J’ai refusé de laver la montagne de vaisselle laissée après le départ de la famille de mon mari et j’ai tout laissé en plan jusqu’à son réveil — Marie, s’il te plaît… C’est ma mère quand même ! On ne s’est pas vus depuis une éternité, elle est juste de passage avec Sylvie, elles ne restent qu’un soir ! On profite, on discute, j’achète de la viande, je la fais mariner… — Vadim regardait sa femme comme un chien battu qui sait où est caché l’os mais ne peut l’atteindre. Marie poussa un profond soupir en posant lourdement ses sacs de courses sur le sol. C’était vendredi soir, au bout d’une longue semaine de travail, de bilans à boucler, d’inspections du chef comptable et de vérifications sans fin. Elle prévoyait de passer le week-end au calme, enlacée à un livre. Mais Vadim avait, comme d’habitude, ses propres projets pour son temps libre. — Vadim, «juste un soir» chez ta famille, ça veut dire banquet complet : trois plats, compote, et danse autour de leur précieuse attention, rétorqua-t-elle, fatiguée, en retirant son manteau. Je suis crevée. Je veux juste m’allonger et contempler le plafond. — J’aiderai, promis ! dit-il chaudement, embarquant les sacs vers la cuisine. Je passe l’aspirateur. Je mets la table. Je file au supermarché si besoin. Toi, juste à préparer la salade et enfourner le plat ! Marie, on peut pas refuser, ils sont déjà en route. Marie s’immobilisa à la porte de la cuisine. — «En route» ? Tu les as déjà invités ? Vadim se gratta la tête, gêné. — Maman a appelé ce matin, Sylvie et les enfants sont en ville, elles ont fait les boutiques, elles sont fatiguées… Elles ont demandé si elles pouvaient passer. J’allais pas refuser ma propre mère à la porte ? — Me prévenir, tu as oublié ? — Non… J’ai juste su que tu es toujours gentille et accueillante. Marie, s’il te plaît ! Je promets de tout ranger. Parole ! Elle le regarda. À trente-cinq ans, il avait encore la naïveté du garçon persuadé qu’un grand sourire règle toutes les embrouilles. Inutile de discuter, les invités étaient déjà sur la route. — D’accord, répondit-elle, résignée. Sors la viande. Mais cette fois, Vadim, tu fais le ménage. Je ne toucherai pas à la vaisselle. — Promis ! s’exclama-t-il, déjà à sortir les casseroles. Aucun problème ! Tu es en or ! Deux heures plus tard, l’appartement baignait dans les senteurs de lardons poêlés, rôti et vanille. Marie courait entre la cuisine et la table, Vadim se contentant de l’aspirateur (juste au milieu du tapis) et de l’installation rapide de la table, puis s’affala devant la télé, ton devoir accompli. Le coup de sonnette retentit à sept heures. Sur le pas de la porte trônait Anne, mère de Vadim — forte, bruyante et sûre d’elle — accompagnée de Sylvie, la sœur toujours râleuse, et des jumeaux, âgés de sept ans, qui s’élancèrent dans l’appartement en baskets. — Enfin ! lança Anne, en rentrant majestueusement, tendant la joue à Marie pour un bisou. Mais déjà partie pour l’inspecter. Marie, tu n’as pas dormi ? Des cernes pareils, on pourrait planter des patates ! Tu travailles trop, prends soin de ta famille. — Bonsoir Anne, bienvenue, répondit Marie, encaissant la remarque. — Salut, fit Sylvie, en ôtant ses bottillons. Il fait chaud ici, la clim est en panne ? J’ai sué en montant l’escalier ! Vadim ! On est là ! Vadim surgit, rutilant comme un samovar. Embrassades, grandes discussions. Marie filait à la cuisine vérifier la viande, trancher le pain, et sortir les pickles. Personne n’aida bien sûr. Le dîner débuta sur les chapeaux de roues. Anne s’empara de la place d’honneur (« Je dois voir tout le monde ! »), Sylvie s’installa côté salade, les enfants sur le canapé, happant tout ce qu’ils pouvaient. — La viande est sèche, trancha la belle-mère, mastiquant. Marie, tu l’as trop cuite ? Ou pas marinée au lait ribot ? Je l’ai toujours dit, Vadim préfère uniquement au lait ribot. — J’ai mariné aux herbes et à l’huile d’olive, répondit Marie calmement. — Voilà ! Tu fais à ta tête. Les traditions, c’est important ! — moralisa Anne. — C’est sympa chez vous, glissa Sylvie, lançant un regard à la pièce. Mais les rideaux sont dépassés. Le rose poussiéreux est tendance maintenant, pas cette couleur marécageuse. — C’est olive, Sylvie. — Oui, bon, c’est spécial. Maman, passe les champignons. Marie, pourquoi encore une salade à la mayo ? Je suis au régime ! T’aurais pu faire grecque. Marie sentit monter l’agacement. Trois heures pour ce repas, produits chers, efforts… Mais personne ne relevait. — Il y a des crudités, Sylvie. Tomates, concombres, poivrons. Sans mayo. Sylvie grimaça et se servit tout de même une portion de hareng sous son chapeau. Vadim ne remarquait rien, dans son élément : il remplissait les verres, riait, racontait des anecdotes. — Marie, les serviettes ! Les mains de Paul sont pleines de gras ! hurla-t-il à travers la table. Marie se leva, alla chercher. — Marie, coupe encore du pain ! — ordonna Anne. Marie se releva, coupa. — Tata Marie, j’ai renversé mon jus ! brailla un des jumeaux. Une tache rouge sur la nouvelle nappe. Marie partit chercher un chiffon, Vadim ne bougea pas. — C’est pas grave, les enfants, ça se nettoie ! gloussa Anne. Je t’enverrai le nom du produit, tu utilises toujours celui qui rend les chemises de Vadim grises ! La soirée n’en finissait plus. La montagne de vaisselle grossissait : assiettes de hors-d’œuvre, soupière (Anne exigea une soupe !), plats, saladiers, plats gras. Vers onze heures, les invités repartirent. — Super soirée ! — Anne peinant à se relever. — Vadim, accompagne-nous jusqu’au taxi, il fait sombre, les sacs sont lourds, on a encore acheté des trucs. — Bien sûr maman ! Je m’habille. — Merci Marie, on s’est régalés, lâcha Sylvie en se chaussant. Dommage, le gâteau était industriel ? On le sent, trop chimique. La prochaine fois fais maison, c’est meilleur. — Au revoir, murmura Marie. Quand la porte se referma, la cuisine ressemblait à une scène de crime : restes, miettes, saletés, le sol collant, et surtout un Everest de vaisselle encroûtée de gras. Marie regarda la montre. Minuit et demi. Démoralisée, elle voulait pleurer d’épuisement. La porte claqua. Vadim revint, heureux, légèrement éméché. — Ouf, je les ai raccompagnées ! Bonne soirée, hein, Marie ? Maman est ravie, Sylvie aussi, toujours un peu râleuse, tu sais comment elle est… Et les enfants, énergiques, non ? Ça met de la vie ! Il tenta de la serrer, mais Marie esquiva. — Vadim, regarde autour de toi. — Hein ? — le regard sur la montagne de vaisselle. — Ah… Oui, ça en fait. Écoute, Marie, je suis HS. Le vin m’a achevé… On s’y met demain ? Au réveil on fait tout d’un coup ! — Tu as promis, lui rappela-t-elle. « Je range tout moi-même. » — Je ne refuse pas ! Mais là, c’est impossible, je vais tomber de sommeil… Quelle importance, ce soir ou demain ? La vaisselle ne va pas s’enfuir… Je prends ma douche, tu viens te reposer aussi. Laisse tout ça. Il l’embrassa et partit. Dix minutes plus tard, elle entendait l’eau puis le ronflement dans la chambre. Marie resta face à l’apocalypse. Automatiquement, elle prit la lavette, ouvrit l’eau chaude, prêtes à attaquer. Puis elle s’arrêta. Les remarques d’Anne, le mépris de Sylvie, et surtout la béatitude de Vadim… « Demain », c’est en fait « tu feras tout à mon réveil ». Trop, c’était trop. Elle coupa l’eau, lâcha l’éponge. — Non, souffla-t-elle dans le vide. Pas cette fois. Elle prit le pichet d’eau et un verre propre, éteignit la lumière et s’installa dans la chambre, dormant instantanément, sans aucun remords. Samedi matin, soleil sur le parquet. Marie se leva, s’offrit une douche, se pomponna, prit son petit café avec du bon chocolat sur le balcon, en évitant au maximum la vision du désastre en cuisine. Vers dix heures, Vadim en pyjama ouvrit la porte du balcon, affamé. — Marie, tu ne m’as pas réveillé ! J’ai faim, y a encore des crêpes ? Ou une omelette ? J’ai la tête dans un étau, ce vin c’était de la cave à vins du supermarché. Marie but son café, souriante. — Bonjour mon cher. Plus de crêpes. Plus d’œufs, tout est passé dans la salade hier. Cherche si tu veux. Vadim, perdu, jeta un œil à la cuisine. Il resta figé devant le chaos. — Marie… Tu n’as rien rangé hier soir ? — Non, je t’avais prévenu : la vaisselle, c’est toi. Tu as dit que tu le ferais. Hier tu étais fatigué, alors je n’ai pas contrarié ton repos. — Mais je croyais que… Enfin, le matin… — il comprenait que le tableau était trop laid. — Marie, tu fais grève ? Pour ma mère ? Elle est un peu rude mais c’est pas une raison pour laisser la crasse ! Marie posa sa tasse. — Vadim, la crasse, ce n’est pas moi. Ce n’est pas moi qui ai invité toute la bande. Ce n’est pas moi qui ai promis de tout ranger. J’ai passé quatre heures devant les fourneaux après ma journée. J’ai été servi aux tiens. Supporté les caprices et les remarques. Ma journée s’est achevée à onze heures. Maintenant, c’est à toi de jouer. — J’sais pas récurer tout ce gras ! — se plaignit-il. — Le plat est cramé ! — Google te guidera. Ou appelle ta mère, elle a vanté son produit hier. — Marie ! Pour de vrai ? — J’ai pas ri hier non plus. Marie se détourna vers la fenêtre. Vadim tenta, attendit un geste de Marie, mais rien. Il chercha une assiette propre, mit l’eau à chauffer, râla, pesta. Il mit trois heures à laver. Il cassa une assiette, inonda le sol, et vida la moitié du liquide vaisselle. Marie nourrit ses plantes, lut un roman, commanda des sushis, les mangea sur le balcon, proposant à Vadim un simple maki au concombre, puisqu’il avait les mains sales. À treize heures, la cuisine avait enfin l’air acceptable. Vadim, trempé, épuisé, haineux du ménage, s’assit. — Voilà ! Tu es satisfaite ? J’ai tout lavé. Cuillère par cuillère. Tu es fière ? Marie passa le doigt sur le plan de travail. — Bravo. Je savais que tu pouvais le faire. — J’ai cru mourir ! Comment ils ont pu salir autant ? On était cinq adultes et deux enfants ! — C’est ça recevoir. Et je le fais à chaque fois que ta famille «passe vite». Tu ne le vois jamais car tu restes avec eux ou tu dors. Vadim observa ses mains flétries. — Elles ont vraiment autant sali ? J’avais jamais remarqué… — Sylvie essuie ses mains sur la nappe quand elle pense que je ne vois pas, ta mère met ses restes dans ma tasse, les enfants jettent du pain sous la table. Vadim grimaca. — Pas très classe. — Exactement. Mais le principal ? — Quoi ? — La prochaine fois, quand Maman dira qu’elle est «dans le coin», tu repenseras à ces trois heures, au plat brûlé, à l’eau froide, et tu répondras : «Désolé, on n’est pas là.» Ou tu les emmèneras au restaurant. Vadim rit, nerveusement. — Au restaurant ? Avec leurs appétits ? Je vais y passer mon salaire ! — Mais mes nerfs et ton vernis seront saufs. À toi de choisir. Vadim se leva, tête posée sur l’épaule de Marie, sentant le détergent citron. — Excuse-moi, Marie. J’ai été idiot. Je pensais… que c’était facile. Vite fait. — Facile, quand c’est quelqu’un d’autre qui s’y colle, répondit-elle en lui caressant la tête. Tu veux manger ? — Faim de loup ! Je mangerais un bœuf ! — Pas de bœuf, mais je peux faire des raviolis. De supermarché. — Parfait, allons-y ! Et tu sais quoi ? — Quoi ? — Mangeons directement dans la casserole, pour éviter la vaisselle ! Marie éclata de rire, pour la première fois depuis ce marathon. — Non, on mangera comme des gens normaux. Et tu laveras les assiettes. On consolide les acquis. Vadim soupira, mais accepta. Il avait compris la leçon — au moins pour quelques mois, la famille ne serait pas invitée. Et, désormais, la vaisselle jetable figurait dans la liste de Marie, au cas où. Abonnez-vous pour plus d’histoires, et mettez un like si vous pensez que le mari a eu sa juste leçon. Partagez vos avis en commentaires !

Jai refusé de laver la montagne de vaisselle après le départ de la famille de mon mari et jai tout laissé tel quel jusquà ce quil se réveille.

Camille enfin, tu nexagères pas, cest ma mère On ne la pas vue depuis une éternité, elle vient avec Sylvie en passant, juste pour la soirée. On se pose, on discute, jachète du bœuf, je le fais mariner Antoine regardait sa femme avec des yeux de chien battu, comme sil savait pertinemment où était enterré un os, mais incapable dy accéder seul.

Camille posa ses sacs de courses avec lassitude sur le sol. Cétait un vendredi soir. Derrière elle, une semaine de travail harassante, des rapports à rendre, le tremblement du nez de la chef comptable et des vérifications sans fin. Devant elle souvraient les week-ends, un tête-à-tête promis avec un livre et le silence. Mais Antoine, comme à son habitude, avait dautres plans pour son temps libre.

Antoine, passer pour la soirée avec ta famille, ça veut dire banquet digne de Versailles, trois plats, compote et tout le tralala autour de leur précieuse attention, soupira-t-elle en ôtant son manteau. Je suis épuisée. Je veux juste mallonger et regarder le plafond.

Mais je vais tout t’aider ! promit-il, prenant les sacs et les portant à la cuisine. Je passe laspirateur, je mets la table, jirai à lépicerie si besoin. Toi, juste quelques salades et tu mets le plat au four. Camille, ça ne se fait pas de refuser, ils sont déjà sur la route.

Camille sarrêta sur le pas de la cuisine.

Déjà sur la route ? Tu les as déjà invités ?

Antoine se gratta la tête, penaud.

Ben, maman a appelé ce matin, elle ma dit quelle était en ville avec Sylvie et les enfants, elles ont fait les magasins, elles sont crevées Elle ma demandé si elles pouvaient passer. Quest-ce que tu veux fermer la porte à sa propre mère ?

Mais tu tes bien gardé de me demander, hein.

Jai pas oublié, je savais juste que tes gentille et accueillante. Sil te plaît, Camille Promis, je taide. On fait ça vite, je range tout après. Promis juré !

Camille le fixa. À trente-cinq ans, il avait encore le visage du gamin qui croit quun sourire arrange tout. Elle savait quil était inutile de discuter les invités étaient déjà en route.

Daccord, acquiesça-t-elle. Sors la viande. Mais attention Antoine, cette fois le ménage, cest pour toi. Je cuisine, je sers, janime, mais la vaisselle, cest non.

Marché conclu ! sécria-t-il, en faisant résonner les casseroles. Aucune objection ! Tes mon trésor !

Deux heures plus tard, lappartement baignait dans les odeurs doignon rissolé, de rosbif au four et de vanille. Camille virevoltait entre la plaque et la table comme une jongleuse aguerrie. Antoine avait, comme promis, passé laspirateur (seulement au centre du tapis) et déployé la table à rallonges, avant de sinstaller devant la télé, en attendant le top.

À sept heures, cela sonna. Sur le seuil, madame Dubois femme athlétique, volubile et tout sauf diplomate, à ses côtés Sylvie, la sœur dAntoine, visage éternellement contrarié, et ses deux jumeaux de sept ans, Rémi et Lou, qui, sans se déchausser, envahirent lappartement comme deux tornades.

Ah, enfin ! madame Dubois entra dans lentrée dun mouvement dopéra, tendant sa joue à Camille pour un baiser, avant même quelle ait le temps dapprocher, et inspectant sa belle-fille du regard. Camille, tu as lair épuisée Les cernes ! Une vraie terre à pommes de terre. Il faut moins travailler, plus chouchouter la famille.

Bonsoir, madame Dubois. Entrez, répondit Camille avec une froide politesse, ignorant le commentaire. Salut, Sylvie.

Sylvie hocha la tête en ôtant des bottines dernier cri.

Salut. Franchement, il fait étouffant chez vous. La clim ne marche pas ? Juste pour monter lescalier, jai pris une suée. Antoine ! Tu viens nous accueillir ?

Antoine jaillit, rayonnant, comme une théière fraîchement polie. Les accolades commencèrent, les rires, les discussions tonitruantes. Camille, discrètement, retourna en cuisine. Il fallait surveiller la viande, trancher le pain, sortir les cornichons. Personne, bien sûr, noffrit son aide.

Le dîner débuta dans la bonne humeur. Madame Dubois sassit aussitôt en bout de table (« Faut bien que laînée puisse surveiller la tablée ! »), Sylvie sinstalla près de la salade, les enfants furent parqués sur le canapé mais faisaient des allers et venues avec des bouts de pain et de viande, créant un chaos digne dune foire à Montmartre.

Ta viande manque de tendreté, décréta la belle-mère en mâchant. Tu las sans doute laissée trop longtemps, ou tu nas pas mis de lait, comme jai prévenu ? Antoine naime quavec du lait.

Jai fait mariner aux herbes et à lhuile dolive, répondit Camille, sereine, se servant une cuillérée de macédoine.

Voilà, tu fais à ta guise On oublie les traditions. Il faut respecter, Camille, madame Dubois leva sa fourchette, pontificale. Antoine, serres donc du vin à ta mère. Mes jambes sont en compote aujourdhui On a cherché des bottes pour Sylvie, on a traversé tout Paris. Ce quon vend maintenant que du chinois, cest à pleurer.

Il fait cosy chez vous, marmonna Sylvie. Mais je changerais les rideaux. Ce vert, cest vraiment plus du tout tendance. Maintenant, cest le rose blush qui est partout.

Cest olive, Sylvie.

Je dis ça, à chacun ses goûts. Maman, passe-moi les champignons. Dis-donc Camille, tas encore mis de la mayonnaise dans la salade ? Je tai dit que je fais attention. Tu aurais pu faire une grecque, cest vite fait.

Camille sentit la colère monter. Trois heures de courses et de cuisine derrière elle. Produits raffinés, efforts pour plaire.

Il y a une assiette de crudités, tomates, concombres, poivron. Rien de mayonnaise.

Grignoter des légumes, cest dun ennui ronchonna Sylvie, se servant pourtant un gros morceau de hareng sous la couette. Allez, juste pour ce soir cheat meal, hein

Antoine, lui, papillonnait, entre rires, verres de vin et anecdotes de bureau.

Camille, apporte des serviettes, Rémi a les mains toutes grasses ! cria-t-il.

Camille, stoïque, se leva apporter les serviettes.

Camille, le pain est fini, tu peux en couper ! ajouta madame Dubois.

Elle se releva pour le pain.

Tante Camille, jai renversé du jus ! annonça Lou, ravi.

Un grand halo de jus de cerise sétalait sur la nouvelle nappe. Camille partit chercher une éponge, sans mot. Antoine continuait sa discussion maraîchère avec sa mère.

Bah, cest pas grave, fit la belle-mère, magnanime. Les enfants, tu vas détacher tout ça, tant que ton produit est bon. Je te donnerai la marque, pas celle que tu achètes, qui laisse les chemises dAntoine toutes ternes.

La soirée sétirait indéfiniment. Dans la cuisine, la montagne de vaisselle grandissait façon Mont Blanc. Les assiettes des entrées, puis la soupière (il fallait une soupe pour le ventre), puis les plats, saladiers, plats huilés.

Vers onze heures, les invités se levèrent enfin.

Ah, cétait drôlement sympa ! madame Dubois se leva péniblement. Antoine, tu nous accompagnes au taxi ? Cest sombre, on a des sacs lourds, et on a encore des provisions.

Bien sûr maman ! Je file.

Merci pour le repas, lâcha Sylvie en enfilant ses bottines. Quant au gâteau, il est du commerce, non ? Ça se sent, vive la chimie. La prochaine fois, fais-le maison, cest quand même autre chose.

Au revoir souffla Camille.

Seule, dans le silence cristallin, Camille entra dans la cuisine. Un champ de bataille. La table couverte de reliefs, croûtes de pain, serviettes chiffonnées. Sol collant, miettes, taches de jus. Mais surtout : cauchemar dans lévier et sur le plan de travail.

Pique dassiettes de sauce et de gras, montagne opaque. Marmites avec restes desséchés de pommes de terre, poêle incrustée, verres tachés de vin, tasses avec du thé éventé, dans lequel flottaient cette nuit non pas des mégots, mais des noyaux dolives (madame Dubois les rangeait là). Tout était trempé de sucs et souvenirs.

Camille regarda lhorloge : onze heures et demie. Son dos la lançait, ses jambes aussi. Elle aurait pu pleurer.

La porte claqua : Antoine rentrait, jovial, rosissant, un peu imbibé.

Ouf, raccompagnés ! il entra dans la cuisine, se frottant les mains. Super soirée, non Camille ? Maman était ravie, Sylvie aussi malgré ses grognements. Tu connais Sylvie, elle a son tempérament. Et les petits, quelle énergie ! Ça pétille de vie !

Il tenta de lembrasser, mais Camille esquiva.

Antoine, regarde autour de toi.

Hein ? Il balaya la cuisine du regard, son sourire vacilla devant lEverest de vaisselle. Oh, oui, eh ben Ça sest accumulé Tu sais, Camille, je suis épuisé. Ce vin ma assommé. Si on faisait demain ? On se lève, on nettoie tout vite fait le matin.

Tu avais promis, souffla Camille. Tu as dit je rangerai tout moi-même.

Mais je dis pas non ! Juste, là, je peux pas. Je tiens plus. Franchement, quelle différence, ce soir ou demain ? Rien ne va senvoler. Allez, je file me doucher, je dors. Toi aussi, laisse tout, fais pas lhéroïne.

Il lembrassa sur la tête, poussa un grand bâillement, et séloigna. Dix minutes plus tard, on entendit leau, puis les ronflements de colosse.

Camille resta au centre du chaos culinaire.

Sa main se tendit machinalement vers léponge. Le réflexe ancré : il ne faut jamais laisser traîner, sinon plus de cafards, lodeur, la gêne au réveil. Elle ouvrit leau, la chaleur coula sur la casserole.

Mais elle sarrêta.

Les remarques sur la viande trop cuite, le ton sec de Sylvie sur les légumes ennuyeux. Le visage insouciant dAntoine : on verra demain.

Demain dans sa bouche veut dire : Tu te lèves avant moi, tu détestes le désordre et tu nettoies, moi je me réveille devant un buffet net et je te remercie. Toujours ainsi. Toujours.

Mais ce soir, quelque chose a craqué. Fatigue ou ce petit quelque chose dans sa façon de servir sa mère en oubliant Camille ?

Elle coupa leau. Jeta léponge sèche dans son bac.

Non, dit-elle à la cuisine vide. Pas cette fois-ci.

Elle prit juste la carafe deau, le seul verre propre (sauvé de létagère). Éteignit, laissa le désastre dans lombre, et gagna sa chambre.

Antoine dormait, étalé en étoile sur le matelas. Camille sinstalla tout au bord, se pelotonna sous la couette, et sombra aussitôt dans le sommeil. Sans aucun remords.

Le matin fut lumineux. Les rayons traversaient les rideaux, zébrant le plancher. Camille ouvrit les yeux vers huit heures. Antoine, enfoui dans loreiller, dormait paisiblement.

Le samedi, normalement, elle se levait à neuf, lançait des crêpes ou du pain perdu pour Antonine, puis ménage, lessive, repassage.

Ce matin-là, Camille sétira, noua sa robe de chambre en soie réservée pour les grandes occasions et alla à la salle de bains, savourant chaque instant. Douche parfumée, masque, longue séance de séchage, coiffure impeccable. Elle se permit même une touche de maquillage.

À neuf heures trente, elle sortit, traversant la cuisine.

À la lumière du jour, la scène du carnage était pire encore. Maionnaise figée, sauce racornie, insectes dans les verres. Une odeur de vin rance, doignon et dacide.

Camille haussa les épaules. Dun pied, elle écarta la plaque poisseuse posée près de la poubelle, accéda à la machine à café miraculeusement intacte.

Elle se fit un café noir, sortit sa tablette de chocolat noir précieux, sinstalla sur le balcon sa cuisine souvrait sur une loggia ferma bien la porte derrière elle, isolant les relents et le spectacle, et se laissa tomber dans le fauteuil en rotin.

Dehors, les moineaux chantaient, Paris séveillait. Le café était fumant, délicieux. Camille se sentit impératrice exilée, surveillant son royaume à distance raisonnable.

Vers dix heures, activité dans la cuisine. La porte du balcon grinça, laissa apparaître la bouille chiffonnée dAntoine, en boxer, cheveux en vrac.

Camille ? Tu es là ? Tu mas pas réveillé ? Je meurs de faim Il reste des crêpes ? Tu me fais des œufs ? Ma tête va exploser, ce vin était bizarre

Camille pivota lentement, but son café, et afficha un sourire éclatant.

Bonjour Antoine. Pas de crêpes. Pas dœufs non plus, tout est parti hier dans les salades. Tu peux vérifier.

Antoine cligna des yeux, se tourna vers la cuisine. Du balcon, on le voyait figé, regard passant du mont de vaisselle à la cuisinière.

Euh Camille Pourquoi tout est comme ça ? Tas pas lavé hier ?

Non, répondit-elle calmement. Jai dit : je ne lave pas la vaisselle. Tu as promis de le faire. Hier tu navais pas la force. Je nai pas voulu entraver ton repos.

Mais je pensais que Tu laurais fait avant que je me lève Il hésitait, conscient que cétait moche. Camille, vraiment ? Tu vas me punir ? Cest à cause de maman ? Bon, elle est parfois cash, mais cest pas une raison de tout laisser sale !

Camille posa sa tasse.

Antoine, je nai pas semé le bazar. Ce nest pas moi qui ai invité la horde. Ce nest pas moi qui ai promis de tout ranger. Tu es adulte, Antoine. Tu as donné ta parole. Hier, jai fait la cuisine pendant quatre heures après le boulot. Jai servi tes invités. Jai supporté les caprices de ta sœur et les critiques de ta mère. Ma «station» sest finie hier à onze heures. Maintenant : cest ton tour.

Mais je sais pas laver tout ce gras ! gémit-il. Cette plaque est fichue !

Google existe. Ou appelles ta mère, elle ta bien vanté un détachant hier.

Camille ! Ce nest pas drôle !

Je nai pas ri hier, non plus.

Elle se détourna vers la fenêtre : conversation close.

Antoine resta un moment dans lembrasure, respira fort. Il croyait quelle finirait par céder, soupirer son « Bon, catastrophe », et lancer le sauvetage. Mais Camille contemplait le parc.

Un placard claqua. Verres tintèrent Antoine chercha du propre. Puis le robinet, leau.

Jai pas deau chaude ! hurla-t-il.

Ah oui, fit Camille sans se retourner. Il y a une affiche, maintenance prévue. Je nai pas lancé le chauffe-eau. Mets-le en marche, ça prend une heure.

Cest un cauchemar souffla-t-il.

Le bruit de la bouilloire. Antoine chauffait leau, pour la vaisselle à lancienne. Camille entendait le vacarme des assiettes, les jurons, les gémissements de brûlures.

Il mit trois heures à laver.

Pendant ce temps, Camille soccupa : arrosage des plantes, lecture, même une livraison de sushis, quelle mangea au balcon, noffrant à Antoine quun maki au concombre, « tas les mains sales et tes occupé ».

À treize heures, la cuisine retrouvait une allure humaine. Antoine, trempé, énervé, assis sur le tabouret, fixait le plan de travail dun regard noir.

Alors ? demanda-t-il en voyant Camille entrer. Tu es satisfaite ? Jai tout lavé. Chaque fourchette. Chaque foutue cuillère. Ça va, là ?

Camille savança. Passa un doigt sur la surface : impeccable.

Bravo, affirma-t-elle sérieusement. Vraiment. Je savais que tu y arriverais.

Jai cru mourir, avoua-t-il. Camille, cest dingue. Comment ont-ils pu salir autant ? Cinq adultes, deux enfants !

Voilà, Antoine. Cest tout lart des invités. Et moi, à chaque visite de ta famille, je fais ça. Toi, tu discutes, puis tu dors.

Antoine considéra ses mains. La peau ridée, un peu brûlée.

Dis leva-t-il les yeux vers Camille, sans colère, juste une lassitude et une lueur de compréhension. Ils étaient vraiment autant désordonnés ? Je nai jamais remarqué

Sylvie se servait de la nappe pour sessuyer les mains. Ta mère mettait les noyaux dolives dans la tasse. Les petits jetaient du pain sous la table.

Antoine grimaça.

Franchement Un peu la honte.

Exactement, approuva Camille. Mais tu sais le plus important ?

Quoi ?

La prochaine fois que ta mère appelle en disant quelle est dans le coin, tu te rappelleras de ces trois heures. De la plaque brûlée. De leau froide. Tu diras désolé, on nest pas là. Ou tu les emmèneras au restaurant.

Antoine rit nerveusement.

Au resto ? Avec leur appétit ? Jy laisse mon salaire.

Oui, mais mes nerfs et ta peau seront saufs. À toi de voir.

Antoine sapprocha, posa son nez sur son épaule ; il sentait le citron du liquide vaisselle.

Pardon Camille. Jai été bête. Je croyais que cétait facile. Les deux petits tours de main.

Facile quand cest les autres qui font, elle lui caressa les cheveux. Tu as faim ?

Horriblement. Je pourrais manger un bœuf.

Il ny a pas de bœuf, mais je peux faire des raviolis du commerce.

Parfait, répondit-il avec enthousiasme. Les raviolis, cest une belle invention. Et tu sais quoi ?

Quoi ?

On mange dans la casserole ? Pour ne pas salir dassiettes.

Camille éclata de rire. Enfin, la tension se dissipa.

Non, on mange comme des gens civilisés, dans des assiettes. Mais tu les laveras ensuite. On consolide les acquis.

Antoine soupira, mais nobjecta pas. Il prit la casserole, la remplit. La leçon était assimilée. Pour quelques mois au moins, madame Dubois et Sylvie nauraient pas dinvitation à dîner chez Camille. Et si jamais elles venaient, Camille avait déjà ajouté les assiettes jetables à sa liste de courses. Juste au cas où.

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J’ai refusé de laver la montagne de vaisselle laissée après le départ de la famille de mon mari et j’ai tout laissé en plan jusqu’à son réveil — Marie, s’il te plaît… C’est ma mère quand même ! On ne s’est pas vus depuis une éternité, elle est juste de passage avec Sylvie, elles ne restent qu’un soir ! On profite, on discute, j’achète de la viande, je la fais mariner… — Vadim regardait sa femme comme un chien battu qui sait où est caché l’os mais ne peut l’atteindre. Marie poussa un profond soupir en posant lourdement ses sacs de courses sur le sol. C’était vendredi soir, au bout d’une longue semaine de travail, de bilans à boucler, d’inspections du chef comptable et de vérifications sans fin. Elle prévoyait de passer le week-end au calme, enlacée à un livre. Mais Vadim avait, comme d’habitude, ses propres projets pour son temps libre. — Vadim, «juste un soir» chez ta famille, ça veut dire banquet complet : trois plats, compote, et danse autour de leur précieuse attention, rétorqua-t-elle, fatiguée, en retirant son manteau. Je suis crevée. Je veux juste m’allonger et contempler le plafond. — J’aiderai, promis ! dit-il chaudement, embarquant les sacs vers la cuisine. Je passe l’aspirateur. Je mets la table. Je file au supermarché si besoin. Toi, juste à préparer la salade et enfourner le plat ! Marie, on peut pas refuser, ils sont déjà en route. Marie s’immobilisa à la porte de la cuisine. — «En route» ? Tu les as déjà invités ? Vadim se gratta la tête, gêné. — Maman a appelé ce matin, Sylvie et les enfants sont en ville, elles ont fait les boutiques, elles sont fatiguées… Elles ont demandé si elles pouvaient passer. J’allais pas refuser ma propre mère à la porte ? — Me prévenir, tu as oublié ? — Non… J’ai juste su que tu es toujours gentille et accueillante. Marie, s’il te plaît ! Je promets de tout ranger. Parole ! Elle le regarda. À trente-cinq ans, il avait encore la naïveté du garçon persuadé qu’un grand sourire règle toutes les embrouilles. Inutile de discuter, les invités étaient déjà sur la route. — D’accord, répondit-elle, résignée. Sors la viande. Mais cette fois, Vadim, tu fais le ménage. Je ne toucherai pas à la vaisselle. — Promis ! s’exclama-t-il, déjà à sortir les casseroles. Aucun problème ! Tu es en or ! Deux heures plus tard, l’appartement baignait dans les senteurs de lardons poêlés, rôti et vanille. Marie courait entre la cuisine et la table, Vadim se contentant de l’aspirateur (juste au milieu du tapis) et de l’installation rapide de la table, puis s’affala devant la télé, ton devoir accompli. Le coup de sonnette retentit à sept heures. Sur le pas de la porte trônait Anne, mère de Vadim — forte, bruyante et sûre d’elle — accompagnée de Sylvie, la sœur toujours râleuse, et des jumeaux, âgés de sept ans, qui s’élancèrent dans l’appartement en baskets. — Enfin ! lança Anne, en rentrant majestueusement, tendant la joue à Marie pour un bisou. Mais déjà partie pour l’inspecter. Marie, tu n’as pas dormi ? Des cernes pareils, on pourrait planter des patates ! Tu travailles trop, prends soin de ta famille. — Bonsoir Anne, bienvenue, répondit Marie, encaissant la remarque. — Salut, fit Sylvie, en ôtant ses bottillons. Il fait chaud ici, la clim est en panne ? J’ai sué en montant l’escalier ! Vadim ! On est là ! Vadim surgit, rutilant comme un samovar. Embrassades, grandes discussions. Marie filait à la cuisine vérifier la viande, trancher le pain, et sortir les pickles. Personne n’aida bien sûr. Le dîner débuta sur les chapeaux de roues. Anne s’empara de la place d’honneur (« Je dois voir tout le monde ! »), Sylvie s’installa côté salade, les enfants sur le canapé, happant tout ce qu’ils pouvaient. — La viande est sèche, trancha la belle-mère, mastiquant. Marie, tu l’as trop cuite ? Ou pas marinée au lait ribot ? Je l’ai toujours dit, Vadim préfère uniquement au lait ribot. — J’ai mariné aux herbes et à l’huile d’olive, répondit Marie calmement. — Voilà ! Tu fais à ta tête. Les traditions, c’est important ! — moralisa Anne. — C’est sympa chez vous, glissa Sylvie, lançant un regard à la pièce. Mais les rideaux sont dépassés. Le rose poussiéreux est tendance maintenant, pas cette couleur marécageuse. — C’est olive, Sylvie. — Oui, bon, c’est spécial. Maman, passe les champignons. Marie, pourquoi encore une salade à la mayo ? Je suis au régime ! T’aurais pu faire grecque. Marie sentit monter l’agacement. Trois heures pour ce repas, produits chers, efforts… Mais personne ne relevait. — Il y a des crudités, Sylvie. Tomates, concombres, poivrons. Sans mayo. Sylvie grimaça et se servit tout de même une portion de hareng sous son chapeau. Vadim ne remarquait rien, dans son élément : il remplissait les verres, riait, racontait des anecdotes. — Marie, les serviettes ! Les mains de Paul sont pleines de gras ! hurla-t-il à travers la table. Marie se leva, alla chercher. — Marie, coupe encore du pain ! — ordonna Anne. Marie se releva, coupa. — Tata Marie, j’ai renversé mon jus ! brailla un des jumeaux. Une tache rouge sur la nouvelle nappe. Marie partit chercher un chiffon, Vadim ne bougea pas. — C’est pas grave, les enfants, ça se nettoie ! gloussa Anne. Je t’enverrai le nom du produit, tu utilises toujours celui qui rend les chemises de Vadim grises ! La soirée n’en finissait plus. La montagne de vaisselle grossissait : assiettes de hors-d’œuvre, soupière (Anne exigea une soupe !), plats, saladiers, plats gras. Vers onze heures, les invités repartirent. — Super soirée ! — Anne peinant à se relever. — Vadim, accompagne-nous jusqu’au taxi, il fait sombre, les sacs sont lourds, on a encore acheté des trucs. — Bien sûr maman ! Je m’habille. — Merci Marie, on s’est régalés, lâcha Sylvie en se chaussant. Dommage, le gâteau était industriel ? On le sent, trop chimique. La prochaine fois fais maison, c’est meilleur. — Au revoir, murmura Marie. Quand la porte se referma, la cuisine ressemblait à une scène de crime : restes, miettes, saletés, le sol collant, et surtout un Everest de vaisselle encroûtée de gras. Marie regarda la montre. Minuit et demi. Démoralisée, elle voulait pleurer d’épuisement. La porte claqua. Vadim revint, heureux, légèrement éméché. — Ouf, je les ai raccompagnées ! Bonne soirée, hein, Marie ? Maman est ravie, Sylvie aussi, toujours un peu râleuse, tu sais comment elle est… Et les enfants, énergiques, non ? Ça met de la vie ! Il tenta de la serrer, mais Marie esquiva. — Vadim, regarde autour de toi. — Hein ? — le regard sur la montagne de vaisselle. — Ah… Oui, ça en fait. Écoute, Marie, je suis HS. Le vin m’a achevé… On s’y met demain ? Au réveil on fait tout d’un coup ! — Tu as promis, lui rappela-t-elle. « Je range tout moi-même. » — Je ne refuse pas ! Mais là, c’est impossible, je vais tomber de sommeil… Quelle importance, ce soir ou demain ? La vaisselle ne va pas s’enfuir… Je prends ma douche, tu viens te reposer aussi. Laisse tout ça. Il l’embrassa et partit. Dix minutes plus tard, elle entendait l’eau puis le ronflement dans la chambre. Marie resta face à l’apocalypse. Automatiquement, elle prit la lavette, ouvrit l’eau chaude, prêtes à attaquer. Puis elle s’arrêta. Les remarques d’Anne, le mépris de Sylvie, et surtout la béatitude de Vadim… « Demain », c’est en fait « tu feras tout à mon réveil ». Trop, c’était trop. Elle coupa l’eau, lâcha l’éponge. — Non, souffla-t-elle dans le vide. Pas cette fois. Elle prit le pichet d’eau et un verre propre, éteignit la lumière et s’installa dans la chambre, dormant instantanément, sans aucun remords. Samedi matin, soleil sur le parquet. Marie se leva, s’offrit une douche, se pomponna, prit son petit café avec du bon chocolat sur le balcon, en évitant au maximum la vision du désastre en cuisine. Vers dix heures, Vadim en pyjama ouvrit la porte du balcon, affamé. — Marie, tu ne m’as pas réveillé ! J’ai faim, y a encore des crêpes ? Ou une omelette ? J’ai la tête dans un étau, ce vin c’était de la cave à vins du supermarché. Marie but son café, souriante. — Bonjour mon cher. Plus de crêpes. Plus d’œufs, tout est passé dans la salade hier. Cherche si tu veux. Vadim, perdu, jeta un œil à la cuisine. Il resta figé devant le chaos. — Marie… Tu n’as rien rangé hier soir ? — Non, je t’avais prévenu : la vaisselle, c’est toi. Tu as dit que tu le ferais. Hier tu étais fatigué, alors je n’ai pas contrarié ton repos. — Mais je croyais que… Enfin, le matin… — il comprenait que le tableau était trop laid. — Marie, tu fais grève ? Pour ma mère ? Elle est un peu rude mais c’est pas une raison pour laisser la crasse ! Marie posa sa tasse. — Vadim, la crasse, ce n’est pas moi. Ce n’est pas moi qui ai invité toute la bande. Ce n’est pas moi qui ai promis de tout ranger. J’ai passé quatre heures devant les fourneaux après ma journée. J’ai été servi aux tiens. Supporté les caprices et les remarques. Ma journée s’est achevée à onze heures. Maintenant, c’est à toi de jouer. — J’sais pas récurer tout ce gras ! — se plaignit-il. — Le plat est cramé ! — Google te guidera. Ou appelle ta mère, elle a vanté son produit hier. — Marie ! Pour de vrai ? — J’ai pas ri hier non plus. Marie se détourna vers la fenêtre. Vadim tenta, attendit un geste de Marie, mais rien. Il chercha une assiette propre, mit l’eau à chauffer, râla, pesta. Il mit trois heures à laver. Il cassa une assiette, inonda le sol, et vida la moitié du liquide vaisselle. Marie nourrit ses plantes, lut un roman, commanda des sushis, les mangea sur le balcon, proposant à Vadim un simple maki au concombre, puisqu’il avait les mains sales. À treize heures, la cuisine avait enfin l’air acceptable. Vadim, trempé, épuisé, haineux du ménage, s’assit. — Voilà ! Tu es satisfaite ? J’ai tout lavé. Cuillère par cuillère. Tu es fière ? Marie passa le doigt sur le plan de travail. — Bravo. Je savais que tu pouvais le faire. — J’ai cru mourir ! Comment ils ont pu salir autant ? On était cinq adultes et deux enfants ! — C’est ça recevoir. Et je le fais à chaque fois que ta famille «passe vite». Tu ne le vois jamais car tu restes avec eux ou tu dors. Vadim observa ses mains flétries. — Elles ont vraiment autant sali ? J’avais jamais remarqué… — Sylvie essuie ses mains sur la nappe quand elle pense que je ne vois pas, ta mère met ses restes dans ma tasse, les enfants jettent du pain sous la table. Vadim grimaca. — Pas très classe. — Exactement. Mais le principal ? — Quoi ? — La prochaine fois, quand Maman dira qu’elle est «dans le coin», tu repenseras à ces trois heures, au plat brûlé, à l’eau froide, et tu répondras : «Désolé, on n’est pas là.» Ou tu les emmèneras au restaurant. Vadim rit, nerveusement. — Au restaurant ? Avec leurs appétits ? Je vais y passer mon salaire ! — Mais mes nerfs et ton vernis seront saufs. À toi de choisir. Vadim se leva, tête posée sur l’épaule de Marie, sentant le détergent citron. — Excuse-moi, Marie. J’ai été idiot. Je pensais… que c’était facile. Vite fait. — Facile, quand c’est quelqu’un d’autre qui s’y colle, répondit-elle en lui caressant la tête. Tu veux manger ? — Faim de loup ! Je mangerais un bœuf ! — Pas de bœuf, mais je peux faire des raviolis. De supermarché. — Parfait, allons-y ! Et tu sais quoi ? — Quoi ? — Mangeons directement dans la casserole, pour éviter la vaisselle ! Marie éclata de rire, pour la première fois depuis ce marathon. — Non, on mangera comme des gens normaux. Et tu laveras les assiettes. On consolide les acquis. Vadim soupira, mais accepta. Il avait compris la leçon — au moins pour quelques mois, la famille ne serait pas invitée. Et, désormais, la vaisselle jetable figurait dans la liste de Marie, au cas où. Abonnez-vous pour plus d’histoires, et mettez un like si vous pensez que le mari a eu sa juste leçon. Partagez vos avis en commentaires !
Tout le monde a réalisé, mais c’est trop tard