Journal de santé : le quotidien de Nathalie face à l’hypertension, entre habitudes familiales, régime, défis au travail et quête de stabilité, dans une banlieue française où le carnet, les petits déjeuners à la baguette et les promenades deviennent les outils d’un équilibre retrouvé

Journal de santé

Les matins se ressemblent : lalarme du téléphone, un défilement rapide des actualités, la cuisine où la poêle crépite déjà, et la voix de son mari dans le salon :

Tu me fais le café ?

Claire pose la cafetière sur la plaque, verse machinalement plus de sucre quelle nen voudrait. Puis se souvient quelle devrait limiter le sucre, fronce les sourcils et repousse la sucrière. Son mari entre, lui dépose un baiser sur la joue et, sans regarder, attrape une tranche de pain.

Encore du pain blanc ? finit-elle par demander.

Que veux-tu, cest toi qui lachètes, non ? il sourit.

En effet, cest elle qui fait les courses. Pain blanc, baguette pour le thé, petits sablés « au cas où des amis passeraient », du chocolat dont elle prend chaque soir un carré devant la télé. Dans sa tête, une pensée quasi permanente : « Il faudrait maigrir » ou « Je devrais moccuper de moi ». Mais entre la comptabilité, les courses, le linge et les appels à sa fille étudiante à Lyon, tout est remis à plus tard. Parfois, elle essaie un régime pour trois jours, compte les calories avec une appli, puis craque sur une pâtisserie à la pause et supprime lapplication qui la culpabilise.

Elle va chez le médecin comme il faut : certificat pour la piscine, bilans tous les quelques années, quand le travail les organise. Elle ne prend sa tension que quand des douleurs lancinantes lui vrillent les tempes, attribuant ça à la fatigue ou aux nerfs.

Ce jour-là, cest arrivé dans le bus : un vertige si fort quelle doit descendre à larrêt précédent pour sadosser à un lampadaire. Son cœur bat fort, ses mains sont moites, sa poitrine comprimée. Elle finit par arriver au bureau, tient jusquau déjeuner, puis une collègue lui lance :

Tas une mine effroyable, va donc chez le médecin, il est juste en face.

Elle esquive, mais le soir le vertige revient, la peur daffronter le trajet seule. Elle commande un taxi, rentre, puis décide : « Demain, je vais chez le généraliste. Il faut bien renouveler lordonnance des analyses. »

Elle prend rendez-vous en ligne, surprise de trouver une place dès le lendemain. Au lieu du tumulte habituel, elle attend devant le cabinet, écoute le bip du tensiomètre derrière la cloison, respire le mélange de javel et de parfum suave qui flotte dans le couloir.

La médecin, une jeune femme au chignon bien serré, analyse son dossier, prend sa tension, écoute son cœur, pose des questions et prescrit des examens : sang, urine, cardiologue, endocrinologue.

Il y a de quoi sinquiéter ? demande Claire en remettant son pull.

Trop tôt pour conclure, répond la médecin, posée. Tension haute, pouls rapide. On doit vérifier avec des analyses, un ECG, une échographie. Vous n’avez pas fait de vrai bilan depuis longtemps, c’est utile dans tous les cas.

Claire fait sa prise de sang à jeun, patiente pour lECG, sallonge pendant que linfirmière fixe les électrodes froides. Elle pense à retourner au boulot pour le déjeuner, de peur du regard de la responsable.

Une semaine plus tard, rendez-vous chez le cardiologue. Un homme dune cinquantaine dannées, visage fatigué, feuillette ses résultats, clique sur lordi.

Hypertension artérielle stade 2, annonce-t-il enfin. Et début de modifications cardiaques. Ce nest pas fatal, mais ce nest plus des nerfs ou de la simple fatigue. Cest chronique, il faut apprendre à vivre avec.

La bouche de Claire devient sèche.

Cest grave ?

Ça lest sans traitement ni contrôle. Une tension élevée majore les risques. Mais avec les médicaments, un rythme, une alimentation adaptée, une activité physique, on peut maîtriser.

Il dessine un schéma : pilule du matin, du soir, tension à prendre chaque jour, analyses tous les six mois.

Perdez du poids. Limitez sel, gras, fritures, alcool. Marchez davantage. Vous fumez ?

Non.

Parfait. Mais le café une tasse légère maximum.

Claire écoute, acquiesce, mais en elle gronde la révolte. Chronique ? Des cachets chaque jour ? Elle na que quarante-deux ans, travaille, a des projets, des vacances prévus cet été !

Pour toujours ?

Pour longtemps, nuance-t-il. Mais vous pouvez influer sur lévolution. La discipline, cest la clé. Je vous imprime les recommandations.

En sortant, elle tient une liasse de feuilles, une ordonnance et le sentiment que la terre tangue sous ses pieds. Dans le couloir, les sonneries de portable, une altercation à laccueil, un petit qui pleure pour son vaccin. Le monde continue, mais elle vient de recevoir un nouveau statut : hypertension chronique.

Chez elle, elle tarde à dire la nouvelle à son mari. Au dîner, il glisse la salière vers elle.

On ma dit de limiter le sel, lâche-t-elle.

Ah bon ? il lève un sourcil.

Elle résume, évite les jargons : médicaments, tension, besoin de surveiller.

Oh, ça va, tente-t-il dalléger. Qui na pas la tension qui grimpe parfois ? Moi aussi jai des excès

Chez toi, cest parfois. Chez moi, cest tout le temps, elle sent de la colère et sen étonne.

Il se tait, puis demande prudemment :

On fait quoi maintenant ?

Cachets. Routine. Moins de sel, moins de gras, plus de marche. Tout le temps.

La nuit, elle reste éveillée, attentive aux battements trop bruyants de son cœur. Elle imagine ses artères, repense aux histoires dAVC soudains. Elle allume le lampadaire, sort la feuille des recommandations.

Tout en bas, en petits caractères : facteurs dépendant du patient. Alimentation, activité physique, contrôle du poids, arrêt des mauvaises habitudes, auto-contrôle.

Le mot auto-contrôle la blesse. Elle repense aux régimes qui sarrêtent au bout de trois jours, aux carnets de nouvelle vie délaissés après une semaine, aux applis pour boire de leau quelle finit toujours par désactiver.

Si je recommence et abandonne encore, où ça va me mener ?

Le lendemain, elle sinstalle avec un thé, ouvre le tiroir et retrouve un vieux cahier décole de son fils, décoré de voitures pâlies. Elle arrache les pages écrites, lisse la feuille blanche.

Sur la première ligne, elle calligraphie : Journal de santé. Claire. En dessous, plus petit : Jour 1.

Matin : tension 152/95. Pouls 92. Cachet n°1 pris. Petit-déj : flocons davoine à leau, pomme, thé sans sucre. Humeur : anxieuse, mais déterminée.

Ces mots la soulagent. Mettre les faits par écrit, faire des colonnes comme dans ses rapports. Des cases et des chiffres, un peu dordre, la sensation de pouvoir agir.

Au travail, elle télécharge une appli pour compter ses pas. Ses collègues rient quand, au déjeuner, elle tourne autour de limmeuble au lieu de rester près du micro-ondes.

Tu prépares un marathon ? samuse une collègue.

Non, je dois marcher, répond Claire, étonnée de sa propre assurance.

Le soir, nouveau bilan dans le cahier.

Déjeuner : soupe de légumes, sarrasin, poulet bouilli. Sans pain. Thé sans sucre. Pas : 4870. Tension soir : 145/90. Cachet n°2 pris. Ressenti : fatigue, mais fière de moi.

Une semaine plus tard, le cahier accueille des tableaux soignés : date, tension matin/soir, médicaments, repas, pas, état du jour. Elle trace des lignes à la règle, souligne en vert les journées normales, plus de 6000 pas.

Son mari plaisante :

On dirait un vrai projet !

Non, cest juste ma vie, répond-elle.

Mais quelque part, c’est comme un projet : plan précis, indicateurs, objectif clair : stabiliser la tension, perdre dix kilos, devenir en bonne santé. Elle lit des blogs de reconversion santé, imprime une liste des aliments conseillés, colle la table des calories sur le frigo.

Deux semaines sans faute : dix minutes de plus à laube pour mesurer la tension et noter. Petit-déj davoine ou fromage blanc, boîtes à lunch pour le bureau. Ballade le midi. Le soir, légère gym devant lordi. Sa fille lui glisse un bravo maman en visio.

Claire sourit, sent ses épaules sélargir.

Mais la vie ne suit pas les tableaux. En fin de mois, la pression monte à la compta : bilans, délais, contrôle fiscal. Elle rentre tard, épuisée et affamée. Un soir, elle passe vite au Monoprix, ressort avec du kéfir, de la salade mais aussi baguette, fromage, saucisson, chocolat.

Chez elle, elle boit dabord du kéfir, coupe un concombre. Son regard tombe sur le pain. Juste une tranche Après la journée, elle a bien droit. La tranche devient deux belles tartines, du beurre et du fromage. Puis le chocolat. Un carré, puis un autre.

Quand elle se rend compte, lemballage vide traîne sur la table, et elle est lourde destomac et de reproche. Un refrain familier sinstalle : Voilà, tu as tout gâché, tu ny arriveras jamais.

Elle ouvre le cahier, la main hésite sur le mot dîner. Écrire pain, fromage, chocolat revient à admettre léchec.

Si je nécris pas, cest comme si rien ne sétait passé Mais à quoi bon tout ça alors ?

Finalement, elle note : Dîner : baguette beurre et fromage (2 grosses tranches), chocolat (env. une demi-tablette). Tension non prise. Cachet avalé. Ressenti : colère contre moi, lourdeur.

La page semble souillée. Les soulignements verts des jours précédents virent à la dérision. Elle referme le cahier et le range.

Le lendemain, pas envie décrire. Elle prend la pilule, mesure une tension à 158/98, grimace : Jécrirai plus tard. Le plus tard ne vient pas. Le midi, une collègue apporte un gâteau danniversaire, et elle cède vite. Le soir, son mari propose :

On commande des pizzas ? Pas envie de cuisiner.

Daccord, dit-elle, tout en sachant quelle ne devrait pas.

Deux pizzas, soda, série télé. Le cahier reste caché dans le tiroir.

Quelques jours plus tard, elle évite le regard vers la table où repose dordinaire le carnet ouvert. Elle prend moins sa tension, décale les médicaments. Un cachet plus tard, ça ne changera rien, se persuade-t-elle.

Une nuit, elle rentre épuisée et sent la même oppression dans la poitrine, la lourdeur dans la tête. Elle sassoit, mesure : 176/104. Les chiffres sur lécran semblent énormes.

Quest-ce que tu as ? lance son mari depuis la cuisine.

Rien, répond-elle machinalement, éteint lappareil.

Nuit agitée, le cœur affolé, les pensées tournent : tout gâché pour ces écarts. Ces jours de baguette, gâteau, pizza effacent ses efforts. Elle ny arrivera jamais.

Au matin, elle finit par sortir le cahier. La page reste blanche depuis quelques jours. Elle contemple le vide, puis écrit, grand : Pause. Craquage. Ai tout mangé, tension pas prise. Peur de revenir au carnet.

Sa main tremble. Elle referme le cahier et pleure. Les larmes glissent sur la couverture, décorée de petites voitures.

Son mari entre, sarrête :

Quest-ce qui se passe ?

Rien, souffle-t-elle en séchant ses joues. Juste fatiguée.

Tout ça à cause de ce carnet ? Peut-être arrête de te mettre la pression

Comment ? Si je dois vivre comme ça désormais ? Si je me relâche, qui sait ce qui va arriver

Il la serre contre lui.

Tu nes pas un robot Tu fais déjà beaucoup. Tas le droit de lâcher parfois

Ou de mourir, cest ça ? elle le dit sèchement, le regrette aussitôt. Il semble perdu.

Cest pas ce que je voulais dire.

Silence. Il se sert un thé. Puis :

Tu devrais peut-être revoir le médecin. Lui dire que cest dur.

Elle soupire, ironique :

Il dira juste tenez bon.

Mais lidée fait son chemin. Elle a justement un contrôle chez le cardiologue où elle doit montrer le carnet et ses derniers analyses. Elle songe sérieusement à ne pas lapporter, honte des pages ratées. Finalement, elle le glisse dans son sac.

Dans le cabinet étouffé, deux fleurs en plastique sur la fenêtre. Le médecin regarde les nouveaux résultats, prend sa tension, hoche la tête :

Cest mieux, mais instable. Prise du traitement ?

Elle hésite, puis sort le carnet.

Je note tout mais elle ouvre au milieu, montrant les soulignements verts et les écarts.

Il le feuillette, sattarde sur Pause. Craquage.

Cest bien davoir inscrit ça, souligne-t-il.

Vous trouvez ?

Bien sûr. Cest la vérité. Personne ne vit parfaitement. Mieux vaut voir ce qui se passe que faire semblant. Vous êtes comptable, non ?

Oui.

Quand vous voyez une erreur, vous la corrigez. Pas vrai ?

Oui, automatiquement.

Vous ne prétendez pas quelle nexiste pas. Le carnet nest pas pour obtenir un 20/20, mais pour vous comprendre. Le but, cest la lucidité, pas la punition. Les jours avec baguette et chocolat existeront Tout est dans laprès.

Claire se tait, saisie dun changement intérieur. Il poursuit :

Ce que je vois, cest de leffort. Mais pas besoin dexigence extrême. La vie nest pas un contrôle. Ce carnet est une observation, pas un jugement.

Sur le chemin du retour, elle repense à ses mots. Observation, pas examen. Toute sa vie, cétait bien ou mal. Soit régime, soit tout est fichu.

Le soir, elle ouvre le carnet, note :

Jour 27. Matin : tension 149/92. Cachet oui. Petit-déj : sarrasin, œuf, thé. Le médecin a dit que ce nest pas un examen. Essayer de ne pas se culpabiliser mais danalyser les écarts.

Elle réfléchit. Pourquoi cette soirée avec la baguette ? Fatigue, pression au travail, faim, sentiment dinjustice : je fais tout et personne ne le voit. Elle ajoute : Facteurs déclencheurs : grande fatigue, impression dinjustice.

Sa fille lui a parlé du mot déclencheurs lu sur Internet. Claire aime lidée de nommer ça scientifiquement, pas seulement faiblesse.

Le carnet prend une nouvelle forme. Des chiffres, la nourriture, mais des notes sur la journée aussi.

Chef énervée ce matin. Jai eu envie de me jeter sur une boîte de biscuits. Finalement, jai pris un thé, une pomme, puis marché. La frustration reste.

Dimanche. Mon mari a proposé un barbecue. Jai dit non au gras. Il était vexé Tu ne fais plus partie des vrais ? Jai pris un petit morceau sans peau, beaucoup de légumes. Tension OK. Sensation mitigée, fière mais pas à laise.

Elle apprend à noter non seulement ce quelle mange, mais aussi ce quelle ressent. Parfois frustrant, plus compliqué que les tableaux, mais elle sent que pour durer, il faut se connaître soi-même, pas seulement aligner des n°.

Ses proches réagissent diversement. Sa fille sinquiète : Comment va ta tension ? Tu te balades ?

Claire se crispe dabord, puis comprend que cest sincère. Elles conviennent dun message hebdomadaire : Stable ou Sauts, janalyse.

Avec son mari, cest compliqué. Il passe de la vigilance excessive à loubli complet.

Tu as pris tes cachets ? chaque matin, linquiétude derrière la rigueur.

Je gère, répond-elle. Je te tiendrai au courant.

Ils se disputent un soir. Après une rude journée, il a préparé des pommes de terre sautées et viande grillée.

Tu sais que je dois éviter le frit ?

On va pas manger de la bouillie toute notre vie ! Moi aussi jai droit à me faire plaisir !

Fais-toi ce que tu veux. Je me cuisinerai autre chose.

Donc maintenant, deux dîners : un pour la malade, un pour les sains ? lache-t-il.

Le mot malade la blesse plus que prévu. Un nœud lui vient à la gorge.

Je nai pas choisi cette tension. Et je ne veux pas quon me distingue malade ou normale à la maison.

Il se tait, regarde ailleurs, puis sexcuse : Je suis idiot. Cest la peur que tu aies un problème.

Ils trouvent un compromis : discuter des menus, quil puisse frire ses pommes de terre, mais quil jouera le jeu du plat adapté pour elle. Et il arrêtera de la surveiller sans cesse ; elle promet de prévenir en cas de malaise.

Le carnet en fait état.

Jour 43. Dispute à propos du repas. Jai compris que lui aussi a peur. On a fixé quelques règles. Conclusion : dire ce que je veux et ce qui me pèse, ne pas attendre quon devine.

Les écarts continuent parfois. Un soir, trop exténuée, elle saute le cachet du soir. Un oubli, ça va, se dit-elle. Ensuite, elle se réveille avec un fort bourdonnement, la tête lourde. Tension élevée. Elle attend que le cachet fasse effet, réfléchit à la facilité avec laquelle elle se néglige.

Au matin, elle écrit :

Cachet oublié. Pas vraiment oublié, ajourné par fatigue. Nuit difficile, angoisse. Conclusion : ne pas jouer avec ça. Tirer les leçons sans sauto-flageller.

Les grands tableaux laissent place à plus de souplesse. Elle continue à noter tension et médicaments, mais la nourriture devient principalement légumes et céréales, un peu de sucré, beaucoup de pain, sensation de lourdeur. Les pas ne sont plus un défi de dix mille, juste au moins trois mille pour se sentir bien.

Au lieu dune gymnastique de trente minutes quelle saute toujours, elle trouve un mini-programme de dix minutes sur internet. Il sintègre plus facilement. Parfois, elle ne fait que la moitié : 5 minutes, mieux que rien.

Un jour, elle remarque que les soulignements verts sont moins fréquents, mais les jugements contre elle aussi. Fatiguée remplace échec, besoin de soutien remplace faible.

Quelques mois après, nouveau contrôle chez le cardiologue. Les analyses montrent une stabilisation. Les chiffres oscillent encore, mais en moyenne, cest mieux. En feuilletant le carnet, le médecin dit :

Vous avez trouvé votre rythme. Cest lessentiel. Pas besoin dhéroïsme. Il faut de la stabilité.

Le mot stabilité lui plaît. Il parle davantage dun tabouret solide que dune course.

Ce soir-là, de retour, elle ne se rue pas en cuisine. Elle met ses baskets, attrape sa veste légère.

Tu vas où ? lance son mari du salon.

Marcher un peu. Tu viens ?

Daccord, il éteint la télé sans traîner. Pour elle, cest une victoire.

Ils font leur habituel parcours : autour de limmeuble, devant lécole, à travers un petit square du quartier. Claire sent son cœur battre calmement, sans angoisse. Elle ne compte plus les pas, son portable les suit en silence.

Le médecin a dit quoi ? demande son mari.

Que cest plutôt régulier, et quil faut continuer sans chercher lidéal.

Tu as lair plus sereine.

Elle réfléchit. Linquiétude demeure parfois. Il lui arrive de se réveiller la nuit, de vérifier les battements de son cœur. Elle se glace encore à la vue dun chiffre trop élevé. Mais à côté de ça, un sentiment neuf : elle nest plus impuissante. Elle a des outils. Médicaments, marches, carnet où elle peut écrire sans honte : Aujourdhui, cétait dur, sans que ce soit un drame.

De retour, elle se sert un verre deau. Le carnet est là. Elle note avec application :

Jour 123. Matin : tension 138/88. Cachets pris. Fatigue dans laprès-midi, envie de tout laisser tomber. Finalement, 10 minutes de gym. Promenade dune demi-heure avec mon mari le soir. On a parlé des vacances. Le diagnostic reste, langoisse aussi parfois. Mais jai mes bases : mes nouvelles habitudes, mes notes, mes proches. Je ne suis pas parfaite, mais je suis là.

Elle ferme le carnet, le pose en évidence, prête pour demain. La casserole de sarrasin cuit doucement, deux assiettes de leur dîner léger attendent dêtre rincées. Son mari zappe les chaînes pour trouver un film.

Claire sinstalle, écoute son cœur calme. Pas de slogans de nouvelle vie dans sa tête, juste cette pensée sereine : demain, elle prendra la tension, ses cachets, notera repas et ressentis. Elle craquera peut-être sur du chocolat, fera peut-être un tour de plus.

Mais dans cet à voir, il ny a plus de menace. Juste une vie quelle apprend à accepter, avec colonnes, erreurs et des petites victoires vraies.

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Journal de santé : le quotidien de Nathalie face à l’hypertension, entre habitudes familiales, régime, défis au travail et quête de stabilité, dans une banlieue française où le carnet, les petits déjeuners à la baguette et les promenades deviennent les outils d’un équilibre retrouvé
Natalie était assise sur le bord du canapé, là où se tenait encore tout récemment Michel. Maintenant, il n’y avait qu’un foulard noir de deuil, tombé par accident.