Le Chat Noir – Un été à la campagne : Comment Olia, parisienne épuisée par le tumulte urbain, trouva la sérénité dans un village oublié, son courage mis à l’épreuve dans la mystérieuse maison d’une “sorcière”, et un nouveau bonheur inattendu en adoptant le chat énigmatique de la défunte propriétaire.

Noir.

Tu sais, le vacarme de la ville me tapait sérieusement sur les nerfs. Camille habitait en plein centre de Lyon, au dixième étage. Entre les voitures, les compresseurs des climatiseurs qui ronronnaient chez les voisins et le brouhaha constant dans la rue cétait juste infernal. Le pire, cétait cette chaleur étouffante qui forçait à garder les fenêtres ouvertes nuit et jour. Les vacances ? A peine deux semaines, et encore, elle espérait pouvoir souffler un peu du métro-boulot-dodo de son bureau un vrai essaim dabeilles, où tout le monde sagite, commente, cancanne ou se tire la couverture. Ce quelle voulait ? Un peu de silence, un coin tranquille. À quarante-six ans, célibataire, dans un grand appart sans personne, Camille commençait à saturer de la frénésie lyonnaise.

Du coup, elle sest dit quelle allait louer une petite maison à la campagne, histoire de couper un peu avec la civilisation, de respirer. Elle a cherché longtemps, puis est tombée sur une annonce pour une maisonnette dans un village à cent cinquante kilomètres de Lyon. Pas cher du tout, et les photos : franchement, ça avait lair chouette. Elle a appelé les propriétaires, et hop, elle a décidé de tenter sa chance.

***
En arrivant, le village la tout de suite enveloppée dun parfum dherbes coupées, de bourdonnement dabeilles et dun fond de chiens qui aboyaient. Tu imagines : presque personne, surtout des retraités dans le coin. Le jardin de la petite maison était plein de cerisiers, des massifs pas vraiment entretenus, un vieux portail en bois tout de travers mais qui ajoutait du charme. La propriétaire, une dame bienveillante dune soixantaine dannées, lui a fait le tour du propriétaire avant de lui filer les clés.

Profite bien, ici tu es au calme, tu verras.
Cest parfait, cest exactement ce quil me fallait.

Camille a déposé ses affaires, puis a décidé de faire un petit tour pour découvrir les environs. Elle a croisé quelques curieux, mais rien de désagréable, juste des regards intrigués. Dans le centre du village, elle a trouvé une petite épicerie. Derrière le comptoir, une boulangère dune cinquantaine dannées.

Je peux vous aider ?
Je cherchais de quoi déjeuner demain. Vous pourriez me couper trois cents grammes de saucisson ? Et du pain frais aussi, merci.

La boulangère la tout de suite tutoyée, un truc de village.

Tu viens doù, toi ?
Jai loué la maison numéro 23 pour la semaine, je profite de mes vacances. Camille, enchantée.
Moi cest Colette. Numéro 23 ah oui, la maison de la vieille Eugénie. Tes courageuse, toi.
Pourquoi donc ? Je lai louée à sa fille, Laurence.
Oui, Laurence habite à Lyon. La vieille Eugénie, elle, est morte il y a un an. Tout le monde disait que cétait une sorcière, tu ne le savais pas ? Tas pas peur ?
Une sorcière ? Elle faisait des potions, elle soignait les gens ?
Pas vraiment non Mais tout le monde la redoutait. Elle avait une amie, Claudine, une vieille mamie juste en face, la seule avec qui elle traînait encore. Si tes curieuse, va demander à Claudine pour en savoir plus. Il paraît que la maison est sombre, glaçante même. Un couple est venu, ils sont repartis au bout de deux jours sans explication.
Moi je trouve la maison sympa, et je ne vais pas rester longtemps. Javais besoin de fuir la ville, rien de plus.
Fais attention en tout cas. Et la nuit, évite de te balader, y a pas mal de chiens et parfois des bêtes sauvages.

Camille a récupéré ses courses et est repartie.

***
Le soir est vite tombé. Camille appréhendait un peu sa première nuit ici. Elle a tout bien fermé, fenêtres et porte dors seule dans une maison inconnue, forcément ça fait cogiter. Au loin, quelques chiens aboyaient, des grillons stridulaient. Elle sest préparé un dîner tout léger, a attrapé un vieux roman trouvé sur une étagère, et sest vautrée sur le canapé. Petit à petit, elle a sombré dans le sommeil, le corps rassuré par la chaleur de la couette.

Mais impossible de dormir vraiment. Elle a sursauté en entendant un bruit sec. Son cœur sest mis à battre la chamade. Camille a tendu loreille.

« Sûrement des souris, » sest-elle dit, même si ça ne la rassurait quà moitié normale à la campagne après tout.

Le bruit a recommencé, léger, fragile. Et si quelquun sétait introduit chez elle ? Camille a failli ne plus respirer. Et puis, soudain, quelque chose est tombé dans la cuisine. Bloquée, elle nosait plus bouger. Qui sait sur quel taré on peut tomber dans un bled pareil ?

Rien dautre ne sest passé, mais elle na pas fermé lœil de la nuit. À laube, la lumière rassurante et dorée perçait enfin les rideaux, et elle a pu sommeiller un peu.

Vers onze heures, Camille sest levée, a traîné jusquà la cuisine Rien navait bougé, sauf sur la table, il y avait une marguerite desséchée. Elle en était sûre, elle ne lavait pas vue la veille. Elle a vérifié les fenêtres, la porte. Tout était bien verrouillé.

Qui avait bien pu entrer ? Ou alors, elle avait tout simplement loupé la fleur hier ? Mais impossible de ne pas penser à ce que Colette avait dit sur lancienne propriétaire, la fameuse sorcière.

Non allez, faut pas céder à ce genre dhistoires, sest-elle raisonnée. Elle était cartésienne, pas du genre à croire à la magie.

Camille a passé la journée à marcher autour du village. Le soir venu, la perspective dune nouvelle nuit la stressait un peu. Elle a soigneusement refermé portes et fenêtres, sest couchée mais impossible de dormir. Elle guettait tout bruit et… rebelote ! Un frôlement, tout près de la cuisine. Raide, elle na plus bougé. Son imagination lui soufflait mille scénarios. Un esprit ? Lombre dEugénie ? Absurde, non ?

Mais elle na dormi que dun œil, sursautant au moindre son.

Le lendemain, elle a décidé de ne pas fuir, mais délucider le mystère. Dabord, elle est passée à lépicerie pour acheter une lampe torche, sans parler de ses aventures à Colette pas envie quon la prenne pour une folle ou quon reparle encore de sorcières.

La maison lui semblait paisible dans la journée. Rien détrange, rien de déplacé.

Le soir, elle a préparé son plan. Elle sest installée dans le coin de la cuisine, lampe à la main, déterminée à lever le voile sur ces bruits. La nuit est tombée lentement. Plus il faisait sombre, plus elle flippait, mais elle tenait le coup, curieuse.

Un bruit ! Quelque chose dans la cuisine ! La porte navait pourtant pas bougé Puis une tasse est tombée dun placard juste à côté du fourneau. Elle a allumé la lampe dun coup, le cœur battant et là, elle est tombée nez à nez avec un chat. Un gros chat noir, aux yeux verts, tout ébouriffé, mi-effrayé, mi-amusé.

Rien que ça, un chat ! Camille a éclaté de rire, soulagée dun coup.

Tu sors doù, toi ?

Le chat la fixée, puis dun bond, il a disparu dans lombre.

Ce quelle trouvait bizarre, cest comment il avait pu entrer et sortir dune maison fermée ? Et où allait-il une fois à lintérieur ?

Au matin, elle sest décidée : il fallait en parler à la voisine den face. Elle traverse donc la rue, tombe sur une vieille dame avec un fichu sur la tête, qui lobserve sans mot dire.

Bonjour Madame. Je loue la maison en face de chez vous.
Bonjour, la mamie reste sur la réserve.
Dis donc, depuis mon arrivée, jai un chat noir qui entre la nuit dans la maison. Vous savez à qui il est ?
Ah, ça, cest le chat dEugénie. Elle est partie, mais lui Noir, cest son nom il est resté là. Laurence nen a pas voulu, alors il se balade. Il aidait sa maîtresse, tu sais Il avait tenu le coup cet hiver, je lui donne parfois à manger. Mais il na jamais réussi à oublier sa maison. Il doit chercher sa maîtresse Ça fend le cœur.
Il ma bien fichu la trouille On ma raconté quEugénie était une sorte de sorcière.
La vieille dame garde le silence puis ajoute :
Cétait un brave chat. Eugénie tenait beaucoup à lui. Il ne se laissait approcher que par les gens qui le valaient bien. Il ta choisie malgré tout. Prends-le.
Prendre ce chat ?
Oui. Peut-être quil tapportera du bonheur. Puis elle sest tournée et a disparu dans son jardin.

Camille a réfléchi. Prendre un vieux chat inconnu avec elle ? Ce nétait pas au programme, mais elle sest dit quelle pouvait au moins le nourrir pendant sa semaine ici.

Elle est repassée acheter une boîte de croquettes à lépicerie, pas top qualité, mais ici cétait déjà bien. Elle a rempli une écuelle et la posée dans la cuisine. Dans la nuit, le chat avait tout dévoré.

***
Et voilà le dernier jour qui arrivait. Camille retrouvait une énergie incroyable, comme si cette aventure lui avait fait du bien. Ce grand écart avec la ville, cétait pile ce quil lui fallait.

Le dernier soir, elle a de nouveau posé la gamelle dans la cuisine, puis sest installée pour un thé avant de dormir.

Elle a perçu un mouvement : Noir est réapparu, a jeté un coup dœil vers la gamelle, puis vers elle, et a poussé un miaulement timide. Il a mangé, puis sest approché lentement, finalement il est venu se frotter gentiment à ses jambes.

Eh bien, Noir ! Tu men as fait voir ! Demain je repars, tu sais Le chat a ronronné puis, dun bond, il sest installé sur ses genoux.

Quest-ce que je fais de toi ? Noir sest lové contre elle, a fermé les yeux, sest mis à ronronner Ils sont restés comme ça un bon moment. Puis il sest étiré et a filé sur ses pattes.

Le lendemain matin, cétait lheure du départ. Camille a préparé ses affaires, a déposé les clés dans la boîte aux lettres comme prévu, et en sortant qui lattendait devant le portail ? Noir, assis dans lherbe, lair sérieux.

Tu viens me dire au revoir ? Noir a miaulé et sest approché.

Camille sest arrêtée, attendrie par cette boule de poils abandonnée.

Tu sais, je ne suis pas la meilleure amie des chats, et puis la ville mais bon, si ça te dit de venir avec moi ?

Noir a miaulé, sest frotté à elle. Alors elle la pris dans ses bras : il na même pas cherché à fuir.

Le retour à Lyon na pas été de tout repos, avec le train puis les bus, mais Noir est resté calme, blotti contre elle. À la maison, il a pris possession des lieux à son rythme, reniflant chaque recoin.

***
Noir sest révélé être un chat dune intelligence folle et dune propreté exemplaire. La nuit, il venait se coucher près delle, le jour il dormait sur ses genoux en ronronnant. Depuis, Camille ne sest plus jamais sentie seule. Ce petit compagnon mystérieux lui avait apporté bien plus que ce quelle était venue chercherUn soir, alors quelle feuilletait distraitement le vieux roman quelle avait rapporté de la campagne, il tomba, glissant sur le tapis. Entre deux pages usées, une enveloppe est apparue, oubliée, jaune et fragile, scellée de cire craquelée. Son cœur battit plus vite. Son nom était inscrit dune écriture fine et penchée : « Pour lamie de Noir ».

Intriguée, elle louvrit avec mille précautions. Quelques mots, griffonnés à la hâte :

« Si tu lis ceci, cest que tu as laissé un animal gagner ta confiance.
Nécoute jamais ce qui effraie, avance seulement vers ce qui apaise.
Prends soin de Noir il te montrera le chemin vers la douceur du silence, vers la paix que lon croyait perdue.
Eugénie »

Camille sentit une chaleur inattendue envahir son cœur. Noir sétira, grimpant sur ses genoux, la fixant de ses prunelles profondes. Dans leur petit salon, la ville semblait moins lourde, le silence plus épais, la peur envolée.

Ce soir-là, Lyon nétait plus une cage de bruit : cétait un refuge où, entre les murs, dans le ronron du chat, quelque chose de la magie dEugénie sétait niché, discrète et bienveillante. Camille sourit, caressa Noir et ferma les yeux. Enfin, elle nattendait plus rien le bonheur était simplement là.

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