J’ai trouvé le père idéal pour mon enfant !

«Tu as trouvé à qui donner naissance!» lança, outrée, Madame Louise Dubois.

«Je te lai dit, cest à Théodore!» répliqua Mélusine.

«Je ne parle pas de quel type dhomme, mais du fait que jai trouvé à qui donner naissance!»

«Maman, tu ne croirais pas si je te disais que cest arrivé par hasard?» sourit Mélusine, gênée.

«Par hasard, on peut tomber enceinte! Mais accoucher et porter lenfant par accident, pardonne, cest impossible!» répondit Madame Dubois, méfiante. «Ou bien dis-tu que, sous le coup de lémotion, tu las fait?»

Elle était bien enceinte, puis, soudain, «Oh?» Et le petit garçon prononça son premier souffle : «Bonjour, maman!»

«Maman, ce nétait pas comme ça,» marmonna Mélusine, les lèvres pincées. «Cétait à lépoque où tout allait bien chez nous!»

«Seigneur, ça fait déjà cinq ans que ces «périodes» se succèdent!Un jour cest la joie, le lendemain la peine! Il aurait fallu comprendre depuis longtemps que la relation avec Théodore mène à une impasse!»

«Je pensais quil sétait amélioré!» protesta Mélusine.

«Un homme peut changer, mais pas celui qui, dabord, se comporte correctement, puis donne envie de le tuer!» sexclama Madame Dubois, les bras en lair. «Il ta épuisée, et tu, comme on ne sait qui, reviens sans cesse à lui!»

«Cest comme un râteau!Là, tout le monde comprend vite, mais toi, à chaque fois, tu te cognes!Regarde, tu tes même jetée sur ton fils!»

«Maman, si mon retour te déplaît, je peux partir!» déclara Mélusine, blessée.

«Vers Théodore?» sétonna Madame Dubois puis éclata de rire.

Mélusine esquissa aussi un sourire. Cétait une impasse si totale quelle ne pouvait même envisager la moindre issue.

«Je peux louer un appartement,» proposa-t-elle. «Jai des économies, même des petites économies denfants. Je ne vais pas disparaître!»

«Daccord, daccord,» soupira Madame Dubois. «Personne ne te pousse. Dismoi, que comptestu faire maintenant?»

«Nous allons élever Élie, puis je retournerai, le placerai dans le jardin, et je reprendrai mon travail,» déclara Mélusine.

«Et le père?»

«Rien pour linstant,» haussaelle les épaules. «Théodore veut mépouser et devenir le père officiel, mais»

«Il nest pas encore inscrit sur lacte de naissance?» sétonna Madame Dubois.

«Quel intérêt?Questce quil pourrait offrir à mon enfant?Il nest quun aigle de papier, je ne sais même pas à qui le comparer!»

Il avait promis une voiture pour la naissance et, si je consentais à lépouser, un appartement. La semaine passée, quand il est venu pour voir le petit, je lui ai demandé sil voulait vraiment le voir, car il faut bien le nourrir. Il ma donné cinq mille euros! Et le bébé na que un mois et demi!

«Et toi?» demanda Madame Dubois, intriguée.

Elle nest apparue que lors du dénouement. Ainsi, Mélusine fit descendre Théodore, en coucheculotte sale, les escaliers jusquau premier étage.

«Je lui ai glissé largent dans le dos, en lui disant que même ça ne suffit pas pour les couches!Et je lai viré!» sécria-t-elle, revivant son irritation.

«Et il?»

«Le lendemain, il a appelé, exigeant que je le laisse voir son fils!Je lui ai dit dabord de reconnaître officiellement la paternité, puis que je déposerais une plainte pour pension!Et il sest tus!»

«Oh, Mélusine,» secoua Madame Dubois la tête. «Où trouvestu de tels hommes?Ton premier mari était déjà une surprise, et Théodore!Tu le chasserais, mais les problèmes sont plus nombreux!»

«Je le chasse, maman, mais il ne part pas!Je le harcèle, je le traite mal, il se moque de moi comme dun canard qui glisse sur leau!Tout va bien pour lui!Mais je ne veux plus de lui!Il nest quun beau parleur, sans aucune utilité!»

«Et pourquoi lastu mise à laccouchement?» insista Madame Dubois.

«Maman, jai déjà trentequatre ans»

***

Les aventures amoureuses de Mélusine étaient depuis longtemps sujet de ragots dans le quartier du 12ᵉ arrondissement. Dès que son nom surgissait, les gens se demandaient comment elle pouvait se fourrer dans de telles galères, car personne ne le faisait comme elle.

La nature lui avait donné beauté et intelligence, mais son choix dhommes restait une énigme.

Ses premiers amours sérieux commencèrent à luniversité, lorsquelle partagea un petit studio avec un boxeur du nom de Benoît. Son corps la séduisait, mais son esprit était absent, aucune passion hors du ring.

«À quoi pensaistu quand tu tes mise avec lui?Il na même pas de neurones, seulement un œsophage!» demandait sa mère.

«Je pensais quil développerait à la fois ses muscles et sa tête!» sexcusaelle.

«Pourquoi testu embarquée dans ce club si son cerveau était au repos?Il aurait fallu dire que tu voulais juste danser!» ricana Madame Dubois.

«Je lai bien expliqué!» sindigna Mélusine.

Benoît, malgré son emploi du temps strict, suivit un entraînement où il affronta tous les autres, évita les coups lourds, mais finit par se retirer du ring pendant deux ans pour «expier».

Après cela, Mélusine rencontra André, un architecte à la fois beau et intelligent, qui la vénéra comme une déesse. Il travaillait, mais gagnait moins que Mélusine, qui, après luniversité, ramenait le double. Elle espérait quil prenne linitiative, quil grimpe les échelons.

André nétait pas du genre à frapper la table en déclarant qui était le chef de famille; il reconnaissait que Mélusine était plus perspicace que lui. Ils se marièrent, les parents de Mélusine payant les noces. Deux ans plus tard, André devint jaloux dune collègue et, sous prétexte dune soirée dentreprise, la fit passer pour une complice. Il la frappa le soir même, la contraignant à rester à lhôpital. Le divorce fut inévitable, et André lui interdit de retourner dans le logement conjugal. Elle dormit alors sur le trottoir, demandant lhospitalité à une amie.

Dans lappartement, il restèrent ses affaires, des bijoux et largent quelle économisait pour une voiture. André prétendit ne rien savoir, ne rien voir, et que tout ce qui restait était sa «compensation morale» pour les «infidélités». La police fut appelée. Les objets finirent à la décharge, largent navait aucune trace, mais les bijoux furent prouvés comme étant à elle grâce à des photos publiées sur son profil. Elle porta plainte pour vol, puis retira la plainte quand André rendit largent et les bijoux.

«Comment ça se passe?Un autre de mes hommes finit en prison!Cest la tendance, pas très bonne!» se lamentaelle.

Puis arriva Théodore. Pendant cinq ans, aucun autre ne fut nommé autrement que Théodore. Pourquoi sétaitelle liée à lui? Il la comblait de compliments, la regardait dans les yeux, et semblait sûr. Mais il était «incapable» de lever le poing, un «incapable» parfait. Il parlait beaucoup, promettait tout, mais nagissait jamais.

Mélusine vivait à Lyon, loin de sa ville natale, après avoir quitté son petit village pour étudier. Elle louait un studio au cinquième étage dun immeuble en béton, le plus économique, pour économiser en vue dacheter son propre appartement.

Quand elle rencontra Théodore, il la présenta à sa mère, radieuse, qui déclara : «Nous rénoverons cet appartement, puis jirai vivre chez ma sœur, et nous vous laisserons le logement!» Mais la rénovation ne commença jamais ; trois ans passèrent sans bruit de marteau.

Un jour, alors quelle arrivait en voiture chez Théodore, une douleur lenvahit. Elle se précipita aux toilettes de la future bellemère. Rien ne changea pendant trois ans dans lappartement, aucune peinture, aucun chantier.

Il fallut à la fois chasser Théodore et ne pas le pardonner lorsquil arriva à genoux, prétendant que la rénovation était un prétexte pour acheter un appartement où ils vivraient lorsquils se marieraient. Mais Mélusine, endurcie par les expériences, ne voulait plus se précipiter en mariage.

Après plus de quatre ans de relations, Théodore décida dagir: il sabotait les contraceptifs. Quand Mélusine lui annonça sa grossesse, il se montra soudainement très attentionné, lui donna de largent, et elle crut que la paternité le rendait responsable. Mais trois mois plus tard, il disparut, même pas pour les accouchements.

Mélusine donna naissance à son fils dans la ville de SaintÉtienne, chez sa mère. Théodore revint alors, clamant: «Je suis le père, je veux voir mon fils!Jai le droit!» sans jamais avoir enregistré la paternité.

«Maman, jai déjà trentequatre ans!Quand vaisje enfin rencontrer un mari normal?» répétaelle.

«Tu vas rester avec Théodore?» sétonna Madame Dubois.

«Non, bien sûr,» secouaelle la tête. «Il ne fait que donner du sang, il ne veut pas assumer. Je me débarrasserai de lui, et jai mon fils!»

Alors que la porte souvrit, Théodore apparut, les yeux écarquillés.

«Qui a frappé?» lançaelle en se dirigeant vers la porte.

«Cest moi!Tu mas renvoyé, mais je ne ten veux pas!Justepeuxtu me prêter de largent pour le billet?»

«Quoi?Tu as mis au monde mon fils et tu refuses de le subvenir?Tu ne peux même pas me donner de largent pour survivre!Et tu oses revenir demander un ticket?Va-ten!Si tu reviens, je porterai plainte pour harcèlement!»

«Et mon fils?» tentail dapercevoir le petit à travers lépaule de Mélusine.

«Ce nest pas mon fils!Ce nest nulle part inscrit!Si tu veux être père, assuretoi de subvenir aux besoins!Reconnaisle en justice, paie la pension, sinon je tenlèverai tes droits parentaux, et tu ne le reverras plus!Compris?»

«Mélusine, donnemoi mille cinq cents euros pour rentrer!» implorail.

Mélusine lui lança deux billets sous le pied, claqua la porte. Il ne revint jamais.

«Avec un tel caractère, ma fille,» conclut Madame Dubois, «tu finiras par élever un bon garçon, mais tu ne trouveras jamais de mari!»

«Cest mon destin,» haussaelle les épaules. «Mais jai mon petit garçon, cest à la fois richesse, bonheur et une vraie famille, sans tous ces Théodore.»

Оцените статью