J’ai réalisé un test ADN et confirmé mes soupçons

Cher journal,

Tante Solange, je nai nulle part où aller, murmura-t-elle en sanglotant, les larmes amères roulant sur ses joues. Pardonnez-moi, je ne reviendrai plus jamais.
Je ne sais pas vraiment où elle a été ni ce quelle faisait, mais elle avait lair désespérée.

Nous lavons accueillie à nouveau, malgré le fait quArmand nen était pas vraiment ravi. Elle était la mère dÉlise, une orpheline sans repère.

Armand, depuis tout petit, ressemblait à un enfant du jour au lendemain : discret, calme, jamais espiègle, il préférait senfermer dans un coin avec ses bouquins.
Armand, tu devrais courir avec les autres garçons dans la cour, disait sa grandmère.
Maman, laissele tranquille. Mieux vaut le voir lire que de finir comme Victor, le gamin du voisin qui a fini à la police à douze ans, répliqua Sylvie, sa mère.

Il resta muet, ayant compris que le silence était le meilleur moyen déviter les disputes avec les proches qui lavaient élevé à deux. Son père nexistait, du moins officiellement.

Il senfonça alors dans la biologie, absorbé par les expériences du laboratoire du CNRS, sans vraiment remarquer ce qui se passait autour, les filles y compris.

Mon fils, tu penses à te marier ? À me donner des petitsenfants ? sexclama Sylvie lorsquil eut vingtsix ans.
Maman, tout arrive en son temps, réponditil en haussant les épaules.

Il était absorbé par un projet de génétique qui passionnait tout le personnel du centre ; les filles, à ce quil en soit sûr, étaient de la partie.

Sylvie soupirait souvent, admirant son fils si beau et si intelligent, mais regrettant son manque de sociabilité.

Un an plus tard, il fit entrer chez nous Diane, une serveuse du café où il célébrait la fin du projet.

Maman, voici ma fiancée, le mariage est prévu dans un mois, annonçail dun ton détaché.
Très bien, entrez, nous allons faire connaissance, répondit Sylvie.

Il ne mentionna jamais quil sortait avec quelquun, encore moins quil avait déjà déposé le dossier à la mairie.

Diane ne fit guère bonne impression à Sylvie : elle était mince, les cheveux en désordre, noirs avec des mèches bleues, un anneau au nez, un tatouage au bras, et elle navait que vingttrois ans. Elle ne travaillait plus, sauf comme serveuse, et leur rencontre fut fortuite.

Mais Sylvie, émue par le drame de la jeune femme parents décédés, appartement perdu, errance entre amis finit par laimer.

Les jeunes couple sinstallèrent chez nous, et la vie se passa paisiblement, sans querelles de maîtresses de maison. Diane ne sintéressait guère aux tâches ménagères, mais aidait sans rechigner Sylvie lorsquelle le demandait.

Armand, habituellement indifférent à la cuisine et aux vêtements, se laissa persuader par sa mère de se nourrir correctement.

Après six mois de bonheur, Diane disparut du jour au lendemain. Rien ne fut volé, ses quelques affaires restèrent sur place, seul son téléphone était hors réseau. Sylvie ne connaissait pas vraiment les amies dArmand.

Pour la première fois, jai vu mon fils anxieux ; il ne se rendait plus au travail pendant deux jours, cherchant désespérément sa femme. Nous appelâmes hôpitaux et morgues, puis Armand déposa une plainte à la police. Aucun indice, Diane sétait évaporée comme dans leau.

Un mois plus tard, elle réapparut à la porte, les yeux brillants de honte.

Pardonnezmoi, Armand, sexcusat-elle timidement, et vous aussi, Tante Solange, jai traversé une période difficile Javais besoin dêtre seule

Armand la serra dans ses bras, Sylvie la scruta intensément. Rien ne laissait penser à des abus ou à une maladie grave. Elle semblait simplement avoir besoin de repos.

Un mois après, Diane annonça quelle était enceinte. Sylvie fut plus ravie que son fils, qui continuait son projet et restait distrait.

Les mois suivants, Diane suivit à la lettre les conseils de Sylvie, mangea bien, se promena souvent et consulta régulièrement son médecin. Elle accoucha prématurément dune petite fille de moins de trois kilos, qui passa deux semaines à lhôpital pour des complications.

Sylvie la soigna, et à trois mois, la petite, nommée Sophie, était en bonne santé. Pourquoi Sylvie soccupaitelle de la bébé ? Parce que deux semaines après laccouchement, Diane disparut de nouveau, laissant la fillette et son passeport. Aucun meuble ne manqua, aucun document ne fut volé, sauf le passeport de Diane.

Cette fois, Sylvie et Armand ne se lancèrent pas immédiatement à la recherche. Sylvie pouvait revenir, Armand était débordé, et Sylvie devait soccuper de sa petiteenfant. Elles obtinrent même un congé parental payé grâce à la CAF.

Sylvie adorait passer du temps avec Sophie, un plaisir quelle ne voulait jamais avouer.

Maman, tu as lair rajeunie ! remarqua Armand, notant le changement dapparence de sa mère.
Bien sûr, je suis de nouveau maman ! répliquat-elle en souriant.

Sylvie ne se plaignait jamais de sa bellefille, prétextant simplement quelle était partie en voyage. Aucun signalement à la police ne fut fait lorsque Diane disparut à nouveau.

Quatre années sécoulèrent sans nouvelles, jusquau jour où Diane revint, les mêmes larmes amères.
Tante Solange, je nai plus dendroit où aller, sanglotatelle, et elle fut de nouveau prise en charge, malgré le manque denthousiasme dArmand. Elle resta la mère dÉlise, lorpheline que Sylvie appelait « maman ».

Un mois après, Diane annonça une nouvelle grossesse.
Pas possible ! sécria Armand. Nous navons pas besoin dun autre bébé qui ne serait pas le nôtre !
Mon fils, quel enfant serait « étranger » ?
Maman, Diane et moi ne sommes plus mari et femme, dans tous les sens du terme, ditil. Je veux me remarier et mettre un terme à ce chaos.

Sylvie, toujours absorbée par Sophie, ne suivait pas vraiment les histoires de son fils.

Diane, en pleurs, supplia de rester jusquà laccouchement. Armand accepta à contrecœur, surtout après que Sylvie, craignant de perdre sa petiteenfant, insista.

Armand se demanda comment divorcer. Pourquoi ny avaitil pas pensé plus tôt ?

Jirai parler à Diane pour un divorce, promit Sylvie, priant secrètement que tout se règle sans séparation.

Armand, pensif, ajouta quil devait vérifier si Sophie était vraiment sa fille. Sylvie sécria, pensant que cétait une nouvelle aventure amoureuse de son fils.

Après un test ADN, la vérité éclata.

Je le savais ! sexclama Sylvie, brandissant le résultat. Et tu oses dire le contraire ?
Ce nest pas possible, maman, répliquatil, mais elle nétait pas ma fille.

Sylvie, en larmes, cria que Sophie était sa petiteenfant, quelle navait jamais eu dautre lien.

Peu après, Diane, en sixième mois, dû à nouveau séjourner en maternité. Deux semaines plus tard, elle confessa à Armand quelle nétait pas sûre que le père de Sophie était le même que le sien.

Armand décida alors de ne plus être le père légal de Sophie. Sylvie, cependant, fit rapidement une demande de garde. Diane accepta le divorce sans contestation et laissa la petite à la maternité, sévanouissant à nouveau.

Armand épousa finalement Marie, quil appela « Macha », et quitta lappartement. Il ne parle plus souvent à sa mère, et leurs contacts se font rares.

Cette histoire ma appris que la quête de vérité peut être douloureuse, mais quil faut toujours garder son intégrité et ne jamais perdre de vue ceux qui comptent vraiment. Le poids du mensonge finit toujours par se révéler, et la sincérité, même amère, reste la seule voie qui permette de se relever.

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