Ah non, ma chérie, les ennuis, c’est toi qui les as : cet appartement n’est pas à toi ! Ma tante du côté maternel n’a jamais eu d’enfants, mais elle possédait un magnifique appartement de trois pièces en plein centre-ville, en plus de sérieux problèmes de santé. Son mari était un collectionneur passionné : leur appartement ressemblait à un petit musée parisien. Ma petite sœur, Ludivine, a un mari fainéant et deux enfants. Ils logeaient tous les quatre dans une chambre d’un foyer étudiant. Dès qu’elle a appris les soucis de santé de ma tante, Ludivine s’est précipitée chez elle pour se plaindre de sa propre situation difficile. Je dois préciser dès le départ que notre tante a un caractère bien trempé et ne mâche pas ses mots – elle sait recadrer quand il le faut. Plusieurs années durant, elle a invité mon mari et moi à venir vivre chez elle, en nous promettant de nous léguer son appartement. Mais nous avions déjà notre propre logement et avons donc décliné cette « généreuse offre ». Nous lui apportions régulièrement des courses et ses médicaments par devoir familial, non pour espérer récupérer son logement. Pourtant, après l’arrivée de ma sœur chez notre tante, Ludivine et sa petite famille ont emménagé chez elle après quelques jours. Entre ma sœur et moi, ça n’a jamais été le grand amour : elle m’a toujours enviée – mon mari attentionné et travailleur, un fils adorable, un bon emploi, un salaire confortable, et déjà un appartement à moi. Elle ne m’appelait que quand elle voulait me demander de l’argent, sans jamais rembourser ses dettes. Après la naissance de mon deuxième enfant, je n’avais plus le temps de voir autant ma tante, même si mon mari continuait à lui déposer de temps en temps des gourmandises. Quand mon bébé avait six mois, j’ai enfin pu passer la voir. Arrivée devant la porte, j’ai entendu des cris, et j’ai reconnu la voix de Ludivine : — Tant que tu n’auras pas signé de donation, tu n’auras rien à manger ! Retourne dans ton trou à rat et ce soir, tu restes dans ta niche ! J’ai sonné. Ludivine a refusé de m’ouvrir, me claquant presque la porte au nez : — Même pas en rêve ! Tu ne mets pas un pied ici, cet appartement n’est pas pour toi ! Ce n’est qu’en menaçant d’appeler la police qu’elle a daigné me laisser entrer. J’ai découvert ma tante très affaiblie, vieillie de dix ans. Lorsqu’elle m’a vue, elle a fondu en larmes. — Pourquoi tu pleures ? Allez, raconte-lui comme tu es heureuse avec nous, et demande-lui de nous lâcher la grappe ! D’ailleurs, même pas capable de ramener ton bébé… a hurlé Ludivine. Dans la chambre de ma tante, il ne restait plus qu’un lit. Même l’armoire avait disparu, toutes ses affaires entassées à même le sol. Plus aucune pièce de collection, adieu les bijoux fantaisie : il était clair que ma sœur et son mari vidaient l’appartement pour en tirer le moindre centime. Prétextant une envie pressante, je suis allée discrètement envoyer un SMS à mon mari : « Il faut sauver tata, elle ne peut pas rester avec Ludivine ! ». Puis j’ai raconté à ma tante tous les événements marquants de l’année passée. À l’évocation de la naissance de mon petit, je lui ai glissé « Attends encore un peu » en lui serrant la main et en lui lançant un clin d’œil complice. Elle a tout de suite compris. Ludivine tentait de me pousser vers la sortie, son mari rôdait, me demandant si je ne traînais pas trop parce que, soi-disant, mon bébé me réclamait. Mon mari est arrivé une heure plus tard… accompagné d’une agente de la police municipale. Ludivine a mis du temps à ouvrir, surprise. J’ai alors expliqué à l’agente la situation dramatique : — Voici la victime, j’ai moi-même entendu qu’on l’affamait, et ils ont tout revendu : mobilier, bijoux, collections… Le mari de ma tante était un collectionneur remarquable. Au gémissement de Ludivine, la policière a demandé à ma tante : — Souhaitez-vous porter plainte, madame ? Résultat : ma sœur n’a écopé que d’une petite peine, mais son mari a fait deux ans de prison. Ma mère, indignée de l’affaire, a recueilli Ludivine et ses enfants chez elle, alors qu’elle les avait déjà mis à la porte quelques années auparavant… Depuis, elle m’en veut à mort et déclare que je n’hériterai jamais. Mais, en remerciement pour l’avoir sauvée, c’est à moi que ma tante a légué son appartement. Aujourd’hui, avec mon mari, nous allons rendre visite à ma tante comme avant et avons engagé une infirmière rien que pour elle. Je n’ose même pas imaginer ce qu’elle a enduré durant cette période avec ma sœur !

Ma pauvre sœur, tes vraiment à la ramasse, mais ce nest pas chez toi, ici !

La sœur de ma mère, tante Agathe, na jamais eu denfants, mais elle avait un superbe appartement de trois chambres en plein cœur de Lyon, et, pour couronner le tout, des ennuis de santé à la pelle. Son mari était un collectionneur invétéré. Résultat: chez tante Agathe, cétait le Louvre version quartier Part-Dieu.

Ma petite sœur, Bérengère, a épousé un gars qui pense que la sieste est un sport national et ils ont deux gamins. Ils vivent à quatre dans une chambre universitaire, autant dire que les sardines, à côté, cest lespace. Apprenant les soucis de santé dAgathe, Bérengère a sauté dans le TGV direction chez la tante pour venir pleurnicher sur sa triste condition.

Je dois vous préciser que notre tante Agathe na jamais eu la main sur le cœur, ni la langue dans sa poche. Plusieurs années durant, elle minvitait, mon mari et moi, à venir vivre chez elle alléchante proposition avec promesse dhéritage à la clé !

On avait notre appart dans le 7e, donc on a gentiment décliné son offre de «générosité». On se contentait de venir lui apporter des courses, des médicaments, et je passais la serpillière de temps en temps histoire de bonne conscience, pas de mètres carrés.

Bref, après sa petite visite compassionnelle, voilà que Bérengère, son mari et leurs deux tornades sinstallent chez tante Agathe. Pas le temps de dire brie, ils occupaient déjà la moitié du salon.

Je nai jamais vraiment accroché avec ma sœur. Elle ma toujours jalousée : jai un mari bosseur, un fils adorable, un job stable, un salaire sympa et notre propre appart. Elle, elle mappelait uniquement pour me quémander des sous, quelle oubliait toujours de me rendre mémoire sélective, va savoir.

Quand jattendais mon deuxième, javoue, je navais plus trop le temps daller voir Agathe. Mon mari continuait de passer avec des paniers garnis, mais bon, difficile de mener une double vie de sauveuse familiale avec un nouveau-né à la maison.

Six mois après la naissance de ma petite, je me décide enfin à aller rendre visite à Agathe. Arrivée à son palier, jentends des hurlements devinez qui braillait ? Ma sœur, bien sûr :

Tant que tauras pas écrit le don chez le notaire, tauras pas à manger ! Et tu restes dans ta chambre, compris ? Je veux pas tvoir ce soir hors de ta niche, tas pigé ?

Je sonne. Bérengère ouvre la porte, me regarde de haut en bas et lâche :

Même pas en rêve, tu veux entrer, hein ? Lappart, tu peux loublier direct !

Jai pu entrer seulement après avoir menacé dappeler les flics là, tout de suite, la porte sest ouverte comme par magie. Jai failli ne pas reconnaître Agathe. Dix ans de plus, dun coup, amaigrie, lœil triste. Dès quelle maperçoit, elle fond en larmes.

Mais pourquoi tu pleures ? Dis donc, raconte à ta nièce comme on soccupe bien de toi ici, crie Bérengère. Tas vu, elle est même pas fichue de nous montrer le bébé !

La chambre dAgathe ? Un lit, une ampoule nue. Larmoire disparue, ses affaires à même le sol. Toute la collection de son défunt mari avait mystérieusement disparu, plus un bibelot, plus une breloque. Même Agathe ne portait plus sa fameuse broche en opale. Tout était passé je ne sais où sans doute chez un certain brocanteur qui doit, lui, sen frotter les mains.

Jai prétexté une envie subite daller aux toilettes pour envoyer un SMS à mon mari : « URGENCE ! Agathe en danger. Faut venir. Elle ne peut pas rester ici. » Après, je suis retournée papoter avec tante Agathe, à qui jai raconté mon année, la naissance de ma fille, tout… En la quittant, je lui murmure : « Il va falloir tenir encore un peu, tu vas voir », en lui serrant la main avec un clin dœil complice. Ô miracle, elle a compris, et ma remerciée dun regard.

Pendant ce temps, ma sœur sacharnait à me pousser vers la porte, son flemmard de mari venait toutes les cinq minutes, histoire de vérifier si je ne restais pas trop longtemps, tout inquiet soi-disant pour mon bébé. Quelle sollicitude

Pile une heure plus tard, mon mari débarque pas seul : une policière du commissariat du quartier laccompagne. Ma sœur a mis trois plombes à ouvrir la porte. Je prétexte que mon mari est venu me chercher, et hop, jinvite la policière à faire un tour.

Regardez, voici la victime ! Perso, jai entendu quon refusait de la nourrir. Tous les meubles, lor, les babioles… tout a filé ! Son mari collectionnait, cétait un vrai trésor ici !

À la plainte indignée de Bérengère, la policière demande, imperturbable :
Madame, souhaitez-vous porter plainte ?

Résultat des courses : ma sœur a écopé dun simple rappel à la loi, mais son mari, lui, deux ans à la maison darrêt. Ma mère a fini par recueillir Bérengère et ses enfants chez elle elle qui, quelques années plus tôt, lavait mise à la porte avec pertes et fracas ! Forcément, à cause de cette histoire de police, ma mère ma tournée le dos en marmonnant que, pour lhéritage, je pouvais toujours courir. Mais Agathe, reconnaissante, ma finalement légué son appartement.

Aujourdhui, on continue à rendre visite à tante Agathe comme avant, sauf quelle a une auxiliaire de vie rien que pour elle. Franchement, je nose même pas imaginer lenfer quelle a dû traverser avec ma sœur et son champion de la sieste !

Оцените статью
Ah non, ma chérie, les ennuis, c’est toi qui les as : cet appartement n’est pas à toi ! Ma tante du côté maternel n’a jamais eu d’enfants, mais elle possédait un magnifique appartement de trois pièces en plein centre-ville, en plus de sérieux problèmes de santé. Son mari était un collectionneur passionné : leur appartement ressemblait à un petit musée parisien. Ma petite sœur, Ludivine, a un mari fainéant et deux enfants. Ils logeaient tous les quatre dans une chambre d’un foyer étudiant. Dès qu’elle a appris les soucis de santé de ma tante, Ludivine s’est précipitée chez elle pour se plaindre de sa propre situation difficile. Je dois préciser dès le départ que notre tante a un caractère bien trempé et ne mâche pas ses mots – elle sait recadrer quand il le faut. Plusieurs années durant, elle a invité mon mari et moi à venir vivre chez elle, en nous promettant de nous léguer son appartement. Mais nous avions déjà notre propre logement et avons donc décliné cette « généreuse offre ». Nous lui apportions régulièrement des courses et ses médicaments par devoir familial, non pour espérer récupérer son logement. Pourtant, après l’arrivée de ma sœur chez notre tante, Ludivine et sa petite famille ont emménagé chez elle après quelques jours. Entre ma sœur et moi, ça n’a jamais été le grand amour : elle m’a toujours enviée – mon mari attentionné et travailleur, un fils adorable, un bon emploi, un salaire confortable, et déjà un appartement à moi. Elle ne m’appelait que quand elle voulait me demander de l’argent, sans jamais rembourser ses dettes. Après la naissance de mon deuxième enfant, je n’avais plus le temps de voir autant ma tante, même si mon mari continuait à lui déposer de temps en temps des gourmandises. Quand mon bébé avait six mois, j’ai enfin pu passer la voir. Arrivée devant la porte, j’ai entendu des cris, et j’ai reconnu la voix de Ludivine : — Tant que tu n’auras pas signé de donation, tu n’auras rien à manger ! Retourne dans ton trou à rat et ce soir, tu restes dans ta niche ! J’ai sonné. Ludivine a refusé de m’ouvrir, me claquant presque la porte au nez : — Même pas en rêve ! Tu ne mets pas un pied ici, cet appartement n’est pas pour toi ! Ce n’est qu’en menaçant d’appeler la police qu’elle a daigné me laisser entrer. J’ai découvert ma tante très affaiblie, vieillie de dix ans. Lorsqu’elle m’a vue, elle a fondu en larmes. — Pourquoi tu pleures ? Allez, raconte-lui comme tu es heureuse avec nous, et demande-lui de nous lâcher la grappe ! D’ailleurs, même pas capable de ramener ton bébé… a hurlé Ludivine. Dans la chambre de ma tante, il ne restait plus qu’un lit. Même l’armoire avait disparu, toutes ses affaires entassées à même le sol. Plus aucune pièce de collection, adieu les bijoux fantaisie : il était clair que ma sœur et son mari vidaient l’appartement pour en tirer le moindre centime. Prétextant une envie pressante, je suis allée discrètement envoyer un SMS à mon mari : « Il faut sauver tata, elle ne peut pas rester avec Ludivine ! ». Puis j’ai raconté à ma tante tous les événements marquants de l’année passée. À l’évocation de la naissance de mon petit, je lui ai glissé « Attends encore un peu » en lui serrant la main et en lui lançant un clin d’œil complice. Elle a tout de suite compris. Ludivine tentait de me pousser vers la sortie, son mari rôdait, me demandant si je ne traînais pas trop parce que, soi-disant, mon bébé me réclamait. Mon mari est arrivé une heure plus tard… accompagné d’une agente de la police municipale. Ludivine a mis du temps à ouvrir, surprise. J’ai alors expliqué à l’agente la situation dramatique : — Voici la victime, j’ai moi-même entendu qu’on l’affamait, et ils ont tout revendu : mobilier, bijoux, collections… Le mari de ma tante était un collectionneur remarquable. Au gémissement de Ludivine, la policière a demandé à ma tante : — Souhaitez-vous porter plainte, madame ? Résultat : ma sœur n’a écopé que d’une petite peine, mais son mari a fait deux ans de prison. Ma mère, indignée de l’affaire, a recueilli Ludivine et ses enfants chez elle, alors qu’elle les avait déjà mis à la porte quelques années auparavant… Depuis, elle m’en veut à mort et déclare que je n’hériterai jamais. Mais, en remerciement pour l’avoir sauvée, c’est à moi que ma tante a légué son appartement. Aujourd’hui, avec mon mari, nous allons rendre visite à ma tante comme avant et avons engagé une infirmière rien que pour elle. Je n’ose même pas imaginer ce qu’elle a enduré durant cette période avec ma sœur !
Famille ?