La Veuve avec ses Cinq Enfants : Une Histoire Touchante.

«On ne peut pas ne pas aimer ses enfants», se répète Juliette Martin en marchant sur le sentier enneigé qui borde son immeuble du 13e arrondissement. Mais lamour nest pas vraiment là. Elle ressent fatigue, colère et une impuissance qui ne la quitte jamais. Un jour, alors que son mari, Henri, est encore en vie et quelle attend son cinquième enfant, la voisine du sixième étage, sûre que Juliette a fermé la porte et nentend rien, lance à son mari :

On ne fait des enfants que pour les allocations, et ils finissent toujours abandonnés!

Juliette pleure jusquà la quintine, tellement blessée. Oui, elle parvient à travailler malgré ses quatre petits, mais ils ne restent jamais seuls: la grandmère vient tant quelle peut, puis elle engage une nounou. Elle adore son travail et ne veut pas le quitter simplement parce que les enfants sont petits. Quand ils grandiront, que deviendratelle?

Cette prédiction se confirme. Quand Henri décède, son salaire, à peine suffisant pour couvrir les besoins de leurs cinq enfants, suffit tout de même. Elle ne touche pas sa pension, la plaçant sur un livret A afin que les enfants puissent lutiliser plus tard. Mais être veuve avec cinq gamins se révèle trop lourd, même pour elle.

Toute la nuit, la neige saccumule, rendant les allées si étroites quon ne les distingue plus. Elle aurait dû prévoir de garer la voiture ailleurs, mais elle doit dabord traîner Éric et Léa à la cour de récréation, puis revenir, un chemin qui nest pas des plus faciles. En regardant ses pieds pour éviter la neige qui sincruste dans ses bottines, elle ne voit pas lhomme qui vient à sa rencontre. Ils se percutent; il tient bon, Juliette glisse dans la poudre blanche. Lhomme lui tend la main pour la relever et laisse tomber un gros ballon rouge en forme de cœur.

«Quel cliché du jour de la SaintValentin!», marmonne-t-elle intérieurement.

Hier, jusquà minuit, elle aide sa fille aînée, Violette, à coudre des moufles et rédige un exposé sur la fête pour son fils Paul, tout en calmant la deuxième fille, Célestine, qui pousse une crise parce quun énorme bouton a surgi sur son front. Elle est persuadée que le garçon qui lui plaît va lui offrir une carte et linviter à sortir demain. Pendant ce temps, les plus petits ont volé les feutres acryliques et ont tagué la table blanche du séjour, le linoléum et même leurs camarades. La maîtresse, le matin, les qualifie affectueusement de « petits Papous » et suggère dacheter du dissolvant à lacétone.

Pardon, je ne vous avais pas vu, sexcuse lhomme.

Deux émotions saffrontent en Juliette: la colère contre cet inconnu qui ne la pas remarquée et la gêne davoir perdu son ballon, sûrement destiné à une bienaimée. La gêne lemporte.

Cest moi la fautive. Dommage pour le ballon.

Lhomme lève les yeux au ciel.

Rien. Les oiseaux fêteront aussi.

Votre épouse sera sûrement vexée, plaisantetil.

Cest pour ma fille, répondil en souriant. Jirai en acheter un autre.

Des larmes surgissent de nulle part. Lhomme semble décontenancé, ne sachant quoi faire.

Désolé, je nai pas voulu, sanglote Juliette. Cest un accident.

Ne vous en faites pas Un problème?

Juliette ne se plaint jamais, elle parle rarement de son statut de veuve avec cinq enfants, mais cet étranger est complètement inconnu, et elle est épuisée.

Après lavoir écoutée, il propose :

Vous devriez rencontrer ma femme. Elle adore les enfants, mais je lui dis de prendre du temps pour elle. Ce nest pas que les enfants soient mauvais, au contraire! Jaimerais en avoir un troisième moi aussi, mais je mégare, je ne suis pas très doué pour consoler.

Bon, on rigole, répond Juliette en haussant les épaules. Parfois je me dis que je devrais les aimer à la folie, mais je suis surtout irritée. Où est cet amour?

Il est là, assure lhomme. Il a juste été enseveli par la neige, comme ce sentier. Vous vous rappelez ce qui pousse ici lété?

Quoi?

Des pissenlits.

Juliette comprend enfin le sens de ses paroles, même si le vide persiste.

Il la raccompagne jusquà la voiture, lui souhaite une belle journée. Une fois au volant, elle retouche son maquillage et file au travail, le cœur lourd. Elle se rappelle les petites cartes de SaintValentin quelle trouvait sous le miroir ou les fleurs posées sur le siège arrière. Henri nest plus depuis quatre ans, et ces fêtes lui apportent toujours une pointe de mélancolie. Aujourdhui, la réunion est prévue, avec Serge Lemaire qui, pendant trente minutes, parlera longuement de ses résultats.

Latmosphère du bureau est animé: même si la SaintValentin nest pas officiellement fêtée, des fleurs apparaissent çà et là, les collègues chuchotent et rient, les hommes paraissent tendus, comme toujours quand on doit deviner les attentes des femmes. En entrant dans son bureau, Juliette pense sêtre trompée de porte, recule dun pas: un bouquet de roses rouges repose sur le plateau. Le bureau reste le sien, elle sapproche doucement, scrutant les fleurs comme on observe un animal exotique, incertaine de ce quelles réservent: des griffes ou un ronron.

Une petite carte accompagne le bouquet. Juliette la prend avec précaution.

«Je naurais jamais osé, mais pourquoi pas aujourdhui. Dans tes yeux je vois lunivers, ton sourire fait mon humeur. Dîner? L.»

Elle cherche à identifier le signataire «L». Le bureau est bien le sien, le bouquet a pu arriver par hasard. En bas, la carte indique un restaurant et 19h00. Les hommes prénommés Laurent, Luc ou Léon travaillent avec elle, mais aucun ne montre dintérêt. Si cétait Laurent, elle aurait pu être presque amoureuse de lui avant son cinquième bébé, quand elle venait à peine de reprendre le travail, que son mari était distant et quelle rêvait de passion. Laurent était sympathique, ils déjeunaient ensemble, elle ressentait des papillons, mais un test de grossesse lui a rappelé que son corps réclame déjà un autre enfant. Elle a alors oublié cet amour, le temps dune maladie dHenri, et Laurent sest effacé de sa mémoire.

Tout laprèsmidi, elle se demande sil faut accepter le rendezvous. Elle observe Laurent, Luc et Léon, mais ils restent comme dhabitude. Une blague? Un rendezvous avec des enfants à la maison? Sa mère ne sort plus depuis six ans, elle na pas dargent pour une nounou, Violette senfuirait sûrement. Elle décide donc de décliner.

Éric et Léa lui offrent un cœur mal façonné, maintenant même les crèches apprennent à découper des cartes. Juliette les emballe dans leurs combinaisons et les traîne à la voiture, se rappelant lhomme du matin qui portait un ballon rouge. Le même sentiment envahit ses yeux.

Les enfants chahutent dans la voiture, débattent du dessin animé à mettre et réclament des Kinder pour la fête. Éreintée, Juliette cède, achète trois barres pour les aînés et des raviolis, trop fatiguée pour cuisiner.

À la maison lattend une surprise: lodeur de pommes de terre sautées et de compote de cerises. Violette annonce que le garçon qui linvite à sortir a laissé tomber, quelle na plus de petit ami, mais que son bouton a grossi, ce qui, selon elle, vaut bien un dîner. Les enfants du milieu rangent les pièces et enlèvent les traces de feutres. Juliette, émue, serre ses enfants dans ses bras, réalisant quelle les aime vraiment, pas seulement quand ils sont sages, mais toujours. Elle retrouve dans le placard une petite robe noire quelle na jamais portée, prend le parfum de Violette et le gloss de Célestine.

Maman, je vais à un rendezvous! sécrie Violette.

Éric pleure, elle le console, promettant de revenir vite.

Au restaurant, Juliette arrive le cœur battant: qui sait ce qui lattend? Un rendezvous avec un inconnu, ou avec quelquun quelle connaît sans le savoir, comme un Secret Santa. Elle se compare à la recherche du cadeau parfait. Elle aurait pu préparer un présent pour Laurent ou pour le gardemanger, mais maintenant elle pourrait se retrouver face à Serge Lemaire, le chef du service du personnel, qui ressemble plus à un facteur quà un romantique.

Quand elle entre, elle voit Serge, debout, les mains sur les hanches, le regard fixé sur la porte. Il rougit en la voyant, mais ne détourne pas les yeux. Juliette se sent confuse, irritée, même furieuse. Il auraitil les étoiles dans le regard? Elle ne sait plus quoi dire. Elle sapprête à rebrousser chemin quand il sapproche.

Jai eu peur que tu ne viennes pas, déclaretil.

Ils ne se tutoyaient jamais, mais Juliette comprend que ce jour étrange peut réserver nimporte quoi. Elle soupire, suit la serveuse qui les conduit à une table près de la fenêtre. Des cœurs en papier pendent du plafond ; Juliette se dit que cest Violette qui devrait être en train de sortir, pas elle. Elle veut fuir, mais aucune idée ne lui vient. Pourquoi ne pas demander à sa fille dappeler et de dire quil y a un feu?

La conversation ne découle pas. Serge est nerveux, parle puis se tait, vous fixant dun air désespéré qui suscite la pitié. Juliette voudrait partir, ne pas mâcher les aubergines croquantes ni le steak juteux. «Quil se passe quelque chose!», imploretelle. «Les plus petits dessinent les murs, les moyens lavent le chat, Violette comprend quelle a trahi et vient se réconcilier!»

Ses prières sont exaucées : après le troisième morceau de steak, le téléphone sonne. Lécran affiche le nom de Violette.

Il faut prendre les enfants, répondtelle.

Juliette explique rapidement à Serge sa situation familiale, espérant quil annulera le dîner. Il répond, les yeux brillants, quil était enfant unique et rêvait toujours dune grande fratrie.

Violette crie dans le combiné.

Maman, incendie! Paul a voulu faire frire des bâtonnets de fromage, lhuile a pris feu

Juliette ressent un froid glacial, le sang se cramponne à son cœur comme sil allait éclater.

Que sestil passé? demande Serge, inquiet.

Un feu souffletelle.

Serge agit avec étonnante calme: il sort une carte, appelle la serveuse, puis compose les pompiers, demande ladresse, tout en ordonnant aux enfants de mettre leurs chaussures et de courir dehors, de frapper aux voisins, de ne pas sauver les biens.

En quinze minutes, ils sont de retour à la maison. Le camion de pompiers attend devant limmeuble, des voisins se pressent autour des enfants en pleurs, la fumée séchappe de la fenêtre. Juliette se promet de ne plus jamais penser quelle ne les aime pas. Elle serre ses gamins contre elle, surprise par les vestes et bonnets étrangers qui les couvrent. Le monde nest pas dépourvu de bonnes personnes, le saitelle depuis toujours.

Heureusement, le feu est maîtrisé rapidement: seule la cuisine est touchée, le reste de la maison sent le brûlé. Même le chat de Violette a été sauvé.

On ne peut pas rester ici ce soir, conclut Serge. Il faudra des réparations. On peut aller chez moi.

Comment? seffraie Juliette.

Serge la regarde droit dans les yeux.

Comme tu veux. On peut simplement passer la soirée, ou tu peux rester.

Les enfants fixent Serge avec curiosité, comme sils le découvraient enfin. Éric gémit de nouveau, Paul fronce les sourcils, Léa demande sil y a des dessins animés.

Il y en a, promet Serge. Jai même un chat et un chien. Alors, on part?

Quel chien? demande Paul, les yeux plissés.

«Comme mon vieux Volodya», pense Juliette avec tendresse.

Un beagle, répond Serge. Et là, Paul comprend quil a gagné le chien quil réclamait depuis un an.

Violette, évaluant la situation, annonce :

Je vais récupérer nos affaires. Éric, arrête de pleurer, prend tes jouets.

Juliette la regarde avec gratitude. Sa fille lui fait un clin dœil plein de féminité. Elle grandit si vite! Paul ne verra jamais cela

Daccord, nous passerons la nuit chez vous, remercietelle. Demain javancerai un plan.

Maman, regarde! crie Célestine, et Juliette lève les yeux. Un ballon rouge en forme de cœur flotte dans le ciel. Elle sourit et répond :

Les oiseaux fêtent aussi.

Serge prend subtilement sa main. Sa paume est douce et chaleureuse, inhabituelle. Mais Juliette ne veut pas encore la perdre.

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La Veuve avec ses Cinq Enfants : Une Histoire Touchante.
Tes affaires t’attendent devant l’ascenseur. Prends-les et pars — Dasha, pourquoi tu t’es enfermée ? — Il souriait, mais l’inquiétude traversa son regard. — J’ai changé la serrure, Romain. — Pourquoi ? — Son sourire s’effaça. — Parce que j’ai appris de mes erreurs. Tes affaires sont devant l’ascenseur. Prends-les et va-t’en. Dasha a quarante-six ans, son «Roméo» en a cinquante et un. Une différence d’âge parfaite, deux adultes marqués par la vie, sans illusions. Derrière elle : un divorce longtemps digéré. Derrière lui : deux drames… Ensemble, ils semblaient former un couple idéal. Romain complimentait toujours sa compagne : — Ça sent tellement bon ici ! Tu es magique, Dasha. — Ce n’est qu’une simple tarte aux pommes, — disait-elle en rougissant. — Mange tant que c’est chaud. Le seul défaut de Romain, c’était son habitude d’évoquer le passé. — Tu sais, à Lucie aussi je préparais le petit-déj le week-end. Je faisais des crêpes. Mais elle me reprochait de gâcher la farine. Il racontait comment son ex avait fini par tout lui prendre, même la poêle offerte par sa belle-mère : — Elle est mesquine, disait Dasha. Se disputer pour quelques poêles… Romain poursuivait : — Si ce n’était que les poêles ! Tout l’appart y est passé. Elle a mis à son nom pendant que je bossais à droite à gauche pour la famille. La voiture, elle l’a cédée à notre fils, qui n’avait même pas le permis ! J’ai quitté la maison avec un sac de sport : caleçons, chaussettes et brosse à dents. Dasha avait pitié de lui. Comment peut-on ignorer des années de vie commune et jeter quelqu’un à la rue comme un chien abandonné ? — Et la deuxième ? — demandait-elle timidement, même si elle connaissait l’histoire par cœur. — On s’est vite compris, quatre ans de galère. Là aussi, la belle-mère s’est mêlée de tout. On a divisé les dettes, l’enfant, et voilà, j’ai tout laissé derrière moi. Je n’allais pas me battre contre une femme, je suis un homme, je retrouverai. « Un homme vrai », pensait Dasha avec respect. Un autre se serait battu pour chaque fourchette, lui est parti la tête haute. — Mon appart est grand, il y a de la place, — avait-elle proposé au début de leur relation, trois mois plus tôt. — Et j’ai une maison de campagne. J’aurais besoin de bras. — Dasha, ça me gêne, avait-il baissé les yeux. Je travaille, je ne suis pas un parasite… — Ne dis pas de bêtises. À deux, c’est plus facile. Il avait fini par s’installer chez elle, avec peu de choses : une valise usée, des costumes défraîchis et un ordinateur portable. Dasha l’entourait de soins. Elle voulait lui montrer que toutes les femmes ne sont pas des prédatrices. Avec son ex-mari, Vadim, ils s’étaient séparés d’un commun accord, sans drame. Tout avait été partagé et il versait la pension jusqu’à la fin des études de leur fille. Mais Romain était différent. *** Le premier signal d’alerte revint un mois après l’emménagement. Une petite chose, mais… Romain dit qu’il allait bricoler acheter des charnières pour le placard de l’entrée. — J’en ai pour cinq minutes ! Il revint au bout de quatre heures, sans charnières. — Tu te rends compte, fermé pour inventaire ! Toute la ville, j’ai fait, y avait rien à la bonne taille. — Fermé pour inventaire un samedi ? Ils sont ouverts 24h/24… — Le bazar, quoi. Il y avait une note, c’est tout. — C’est bizarre. Bon, tant pis, on verra la prochaine fois. Le soir, la voisine du palier, tante Valérie, ramenait de gros sacs du même magasin. Dasha : — C’est pas trop lourd ? — Oh, t’imagines pas ! Il y avait des promos aujourd’hui, les rayons bondés. Fallait se battre à la caisse ! Dasha, interloquée : — Il n’était pas fermé pour inventaire ? — Mais non ! Il tourne à plein régime. J’y étais il y une heure ! Elle est rentrée le cœur serré. Pourquoi avait-il menti ? Il serait allé voir un pote, aurait bu un café… Pourquoi inventer une histoire de magasin fermé ? Romain, lui, zappait à la télé, imperturbable. — Rom’, j’ai croisé la voisine tout à l’heure. Elle venait du magasin. C’était ouvert. — Ouais ? Ben, ça a réouvert. Quand j’y étais, il y avait écrit « pause technique 15 minutes ». J’ai attendu puis j’ai laissé tomber, je suis allé ailleurs, y avait rien. — Tu avais dit pour inventaire. Et que tu avais fait toute la ville. — Dasha, tu vas pas chipoter pour des mots ! Pause, inventaire… Qu’est-ce que ça change ? J’ai pas trouvé, j’ai pas trouvé, c’est tout. On verra demain. Tu dramatises pour rien. Dasha se sentit coupable. Pourquoi insister ? Peut-être a-t-il confondu… les hommes ne retiennent pas les détails. La semaine suivante, rebelote. Un entretien d’embauche soi-disant décroché par son ancien patron, une promesse d’un super job — mais le soir, il rentra dépité : — C’est de l’arnaque ! On m’a mené en bateau, payé des clopinettes pour bosser comme un chien. Je leur ai dit de trouver un autre pigeon. — C’est dommage. C’est qui, ton contact, Ivan ? — Quel Ivan ? Ah non, c’était Serge, l’ex-directeur adjoint. Ivan est à la retraite depuis longtemps… Pourtant trois jours auparavant, il disait tout le bien de ce fameux Ivan. « Peut-être que c’est moi qui ai la mémoire qui flanche… », pensa-t-elle. Le soir, son téléphone vibra, un SMS apparut sur l’écran : « Chéri, quand comptes-tu rembourser ta dette ? Un mois déjà. Ce n’est pas joli d’ignorer les gens. » Le matin, au petit-déjeuner : — Romain, t’as reçu un message cette nuit. On demande de l’argent. Romain avala de travers, rougit jusqu’aux oreilles : — Ça doit être une erreur, des spammeurs, y en a partout… — Pourtant ça commençait par “Chéri”… Il éclata de rire, un rire forcé. — Encore des escrocs, ils savent y faire pour t’appâter. N’y prête pas attention ! Il attrapa son téléphone, trifouilla nerveusement dedans. Il lança ensuite : — Dis, ma fille de mon premier mariage, Catherine, a des soucis… Son fils est malade, faut de l’argent pour les médicaments. — Combien ? — Quinze mille. J’ai personne d’autre, tu me sauverais la vie, dès que je bosse je te rembourse… — Quinze mille. C’est quoi, la maladie ? — Euh, allergie grave, œdème de Quincke, maintenant c’est la rééducation… — D’accord. Elle lui tendit l’argent. — Merci ma belle ! s’exclama-t-il, l’embrassant sur la joue. Catherine va t’adorer. Toute la journée, Dasha eut la nausée. Ce n’était pas tant l’argent. Elle sentait sur la peau que Romain lui mentait. Un soir, il avait laissé une vieille tablette à charger au salon. Dasha connaissait son code : quatre fois le 1. Elle consulta la messagerie. Conversation avec sa fille : « Papa, tu comptes payer la pension ? Maman menace de saisir les huissiers. On n’a plus rien à manger et tu racontes des histoires. » Réponse : « Attends, je suis en train d’arnaquer une “pigeonne”. Bientôt, je régularise. Me mets pas la pression. » Elle tomba sur un autre échange avec une certaine Tania. « Chéri, tu viens ? J’attends. Tu avais promis d’apporter quelque chose. » Réponse : « J’arrive, ma puce. Je viens de soutirer du fric à ma “radine” sous prétexte du petit-fils malade. À tout de suite. » Dasha reposa la tablette. Tout s’éclaircit. Toutes ces “mauvaises femmes” qui l’auraient dépouillé… Aucun monstre. Juste des femmes usées par le mensonge. Ce n’était pas une victime. Mais un parasite. Elle prit de grands sacs poubelle, vida toutes ses affaires dedans : costumes, chemises, accessoires. Puis elle changea la serrure ; heureusement, elle savait faire, il restait encore un cylindre de rechange. *** Romain tenta sa clé, échoua, sonna. Dasha ouvrit sans décrocher la chaîne : — Dasha, pourquoi t’as tout bouclé ? Et la serrure est cassée… — J’ai changé la serrure, Romain. — Pourquoi ? — Parce que la “pigeonne” a compris la leçon. Tes affaires sont devant l’ascenseur. Prends-les et fous le camp. — Qu’est-ce que tu racontes ? — T’as cru pouvoir me plumer tranquille ? J’ai lu tes messages à Catherine et Tania. Il blêmit. — Tu t’es permise d’ouvrir ma tablette ? Mais t’as pas le droit ! — Et toi, tu n’as aucun droit ici. Ni sur mon appartement, ni sur mon portefeuille ! Tu n’es qu’un voleur et un menteur ! — Va au diable ! fit-il en hurlant, t’es qu’une vieille chaussette ! J’ai eu pitié de toi, vu que tu savais cuisiner ! — Prends tes affaires. Les quinze mille, considère-les comme ton cachet de clown. C’est donné. Il voulut riposter, mais Dasha ferma la porte sans un mot. Puis elle jeta sa tasse et son assiette favorite à la poubelle. Son ex-mari lui écrivit : « Bonjour. Notre fille m’a dit que tu as un robinet à réparer à la campagne. Je peux passer samedi. Comment vas-tu ? » — Bonjour ! Viens donc, il y aura du thé et une tarte aux pommes. Je vais bien. Même mieux qu’avant. *** Romain tenta encore de l’approcher, passa des soirs entiers à pleurnicher puis à menacer, jusqu’à ce qu’un passage au commissariat règle l’affaire. Dasha n’avait plus besoin de rien d’autre. Seulement le calme, la tranquillité… et le luxe d’être seule. Tes affaires sont devant l’ascenseur. Prends-les et pars.