Je t’ai relevé, aidé à te reconstruire… Maintenant, rends-moi ma liberté : ou comment, après avoir sauvé un homme brisé, Éléna a appris à s’envoler pour elle-même

Elle la habillé, décrassé, maintenant il peut repartir

Maude, excuse-moi, vraiment, tes quelquun de bien, tu sais
Ah oui ? Sauf que tu ne demandes pas en mariage la sainte que je suis, mais Ophélie, celle qui ta planté et piétiné ton cœur. Pourquoi ? demanda Maude, la voix vibrante dune colère maîtrisée.

Benoît avala sa salive, nerveux. Son regard se fixa sur la nappe, cherchant désespérément à éviter celui de son ex-petite amie. Ex-petite amie ? On pouvait encore dire ça ?

Tu vois, Maude Pour moi tes comme une sœur. Ou le meilleur pote. Et Ophélie Bah, je me suis embrouillé. Jétais persuadé de la détester, que jamais je ne lui pardonnerais. Eh bien, on dirait que je métais trompé. Je narrive tout simplement pas à loublier. Désolé

Maude resta presque immobile. Assise face à Benoît, le dos parfaitement droit, mais sous la table, ses mains tripotaient la nappe, les doigts glacés par le stress.

Fascinant, murmura-t-elle. Et quand tu disais que tu ne pouvais pas te projeter dans le futur sans moi, cétait aussi fraternel, tout ça ? Et quand tu murmurais à loreille que tu maimais, cétait de lamour fraternel aussi ?
Maude cétait différent à lépoque. Tu sais très bien dans quel état jétais. Javais plus personne à part toi. Et puis, tu es forte, solide, géniale, marmonna Benoît. Et Ophélie elle, elle est fragile. Jai flanché, voilà, et elle aussi, elle a cédé sous la pression

Maude haussa les sourcils. Qui aurait cru que la patience et lempathie deviennent finalement des fautes sur le marché matrimonial ? Elle, reléguée au rang de coach, tandis que la place de lÉlue était offerte à la première qui avait fui à la moindre embûche.

Mais la vie continuait, même si ça la blessait.

Bon, cest clair. Tu nas quà rassembler tes affaires et filer. Quest-ce que tu veux que je te dise ? fit-elle en se levant pour partir vers le couloir.
Maude, attends ! Benoît se lança derrière elle, inquiet. Tu men veux pas, au moins ?

Maude était à cran. Elle sentait : encore quelques mots de plus, et elle allait exploser, soit en pleurant, soit en hurlant, soit les deux.

Mais non. Cest juste lhistoire qui se termine. Je tai aidé à retrouver des ailes, tu peux tenvoler. Point.

Elle secoua la main, disparut dans le salon et claqua la porte. Elle navait pas envie de débattre dans le vide. Et puis, à bien y regarder elle navait que ce quelle méritait. Elle sétait embarquée là-dedans de son plein gré.

Tout avait commencé par hasard. Maude était passée voir sa mère à Nantes, et là, elle tomba sur la vieille amie de la maison tenue par madame Dubois, la fameuse Solange. Aussitôt, Solange sétait mise à briller en la voyant.

Oh, Maudette, ce que tu as grandi ! Je tai gardée toute petite ! Tes superbe maintenant sextasia Solange. Alors, raconte, la vie, le boulot, lamour ? Tu offriras un petit-fils bientôt à ta mère, non ?

Maude, un brin gênée, nen était pas à sa première question indiscrète des copines de maman. Elle avait fini par prendre ça comme une sorte de passe-droit pour bavarder.

Jy vais doucement. Tout roule pour linstant.
Mais enfin, pourquoi donc ? Tu as quelquun en vue ?
Non, pas pour linstant. Et je ne cherche pas particulièrement non plus.
Mon pauvre Benoît, tu devrais le rencontrer ! Il ne va pas bien, tu sais Sa femme la lâché, trompé même. Tant que les affaires marchaient, elle restait. Mais dès que les galères sont arrivées Solange souffla et leva les yeux au ciel. Aujourdhui, les jeunes, dès quil y a un souci, ils prennent la poudre descampette. Du coup, il se noie dans le vin chaque soir le pauvre. Je ne sais plus quoi faire, il va finir à la rue

On avait déjà tenté de caser Maude des dizaines de fois, mais lhistoire de Benoît la toucha en plein cœur. Peut-être parce que, récemment, elle avait été trahie elle aussi. Son ex lavait trompée, et elle ne sen était toujours pas remise.

Toute la nuit, Maude rumina. Le lendemain matin, elle réclama discrètement à sa mère le numéro de Solange.

Maudette, réfléchis ! Tu nas pas besoin de te fourrer là-dedans ! Pense à toi un peu, raisonna sa mère.

Mais Maude était dune ténacité bretonne.

Maman, il faut donner un coup de pouce aux autres. Surtout quand ils coulent. Je me rappelle bien comment tu mas bichonnée quand jai retrouvé les selfies dAntoine sur le téléphone de son ex Mais toutes les mères ne sont pas comme toi, tu sais. Toutes ne survivent pas aux cassures. Pour moi, aider, ce nest pas un effort. Pour quelquun dautre, ça peut changer une vie.

La mère râla, sermonna, mais finit par céder, consciente quà défaut, sa fille ferait ses propres recherches sur les réseaux.

Deux jours plus tard, Maude arrivait chez Benoît, écolière, cabas de provisions sous le bras : que du frais, rien dalcoolisé. Il ouvrit immédiatement, enveloppé dun parfum de vieille eau de Cologne et divresse non camouflée.

Tiens, la Croix-Rouge des cœurs brisés ? lança-t-il, sourire en coin, se poussant pour la laisser passer. Maude, cest bien ça ?
Oui, cest bien moi. Votre mère ma raconté, et jai voulu prêter main forte. Surtout, parce que je comprends très bien ; je sors justement dune histoire similaire.

Trente minutes plus tard, Maude préparait à manger, racontant sa rupture et écoutant Benoît parler de la sienne. Deux heures après, elle passait laspirateur, sortait les poubelles et frottait les sols. Benoît, dabord sceptique, finit par sy mettre aussi.

Le train-train de Maude changea radicalement. Après le boulot, elle courait chez Benoît, entretenait lappartement, élaborait de petits plats. Le soir, ils regardaient des séries, jouaient aux échecs ou aux cartes pour tromper la solitude. Maude réussit même, mine de rien, à convaincre Benoît daller consulter un psy. Un petit relooking par-dessus, à coup de nouvelle garde-robe, et voilà ! Benoît semblait renaître, et bizarrement, ce nétait pas pour lui déplaire.

Bien sûr, il y eut un faux-pas : un samedi, il se remit à boire avec ses copains. Maude, furieuse, arrêta ses visites. Après tout ce quelle avait donné ! Elle comprit que sil voulait couler, ce serait malgré elle.

Paradoxalement, cette petite pause lui fut bénéfique. En tout cas, cest ce que pensait Maude

Maudette Sois pas fâchée. Cest juste que la solitude me pèse et ils sont venus, alors Impossible de dire non. Avec eux, tu parles, expliqua Benoît le troisième jour.
Tu pouvais mappeler, non ? Ça taurait traversé lesprit de venir, juste comme ça ?
Je voulais pas déranger, tu comprends ? Tu crois que je peux ?
Bien sûr que tu peux !

Benoît commença à passer, puis finit par sinstaller carrément chez Maude. Elle ne sen plaignait pas. Peu à peu, ils recréaient le simulacre dun couple. Après tout, avoir quelquun sur qui veiller, ça réchauffe. Cétait tentant de tenter le coup.

Rapidement, Benoît décrocha un job grâce à Maude, bien entendu. Un de ses amis tenait une petite entreprise de menuiserie à Rezé ; Maude glissa un bon mot pour Benoît qui accepta le job avec enthousiasme. Avec son premier salaire, il rapporta un cadeau à Maude un parfum.

Pour toi. Une envie, comme ça, de te faire plaisir. Surtout que, sans toi, jy serai jamais arrivé, confia Benoît en déposant un baiser sur la joue. Tes mon petit ange gardien. Je sais pas ce que je ferais sans toi

Peut-être quil était sincèrement épris, à ce moment-là. Peut-être sagissait-il juste de reconnaissance. Dans tous les cas, il la regardait avec tant dadoration quelle voulut y croire. Quà force de tendresse, on pouvait réparer quelquun. Que son « Maudette, je taime » nétait pas du vent.

Elle sest trompée

Et la suite, vous la connaissez. Quand tout ça explosa et que Benoît repartit, Maude rentra chez sa mère, envie irrépressible de vider son sac.

Oh ma chérie je tavais prévenue lâcha sa mère en la serrant fort.

Mais à peine une heure plus tard, Maude sétait déjà ressaisie, au point desquisser des sourires, ce qui détendit aussi sa mère.

Bah, ne ten fais pas. Il y a des alcoolos pour tout le monde, plaisanta-t-elle. Il y en a plein qui attendent leur princesse sur le canapé. Il ten reste des tas à habiller, à récurer !
Non merci, maman, rétorqua Maude, hilare. Les princes prisonniers du rouge, cest fini pour moi. Si je ressens le besoin daider, je donnerai une pièce à la SPA, tiens ! Les chiens, eux, nont rien demandé.

Ce quelle fit, dailleurs.

Six mois passèrent. Maude avait arrêté de vouloir jouer à Mère Teresa avec la première âme en détresse. Elle naidait plus que de rares proches. Enfin, il y eut quand même de la nouveauté dans sa vie.

Elle sapprêtait à sortir promener Praline, la petite teckel rousse adoptée dans un refuge un mois plus tôt. Praline, elle, se contentait de câlins, de croquettes et de balades, et en échange, elle lui offrait une fidélité à toute épreuve.

Le téléphone sonna alors. Benoît. Maude hésita à décrocher, puis céda à la curiosité.

Maudette Salut, bredouilla-t-il dune voix rauque. On pourrait papoter, comme au bon vieux temps ? Tu as dit que je pouvais toujours tappeler
« Évidemment, dès que ça coince, cest pour moi », pensa Maude.
Non, Benoît. Désolée, mais le sauvetage des naufragés, ça devient leur affaire. Bonne chance.

Autrefois, par politesse ou tendresse, elle aurait au moins fait la conversation. Mais ce coup-ci, non. Cétait de lhistoire ancienne, et elle navait plus lintention de trier lancien bazar de quelquun dautre. De toute façon, Praline soupirait dimpatience, la laisse dans la gueule, déjà prête à sortir.

Maude en reparla plus tard avec sa mère, qui lui annonça que Benoît sétait remis à picoler, sans véritable raison cette fois. Plus de boulot, Ophélie demandait le divorce à nouveau, et du coup, il squattait maintenant chez Solange.

Bon conclut simplement Maude. Pauvre Solange, la pauvre doit en voir de toutes les couleurs.

Dans la soirée, elle mit le numéro de Benoît en liste noire, façon de sépargner une rechute dans le syndrome de la sauveuse. Et six mois après, elle tomba amoureuse d’un collègue, sans valise de problèmes. Là, Maude fut convaincue : aider, cest chouette, mais les histoires damour, cest vraiment mieux quand cest équilibré et quon sépare les croissants des miettes.

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Je t’ai relevé, aidé à te reconstruire… Maintenant, rends-moi ma liberté : ou comment, après avoir sauvé un homme brisé, Éléna a appris à s’envoler pour elle-même
La vie ne fait que commencer La veille au soir, Julie s’était mise d’accord avec sa copine Chloé pour commencer la journée par un jogging matinal. Certes, c’étaient les grandes vacances à la fac, et se lever tôt n’était pas vraiment tentant, mais il fallait bien se mettre au sport un jour. — Chloé, ne te rendors pas, je sais que tu adores traîner au lit jusqu’à midi, lui disait Julie la veille, et Chloé lui assurait avec conviction : — Julie, bien sûr que non, je ne me rendrai pas, tu sais bien que je deviens responsable quand il le faut – elle en riait toute seule, car s’il y a bien quelqu’un à qui il ne faut pas parler de responsabilité, c’est elle. Julie se força à se lever de bonne heure, avant même que sa mère ne parte au travail, elle finissait son café en râlant. — Maman, tu es avec qui là ? demanda sa fille étonnée. — Avec moi-même, regarde-moi ça, j’ai mis un chemisier neuf et voilà déjà une tache de café… — Et c’est moi qui ne fais pas attention à mes affaires ? lança sa fille. T’aurais pu boire ton café en t-shirt à la maison. — Je suis pressée, et maintenant je vais devoir me changer. Allez, ne remue pas le couteau dans la plaie dès le matin. D’ailleurs, pourquoi tu t’es levée si tôt, demanda la mère déjà en train d’enfiler un autre haut. — On a prévu une course au parc avec Chloé, répondit sérieusement Julie. — Oh, me fais pas rire, c’est pas avec Chloé qu’il faut faire des plans, elle doit encore dormir à poings fermés, ça j’en suis sûre. Bon, Julie, j’ai une mission pour toi. Tu es allée voir Mamie récemment ? — Maman, je l’ai eue au téléphone hier, on s’appelle tous les jours. — Très bien, aujourd’hui va la voir en personne, vérifie si tout va bien, achète-lui ces médicaments pour la tension. Elle se plaignait dernièrement – tension instable. Prends-lui aussi des croissants et de la confiture de fraises. Elle a tout de même 64 ans. T’es en vacances, donc t’as le temps, moi je file, dit la mère en quittant l’appartement. — Bon, j’irai voir Mamie ce matin, je me sens comme le Petit Chaperon Rouge, sauf que maman n’a pas fait de tartes, pensa Julie en souriant. Oh, et le jogging alors ? Elle composa le numéro de Chloé, qui répondit d’une voix ensommeillée. — Allô… – Puis tout à coup bruyamment : – Oh Julie, j’ai… j’ai dormi trop longtemps, t’es déjà au parc ? Désolée, attends… je… — Ne te presse pas, j’ai une mission, je dois aller voir Mamie, donc jogging annulé. Faut que je prenne mon petit dej, puis faire les courses et ensuite chez Mamie. Tu sais bien, elle habite à l’autre bout de Paris. — Ok, Julie, je retourne me coucher, se réjouit Chloé avant de raccrocher. — Maman avait raison, rit Julie. Chloé la dormeuse, et moi j’aurais sûrement fait pareil. Une heure plus tard, Julie sortit de la maison avec son sac à dos, y glissa de l’argent, la liste des médicaments, et même un parapluie car le ciel était gris. Il lui fallut une heure de plus pour rejoindre sa grand-mère à l’autre bout de la ville, il était presque midi. Julie sonna à la porte de Marie-Simone. Mamie ouvrit vite, et Julie, interdite, recula d’un pas, croyant s’être trompée d’appartement. — Salut, wow, quelle métamorphose ! s’exclama Julie sans en croire ses yeux, Mamie, c’est bien toi ? — Mais oui, répondit fièrement Marie-Simone. Julie, tu trouves pas que j’ai rajeuni ? Elle tourna lentement sur elle-même pour que Julie l’examine. — Mamie, t’as une coupe de cheveux incroyable, trop canon ! Et fini le châtain, t’as un blond cendré hyper classe et même une manucure ! Dis donc, c’est gênant de t’appeler Mamie, riait Julie. — Tu aimes, ma Julie ? — Grave ! Et maman s’inquiète de ta tension, je t’ai amené des médicaments, des croissants et de la confiture fraise. — Croissants et confiture, c’est bien mais j’évite le sucre en ce moment, garde-les pour toi. — Ohlala, Mamie, tu vas bien ? T’es amoureuse ou quoi ? On dirait tout va super et maman m’a envoyée vérifier. — Merci ma Julie, t’as sûrement plein de choses à faire, tu restes un peu quand même ? Julie était sur le cul. D’habitude mamie ne la laissait jamais partir avant le soir, et là, on aurait dit qu’elle la mettait à la porte. — Un thé peut-être, Mamie ? — Écoute Julie, je suis vraiment pressée, reprends tes croissants et ta confiture, tiens en plus quelques fromages blancs. Bref, c’est ta ration de survie, s’amusait Marie-Simone. — Bon, ok Mamie, alors je rentre, pensa Julie, mais tout ça n’est pas net… On dirait que Mamie a quelqu’un, un amoureux ? En descendant l’escalier, Julie réfléchissait à toute vitesse. — Faut surveiller l’affaire. Depuis quand Mamie me chasse-t-elle ainsi ? Pas de doute, y a un papy dans l’histoire… Ou alors elle rejoint ses copines, elles vont souvent au théâtre, au ciné, et même au café, elle me l’a raconté. Une fois dehors, Julie se planqua derrière les garages de la résidence. Elle n’attendit pas longtemps – une demi-heure, et voilà que Marie-Simone sortit de l’immeuble. — Wow, mamie a un tailleur tout neuf. Où va-t-elle ? Vers le parc… Marie-Simone s’éloigna, Julie la suivit à distance. — Faut pas que Mamie me repère, se dit Julie. Mais Marie-Simone, plongée dans ses pensées, ne se retourna pas une fois. Elle ne soupçonnait même pas de filature. Arrivée au parc, l’attendait un homme aux cheveux gris, bouquet de fleurs à la main. Julie, cachée derrière un arbre, observa : mamie reçut le bouquet, il l’embrassa sur la joue, elle fit de même. — Mon dieu, j’avais raison. Mais c’est trop génial ! Je croyais que l’amour à cet âge c’était fini… Et le voilà qui lui prend la main, oh… Julie se replia derrière son buisson, surveillant leurs mouvements. — Bon, direction la terrasse du café. Elle sortit son smartphone et filma le couple qui s’éloignait. Tout était clair : Mamie était amoureuse. Ce papy, chic et élégant. Tous deux riaient comme deux tourtereaux. Faut que je le dise à maman, elle ne me croira jamais, songeait Julie lorsqu’elle tomba sur un jeune homme en train de filmer le couple lui aussi. — Hé, t’es qui toi ? Pourquoi tu filmes ma grand-mère ? Qui t’y autorise ? Surpris, le garçon balbutia, puis répondit, reprenant contenance : — Qui ? Un journaliste ! Peut-être que je veux écrire un article sur l’amour chez les seniors. Julie souffla, agacée. — L’amour, en voilà une blague. Y a que des arnaqueurs, qui attendent de dépouiller les mamies. — Tu penses vraiment ça ? s’étonna le jeune homme. — Je le sais ! Et puis, pourquoi choisir ma mamie ? Y a plein d’autres gens autour. Je t’interdis de filmer ma grand-mère, c’est illégal. C’est MA mamie, et ce “fiancé” qui l’accompagne, j’espère qu’il va pas lui piquer son appart ! Le garçon la fixa, vexé. — Si tu veux tout savoir, ce fiancé, il a un trois-pièces dans le centre. J’habite chez lui en ce moment, mes parents font des travaux dans leur appart. — C’est donc ton grand-père ? — Oui, il s’appelle Édouard Martin. Je le vois, il a changé dernièrement. Il se rase tous les deux jours, s’est acheté un jean neuf, m’a même demandé de lui choisir un parfum. J’ai compris qu’il y avait anguille sous roche : faut se méfier, y a des croqueuses de diamants partout… — Ok, donc à côté de ma mamie, y a ton papy. Moi c’est Julie, et toi ? — Arthur, répondit le gars, souriant, puis amical : bon, on a tout compris, laissons-les ensemble. Moi, ça me va. — Pas faux. Au fond moi aussi, pourquoi pas leur laisser une chance. Mamie a bien raison. — Dis-moi, Julie, tant qu’on y est, ça te dit un ciné ? Ils passent un thriller en ce moment. — Avec plaisir, accepta-t-elle. Trois mois plus tard, Marie-Simone téléphone à sa fille : — Ma chérie, Julie est à la maison ? — Oui, pourquoi ? — J’ai une annonce : mon cher ami Édouard m’a demandé en mariage, et j’ai accepté ! Je compte sur vous pour la cérémonie, dit-elle en mettant le haut-parleur. — Mamie ! s’exclama Julie. Je suis heureuse pour toi, mais pourquoi te marier à votre âge ? Vous n’allez pas faire des bébés ! — Julie, retiens-bien : il faut vivre selon les règles. Nous, la vieille génération, on est comme ça… Vous, la jeunesse, deux semaines et vous vous séparez… Avec Édouard, c’est du sérieux. — Maman, Julie n’a pas tort, pourquoi ce mariage, profitez sans les papiers. — Ma fille, retiens ceci, le meilleur âge pour se marier, c’est celui où l’amour frappe. Et l’amour n’a pas d’âge, tout le monde le sait. Même à mon âge, la vie ne fait que commencer, riait Marie-Simone. Si l’amour arrive, il faut courir à la mairie. — Entendu maman, alors félicitations, je vois que c’est du sérieux. Julie et moi, on se prépare pour le mariage. — Ah, et tu sais que notre Julie fréquente Arthur, le petit-fils d’Édouard ? demanda la grand-mère. — Oui, elle me l’a dit, et elle est ravie ! Pas vrai, Julie ? — Oui, Mamie, tu entends ? Arthur, il est super, comme ton Édouard, et Julie éclata de rire. Peu après, toute la famille se réunit dans un petit café chaleureux pour célébrer le mariage de Marie-Simone et d’Édouard Martin. Tout le monde rayonnait de bonheur.