Laisse-le tranquille — Ma chère, il en a dix comme toi, — lança une inconnue en plantant son regard dans les yeux de Véronique. Laisse-moi deviner : tu rêves déjà de mariage, n’est-ce pas ? Je préfère t’en avertir : il n’y en aura pas… Oublie Maxime et ne te mets plus jamais en travers de mon chemin, sinon tu le regretteras. Je te le promets ! *** Véronique est née et a grandi à Paris. Ses parents, soucieux de l’avenir de leurs deux filles, leur ont offert à chacune un appartement à leur majorité. Pour Véronique, ses parents avaient ainsi rempli leur devoir : ils lui avaient donné une bonne éducation, elle devait désormais se débrouiller seule. Dès son entrée à l’université, Véronique a trouvé un emploi et n’a plus jamais demandé d’argent à ses parents. Cette indépendance précoce lui a appris à résoudre ses propres problèmes, et ses parents ignoraient la moitié de ce qui se passait dans sa vie. Quand elle a rencontré Maxime, elle n’a pas ressenti le besoin de présenter de suite ce nouvel amour à sa famille. Depuis deux ans, un léger malaise s’était instauré entre Véronique et sa mère. Marianne, tout juste retraitée, rêvait de devenir grand-mère et voulait pouponner les enfants de sa cadette. — Ma fille, disait-elle à chaque visite, ta sœur Julie a déjà un petit, et toi, tu attends quoi pour fonder une famille ? Véronique avait en mémoire l’exemple malheureux de sa grande sœur — mariée à dix-neuf ans, vite devenue mère, et ayant abandonné ses études. En sept ans, Julie s’était transformée en parfaite ménagère avec qui il n’y avait plus grand-chose à partager. Véronique n’était pas pressée. Elle avait ses propres plans : se marier autour de la trentaine, avoir un enfant vers trente-cinq ans et, d’ici là, asseoir une stabilité financière qui lui permettrait trois années de congé maternité sans s’inquiéter. Elle voulait être indépendante et maîtresse de son destin. Les projets de Marianne pour sa benjamine étaient tout autres : — Tu réfléchis mal ! Dans une famille, c’est à l’homme d’assurer la sécurité matérielle. Ton rôle, c’est de trouver le bon, te marier et faire un enfant. Point final ! — Maman, répétait patiemment Véronique, regarde Julie. A-t-elle vraiment fait le bon choix de dépendre entièrement de Serge ? Elle doit lui demander de l’argent pour la moindre bricole, et s’il refuse, elle se tourne vers vous ! Je ne veux pas de cette vie-là. Je refuse d’être dépendante. Serge est vraiment gonflé, il vit dans l’appartement de Julie et en plus il fait la loi ! — Véronique, c’était pareil pour moi et ton père. J’ai enchaîné les congés maternité, je suis restée huit ans à la maison. On s’est débrouillés ensemble, et on a quand même réussi à vous offrir un toit. — Mais maman, toi au moins tu t’es mariée par amour ! Moi aussi je veux cette chance. Je n’ai pas rencontré un homme qui me donne envie de fonder une famille, et je n’épouserai pas le premier venu, comme l’a fait Julie. *** Véronique a donc fait la connaissance de Maxime au bon moment — juste avant ses trente ans, comme elle l’espérait. L’homme l’a vite séduite : galant, cultivé, moderne, il ne lui imposait rien et se disait pour l’égalité dans le couple. Elle n’a pas brusqué les choses, décidée à laisser leur histoire suivre son cours. *** Ils sont sortis ensemble presque un an sans jamais parler mariage. Cette nonchalance n’a d’abord pas gêné Véronique, jusqu’au jour où, en confiant des détails à sa meilleure amie Violaine, celle-ci a soulevé un doute : — Es-tu certaine qu’il veut du sérieux avec toi ? Victor m’a demandé en mariage après trois mois, ton Maxime traîne depuis un an. Tu connais ses parents ? Ses amis ? Pourquoi il te cache ainsi ? Tu es sûre qu’il n’a pas une femme plus « officielle » quelque part ? Pour la première fois, Véronique s’est demandé pourquoi Maxime semblait éviter de faire évoluer leur relation. Ils se voyaient quelques fois par semaine, toujours chez elle, et il passait rarement la nuit. Véronique a décidé d’en savoir plus : — Maxime, je me rends compte que je ne sais rien de ta famille ! Tes parents, frères, sœurs, à quoi ressemblent-ils ? — J’en ai, ils sont à la retraite. Je suis fils unique. Voilà, tu es satisfaite ? — Tu as des enfants ? a-t-elle demandé franchement. Maxime s’est visiblement raidi : — Non, aucun enfant, rassure-toi… Mais qu’est-ce que c’est que cet interrogatoire ? — Rien de spécial, j’aimerais juste mieux connaître ta vie. Et d’ajouter : j’aimerais qu’on rencontre, chacun, la famille de l’autre. Maxime écarta la proposition, puis, devant l’insistance, céda : — D’accord, on commence par mes amis ce week-end à la campagne, ils seront tous accompagnés, tu ne seras pas seule. Ça te dit ? *** Véronique a accepté, et n’a pas regretté : ses amis étaient charmants, mais aucun n’était marié. Pas une bague à l’horizon chez ces hommes de 35 à 45 ans. — Tous tes amis sont célibataires ? s’étonna Véronique. — Oui, c’est la particularité du groupe, plaisanta Maxime. Maintenant, à ton tour de me présenter à tes parents ? La rencontre s’arrangea rapidement. Véronique annonça à sa famille : — Maman, papa, j’aimerais vous présenter mon futur mari. — Enfin ! s’écria Marianne, raconte-nous tout. Qui est-il, où travaille-t-il, quel âge a-t-il ? — Maman, doucement, rit Véronique. Il s’appelle Maxime, avocat, 34 ans. — Il a un logement ? Embarrassée, Véronique réalisa qu’en un an, Maxime ne l’avait jamais invitée chez lui. — Tu lui demanderas toi-même demain. La rencontre se passa merveilleusement bien. Maxime mit tout le monde dans sa poche et Véronique découvrit que son compagnon possédait un bel appartement en plein Paris. Elle était heureuse : il ne restait qu’à rencontrer à son tour les parents de Maxime… Mais le destin en décida autrement. *** Un soir, Maxime avertit Véronique qu’il ne viendrait pas, retenu par un client important au cabinet d’avocats. Elle se préparait à dormir, quand quelqu’un sonna à sa porte. S’attendant à voir Maxime, elle ouvrit sur une élégante brune inconnue. — Bonsoir. Je peux entrer ? Il faut que je vous parle. Intriguée, Véronique la fit entrer. Après un silence, la visiteuse lâcha : — Je cherchais à rencontrer la femme qui s’incruste dans une famille et veut voler un père à deux enfants. Le cœur de Véronique s’arrêta. Elle devina aussitôt. — Je laisse habituellement mon mari avoir ses distractions, reprit la femme. Nous sommes mariés depuis seize ans. D’habitude, ses maîtresses ne tiennent jamais plus de quelques mois. Mais avec vous, cela dure depuis un an. Vous commencez à représenter une menace pour notre famille. Pour savoir avec qui il passait ses soirées, j’ai engagé un détective. Je vous demande de laisser mon mari tranquille. Soyez réaliste : je ne laisserai pas le père de mes enfants partir comme ça. Et s’il doit choisir, croyez-moi, ce ne sera pas vous. Le cabinet d’avocats où travaille Maxime appartient à mon père. Tout ce qu’il a, il le doit à lui. Soyez raisonnable, ne gâchez pas votre vie. La femme s’en alla. Désespérée, Véronique tenta de joindre Maxime pour exiger des explications, mais il se contenta de couper court. Puis, il changea de numéro. Elle tenta de le joindre en vain. Elle mit longtemps à se remettre de cette rupture, mentit à ses parents sur les raisons de son chagrin et n’ouvrit vraiment son cœur à un autre homme qu’un an et demi plus tard.

— Laisse-le tranquille.

— Ma chérie, tu sais, il en a des comme toi, une dizaine, a soufflé une inconnue en plantant son regard dans celui de Capucine.

Laisse-moi deviner: tu rêves déjà au mariage, non?

Désolée de te décevoir mais il ny en aura pas, de mariage.

Lâche Adrien et ne te mets plus jamais sur mon chemin, tu le regretterais. Je ten fais la promesse!

***
Capucine est née et a grandi à Paris, et avec sa grande sœur, Roxane, ses parents leur ont offert un départ dans la vie plutôt confortable. À leurs dix-huit ans, chacune a reçu un petit appartement à leur nom.

Pour Capucine, ses parents avaient fait leur part: un toit, des études payées. À présent, elle estimait quil lui revenait de se débrouiller seule.

Dès son entrée à la fac à la Sorbonne, Capucine a trouvé un job à mi-temps, et elle na plus jamais rien demandé à ses parents. Son indépendance, elle y tenait. Du coup, ses parents ne connaissaient pas la moitié de ce qui se passait dans sa vie dadulte.

Quand elle a rencontré Adrien, Capucine avait préféré garder leur histoire pour elle, sans en parler tout de suite aux proches.

Depuis deux ans, il y avait entre Capucine et sa maman, Geneviève, quelques tensions. Recalée à la retraite, Geneviève rêvait enfin de pouponner les enfants de sa cadette.

Ma fille, répétait-elle à chaque visite, Roxane a déjà une petite Emma, et toi, quand est-ce que tu ty mets?

Capucine avait en tête le mauvais exemple de sa sœur, mariée à dix-neuf ans, mère quasi dans la foulée, qui avait arrêté la fac et sétait transformée, en sept ans, en vraie femme au foyer, dont Capucine ne partageait aucune affinité.

Capucine, elle, prenait son temps. Elle avait des projets: un mariage oui, mais pas avant la trentaine, et si bébé, ce serait autour de trente-cinq ans.

Histoire davoir de vraies bases financières pour profiter dun congé parental sans se serrer la ceinture, tout simplement.

Capucine tenait à ne dépendre de personne.

Les projets de sa fille cadette, Geneviève les critiquait toujours:

Franchement, tu raisonnes tout à lenvers! Normalement, cest lhomme qui assure la sécurité du foyer, à toi de bien le choisir, de te marier, et davoir un enfant. Cest tout. Le reste, ce nest pas ton problème !

Maman, tentait calmement Capucine, regarde Roxane. Tu trouves ça bien, quelle dépende complètement de Gabriel ? À chaque fois elle doit lui demander de largent, il râle, et si elle insiste, elle sen prend à vous Moi, je nen veux pas de cette vie. Je ne veux dépendre de personne! Et Gabriel, franchement, il vit quand même dans lappartement de Roxane, et il se permet de faire la loi !

Tu sais Capucine, tout le monde fait comme ça. Même avec ton père, on a toujours fait équipe, même si parfois cétait dur à Paris dans les années 90. On a réussi à vous acheter à toutes les deux votre appart.

Oui, maman, mais toi, tu as épousé papa par amour! Jaimerais une histoire pareille. Je nai pas encore trouvé celui qui me donnera envie davoir des enfants avec lui. Je ne me précipite pas, je nai pas envie de faire comme Roxane.

***
Cest justement quelques mois avant davoir trente ans que Capucine fait la connaissance dAdrien comme elle lavait plus ou moins planifié.

Tout de suite, il la séduit: courtois, cultivé, moderne, il ne lui imposait rien, et respectait sa liberté.

Capucine voulait prendre son temps, laisser les choses se faire tranquillement.

***
Ils sont restés ensemble presque un an, sans pour autant parler de mariage, ni lun ni lautre.

Au début, cette nonchalance ne la gênait pas jusquà une conversation avc sa meilleure amie, Sidonie.

Sidonie na posé quune seule question, mais qui la fait douter:

Dis, tes sûre quil veut construire quelque chose avec toi? Moi, Victor ma demandé en mariage au bout de trois mois ! Toi, au bout dun an, il ne bouge pas le petit doigt Tu connais ses parents, toi? Et ses potes? Tu ne crois pas quil te cache peut-être quil a une autre relation, plus officielle?

Pour la première fois, Capucine doute. Pourquoi Adrien ne voulait-il pas faire évoluer leur histoire?

Ils se voyaient chez elle, lui restait rarement à dormir, et toujours à Paris, jamais ailleurs.

Alors, Capucine décide den savoir plus:

Adrien, je me rends compte que je ne sais pas grand-chose sur ta famille!

Tu veux savoir quoi? répond Adrien sur un ton léger.

Ben, déjà: qui sont tes parents? Tu as des frères et sœurs? Ils font quoi dans la vie?

Mes parents sont à la retraite, pas de frères ni de sœurs, je suis fils unique. Voilà: tu es rassasiée?

Tu as des enfants? demande-t-elle cash.

Adrien se crispe, ça se voit.

Non, je nai pas denfants, la rassure-t-il vivement. Mais cest quoi cet interrogatoire?

Rien de grave, jai juste envie dapprendre à mieux te connaître. En fait, je me disais, ça fait un an, peut-être que le moment est venu quon présente nos familles?

Adrien esquive à nouveau soigneusement la discussion.

Capucine commence vraiment à avoir des doutes. Sidonie a-t-elle raison? Adrien cache-t-il quelque chose? Elle devient plus insistante sur le sujet.

Après maintes esquives, Adrien finit par céder:

OK, ça marche. On commence par mes amis, si tu veux. Ce week-end, un de mes meilleurs potes nous invite à sa maison de campagne en Bourgogne. On sera entourés de couples, tu ne seras pas toute seule. Tu veux venir?

***
Capucine accepte et ne le regrette pas. Les amis dAdrien et leurs moitiés sont super sympas.

Il y a juste une chose étrange: aucun des potes présents nest marié. Trente-cinq, quarante ans, pas dalliance.

Alors, Capucine demande à Adrien:

Dis donc, tous tes amis sont célibataires? Personne de marié?

Eh oui, cest le club! rigole Adrien. Bon, étape un réussie: on passe à la suivante? Quand est-ce que je rencontre tes parents?

Capucine organise vite la rencontre. Elle débarque chez ses parents dans le 14e arrondissement.

Maman, papa, je veux vous présenter mon futur mari.

Enfin, souffle Geneviève, on attendait ça! Alors, raconte un peu: il fait quoi ce jeune homme? Il a quel âge? Il fait quoi dans la vie?

Doucement, maman ! rigole Capucine. Il sappelle Adrien, il est avocat, il a trente-quatre ans.

Et il a un appart à lui? questionne Geneviève, toujours pratique.

Capucine rougit, parce quen un an, elle na jamais posé la question à Adrien. Il ne la jamais invitée chez lui, ni dit sil vivait seul ou pas vraiment.

Tu lui demanderas toi-même! On peut venir demain soir, ça vous va?

Bien sûr, ma chérie, on sorganise ! On déplace tout pour toi.

La rencontre se passe à merveille ses parents sont enchantés.

Adrien est détendu, drôle, répond à toutes les questions. Capucine apprend ce soir-là quil habite seul dans un beau deux-pièces du Marais, à Paris.

Pour Capucine, tous les voyants étaient au vert: prochaine étape, rencontrer les parents dAdrien, et ensuite pourquoi pas préparer le mariage!

Mais ils nont pas le temps de fixer la date Un soir, tout vole en éclats.

***
Ce soir-là, Adrien lappelle tard:

Ne mattends pas, jai un rendez-vous avec un client important. Un dossier vraiment stratégique, je ne veux pas rater cette opportunité. On se revoit demain, OK?

Daccord, lui répond Capucine, bon courage mon amour!

Elle sapprête à se coucher quand on sonne à la porte. Son cœur bat. Peut-être quAdrien a changé davis, quil veut la rejoindre finalement?

Elle ouvre: une très jolie brune, inconnue, sur le palier.

Bonjour, je peux vous aider? demande Capucine, intriguée.

Oui, ma petite, je crois que tu peux. Tu me laisses entrer? Jaimerais te parler.

Capucine sefface. La visiteuse entre, ferme la porte, puis reste un long moment silencieuse.

Finalement, cest Capucine qui rompt la glace:

Vous cherchez quelquun?

Oui. Toi. Je voulais regarder la femme en face, celle qui sinvite dans une famille, qui essaie de prendre un père à deux enfants.

Capucine sent son cœur sarrêter. Elle a compris tout de suite.

Linconnue poursuit:

Tu sais, moi, je laisse dhabitude un peu de liberté à mon mari. Seize ans quon est mariés, au bout dun moment, on se lasse, cest humain.

En général, ses maîtresses ne restent pas plus de quelques mois. Mais toi, ça fait un an. Je nai pas envie de reconnaître que tu représentes un danger pour mon foyer. Jai dû prendre un détective pour savoir avec qui il passait son temps.

Capucine, sil te plaît, laisse mon mari tranquille!

Tu comprends, je ne vais pas jeter aux orties un homme avec qui jai passé presque vingt ans! Et si un choix devait se faire crois-moi, cest toi qui partirais.

Le cabinet davocats dAdrien appartient à mon père. Tout ce quAdrien possède, cest grâce à lui. Pense un peu à toi, tu nas rien à gagner à tout gâcher.

Linconnue sen va, Capucine seffondre en larmes et appelle Adrien, en panique.

Quand il décroche, elle hurle:

Tu es marié! Tu as deux enfants! Tu mas menti tout ce temps! Ta femme est venue, elle ma tout dit!

On en reparlera plus tard, je suis occupé, coupe Adrien avant de raccrocher.

Après ça, Capucine narrive plus jamais à le joindre. Tout indique quil a changé de numéro elle cherche à lappeler via tous les moyens: amis, famille, collègues, rien à faire.

Capucine vit la rupture comme un coup de massue, et nose pas dire la vérité à ses parents. Elle prétend avoir quitté un brillant avocat à cause dincompatibilité de caractères.

Il lui faudra plus dun an et demi avant daccepter les avances dun nouvel hommeLe printemps revient, mais Capucine peine à retrouver des couleurs. Les semaines passent, la douleur sémousse sans disparaître. Un soir, alors qu’elle remballe les derniers cartons d’une coloc abandonnée, Sidonie débarque sans prévenir avec deux verres et une bouteille de bulles.

Un toast à ta liberté, lance-t-elle.

Le rire de Sidonie la ramène à la vie. Capucine lève son verre, hésite, puis sourit timidement. Elle comprend en regardant son amie que la trahison dAdrien na rien volé de plus précieux que sa naïveté. Et cette légèreté retrouvée, cest déjà une conquête.

Au fil des mois, Capucine saccroche à ses convictions, se recentre sur elle-même, retrouve le goût dêtre seule. Elle redécouvre Paris à pied, prend le temps dobserver les terrasses, les reflets sur la Seine. Un matin, en ouvrant son ordinateur pour corriger des copies, elle croise son reflet dans lécran: elle se trouve belle, et elle se surprend à saimer, sans condition.

Ce soir-là, elle téléphone à sa mère.

Tu sais, maman, commence-t-elle, la voix plus assurée, peut-être que mon histoire ne ressemblera jamais à la tienne, ou à celle de Roxane. Mais je vais bien. Je nai besoin de personne pour me sauver, ni pour me compléter.

Un silence, puis Geneviève répond, attendrie:

Alors tu as tout compris, ma fille.

Et dans la nuit qui tombe sur Paris, Capucine sent que pour la première fois depuis longtemps, le bonheur nest plus une promesse lointaine, mais un choix, là, à portée de main.

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Laisse-le tranquille — Ma chère, il en a dix comme toi, — lança une inconnue en plantant son regard dans les yeux de Véronique. Laisse-moi deviner : tu rêves déjà de mariage, n’est-ce pas ? Je préfère t’en avertir : il n’y en aura pas… Oublie Maxime et ne te mets plus jamais en travers de mon chemin, sinon tu le regretteras. Je te le promets ! *** Véronique est née et a grandi à Paris. Ses parents, soucieux de l’avenir de leurs deux filles, leur ont offert à chacune un appartement à leur majorité. Pour Véronique, ses parents avaient ainsi rempli leur devoir : ils lui avaient donné une bonne éducation, elle devait désormais se débrouiller seule. Dès son entrée à l’université, Véronique a trouvé un emploi et n’a plus jamais demandé d’argent à ses parents. Cette indépendance précoce lui a appris à résoudre ses propres problèmes, et ses parents ignoraient la moitié de ce qui se passait dans sa vie. Quand elle a rencontré Maxime, elle n’a pas ressenti le besoin de présenter de suite ce nouvel amour à sa famille. Depuis deux ans, un léger malaise s’était instauré entre Véronique et sa mère. Marianne, tout juste retraitée, rêvait de devenir grand-mère et voulait pouponner les enfants de sa cadette. — Ma fille, disait-elle à chaque visite, ta sœur Julie a déjà un petit, et toi, tu attends quoi pour fonder une famille ? Véronique avait en mémoire l’exemple malheureux de sa grande sœur — mariée à dix-neuf ans, vite devenue mère, et ayant abandonné ses études. En sept ans, Julie s’était transformée en parfaite ménagère avec qui il n’y avait plus grand-chose à partager. Véronique n’était pas pressée. Elle avait ses propres plans : se marier autour de la trentaine, avoir un enfant vers trente-cinq ans et, d’ici là, asseoir une stabilité financière qui lui permettrait trois années de congé maternité sans s’inquiéter. Elle voulait être indépendante et maîtresse de son destin. Les projets de Marianne pour sa benjamine étaient tout autres : — Tu réfléchis mal ! Dans une famille, c’est à l’homme d’assurer la sécurité matérielle. Ton rôle, c’est de trouver le bon, te marier et faire un enfant. Point final ! — Maman, répétait patiemment Véronique, regarde Julie. A-t-elle vraiment fait le bon choix de dépendre entièrement de Serge ? Elle doit lui demander de l’argent pour la moindre bricole, et s’il refuse, elle se tourne vers vous ! Je ne veux pas de cette vie-là. Je refuse d’être dépendante. Serge est vraiment gonflé, il vit dans l’appartement de Julie et en plus il fait la loi ! — Véronique, c’était pareil pour moi et ton père. J’ai enchaîné les congés maternité, je suis restée huit ans à la maison. On s’est débrouillés ensemble, et on a quand même réussi à vous offrir un toit. — Mais maman, toi au moins tu t’es mariée par amour ! Moi aussi je veux cette chance. Je n’ai pas rencontré un homme qui me donne envie de fonder une famille, et je n’épouserai pas le premier venu, comme l’a fait Julie. *** Véronique a donc fait la connaissance de Maxime au bon moment — juste avant ses trente ans, comme elle l’espérait. L’homme l’a vite séduite : galant, cultivé, moderne, il ne lui imposait rien et se disait pour l’égalité dans le couple. Elle n’a pas brusqué les choses, décidée à laisser leur histoire suivre son cours. *** Ils sont sortis ensemble presque un an sans jamais parler mariage. Cette nonchalance n’a d’abord pas gêné Véronique, jusqu’au jour où, en confiant des détails à sa meilleure amie Violaine, celle-ci a soulevé un doute : — Es-tu certaine qu’il veut du sérieux avec toi ? Victor m’a demandé en mariage après trois mois, ton Maxime traîne depuis un an. Tu connais ses parents ? Ses amis ? Pourquoi il te cache ainsi ? Tu es sûre qu’il n’a pas une femme plus « officielle » quelque part ? Pour la première fois, Véronique s’est demandé pourquoi Maxime semblait éviter de faire évoluer leur relation. Ils se voyaient quelques fois par semaine, toujours chez elle, et il passait rarement la nuit. Véronique a décidé d’en savoir plus : — Maxime, je me rends compte que je ne sais rien de ta famille ! Tes parents, frères, sœurs, à quoi ressemblent-ils ? — J’en ai, ils sont à la retraite. Je suis fils unique. Voilà, tu es satisfaite ? — Tu as des enfants ? a-t-elle demandé franchement. Maxime s’est visiblement raidi : — Non, aucun enfant, rassure-toi… Mais qu’est-ce que c’est que cet interrogatoire ? — Rien de spécial, j’aimerais juste mieux connaître ta vie. Et d’ajouter : j’aimerais qu’on rencontre, chacun, la famille de l’autre. Maxime écarta la proposition, puis, devant l’insistance, céda : — D’accord, on commence par mes amis ce week-end à la campagne, ils seront tous accompagnés, tu ne seras pas seule. Ça te dit ? *** Véronique a accepté, et n’a pas regretté : ses amis étaient charmants, mais aucun n’était marié. Pas une bague à l’horizon chez ces hommes de 35 à 45 ans. — Tous tes amis sont célibataires ? s’étonna Véronique. — Oui, c’est la particularité du groupe, plaisanta Maxime. Maintenant, à ton tour de me présenter à tes parents ? La rencontre s’arrangea rapidement. Véronique annonça à sa famille : — Maman, papa, j’aimerais vous présenter mon futur mari. — Enfin ! s’écria Marianne, raconte-nous tout. Qui est-il, où travaille-t-il, quel âge a-t-il ? — Maman, doucement, rit Véronique. Il s’appelle Maxime, avocat, 34 ans. — Il a un logement ? Embarrassée, Véronique réalisa qu’en un an, Maxime ne l’avait jamais invitée chez lui. — Tu lui demanderas toi-même demain. La rencontre se passa merveilleusement bien. Maxime mit tout le monde dans sa poche et Véronique découvrit que son compagnon possédait un bel appartement en plein Paris. Elle était heureuse : il ne restait qu’à rencontrer à son tour les parents de Maxime… Mais le destin en décida autrement. *** Un soir, Maxime avertit Véronique qu’il ne viendrait pas, retenu par un client important au cabinet d’avocats. Elle se préparait à dormir, quand quelqu’un sonna à sa porte. S’attendant à voir Maxime, elle ouvrit sur une élégante brune inconnue. — Bonsoir. Je peux entrer ? Il faut que je vous parle. Intriguée, Véronique la fit entrer. Après un silence, la visiteuse lâcha : — Je cherchais à rencontrer la femme qui s’incruste dans une famille et veut voler un père à deux enfants. Le cœur de Véronique s’arrêta. Elle devina aussitôt. — Je laisse habituellement mon mari avoir ses distractions, reprit la femme. Nous sommes mariés depuis seize ans. D’habitude, ses maîtresses ne tiennent jamais plus de quelques mois. Mais avec vous, cela dure depuis un an. Vous commencez à représenter une menace pour notre famille. Pour savoir avec qui il passait ses soirées, j’ai engagé un détective. Je vous demande de laisser mon mari tranquille. Soyez réaliste : je ne laisserai pas le père de mes enfants partir comme ça. Et s’il doit choisir, croyez-moi, ce ne sera pas vous. Le cabinet d’avocats où travaille Maxime appartient à mon père. Tout ce qu’il a, il le doit à lui. Soyez raisonnable, ne gâchez pas votre vie. La femme s’en alla. Désespérée, Véronique tenta de joindre Maxime pour exiger des explications, mais il se contenta de couper court. Puis, il changea de numéro. Elle tenta de le joindre en vain. Elle mit longtemps à se remettre de cette rupture, mentit à ses parents sur les raisons de son chagrin et n’ouvrit vraiment son cœur à un autre homme qu’un an et demi plus tard.
L’Appel qui a Changé une Vie