Laisse-le tranquille — Ma chère, des filles comme toi, il en a dix à la douzaine, — lança sèchement une inconnue, soutenant le regard de Véronique. Laisse-moi deviner : tu rêves déjà du mariage, non ? Désolée de te décevoir — il n’y aura pas de mariage… Lâche Maxime et ne te mets plus jamais en travers de mon chemin, sinon tu le regretteras. Je te le promets ! *** Véronique est née et a grandi à Paris ; ses parents, très investis dans l’avenir de leurs deux filles, ont offert un appartement à chacune pour leur majorité. Pour elle, ses parents avaient fait leur devoir : des études, un bon départ, et désormais, elle voulait réussir seule. Véronique a travaillé dès son entrée à la fac et n’a plus jamais demandé d’argent à ses parents. Cette autonomie précoce l’a forcée à grandir vite : ses parents ignoraient la moitié de ce qui se passait dans sa vie. Quand elle rencontre Maxime, elle hésite à le présenter à la famille — elle préfère attendre. Depuis deux ans, un malaise s’était installé entre Véronique et sa mère, Chantal. Retraitée, celle-ci voulait désespérément être grand-mère et ne cessait de relancer sa fille : — Ma chérie, ta sœur Julie a déjà un enfant… Et toi, c’est pour quand ? Mais pour Véronique, le mariage précipité de sa sœur aînée — à 19 ans, un bébé tout de suite, et les études sacrifiées — n’était pas un exemple. Julie était devenue une mère au foyer sans passions, et Véronique avait d’autres projets : elle voulait épouser l’homme de sa vie vers trente ans, un enfant à trente-cinq, avec une stabilité financière solide. Sa mère ne comprenait pas : — Ta logique n’est pas la bonne, voyons ! C’est à l’homme d’assurer, trouve-en un bon, marie-toi, fais un enfant, et basta ! Véronique répliquait toujours — elle ne voulait dépendre de personne, comme le faisait sa sœur avec son mari, Serge, qui vivait dans son appartement et faisait la loi. Mais Chantal insistait : « Tout le monde fait comme ça ! Nous aussi, avec ton père ! » Véronique, elle, voulait attendre de tomber amoureuse et de fonder une famille avec la bonne personne. *** Maxime arrive dans sa vie pile au bon moment, peu avant ses trente ans. Il correspond à ses attentes : galant, drôle, ouvert, il ne veut ni soumission ni dépendance, et fait preuve d’un vrai respect. Véronique décide d’y aller doucement. Pendant près d’un an, ils sortent ensemble sans parler mariage. Jusqu’à ce que sa copine Viola éveille ses doutes : — Tu es sérieuse qu’il t’aime ? Le mien m’a proposé après trois mois… Le tien se cache : tu connais ses amis ? Sa famille ? Il n’a pas quelqu’un d’autre, officiellement ? Véronique se pose des questions : pourquoi n’avance-t-il pas ? Leurs rencontres se passent presque toujours chez elle, il reste rarement dormir, et elle n’est jamais invitée chez lui. Elle lui propose de rencontrer leurs familles respectives. Maxime esquive, puis finit par lui proposer de d’abord rencontrer ses amis à la campagne. Véronique accepte : tout se passe bien… mais elle remarque que tous ses amis sont célibataires, pas une alliance dans ce groupe d’hommes mûrs. Maxime en rit et accepte d’aller rencontrer les parents de Véronique. Le contact est excellent. Elle apprend même que Maxime a, à trente-quatre ans, une belle situation et un appartement place de la République. Ça y est, pense-t-elle, la prochaine étape sera de rencontrer les parents de Maxime, et après, peut-être… le mariage ! *** Mais le lendemain, tout s’écroule. Un soir, alors que Maxime lui annonce une réunion tardive, on sonne à la porte. Véronique ouvre à une superbe brune inconnue : — Bonsoir, puis-je entrer ? Il faut que je vous parle. La femme entre et, d’un ton tranchant, déclare : — C’est toi que je cherchais. Je voulais voir l’allure de la femme qui s’invite sans gêne dans la vie d’autrui en essayant de voler un père à deux enfants. Le cœur de Véronique s’arrête. Elle a compris. L’inconnue poursuit : — Je laisse d’habitude un peu de latitude à mon mari. Seize ans de mariage, tu penses bien, la routine… D’habitude, elles ne tiennent jamais plus de quelques mois, mais avec toi, ça dure. J’ai dû engager un détective pour savoir avec qui mon mari passait son temps libre. Je te demande de laisser mon époux tranquille ! Tout ce que Maxime possède, il le doit à mon père, qui dirige le cabinet où il travaille. Réfléchis-y : tu n’as rien à gagner, à part des ennuis. Après son départ, Véronique fond en larmes et appelle Maxime : — Tu es marié ! Tu as deux enfants ! Pourquoi m’avoir menti tout ce temps ? Ta femme m’a tout raconté ! — On en reparlera, j’suis occupé… — répond Maxime avant de raccrocher. Véronique ne le revoit jamais. Il change de numéro, elle tente de l’appeler en vain. Elle traverse cette rupture comme une épreuve terrible. Elle ment à ses parents en leur disant qu’elle a mis fin à la relation parce qu’ils étaient incompatibles. Ce n’est qu’un an et demi plus tard qu’elle redevient prête à aimer, enfin.

— Laisse-le tranquille.

— Ma chère, tu nes quune parmi tant dautres pour lui, cracha sèchement une femme inconnue en scrutant le regard de Clémence.

Laisse-moi deviner : tu rêves déjà de mariage, non ?

Permets-moi de te décevoir il ny aura pas de mariage

Lâche Antoine et ne te mets plus jamais en travers de mon chemin, sinon tu le regretteras. Je te le garantis !

***
Clémence a vu le jour et grandi à Paris, recevant, tout comme sa grande sœur, un départ dans la vie plus que correct de la part de ses parents. À leur majorité, chacune hérita dun appartement.

Clémence estimait que ses parents avaient ainsi honoré leur devoir envers elle ; ils lui avaient offert une bonne éducation. À partir de là, cétait à elle de se débrouiller seule.

Dès quelle fut admise à la Sorbonne, Clémence trouva immédiatement un petit boulot. Depuis ce jour, elle na plus jamais demandé dargent à ses parents.

Cette autonomie acquise très tôt la força à trouver seule des solutions à ses soucis ; ses parents ignoraient la plupart du temps la moitié de ce quelle vivait.

Lorsquelle fit la connaissance dAntoine, elle décida de ne pas mettre tout de suite sa famille au courant de cette nouvelle romance.

Depuis deux ans, un certain malaise sétait installé entre Clémence et sa mère, Madeleine. Retraitée depuis peu, cette dernière rêvait de devenir enfin grand-mère et simpatientait de pouponner les enfants de sa cadette.

— Ma chérie, répétait-elle à chaque rencontre, ta sœur Claire a déjà un petit garçon, et toi, tu comptes ty mettre quand ?

Clémence avait sous les yeux lexemple peu reluisant de sa sœur aînée, mariée à dix-neuf ans puis immédiatement tombée enceinte, abandonnant ses études à peine entamées.

En sept ans, Claire était devenue une femme au foyer accomplie, avec qui Clémence ne trouvait plus grand-chose à partager, même lors dune simple discussion.

Clémence nétait pas pressée. Elle avait ses propres projets : se marier vers la trentaine, puis avoir un enfant vers trente-cinq ans. Elle voulait dabord sassurer une base financière solide qui lui permettrait de vivre sereinement trois ans de congé parental, sans inquiétude.

Clémence avait appris à nattendre que delle-même.

Ce plan ne convenait pas du tout à sa mère, Madeleine :

— Tu ne réfléchis pas comme il faut ! Cest à lhomme dassurer la sécurité de la famille. Ton rôle, cest de choisir le bon, de lépouser et davoir des enfants, un point cest tout ! Le reste, ce nest pas ton affaire !

— Maman, expliquait patiemment Clémence, regarde Claire Où est lintérêt de dépendre à ce point de Loïc ? Elle doit toujours réclamer de largent à son mari pour ses babioles et, quand il refuse, cest vers vous quelle se tourne Moi, je ne veux pas vivre ça.

Je ne veux dépendre de personne ! Loïc abuse vraiment : il habite lappartement de Claire, et il ose encore faire la loi !

— Clémence, tu sais, cétait pareil pour ton père et moi. Jai enchaîné huit ans de congés parentaux, à la maison, et pourtant, nous nous en sommes sortis. On se disputait parfois au sujet de largent, surtout dans les années 90, mais on sest débrouillés, et on a même réussi à vous acheter un logement.

— Oui maman, mais toi, tu as épousé papa par amour. Cest ce que je veux, moi aussi ! Je nai pas encore rencontré un homme qui me donne envie de fonder une famille, de porter son enfant.

Je ne veux pas me précipiter dans un mariage comme Claire, juste parce que ça se fait.

***
Cest juste avant ses trente ans que Clémence a rencontré Antoine parfaitement conforme à son propre calendrier. Il lui a tout de suite plu : élégant, cultivé, ouvert, moderne, et il croyait vraiment à légalité entre hommes et femmes.

Clémence sest gardée de forcer les choses, préférant laisser le temps couler à son rythme.

***
Elle et Antoine sont restés ensemble près dun an, sans jamais parler mariage, ni lun ni lautre.

Cette lenteur ne troublait pas Clémence, jusquau jour où elle en discuta avec son amie Laure.

Laure lança une seule question qui sema le doute :

— Tu es certaine de ses intentions ? Mon Bastien ma demandé en mariage au bout de trois mois, alors que le tien, cela fait un an Tu connais ses parents ? Ses amis ? Ou il te cache de tout le monde ? Tu es sûre quil na pas quelquun dautre dofficiel à côté ?

Pour la première fois, Clémence sinterrogea : pourquoi Antoine ne faisait-il aucun effort pour avancer leur relation vers quelque chose de plus sérieux ?

Ils se voyaient chez elle, deux fois par semaine ; Antoine ne restait que rarement dormir.

Clémence, curieuse, aborda un soir la question de lavenir :

— Je me rends compte que je ne connais presque rien de ta famille !

— Quest-ce que tu aimerais savoir ? répliqua-t-il poliment.

— Écoute, au moins lessentiel : tes parents vivent-ils ? As-tu des frères et sœurs ? Que font-ils ?

— Mes parents sont à la retraite, pas de frère ni de sœur, je suis fils unique. Tu es satisfaite ?

— Tu as des enfants ? demanda abruptement Clémence.

Antoine parut nerveux, cela se voyait à son visage :

— Non, bien sûr que non, pas denfants, — il sempressa de la rassurer. Pourquoi toutes ces questions ? On dirait un interrogatoire

— Non, rien de grave. Jaimerais juste en savoir plus sur toi.

Dailleurs, Antoine, je pensais quaprès un an ensemble, ce serait sûrement le bon moment pour rencontrer mutuellement nos familles

Antoine éluda sans répondre, changea rapidement de sujet.

Linquiétude sinstalla chez Clémence et si Laure avait raison, et quAntoine menait une double vie ? Clémence insista de plus en plus, réclamant cette fameuse rencontre avec la famille.

Dabord, Antoine opposait des excuses puis, un jour, cédant sous la pression :

— OK, on commence par mes amis, puis les familles. Ce week-end, mon meilleur ami nous invite à sa maison de campagne près de Chartres. Tous viennent en couple, tu ne seras pas seule. Tu viens ?

***
Clémence accepta. Aucun regret : les amis dAntoine et leurs compagnes laccueillirent chaleureusement.

Un seul détail frappait Clémence : pas un homme présent nétait marié.

Des quarantenaires, sans alliances, sans épouses officielles.

Alors elle demanda à Antoine, étonnée :

— Mais tous tes amis sont célibataires ? Aucun na sauté le pas ?

— Oui, cest comme ça On sest trouvés comme ça dans cette bande, sourit Antoine. Alors, tu penses que le moment est venu ? À ton tour de me présenter à tes parents ?

Dès la semaine suivante, Clémence sorganisa. En rendant visite à ses parents, elle leur annonça :

— Maman, Papa, je voudrais vous présenter mon futur époux.

— Enfin ! sexclama Madeleine, émue. Alors, qui est-il ? Que fait-il ? Quel âge a-t-il ?

— Du calme maman, rit Clémence, il sappelle Antoine, il est avocat, trente-quatre ans, il travaille à Paris.

— Et il a un appartement ? senquit Madeleine.

Clémence hésita, elle ny avait jamais pensé : Antoine ne lavait jamais invitée chez lui ; elle ignorait sil vivait seul ou chez ses parents.

— Tu pourras lui demander toi-même, maman. Si on vient demain, ça va ?

— Bien sûr, ma chérie ! Pour cette occasion, on libère tout ! Venez quand vous voulez, on vous attendra !

La rencontre se passa à merveille. Les parents de Clémence furent conquis par Antoine, qui fit rire tout le monde, répondant avec aisance à chaque question.

Clémence découvrit elle-même que son compagnon habitait seul dans un bel appartement de deux pièces à Montparnasse.

Heureuse, Clémence pensait enfin pouvoir se projeter : il ne restait plus quà rencontrer les parents dAntoine avant denfin songer au mariage !

Mais la date neut jamais le temps dêtre fixée à cause dune visite inattendue

***
Un soir tard, Antoine prévint Clémence au téléphone :

— Ce soir, ne mattends pas. Jai un client important, une affaire très lucrative je ne veux surtout pas la laisser filer. On se voit demain, ça te va ?

— Daccord, bonne chance, mon chéri, répondit Clémence.

Elle se préparait à se coucher quand quelquun sonna à la porte.

Clémence pensa quAntoine avait finalement décidé de passer la nuit avec elle.

Mais, en ouvrant, elle tomba sur une splendide inconnue, brune, élancée :

— Bonsoir, puis-je vous aider ? demanda Clémence.

— Oui, ma petite, vous pouvez. Je peux entrer ? Jaimerais beaucoup vous parler, répondit létrangère, sourire figé aux lèvres.

— Euh bien sûr, entrez, dit Clémence en sécartant.

Linconnue entra ; Clémence referma la porte derrière elle, létudiant avec méfiance.

Un long silence sinstalla avant que Clémence, prenant sur elle, rompe la glace :

— Vous cherchez quelquun ?

— Oui, je te cherche, ma chère. Je tenais à regarder dans les yeux la femme qui ose ruiner une famille et arracher un père à deux enfants

Clémence sentit son cœur cesser de battre. Elle comprit tout de suite de qui il sagissait.

Linconnue poursuivit :

— Jai pour habitude de laisser mon mari samuser ailleurs. En seize ans de mariage, on sest un peu lassés, tu comprends. Les maîtresses ne tiennent jamais plus de deux ou trois mois. Mais avec toi, cela fait déjà un an

Je naime pas mavouer que tu représentes un danger pour ma famille.

Pour découvrir qui occupe les pensées de mon mari, jai même dû engager un détective. Alors Clémence, je te demande de laisser mon mari tranquille !

Tu comprends bien que lhomme avec qui jai passé presque vingt ans, je ne vais pas te le céder comme ça.

Et sil doit choisir, je te garantis que ce ne sera pas toi

Le cabinet davocats où Antoine travaille appartient à mon père. Tout ce quAntoine possède, il le doit à lui. Sois raisonnable, ne gâche pas ta vie.

Et elle sen alla, laissant Clémence effondrée. Elle éclata en sanglots et, aussitôt, appela Antoine.

Lorsquil décrocha, elle cria :

— Tu es marié ! Tu as deux enfants ! Pourquoi mas-tu menti aussi longtemps ? Ta femme est venue, elle ma tout dit !

— On en reparlera, je suis occupé, répondit Antoine, avant de raccrocher.

Après cela, Clémence nobtint plus jamais de réponse. Antoine avait probablement changé de numéro ; elle tenta en vain de le joindre avec les téléphones damis, de proches, de collègues.

Le chagrin fut immense. Clémence ne confia pas la vérité à ses parents.

Elle leur dit quelle avait quitté lavocat elle-même, prétextant une simple incompatibilité de caractères.

Il lui fallut de longs mois pour se remettre de cette histoire. Ce nest quun an et demi plus tard quelle fut enfin capable de souvrir à un autre homme.

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Laisse-le tranquille — Ma chère, des filles comme toi, il en a dix à la douzaine, — lança sèchement une inconnue, soutenant le regard de Véronique. Laisse-moi deviner : tu rêves déjà du mariage, non ? Désolée de te décevoir — il n’y aura pas de mariage… Lâche Maxime et ne te mets plus jamais en travers de mon chemin, sinon tu le regretteras. Je te le promets ! *** Véronique est née et a grandi à Paris ; ses parents, très investis dans l’avenir de leurs deux filles, ont offert un appartement à chacune pour leur majorité. Pour elle, ses parents avaient fait leur devoir : des études, un bon départ, et désormais, elle voulait réussir seule. Véronique a travaillé dès son entrée à la fac et n’a plus jamais demandé d’argent à ses parents. Cette autonomie précoce l’a forcée à grandir vite : ses parents ignoraient la moitié de ce qui se passait dans sa vie. Quand elle rencontre Maxime, elle hésite à le présenter à la famille — elle préfère attendre. Depuis deux ans, un malaise s’était installé entre Véronique et sa mère, Chantal. Retraitée, celle-ci voulait désespérément être grand-mère et ne cessait de relancer sa fille : — Ma chérie, ta sœur Julie a déjà un enfant… Et toi, c’est pour quand ? Mais pour Véronique, le mariage précipité de sa sœur aînée — à 19 ans, un bébé tout de suite, et les études sacrifiées — n’était pas un exemple. Julie était devenue une mère au foyer sans passions, et Véronique avait d’autres projets : elle voulait épouser l’homme de sa vie vers trente ans, un enfant à trente-cinq, avec une stabilité financière solide. Sa mère ne comprenait pas : — Ta logique n’est pas la bonne, voyons ! C’est à l’homme d’assurer, trouve-en un bon, marie-toi, fais un enfant, et basta ! Véronique répliquait toujours — elle ne voulait dépendre de personne, comme le faisait sa sœur avec son mari, Serge, qui vivait dans son appartement et faisait la loi. Mais Chantal insistait : « Tout le monde fait comme ça ! Nous aussi, avec ton père ! » Véronique, elle, voulait attendre de tomber amoureuse et de fonder une famille avec la bonne personne. *** Maxime arrive dans sa vie pile au bon moment, peu avant ses trente ans. Il correspond à ses attentes : galant, drôle, ouvert, il ne veut ni soumission ni dépendance, et fait preuve d’un vrai respect. Véronique décide d’y aller doucement. Pendant près d’un an, ils sortent ensemble sans parler mariage. Jusqu’à ce que sa copine Viola éveille ses doutes : — Tu es sérieuse qu’il t’aime ? Le mien m’a proposé après trois mois… Le tien se cache : tu connais ses amis ? Sa famille ? Il n’a pas quelqu’un d’autre, officiellement ? Véronique se pose des questions : pourquoi n’avance-t-il pas ? Leurs rencontres se passent presque toujours chez elle, il reste rarement dormir, et elle n’est jamais invitée chez lui. Elle lui propose de rencontrer leurs familles respectives. Maxime esquive, puis finit par lui proposer de d’abord rencontrer ses amis à la campagne. Véronique accepte : tout se passe bien… mais elle remarque que tous ses amis sont célibataires, pas une alliance dans ce groupe d’hommes mûrs. Maxime en rit et accepte d’aller rencontrer les parents de Véronique. Le contact est excellent. Elle apprend même que Maxime a, à trente-quatre ans, une belle situation et un appartement place de la République. Ça y est, pense-t-elle, la prochaine étape sera de rencontrer les parents de Maxime, et après, peut-être… le mariage ! *** Mais le lendemain, tout s’écroule. Un soir, alors que Maxime lui annonce une réunion tardive, on sonne à la porte. Véronique ouvre à une superbe brune inconnue : — Bonsoir, puis-je entrer ? Il faut que je vous parle. La femme entre et, d’un ton tranchant, déclare : — C’est toi que je cherchais. Je voulais voir l’allure de la femme qui s’invite sans gêne dans la vie d’autrui en essayant de voler un père à deux enfants. Le cœur de Véronique s’arrête. Elle a compris. L’inconnue poursuit : — Je laisse d’habitude un peu de latitude à mon mari. Seize ans de mariage, tu penses bien, la routine… D’habitude, elles ne tiennent jamais plus de quelques mois, mais avec toi, ça dure. J’ai dû engager un détective pour savoir avec qui mon mari passait son temps libre. Je te demande de laisser mon époux tranquille ! Tout ce que Maxime possède, il le doit à mon père, qui dirige le cabinet où il travaille. Réfléchis-y : tu n’as rien à gagner, à part des ennuis. Après son départ, Véronique fond en larmes et appelle Maxime : — Tu es marié ! Tu as deux enfants ! Pourquoi m’avoir menti tout ce temps ? Ta femme m’a tout raconté ! — On en reparlera, j’suis occupé… — répond Maxime avant de raccrocher. Véronique ne le revoit jamais. Il change de numéro, elle tente de l’appeler en vain. Elle traverse cette rupture comme une épreuve terrible. Elle ment à ses parents en leur disant qu’elle a mis fin à la relation parce qu’ils étaient incompatibles. Ce n’est qu’un an et demi plus tard qu’elle redevient prête à aimer, enfin.
Lily sentait ses paumes moites, comme si le métal froid de son fauteuil roulant brûlait sa peau.