralysait.

« Cest votre idée, alors ? » hurla-t-elle, lindignation brûlante. « Vous avez forcé le changement du prénom de notre fille ? Qui êtesvous pour nous imposer cela ? Jai donné naissance à Eulalie, pas à Ada. Vous ne savez même pas ce que vous avez fait ! »

Odile, dune voix sereine, répliqua : « Il faut que tu te souviennes de notre coutume : on nomme les petites filles daprès nos aïeules. Ma grandmère sappelait Ada, une femme noble et droite, dont la destinée fut lumineuse. Tu devrais être fière que ta fille porte ce nom, elle deviendra forte comme elle. »

« Ma fille a son propre destin, » rétorqua Élodie, le regard brûlant. « Il nest pas question dinterférer avec une vieille femme qui nest plus. Ce que vous avez fait est monstrueux. Qui vous a donné ce droit ? Jai envoyé mon mari à la mairie, pas vous. Pourquoi agitil sans mon accord ? Vous ne touchez plus à notre famille. Cest Eulalie, pas Ada. Jirai moimême à la mairie pour corriger cela. »

Elle se rendit donc, accompagnée de son nouveau-né, aux services de létat civil, refusant de le laisser aux soins du mari et de la bellemère. Devant lagent, elle exposa la situation : le changement de prénom nécessitait laccord des deux parents. Elle fit alors la demande, insistant pour que le nom soit rectifié.

De retour à la maison, Alexandre lattendait, le visage empreint de culpabilité. Il tenta de la prendre dans ses bras, mais elle le repoussa violemment, le regard enflammé.

Pour changer le prénom, il faut le consentement des deux. Je jure que je ne passerai pas un seul jour avec toi si tu refuses. Notre fille nest pas Ada, cest Eulalie. Ce que tu fais, cest céder aux exigences de ta mère, et ça détruit notre couple. Réfléchis à qui compte vraiment pour toi. Ma tante sappela Ada, mais elle a souffert parce quon la traitait de « lAda des enfers ». Je ne laisserai plus ta mère décider du destin de notre enfant. Tu mets même en danger mon allaitement.

Alexandre, les larmes aux yeux, sexcusa : Pardon, ma chérie. Jai été négligent. Ma mère ma menacé de me priver de mon héritage si je ne donnais pas le prénom Ada. Je corrigerai tout, promis. Demain nous irons ensemble aux services de létat civil et déposerons la demande.

Le jour suivant, le dossier fut accepté, le prénom Eulalie inscrit officiellement. Odile ne revit plus jamais la petite fille, et Élodie, ayant repris le contrôle de son foyer, décida de divorcer dAlexandre un an plus tard. Elle comprit que son mari resterait à jamais le fils choyé de sa mère, incapable de devenir le protecteur dont elle avait besoin. Elle chercha alors un compagnon solide, capable de la soutenir sans jamais laisser les exigences dune mère intrusives diriger sa vie.

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«Мальчик для битвы: История, полная смелости и преодоления»