Que faire de mon héritage ? Jai deux filles et un appartement
Jai 75 ans aujourdhui et une question me trotte dans la tête depuis quelques années.
Jai deux filles et je narrive pas à décider à qui léguer mon appartement dans mon testament. Je ne voudrais surtout pas que, après mon départ pour le grand voyage, mes filles se disputent et fassent la tête à vie. Jai entendu trop dhistoires sordides à ce sujet, et soyons honnêtes, il ny a rien de plus déprimant que des querelles familiales à cause dun vieux fauteuil ou dun vase fendu.
Mon mari et moi, nous avons toujours élevé nos filles dans léquité la plus stricte : même quantité damour, de gâteaux et dattention, et Dieu merci, jamais la moindre bagarre (sauf peut-être pour la dernière part de tarte aux pommes). Mais ma fille aînée, Aurélie, a eu la fâcheuse idée de quitter le nid trop tôt. À 19 ans, voilà quelle découvre quelle était enceinte. Le père du bébé, qui portait le doux nom de Gérard, a été convoqué illico-presto par toute la famille. On leur a fait comprendre entre deux croissants quil était temps de se marier. Un an plus tard, voilà notre petit-fils, Tristan, qui débarque.
Le mariage a tenu aussi longtemps que les soldes chez Monoprix à peine un an. Et voilà Gérard envolé, direction la liberté. Impossible de laisser Aurélie et Tristan seuls. Nous les avons recueillis chez nous, dans notre deux-pièces à Lyon. Entre-temps, ma cadette, Sidonie, commençait ses études à Bordeaux et vivait en résidence universitaire, loin du bruit et des tracas.
Bref, pendant toutes ces années où Aurélie sest installée chez moi (et mon frigo), elle ne se souciait guère de trouver un appartement ou de se remarier. Sa grande ambition : Je construis ma carrière !» Nous avons eu du mal à saisir de quelle carrière il sagissait, vu quelle travaillait derrière le comptoir de la boulangerie du coin. Peu importe chacun ses rêves. On ne lésinait pas sur le pain ni sur les croissants pour elle et Tristan.
Mon mari et moi, on bossait dur, on se débrouillait pour aider Aurélie dès quon le pouvait. Parallèlement, Sidonie, la cadette, a épousé un certain Jean-Pierre à 23 ans. Au moins, elle avait le flair : son homme était solide, bosseur, et dès le lendemain du mariage, ils ont contracté un prêt bancaire pour acheter un petit appartement à Nantes le charme fou des mensualités en euros ! On les aidait comme on pouvait, mais bon, on nallait pas casser la tirelire non plus, surtout avec Aurélie et Tristan à la maison, sans compter nos pensions de retraite un peu maigres.
Un peu plus tard, voilà que mon mari tombe malade. Les deux filles, heureusement, se sont relayées pour nous soutenir, que ce soit par des coups de main ou quelques billets en euros. Mon mari nous a quittés il y a dix ans. Aurélie et Tristan sont toujours là, à Lyon, avec moi et Sidonie et Jean-Pierre continuent de payer les mensualités de leur prêt.
Et maintenant, jai cette drôle de sensation que le dernier chapitre approche. La grande question : à qui léguer lappartement ? Si je le donne à Aurélie, Sidonie va me faire la tête. Sidonie a déjà un logement mais croule sous les remboursements. Aurélie na toujours rien en son nom. Impossible de faire plaisir à lune sans froisser lautre. Peut-être que je devrais tout simplement les réunir autour dune tarte Tatin et leur parler franchement Qui sait, avec assez de crème chantilly, on règlera laffaire à lamiable !
