Sortilèges ou Bébé Surprise ? — Quand Antoinette, quarante-sept ans, croyait être victime d’un mauvais œil, puis d’une maladie, et découvrit qu’elle attendait un enfant, au grand étonnement de la famille et du village, avec l’aide de Mamie Anisie, la voisine bienveillante, et du docteur Olga Vasilyevna, dans un petit coin de campagne française où les superstitions croisent la médecine !

La Déroutante Malédiction

Delphine, pourquoi tu as lair si éteinte ? lança la voisine en franchissant la grille qui grinçait doucement. Je te vois, ces temps-ci, comme si tu traînais un rhume qui ne finit pas.

Justement, je ne suis pas bien, répondit la quarantenaire Delphine Girard, jai envie de rien, jai honte même devant mon mari.

Pourtant on dirait que tu es la même, mais une autre, murmura la voisine au chignon serré. Tu sais, Delphine, et si cétait une malédiction ? Une fois, je lai eue, et cest mamie Eugénie qui ma enlevé ça avec la cire.

Ah bon ? Et ça marche ?

Tu plaisantes ? Bien sûr ! Tu te rappelles, même les enfants on les a soignés chez Eugénie.

Mais comment cette malédiction est tombée sur moi ? sinterrogeait Delphine, les yeux au ciel.

Tu sais bien, à la campagne, il y a plein de gens de passage. Rappelle-toi ces inconnus venus vendre des étoffes colorées des gens dailleurs, des regards noirs, envieux, ils auraient pu jeter un mauvais sort.

Mais ils sont même pas entrés dans la maison.

Alors réfléchis à qui tu aurais pu déplaire. Un parent de ton mari peut-être qui ten veut ?

Oh là, tu délires. Avec Jean-Philippe, on vit comme deux colombes, et sa famille maccueille avec tendresse.

Moi je tavertis, ma chérie, tout ça ressemble à une malédiction.

Soupirant, Delphine sen alla voir Mamy Eugénie, espérant quelle lui ôterait ce fardeau.

Eugénie, les mains aussi ridées que des parchemins anciens, posa le diagnostic sans hésiter : malédiction ! Elle alluma une cloche à cire chaude, marmonna, fit couler le miracle trois fois et lui recommanda de revenir.

Rien ny fit ; après maints passages et de la cire fondue, Delphine sentait la fatigue sépaissir encore sur elle.

***

Tu aurais même pas pris du poids, Delphine ? constata la docteure Marie-Agnès Lefevre, la scrutant du regard. Allez, montre-moi ton ventre. Tu parles de sortilège ? Franchement, Delphine, tu sais lire, non ? Ce nest pas une malédiction, mais un fibrome. Il te faut voir un spécialiste à Nantes.

Cest bien ce quil me manquait soupira Delphine abattue. Juste quand les petits-enfants débarquent, voilà que je me coltine un fibrome.

Pourtant, à laube suivante, elle attrapa le car vers la ville. « Si ce nest pas la sorcellerie, alors ce serait un fibrome. À force dy penser, ça devient vrai, » flottait-elle, rêveuse, dans la brume matinale.

À lhôpital, la docteure Claire-Viviane Morel ausculta Delphine, attentive à son récit embrouillé.

Jai même cru à un mauvais œil glissa Delphine, embarrassée.

Malédiction, tu dis ? Claire-Viviane esquissa un sourire mystérieux. Alors dis-toi bien que cest ton mari, le Jean-Philippe, qui ta jeté ce fameux mauvais œil

Le sourire grandissait. Le visage de Delphine, lui, ne cachait plus le trouble.

Ce que tu as, cest tout simplement une grossesse, ni sort, ni fibrome ! Tu ne pouvais pas venir plus tôt, non ? Tu fais le tour du village pour quon te trouve des maladies imaginaires !

Delphine resta muette.

Mais Docteure Morel, ce nest pas une erreur ?

Une erreur, tu diras ça à ton homme, tiens, quil sache ce quil a fait. Bref, tu as toutes les chances davoir un bébé en pleine santé. À moins tu ne veux pas ?

Mais si, bien sûr, cest mon enfant, murmura Delphine, perdue mais que dire aux grands ? On a déjà un petit-fils

Ça, cest ton histoire. Moi je tenvoie faire des analyses. Et attention à la maison ! Pas question de porter des sacs de patates.

Delphine rentra au village, lesprit comme dans un rêve mou, peinant à croire quelle serait mère une troisième fois.

Jean-Philippe appela-t-elle en traversant la cour où il bricolait son vélo, je suis enceinte.

Comment ça ?

Ben On va avoir un enfant.

Sainte Vierge ! Tu parlais dun fibrome ou dun sort, et cétait ça !

Tu vois, le fibrome

Et maintenant, on fait quoi ? demanda-t-il.

Delphine le regarda, pleine de tendresse.

Bah, on a déjà deux, un troisième ne changera rien. Laisse venir ! On arrangera tout.

Et aux enfants, on dit quoi ?

Quils auront bientôt un frère ou une sœur.

***

Au bureau de planification du conseil municipal, cette femme avait toujours impressionné par sa grâce discrète et son charme à la française avenante, douce et élégante.

Voilà comment cest arrivé, expliquait Amélie Jean-Philippine à ses collègues rieurs, on croyait à une malédiction, puis à un fibrome et au final, cest moi qui suis née ! Merci, Maman.

On la regardait, sublime et imprévue, aimée comme un cadeau jamais attendu, comme un mystère délicieux à chérir éternellement.

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Sortilèges ou Bébé Surprise ? — Quand Antoinette, quarante-sept ans, croyait être victime d’un mauvais œil, puis d’une maladie, et découvrit qu’elle attendait un enfant, au grand étonnement de la famille et du village, avec l’aide de Mamie Anisie, la voisine bienveillante, et du docteur Olga Vasilyevna, dans un petit coin de campagne française où les superstitions croisent la médecine !
L’Héritage Une femme grande et énergique sortit du compartiment en imposant immédiatement le silence à ceux qui gênaient le repos des voyageurs. Il faut préciser que même les hommes robustes et effrontés lui obéirent au doigt et à l’œil, sans un mot. Ses cheveux blonds étaient tressés en couronne autour de sa tête. Elle avait des yeux d’un bleu éclatant, des joues pleines de santé. Elle jeta un coup d’œil vers les toilettes, d’où surgit alors un homme menu, presque frêle, cheveux blancs comme la neige, au visage attendrissant d’enfant. — Nicolas ! Je t’ai cherché partout ! J’ai entendu du bruit, la contrôleuse n’osait pas s’approcher, je me suis inquiétée pour toi ! Avec ta douceur, on pourrait t’offenser sans raison ! s’exclama la dame. — Oh, Annie ! Mais je peux me défendre, tu sais ! Pourquoi es-tu sortie, Anna ? Tu es une vraie bourgeoise ! répondit l’homme en esquissant un sourire timide avant de rentrer dans le compartiment. La dame nous dévisagea, moi et quelques autres passagers, mais ne vit visiblement aucune menace pour elle ni son compagnon. Et elle disparut. Plus tard, nous nous retrouvâmes dans le wagon-restaurant. Comme il n’y avait plus de place, je m’installai à sa table. Son mari n’était pas là. Après avoir réglé son compte à son assiette de viande et de pommes de terre, la dame déclara d’une voix sonore : — Je m’appelle Anne Andrée. Mais vous pouvez m’appeler Anne. — Vous voyagez seule ? Votre mari va venir ? — Il se repose. Il ne viendra pas. Je lui ai enroulé une écharpe autour du cou, lui ai donné du jus de canneberge. Imaginez, tomber malade en voyage, c’est bien mon Nicolas ! Il est sorti applaudir le paysage en simple pull. J’aurais dû mieux surveiller ! — On dirait que vous l’aimez beaucoup. On vous a vue sortir pour le protéger quand il y avait du tumulte. Vous parlez de lui avec tant de tendresse ! hasardai-je rêveusement. — Oh, mais Nicolas m’est revenu en héritage, vous comprenez ? Ce n’était pas mon époux. Même si aujourd’hui, nous vivons ensemble. Il se remet, la première épouse est partie récemment vers un monde meilleur… Une sainte femme, bonne comme tout ! soupira Anne. — En héritage ? répétais-je, intriguée. Et Anne raconta… Nicolas avait vécu avec Lydie. Ils étaient amis depuis le lycée, études à la fac, puis mariage. Un homme ingénieux, inventif, talentueux. Toujours sollicité professionnellement, la vie facile matériellement. Mais dans le quotidien, Nicolas était un vrai doux rêveur, incapable de se débrouiller en société. Il pouvait oublier sa monnaie à la caisse, traverser n’importe où, ne savait pas comment on fait les choses, presque enfantin dans sa naïveté, il aurait donné de l’argent à un inconnu. — Ton mari n’est pas de ce monde, plaisantaient les amis de Lydie. On a l’impression qu’il est tombé sur terre par mégarde ! Nous, on n’arrive à rien, et lui, il attire l’argent sans effort ! Lydie ne s’en plaignait guère. Elle avait assez d’énergie et de sens pratique pour deux. Elle habillait elle-même son mari pour le travail, vérifiait ses gants, son écharpe, a fini par acheter une voiture pour l’accompagner, car un jour, il avait donné une fausse adresse au taxi sans s’en rendre compte. Ils se complétaient à merveille. Mais le jour où Lydie dut être hospitalisée une semaine, à son retour, elle découvrit que Nicolas avait grignoté des nouilles sèches et bu de l’eau, sans même allumer la bouilloire, tout ce qu’elle avait laissé au congélateur était encore là. — Sans toi, rien n’a de goût ! répondit Nicolas, tout sourire. Leur fils, André, lui ressemblait en tout point : très intelligent, mais d’une extrême discrétion, distrait aussi… On vantait le cerveau d’André, mais il choisit une épouse timide, Hélène, du village. Lydie restait le pilier de la famille, surtout après la naissance de leur petit-fils, Alexis. Pourtant, un malheur s’abattit, Lydie tomba gravement malade. La maison sombra dans la tristesse. Nicolas, perdu, ne savait plus quoi faire. Il consulta les meilleurs médecins, prêt à tout payer. Mais il ne pouvait rien contre ce mal. Le cœur de Lydie saignait, non pas pour elle-même, mais pour son mari et son fils, impuissants. Comment survivraient-ils sans elle ? C’est alors qu’Anne fit son apparition. Elle travaillait comme aide-soignante et était parente éloignée du médecin traitant. La première fois qu’Anne entra, elle fut accueillie par ce monsieur délicat, digne d’un vicomte, parlant si bas qu’elle peinait à entendre. L’appartement était dévasté, buffet de linge sale, vaisselle non faite — bien que le lave-vaisselle fût là — et atmosphère oppressante. Dans la chambre, sur le lit, Lydie, faible et émaciée, sourit à Anne qui retroussa ses manches. Le soir venu, tout brillait de propreté, la cuisine embaumait la fricassée, la tarte, le poulet rôti. Lydie, rafraîchie, s’endormit dans des draps propres. Nicolas, prêt à sortir par distraction mal vêtu, fut arrêté par la voix tonitruante d’Anne : — Minute, monsieur ! Vous n’allez quand même pas sortir habillé pour l’été en plein hiver ? Votre femme a besoin que vous restiez en forme ! Voilà la veste, l’écharpe, couvrez vos oreilles, et hop, allez ! Dans la chambre, Lydie, émue, avait les larmes aux yeux. Quel tintamarre ! Mais au moins, il y a de l’ordre, de la vie, une belle personne ! — Merci, Seigneur, maintenant ils sont entre de bonnes mains, chuchota-t-elle. Sentant sa fin venir, Lydie s’entretint avec Anne, l’air de rien, sur sa vie, où elle habitait. Anne, 45 ans, célibataire, vivait chez sa mère et sa sœur, dans un petit appartement, beaucoup de monde, elle préférait travailler que rester dans cet univers encombré. Les histoires d’amour étaient restées inachevées… Mais elle n’en souffrait pas. C’est alors que Lydie proposa : — Anne, prends soin de lui quand je ne serai plus là. Je te laisse mon mari en héritage ! Pour l’amour du ciel, veille au moins sur lui, il fait confiance à tout le monde ! Anne, interloquée, finit par promettre d’essayer… Après la disparition de Lydie, Anne pensa d’abord s’éloigner, de peur qu’on la soupçonne d’avoir profité de la situation. Mais elle se sentait liée par sa promesse, passa voir Nicolas. Il était prostré dans la chambre, étreignant la robe de chambre de sa femme, sanglotant comme un chien abandonné. — Pauvre chéri, Lydie avait raison… Courage, on va boire un thé, il faut tenir bon ! l’encouragea Anne sans hésiter. Peu à peu, le foyer retrouva la vie ; Nicolas guettait son arrivée, s’en réjouissait. — Ensuite, j’ai fini par emménager. Pourquoi laisser cet homme tout seul ? Chez moi, ça a fait de la place, tout le monde était content ! J’ai hérité d’un grand enfant brillant, pas d’un époux. Jamais de problèmes d’argent, il a insisté pour que j’arrête de travailler. Bien sûr, certains persifleurs ont essayé de médire, mais je les ai vite remis à leur place. On ramasse bien les chiens errants, mais une personne en détresse, on la laisse tomber ? Nicolas est comme une tortue retournée sur sa carapace : on ne peut pas le laisser ainsi, il lui fallait de l’aide. Je l’aide tant que je peux. Il est bon, Nicolas. Nous avions besoin l’un de l’autre. Là, nous partons chez son fils, il a besoin d’un coup de main avec son petit ! J’adore ça, je pourrais élever dix enfants si nécessaire ! conclut Anne en riant. À ce moment, la porte du wagon-restaurant s’ouvrit. Nicolas, tout emmitouflé et tenant un bouquet de fleurs des champs, entra. — Pourquoi es-tu debout ? Tu es encore faible ! Ah, il ne faut jamais le laisser seul… Allez, viens, il faut te changer ! Anne s’éloigna avec son précieux héritage vivant sous le bras. Et lui, tout bas : — Annie, j’ai acheté des fleurs pour toi chez les mamies de la gare. Ça te plaît ? Anne rougit de plus belle et posa sa main tendrement sur son épaule. Ils descendirent du train avant moi, elle tirant une énorme valise, lui, un petit sac, elle le tenant fermement par la veste, pour ne pas le perdre dans la foule. Et en les voyant sourire, il était évident qu’elle serait pour lui une seconde femme merveilleuse.