Comment j’ai ridiculisé ma belle-mère : elle s’en souvient sûrement encore aujourd’hui

Comment jai tourné ma belle-mère en ridicule. Elle doit sûrement encore sen souvenir aujourdhui.

Tout cela se passe au début de ma vie conjugale, alors que mon mari et moi venons tout juste de nous marier.

Très vite, jai remarqué quelque chose détrange, même si je ny ai pas accordé beaucoup dimportance au départ. Ce nétait pas du tout lié à mon mari qui reste, à mes yeux, un modèle jusquà aujourdhui mais plutôt à lattitude de sa mère, ma belle-mère.

Dès le mariage, cela a commencé : elle traînait une mine sombre et nerveuse, comme si nous assistions non pas à une fête, mais à des funérailles. Après la cérémonie, son comportement demeurait étrange. Comme nous étions jeunes et sans appartement, nous avons dû nous installer temporairement chez elle.

Dès que je passais la porte, elle me lançait un regard tellement compatissant que jai dabord cru à un élan de bonheur pour notre union, mettant sa morosité du mariage sur le compte de sa santé fragile. Mais, derrière ses demi-sourires tristes, se cachaient de petites piques passives, agrémentées de plaisanteries désobligeantes. Elle trouvait toujours le moyen de me reprocher des petites choses en douce, rien que pour me titiller.

Par exemple, elle se levait parfois au milieu de la nuit pour laver la vaisselle déjà nettoyée par mes soins la veille. Un matin, je me suis levée et lui ai demandé ce quelle faisait. Elle ma assuré dun air innocent quelle lavait la vaisselle sale.
Ma vaisselle serait sale ? me suis-je alors demandé, doutant à jamais de sa bienveillance.

Longtemps, jai pris ses pique pour de simples conseils maternels, nhésitant pas à lui confier mes soucis de couple.

Et puis un jour, un bon ami à moi qui, par coïncidence, travaillait comme chauffeur à la mairie du 13ème arrondissement de Paris, où ma belle-mère était employée ma rapporté que certaines collègues de ma belle-mère colportaient sur notre famille des ragots bien peu flatteurs. Mon mari passait pour la pauvre victime collante, et moi pour la mégère qui profitait de lui et convoitait lappartement de sa mère.

Ce jour-là, jai compris que ma belle-mère savérait être une ennemie cachée.

La nature la généreusement dotée dun besoin maladif de propreté. Chez elle, tout brillait comme une salle de chirurgie. Elle attendait de mon mari et de moi la même rigueur. On faisait ce quon pouvait, mais elle nétait jamais satisfaite.

Et voilà quavant de partir deux semaines en formation à Lyon, elle nous a bien recommandé de tenir la maison nickel. La moindre miette sur la moquette ou un cheveu dans la salle de bain devenait un drame. Un évier mal lavé lui aurait presque donné une attaque. Présente, nous mettions tout notre cœur à la tâche.

Mais pour ces quatorze jours dabsence, mon mari et moi avions décidé de relâcher un peu la pression et de ne faire un grand ménage que la veille de son retour. Seulement, elle soupçonnait nos intentions : elle nous a donné une date de retour erronée pour débarquer à limproviste. Elle nest pas revenue seule, mais avec ses amies, espérant probablement me faire honte devant elles.

Heureusement, lune de ses collègues, qui était également mon amie, ma mise au courant de ce coup en douce. Jai été furieuse, et jai pris les devants pour préparer soigneusement la maison. Jai tout briqué du sol au plafond, puis jai attendu patiemment.

Quand ma belle-mère est arrivée, accompagnée de ses copines et dun chauffeur hilare, je les ai entendues jouer nerveusement avec les clés, rentrant presque sur la pointe des pieds. Elles ressemblaient à une troupe de théâtre prête à surprendre la maîtresse de maison en faute.

Quelle ne fut pas leur surprise en découvrant un appartement impeccable, bien plus propre que ce quelles espéraient ! Les amies de ma belle-mère se sont alors mises à lui lancer des regards entendus et à chuchoter dans son dos. Je suis sortie tranquillement de la cuisine (jai discrètement rangé laspirateur, essuyant au passage une goutte de sueur sur mon front) et jai lancé :
Comment faites-vous pour que votre moquette reste aussi propre ?

Ma belle-mère était furieuse, fronçant les sourcils comme un hibou, inspectant chaque recoin. Dans ma tête, je jubilais : « Tu ne trouveras rien, tu ne trouveras rien ! »

Ce jour-là, ma belle-mère a été ridiculisée devant ses collègues, qui ne lont plus écoutée par la suite. Beaucoup sont même venues me soutenir. Je crois que son amour-propre a pris un sacré coup, et même après dix-sept ans, elle na sûrement rien oublié de cette histoire.

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Comment j’ai ridiculisé ma belle-mère : elle s’en souvient sûrement encore aujourd’hui
Il l’a quittée — Tu te rends compte, vingt-cinq ans de mariage ! Et il l’a quittée ! — murmuraient les amis. — Il ne voulait tout simplement plus travailler, alors elle, pauvre femme, s’est retrouvée à bosser en usine à son âge ! — compatissaient les autres. *** Leur ville était si petite que tout le monde se connaissait depuis la maternelle. Les retrouvailles d’anciens camarades étaient fréquentes, mais plutôt informelles : un café du centre ou un barbecue à la campagne. Cette fois pourtant, Julie, avec quelques copines entreprenantes, avait insisté pour un restaurant bien trop cher. — Il faut bien montrer qu’on a réussi aussi, — disait-elle à son mari. Maxime, qui depuis quelques mois essayait tant bien que mal de démarcher des clients après avoir quitté l’usine, esquissa un sourire. “Réussis”, pensait-il. Leur table était dans un coin, ce qui convenait tout à fait à Maxime. Il avait à peine entamé son verre de vin que Julien — son voisin de pupitre d’autrefois — les rejoignit. Julien était le seul à ne jamais avoir changé. — Max ! Ça fait combien, un mois ? — plaisanta-t-il. — Julie, toujours aussi belle. Tu n’embêtes pas trop Maxime ? C’est un bosseur, ce gars ! Alors Max, quoi de neuf ? Tu as trouvé ta voie depuis l’usine ? Et tout va bien entre vous ? Maxime ouvrit la bouche, prêt à répondre que, depuis qu’il avait quitté l’usine où il était soudeur principal depuis vingt ans et gagnait suffisamment pour que bien des gens en baveraient d’envie, aujourd’hui, il ne se soude plus qu’un café le matin en attendant les commandes. Il allait débuter : — Eh bien, Julien, tu sais… Mais Julie fut plus rapide : — Oh, Julien ! Quel boulot ? — Julie but une gorgée de vin, le coude sur la table, et avec l’acoustique du lieu, tout le monde pouvait l’entendre, pas seulement Julien. — Pourquoi travailler ? Maxime reçut ses mots comme une gifle. — T’es folle ? — murmura-t-il. — Maxime ne cherche même pas à boss­er. Tu sais bien, Julien, — soupira-t-elle, théâtrale. — Le business le plus rentable de nos jours, c’est de vivre sur le dos de sa femme. Pourquoi se fatiguer ? Moi je bosse, je tire tout, et lui, il se la coule douce. Max, sois pas timide, c’est vrai, non ? Tout le monde entendit, même Julien et ceux qui passaient à proximité. — Ah… je vois… — répondit Julien, qui ne pouvait que plaindre Maxime. — Désolé, Max, Svetlana m’appelle, je file… Ravi de t’avoir vu ! Julien s’éclipsa, presque en courant. Maxime se retourna vers Julie. — Tu viens de dire quoi, là ? Julie re-bu une gorgée : — La vérité, mon cœur. Ça te dérange tant que ça ? — T’as fait de moi quoi devant tout le monde ? Julie, irritée d’avoir dû se remettre au travail, lança : — J’aurais dû dire quoi ? Que tu restes à la maison et fais semblant d’être utile, maître à tout faire ? Max, tu bosses pas. Moi, oui. Tu vis à mes crochets, c’est logique. Maxime n’était plus de la fête, la soirée était finie pour lui. — On s’en va. Tout de suite. — Et le reste de la soirée ? — protesta Julie. — Quelle soirée ? On part ! Julie ne manqua pas de lancer à deux anciens camarades avant de partir : — Nous avons une urgence, amusez-vous sans nous ! Un taxi les reconduisit dans la nuit silencieuse. — Julie, — commença Maxime, profitant que le chauffeur parlait au téléphone, — t’as vraiment dit ça devant tout le monde ? Tu te rends compte ? Au restaurant, ils n’avaient pas vraiment tout clarifié. — Je répète : j’ai dit la vérité, Max. T’es pas un peu trop susceptible ? La vérité vaut mieux que tes histoires pour justifier ta paresse. — Paresse ? — Maxime se braqua. — Je t’ai fait vivre vingt-deux ans ! Grâce à mon salaire, tu n’as jamais bossé un jour ! J’ai tout pris en charge ! On est partis en vacances, on a payé les études des filles. Tout ça, tu l’as oublié ? Julie vit que le chauffeur écoutait — ça ne la dérangea pas. — Avant, c’est avant, Maxime. Aujourd’hui c’est moi qui bosse. Toi, tu glandes. — J’ai pas quitté l’usine par choix. Je suis un ouvrier, pas un larbin, — répondit-il. Et c’était vrai, Maxime était le meilleur soudeur de l’usine. Mais le nouveau patron ne respectait personne, Maxime n’a pas supporté. — À quoi bon parler, t’as pas de boulot, — trancha-t-elle. — Mes annonces sont partout ! — s’énerva-t-il. — Et en attendant, — répéta-t-elle, — tu passes tes journées sur ton portable, pendant que je me tue à l’usine pour payer les charges ! Les vacances, parlons-en. Le reste du trajet se fit en silence. De retour, Maxime traversa le salon, laissant Julie ranger ses sacs restants, et se rendit directement dans la chambre. Il ne se déshabilla pas, s’adossa simplement et chercha le sommeil. Au bout d’un moment, la porte s’ouvrit. — Tu vas rester là ? Je dois tout nettoyer toute seule ? — J’ai pas la tête à ça, Julie. — On ne se fâche pas pour la vérité. Ce furent les derniers mots avant qu’il ne ferme les yeux et n’essaie d’oublier. Il repensa à tout : ses nuits blanches, quand il cumulait les petits boulots pour payer le logement. Comment il réparait la vieille bagnole. Comment Julie était fière de lui… Et voilà qu’un mois sans vrai revenu suffisait à faire de lui un boulet. Il s’installa dans le salon, loin de Julie. *** Vers midi, le téléphone sonna. — Bonjour, je m’appelle Yves. J’ai vu votre annonce, vous êtes soudeur ? On aurait besoin d’un cadre à souder, pouvez-vous venir jeter un œil ? — Bien sûr, Yves. Je peux passer tout de suite. Puis vinrent d’autres appels. Certains se souvenaient qu’il avait déjà soudé leur portail, d’autres cherchaient quelqu’un pour réparer leur chaudière ou faire un abri de jardin. Trois semaines plus tard, Maxime retrouva la forme. Les commandes affluaient. Il bossait 14h par jour, mais c’était son boulot, son argent, et — avantage inattendu — plus de patron. — Tu as l’air… comme avant, — nota Julie, le voyant rentrer tard. — Je travaille, — répondit Maxime en se servant à boire. — Tant mieux ! Alors, je peux quitter mon boulot ? Il attendait cette question depuis le fameux premier acompte. — Quitter ? — Maxime eut un sourire en coin. — Bien sûr. Tu vois bien que tu bosses à fond maintenant. Je ne vois plus l’intérêt, autant que je m’occupe de la maison. On avait convenu que ce serait mon rôle. Mais Maxime avait changé d’avis. — Julie, — son prénom résonna étrangement, — ce n’est plus mon affaire, tes décisions de quitter ou non. Elle ne comprit pas. — Qu’est-ce que tu veux dire ? — Je veux dire que tu ne peux pas arrêter, tout simplement. — Tu m’en veux pour cette histoire ? On va pas se fâcher pour ça ! — Non, Julie. Ce n’est pas rien. Tu as décidé que vingt ans de boulot ne valaient rien. D’accord. Maintenant tu bosses aussi. Désormais, chacun son budget. Mon argent, c’est à moi. Tes sous, c’est pour toi. Ce n’était pas que de la vengeance. Simplement, il en avait assez. Puisqu’elle le méprisait, il jouerait selon ses règles. — Deux budgets ? Tu es fou ? On est mariés depuis vingt-cinq ans ! — Oui. Et c’est toi qui me reprochais de vivre à tes crochets. Alors plus personne ne vivra sur le dos de l’autre. Tu bosses ? Continue. Ta démission, c’est ton problème. Il dormit encore au salon. Julie ne dormit pas du tout. Au matin, elle fit ses valises, rassembla quelques vêtements, des photos de famille, et laissa à Maxime un mot sur la table de la cuisine, sous son carnet de commandes : “Je vais chez ma mère pour quelques temps. Tu peux réfléchir à ton comportement” Maxime ne la rappela pas. Les sentiments ne disparaissent pas en un jour, mais les paroles blessantes non plus. Même passé un Nouvel An seul, il ne l’appela pas. Il redoutait les coups de fil de ses filles. L’aînée, Cathy, appela la première. — Bonne année, papa ! Ça va ? — Salut, Cathy. Oui, ça va. — J’aurais adoré venir, mais j’ai des partiels le 3, une horreur. Je sais que ça ne va pas fort avec maman… Tu n’envisages pas de vous réconcilier ? C’était sa crainte. Il savait que les filles, surtout Cathy, soutiendraient leur mère. Il n’était pas prêt. — Cathy, franchement… Je crois bien que ça finira par un divorce. Il s’attendait à l’explosion. — Papa… Tu crois vraiment qu’on te juge ? Maxime se figea. — Tu es sérieuse ? — On a grandi, papa. On sait que tu as bossé dur. J’ai entendu ce que maman te disait… Fais ce que tu crois juste. On te soutient. On t’aime. C’est alors que Maxime comprit que ses craintes étaient infondées. Il fondit en larmes au téléphone. Cathy aussi, sans doute. — Merci… Avec la cadette, Sophie, tout fut plus simple. Plus sensible, elle déclara : — Papa, si tu es heureux, nous le serons aussi. Maman est stressée, mais ne l’écoute pas trop. Elle exagère aussi. Le divorce fut réglé rapidement. Maxime laissa la maison à Julie, il ne voulait pas la partager, et s’installa près de son atelier récemment loué. Pour ses connaissances, Maxime resta « le méchant ». — Tu te rends compte, vingt-cinq ans de mariage ! Et il l’a quittée ! — répétaient les amis. — Il ne voulait pas bosser, elle, pauvre, a fini à l’usine ! — s’apitoyaient les autres. Mais personne ne connaissait les mots de Julie. Ils n’avaient vu que la scène finale — jamais toute la pièce.