Pierre, vraiment ? La nuit du Jour de lAn ? Mais on avait tellement prévu, jai fait mariner le canard selon ta recette préférée, avec des pommes et des pruneaux, Élise resta figée avec sa louche à la main, fixant son mari qui sagitait nerveusement dans la chambre, fourrant des affaires dans son sac de sport.
Pierre sarrêta, poussa un long soupir et jeta à sa femme le regard accablé de celui qui porte tout le malheur du monde sur ses épaules.
Ma Lili, tu comprends, ce nest pas un caprice. Le patron ma appelé il y a cinq minutes. Il y a eu un gros souci à lentrepôt, une conduite de chauffage a éclaté, il y a des marchandises pour des dizaines de milliers deuros Si on ne sauve pas la cargaison délectroménager maintenant, après les fêtes, on sera tous licenciés. Comme je suis chef logistique, il faut que jy sois moi-même. Il faut surveiller, faire les rapports, tu vois le genre ? Cest de force majeure, tu comprends ?
Élise reposa doucement la louche dans la marmite où mijotait la soupe pour le déjeuner. Elle sentit une boule lui monter à la gorge. Ils avaient préparé ce réveillon depuis des semaines. Ils voulaient rester en amoureux, à la lueur des bougies, pas de grandes tablées ni dinvités bruyants. Les enfants étaient partis, pas encore de petits-enfants, ce temps était pour eux deux.
Et tu en as pour longtemps ? murmura-t-elle, la voix tremblante.
Jusquau matin au moins, Pierre haussa les épaules avec un air contrit. Il paraît quil y a de leau partout. Le temps de pomper, de déplacer les caisses dans un box sec Désolé, ma chérie. Tu crois que ça me fait plaisir de fêter minuit dans un hangar glacial en bottes en caoutchouc ? Jen rêvais aussi, du canard et de ton fameux mille-feuille.
Il lembrassa sur le sommet du crâne, lodeur de son eau de toilette lui parvint, ce Chanel quil ne mettait que pour les grandes occasions.
Étrange, pensa Élise. À quoi bon se parfumer ainsi pour aller sauver des cartons dans une inondation ?
Mais elle ne dit rien. Après vingt-cinq ans de mariage, elle lui faisait confiance. Pierre était travailleur, fiable, tout pour la famille. Le boulot dabord, surtout en ces temps difficiles, il fallait saccrocher à son poste.
Bon soupira-t-elle, en se détachant. Je vais te préparer un peu à manger à emporter. On ne va pas te laisser partir le ventre vide. Je mets du pâté de tête, des petits sandwichs au saumon, un morceau de tarte.
Pas besoin, Lili ! Pierre refusa trop vite. Les gars commanderont des pizzas ou je ne sais quoi. Je nai pas envie de me balader avec des boîtes dans les mains, je suis le chef Les manutentionnaires se moqueraient !
Des bêtises, râla Élise en sortant des boîtes. Rien ne vaut la cuisine maison. Et tu as lestomac fragile, tu le sais bien. Je mets un peu, on ne le verra pas dans ton sac.
Avec insistance, elle rangea des mets festifs dans des contenants. Pierre la regardait avec une drôle de mine, mi-agacé, mi-ému, mais il ne protesta pas. Sans doute était-il pressé.
Bientôt, il était déjà dans lentrée, sa doudoune la plus chic sur le dos.
Je file, ne tennuie pas trop. Couché tôt, pas de télé cette fois. Demain je rattrape le sommeil, et le premier janvier on fête comme il se doit, daccord ? Je taime.
Moi aussi, répondit Élise en écho.
La porte claqua. Le clic de la serrure résonna dans lappartement comme un coup de feu. Élise se retrouva seule.
Dans le salon, le sapin clignotait joyeusement avec ses guirlandes. Au pied, il y avait les cadeaux joliment emballés elle avait acheté à Pierre cette nouvelle dashcam quil voulait. Désormais ce paquet lui sembla futile et dérisoire.
La cuisine était envahie du parfum du canard rôtissant. Élise coupa le four. Elle navait aucune envie de manger. Les larmes quelle avait retenues devant son mari jaillirent enfin. Elle sassit, se cacha le visage et pleura pour elle-même, pour sa fête gâchée, et pour sa solitude qui lui semblait soudain immense.
Elle resta ainsi une bonne heure. Dehors la nuit tomba, la ville se préparait à faire la fête. On entendait déjà pétards et cris joyeux. Chez elle, seul le tic-tac régulier de lhorloge troublait le silence.
Soudain, le téléphone sonna. Élise sursauta, essuya ses joues. Sur lécran : « Sophie ».
Allô ? Sa voix était rauque, tremblante.
Élise ! Bonne année ma belle ! sexclama sa meilleure amie. Tas djà pleuré devant « Le Père Noël est une ordure » ou tas pas encore ouvert le champagne ?
Non, Sophie. Pas bu une goutte. Pierre est parti travailler, urgence à lentrepôt. Je suis seule.
Un blanc. Sophie, femme forte, trois divorces et qui connaît la vie sous toutes ses coutures, soupira.
Urgence à lentrepôt, le soir du réveillon ? Vraiment ? Et toi tu gobes ça, tu restes là à pleurnicher devant la télé ?
Que veux-tu que je fasse ? sanglota Élise. Le canard refroidit, lambiance est morte.
Bon, copine, arrête de te morfondre ! commanda Sophie. Mes plans viennent de changer aussi. Mon dernier prétendant a filé en douce, peur de sengager. Je suis seule ce soir, et je ne compte pas mapitoyer. Jai réservé une table au « Jardin dHiver ». Il y a spectacle ce soir, Père Noël, danse. Table pour deux ! Je pensais y aller seule et peut-être rencontrer quelquun, mais puisque tes libre, cest un signe !
Sophie, un restaurant ? seffraya Élise. Je suis en robe de chambre, les yeux bouffis. Et puis je suis mariée. Je ny vais pas.
Tu viens ! trancha lamie. Pas question de te laisser ruminer chez toi. Tu as encore ce beau tailleur bleu en velours, celui quon a acheté lan passé et que tu nas jamais mis ?
Oui
Alors tu lenfiles, tu te pomponnes. Dans une heure je passe en taxi. Pas de discussion ! Si Pierre bosse, toi aussi tu as droit à un peu de fête. Tu nes pas religieuse à la retraite ! Tu veux vraiment finir lannée en pleurs ? Comme on la commence, on la finit, tu ten souviens ?
Élise regarda son reflet dans la fenêtre sombre. Une femme défraîchie, bigoudis sur la tête. Est-ce vraiment ce quelle voulait être ? Pierre là-bas, au milieu des caisses et de leau, « travaille pour la famille », et elle reste à dépérir ? Non, Sophie avait raison. Il fallait se changer les idées, au moins pour ne pas perdre la tête.
Daccord, souffla-t-elle. Passe me prendre.
Une heure et demie plus tard, Élise eut du mal à se reconnaître dans le miroir. La robe bleue tombait à merveille, effaçant quelques défauts et mettant en valeur ses atouts. Un collier de perles, un chignon élégant, du maquillage ses yeux restaient tristes mais brillaient de détermination.
Sophie, flamboyante en robe rouge à sequins, siffla dadmiration en la voyant sortir de limmeuble.
Eh bien, ma vieille, tes une reine ! Si Pierre te voyait, il lâcherait ses cartons pour voler vers toi !
Elles montèrent dans le taxi. La ville scintillait de lumières. Peu à peu la bonne humeur revient. Après tout, cétait le meilleur restaurant de la ville, il y aurait de la musique, du champagne, des plats raffinés. La vie continuait.
Au « Jardin dHiver », on les accueillit par le bruit joyeux et léclat des décorations. Le grand hall ornait des guirlandes dor et dargent, au centre trônait un immense sapin. Les serveurs circulaient, les musiciens saccordaient.
Leur table, bien placée dans une alcôve, donnait sur la piste sans trop les exposer.
À nous, les belles ! lança Sophie, levant sa coupe de mousseux. Que les hommes se pressent à nos pieds et que les euros nous arrivent en cascade cette année !
Élise sourit et goûta au vin. La tension sestompa enfin. Elles commandèrent des salades légères, un gratin de champignons, une deuxième bouteille de champagne. Les sujets de conversation vinrent deux-mêmes les enfants, les soucis, la mode, les histoires de femmes.
Tu sais, finalement je suis contente dêtre sortie, avoua Élise au bout d’une heure. Jaurais déprimé à la maison. Merci, Sophie.
Cest pour ça quon a des amies ! clin dœil de Sophie. Tiens, les danses commencent ! On va secouer nos vieux souvenirs.
La musique monta, les lumières dansaient autour. Les gens se pressaient sur la piste. Élise regardait les couples virevolter, un soupçon de nostalgie dans le cœur. Elle aurait voulu danser avec Pierre, poser la tête sur son épaule
Son regard sarrêta soudain sur une silhouette familière, à la table près de la grande baie vitrée, en zone VIP. Dos tourné, mais impossible doublier cette allure, cette courbure des épaules
Son cœur sarrêta.
Impossible murmura-t-elle. Il porte une autre veste. Et il est à lentrepôt.
Quoi ? demanda Sophie, suivant son regard.
Cest étrange Ce monsieur ressemble à Pierre.
À cet instant, lhomme se tourna vers le serveur, la lumière frappa son profil.
Cétait Pierre.
Élise agrippa le bord de la table, les jointures blanches. Elle navait plus dair. Cétait bien Pierre, dans la chemise blanche quelle avait repassée la veille, la veste quil avait soi-disant évitée pour ne pas labîmer au boulot.
Mais le pire, cétait la femme en face de lui. Jeune, éclatante, robe dorée décolletée. Elle riait, la tête renversée, tenant la main de Pierre posée sur la table. Et lui il la regardait avec cette passion, cette tendresse quil réservait autrefois à Élise.
Élise, tu deviens pâle ! sinquiéta Sophie. Ça va ?
Cest lui souffla Élise. Pierre.
Sophie plissa les yeux, scruta dans la pénombre.
Attends Le type avec la blonde ? Sérieusement ? Quel enfoiré ! Et il parlait dentrepôt, dinondation Tu parles !
Il ma menti, le crâne dÉlise vrombissait. Il ne voulait pas passer la soirée avec moi, mais avec elle.
Tout lui revint : son agitation le matin, lodeur du parfum, le refus de la nourriture maison. « Pas envie de faire rire les manutentionnaires » Cest sûr, pour elle, le pâté et la terrine faisaient tache.
Bon, dit Sophie dun ton guerrier. Bouge pas. Je vais lui balancer le seau de glaçons sur la tête. Sacré salaud.
Non ! Élise la saisit. Ne fais pas de scène.
Tu veux te taire là-dessus ? Il partage la table avec sa maîtresse pendant que tu pleures devant le canard ? Il faut des comptes !
Élise inspira profondément. Après le choc, une froideur sinstalla, cette rage calme quont les femmes quand on a franchi la ligne.
Je ne vais pas laisser passer, dit-elle doucement. Mais pas de drame. Je ne le laisserai pas me voir pleurer ou hurler. Je ferai autrement.
Elle se leva, redressa la robe, remit en place son chignon.
Tu vas faire quoi ? murmura Sophie.
Je vais lui souhaiter la bonne année. Il serait impoli dignorer son mari le soir du réveillon.
Élise traversa le hall dun pas décidé, le menton haut. Son cœur battait à tout rompre, mais elle était le calme incarné. Elle se sentait funambule au-dessus du vide.
Elle aborda leur table sans bruit. Pierre navait dyeux que pour sa compagne, il la servait galamment.
Bon appétit, mon cher, lança Élise dune voix bien distincte, se postant face à eux.
Pierre eut un sursaut et lâcha sa fourchette qui roula sur lassiette. Il leva la tête lentement.
Son visage aurait mérité dêtre immortalisé. En un instant, toute assurance sétait évaporée, il devint gris, la bouche tremblante, les yeux fous.
É-é-élise ? balbutia-t-il. Quest-ce que tu fais là ?
Sa compagne, une blonde una de trente ans, regarda tour à tour Pierre et Élise, déconcertée.
Pierrot, cest qui ? minauda-t-elle. Tu disais que ta mère vivait en province
Le coup. « Maman ». Élise sentit le feu en elle, mais sourit froidement.
Non, ma belle. Je ne suis pas sa mère. Je suis chef dentrepôt jétais venue voir comment va la réparation des tuyaux et le sauvetage des électros. Apparemment, le chantier avance bien.
Pierre se leva brusquement, renversant un verre de vin. La tâche rouge sétendit sur la nappe.
Élise, je peux tout texpliquer Cest pas ce que tu crois Cest un rendez-vous professionnel Ma partenaire
Assieds-toi, ordonna-t-elle dune voix posée mais ferme.
Il seffondra sur sa chaise, penaud.
Partenaire daffaires, donc ? répéta Élise en fixant sa rivale. Eh bien, bonne négociation. Jespère que le « tarif de nuit » vaut le déplacement.
La blonde commença enfin à comprendre, son visage prit une teinte cramoisie.
Pierre ! Tu mas dit que tu étais divorcé ! Que vous viviez comme des colocataires !
Tiens donc, sourit Élise dun sourire glaçant. On partage le patrimoine ? Merci de linfo, Pierre. Je retiens.
Elle attrapa la bouteille de champagne millésimé qui trônait sur leur table.
Vous permettez ? Jai la gorge sèche dadmiration devant ton sens du travail.
Élise remplit son verre, le vida dun trait en fixant son mari. Il restait silencieux, rasant les murs. Plusieurs convives se tournaient maintenant, sentant le scandale poindre.
Pierre, dit-elle en reposant la coupe. Javais préparé du pâté de tête, des sandwichs. Je te croyais dans le froid, affamé. Et toi, tu tempiffres dœufs de lump.
Elle sortit de son sac les clés de leur appartement, quelle posa devant lui.
Tiens. Tu en auras besoin quand tu viendras chercher tes affaires. Ce soir, inutile de rentrer à la maison. Là, il y a bien un « dégât des eaux ». Mais dans ma patience.
Élise, attends ! Ne fais pas de bêtise ! Sortons, discutons ! Pierre tenta dattraper sa main.
Élise la retira vivement.
Ne me touche plus. Jamais.
Elle se tourna vers la blonde, qui observait la scène avec du dégoût désormais dirigé non contre Élise, mais contre Pierre.
Je vous conseille de vérifier son passeport. Et son portefeuille. Ce banquet est sans doute payé avec le budget familial quon « partage ». Bonne année. Bon amour.
Élise fit demi-tour, sortant du hall, entendant derrière les justifications de Pierre et les cris de sa compagne. Mais peu lui importait.
Ses jambes tremblaient, mais son esprit restait limpide. Elle rejoignit son amie, sous le choc.
Eh bien tu es incroyable ! souffla Sophie. Je pensais que tu lui enverrais lassiette à la figure. Tu las détruit sans un cri. Cétait magistral. Comme au cinéma.
Élise sassit, but un grand verre deau.
On rentre, Sophie. Je veux juste rentrer.
Bien sûr, ma chérie. Je paie laddition.
Le retour, Élise ne sen souviendra que par bribes. Elle regardait les lumières de la ville et se disait que vingt-cinq ans de vie venaient de sarrêter sous le tintement des verres dans un restaurant inconnu. Elle souffrait. Mais surtout, elle ressentait un profond dégoût.
À la maison, Sophie refusa de la laisser seule.
Pas de larmes, statua-t-elle. On soccupe ! Où sont ses affaires ?
Dans le placard, répondit Élise lasse.
Deux heures durant, elles empaquetèrent méthodiquement toutes les affaires de Pierre. Valises, sacs, sacs-poubelle, tout y passa. Élise jetait chemises, chaussettes, costumes en tas, sans un mot.
Ce pull, je lai tricoté pour lui. Deux semaines de nuit pour la surprise.
À donner. Ou à recycler en chiffons. Non, donne-lui. Quil se souvienne de ce quil a perdu.
À quatre heures du matin, tout le vestibule était encombré. Lappartement semblait vidé.
Voilà, dit Élise en essuyant son front. Il ne reste rien. Comme dans mon cœur.
Mais tu vas te reconstruire, la réconforta Sophie. On ne laisse pas le vide trop longtemps. Tu es belle, forte. Tu rencontreras quelquun qui ne racontera pas des histoires dentrepôt.
Je ne veux plus dhomme, répondit Élise, lasse. Je veux juste la paix.
À six heures, on frappa à la porte. Insistant, furieux.
Élise savait qui c’était. Elle regarda par lœil de la porte. Pierre, lair défait, cravate de travers, panique dans les yeux.
Elle nouvrit pas.
Élise ! Ouvre, il faut quon parle ! criait-il. Je me suis trompé ! Jétais ivre ! Elle m’a poussé ! Je n’aime que toi !
Élise posa le front contre la porte glacée.
Va-ten, Pierre, dit-elle fort. Tes affaires sont sur le palier, je les ai sorties il y a dix minutes, pendant que tu montais par lascenseur. Jai fait changer les serrures cette nuit.
Tu nas pas le droit ! Lappart est aussi à moi !
Jai tous droits. Je fais une demande de divorce le 9 janvier. Dici là, va dormir à lentrepôt. Il doit être au sec, maintenant.
Élise, pardonne ! On a vingt-cinq ans ! Ne prends pas cette décision !
Justement. Vingt-cinq ans. Je t’ai fait confiance pendant tout ce temps. Pour une nuit avec une blonde quelconque, tu as tout brisé. Pars, Pierre. Sinon, jappelle la police.
Plus un bruit derrière la porte. Puis les frottements de sacs, un long soupir ; les pas finirent par séloigner.
Élise seffondra au sol, dos contre la porte. Sophie, toujours prête (batte de baseball en main), vint lentourer de ses bras.
Ça y est murmura Élise. Je suis libre.
Pas seulement, répondit Sophie. Dorénavant, tu vis pour toi. Rappelle-toi la dernière fois où tu as fait ce qui te plaisait, pas ce qui arrangeait Pierre ou les enfants ?
Élise réfléchit. Elle ne trouva pas.
Trois mois passèrent.
Le printemps arriva. Élise marchait dans le parc, respiration pleine dair frais et de senteurs neuves. Elle portait un manteau neuf, acheté avec largent mis jadis « de côté ».
Sophie marchait à ses côtés.
Alors, comment vas-tu ? demanda lamie. Il ta appelé ?
Oui, répondit Élise calmement. Pleurniche, raconte que la blonde la laissé tomber une semaine après, dès quelle a su quil nétait pas millionnaire mais simple chef logistique avec prêt immobilier à rembourser. Il voulait revenir, disait que jétais une sainte.
Et toi ?
Moi, jai dit que les saintes sont au ciel. Moi je suis bien ici, et je naccueille plus les menteurs dans ma vie. Demain, cest le tribunal. On finalise le divorce.
Et tu ne regrettes pas ?
Élise sarrêta, regarda le ciel bleu, le soleil éclatant.
Au début, oui, jai regretté. Cétait dur. Seule. Mais jai compris une chose. Ce soir du réveillon, cétait le plus beau cadeau du destin. Sil navait pas menti, si tu ne mavais pas sortie de chez moi, jaurais continué à laver et repriser pour quelquun qui ne me respectait pas. Maintenant maintenant je respire. Et lair est délicieux.
Elle sourit, dun sourire clair, sans ombre.
On va boire un café ? Paraît quil y a de sublimes éclairs dans le nouveau salon au coin.
Oui ! senthousiasma Sophie. Et puis, le cinéma ?
Le cinéma, ensuite. Je commande désormais ma propre vie.
Élise savança fièrement sur lallée du parc, et le bruit de ses talons résonnait comme la mélodie heureuse dune existence nouvelle, sans mensonges ni faux « inondations ».



