Tenir bon une semaine

Alors, on sest tus, hein? sest exclamée Élisabeth Dubois en poussant un grand soupir bruyant avant de seffondrer dans le fauteuil en velours. Vous nattendiez pas de visite?
Peut-être pas, maman, répond Alexandre en posant une tasse de thé fumant sur la table basse, mais on tattend toujours! La petite Marion va nous apporter les sandwichs.

Marine tranchait le fromage en fines lamelles en marmonnant : «Quel bonheur les poches pleines». Non, elle respectait sa bellemère voire même laimait, mais à distance, idéalement à trois cents kilomètres. Dhabitude, Élisabeth prévenait de ses alléesretours, mais cette foisci elle est tombée comme la neige en plein été, chamboulant leurs plans des plans qui, dironsnous, étaient «napoléoniens». Aujourdhui, Marine et Alexandre devaient rendre visite au futur petitbonhomme.

Depuis dix ans, ils espéraient un miracle, mais aucun enfant nest venu. Ils ont alors conclu : si Marine na pas denfant avant quelle natteigne quarante ans, ils adopteront un petit de la crèche. Tout le monde était daccord, sauf Élisabeth.
«Je veux mes petitsenfants de sang! Pas de gamins dadoption dans ma famille,» clamait-elle. «Et si vous faites le contraire, je vous maudirai!»

Marine savait que la bellemère était naturellement autoritaire et inflexible. Une fois quelle se fait une idée, on ne la fait pas bouger. Alexandre nosait pas la contredire. Marine a donc accepté que les «petitsenfants de sang» soient les seuls à mériter lamour de cette grandmère si généreuse. Mais accepter ne veut pas dire abandonner lidée. Alexandre voulait aussi un enfant, et, à la différence de sa mère, il croyait quil ny a pas denfants «étrangers». En cachecouche dÉlisabeth, ils ont suivi la formation des parents adoptifs et préparé les dossiers.

Le problème est alors apparu : Marine voulait suivre toutes les étapes de la maternité et prendre un enfant de la crèche, alors quAlexandre nétait pas prêt.
Sil y a le choix, prenons un enfant un peu plus grand, répétaitil, pour éviter les nuits blanches, les couches, les dents qui percent, tout ce bazar.

Ce débat aurait pu durer indéfiniment, mais le hasard a tranché. Au bureau de Marine, une nouvelle femme de ménage, Irène, a fait son apparition. Elle navait que vingtdeux ans et déjà un fils de quatre ans, André. Irène arrivait tard le soir, toujours avec son garçon. «Pas de père, donc une mère célibataire», chuchotaient les collègues lors des pauses café. Environ la moitié delles étaient aussi des mamans seules, sans jamais douter de leur rôle.

Marine faisait souvent des heures sup, croisait Irène et, contrairement aux autres, ressentait de la compassion. Elle essayait de lui offrir des petites douceurs, des jouets, des vêtements. Un jour, elles ont parlé, et Irène a dévoilé son drame : ses parents sont morts jeunes à cause de lalcool, sa grandmère paternelle la prise, puis est décédée la veille de ses dixhuit ans. Elle avait alors une grossesse non annoncée. Une liaison fortuite avec un homme plus âgé, puis la disparition de ce dernier. «Sonnez le glas!», a pensé Irène, restant muette jusquà ce que sa situation devienne évidente.

Sa grossesse fut difficile, les petits boulots la rendaient plus compliquée. À la naissance, le médecin a diagnostiqué une surdité unilatérale. Le professionnel a proposé un petit appareil auditif, à peine efficace.
Il y a dautres solutions,! at-elle, en essuyant une larme, mais tout ça coûte cher. Je me tuerai pour André, je lui donnerai tout.

Irène a jonglé entre le nettoyage des escaliers le matin, la petite boutique du coin à midi, et le ramassage dAndré à la crèche le soir avant de repartir nettoyer dautres bureaux. Elle était usée, lair plus vieille que son âge, mais profondément heureuse, vantant les talents dAndré : il dessine, il chante, il aide à la maison, les éducateurs le louent pour son caractère doux, il est son rayon de soleil.
Jai rêvé dêtre peintre, murmurait Irène, maintenant cest André qui peint, mon petit artiste.

Plus Marine écoutait Irène, plus elle sentait un vide grandir en elle. Elle aurait aimé un petit bout de chou avec un visage potelé, un petit nez retroussé, qui donnerait un sens à sa vie. Après cette discussion, Marine sest rapprochée dIrène, a même commencé à mettre de côté de largent pour le traitement dAndré.

Deux mois plus tard, la tragédie: un conducteur ivre a grillé le feu rouge à un carrefour, et Irène a péri. André sest retrouvé à la crèche. Marine a compris quelle devait non, quelle était obligée dadopter le petit. Alexandre na pas eu besoin de longues discussions; le garçon correspondait exactement à son idée dun enfant adopté. Le premier contact était déjà concluant: le garçon, ouvert, communicatif, a conquis tout le monde.

La procédure était presque terminée. Dans une semaine, le juge devait prononcer la décision et ils deviendraient officiellement parents. Jusqualors, Marine et Alexandre passaient du temps avec André autant que possible. Même Alexandre a trouvé quelques jours libres.

Et puis «Élisabeth!», sest lamentée Marine, «elle est toujours là, à se plaindre!»

«Questce que vous faites si loin et sans prévenir?», a demandé Marine, voulant savoir non seulement le but de la visite, mais combien de temps la bellemère allait rester.
«Si mon parasite me prend la tête, je rentre, sinon je resterai je ne peux plus supporter de le regarder!»

Il sagissait de son beaupère, Victor, le beaupère dAlexandre. Leurs disputes mensuelles étaient presque ritualisées: Élisabeth râlait, Victor se taisait, puis faisait la paix, souvent juste pour calmer les nerfs dÉlisabeth. Quand il était triste, il buvait, dabord par désespoir, puis par joie, puis de nouveau par tristesse.

Aujourdhui, les «coachpsychologues» en parlent comme dune petite dose dépice qui rend le couple plus vivant. Les parents dAlexandre, eux, navaient jamais lu de bouquins de psychologie, ils suivaient leur instinct depuis quaranteneuf ans, et ça fonctionnait.

Ces petites querelles, allant de la «sorcière» à «ma petite Lison», duraient environ une semaine, suivies dune réconciliation épique, puis dun repas de fête où tout le monde se rassemblait. Le lendemain, les parents dAlexandre partaient.

Marine supportait toujours les invasions de la famille, mais là, si Élisabeth découvrait leurs plans, elle empêcherait Alexandre de procéder. Il était le fils de la mère, et la distance avec la bellemère était le seul bouclier. Sils vivaient côte à côte, ils auraient divorcé dès la première année. Mais ils vivaient assez loin pour tenir.

Donc, Élisabeth ne doit pas découvrir André avant le jour J! Il ne reste plus quune semaine et Marine ne le laissera pas gâcher tout ça.

Ah? Vous nêtes pas contents? grignota Élisabeth en croquant son sandwich, le fromage ressemblant à celui dune cantine.
Maman, ne dis pas de bêtises! On doit juste aller à la crèche
Le monde, linterrompit Marine, une collègue a accouché, on veut acheter un cadeau.
Ah, quand vous aurez vos enfants, lança Élisabeth dune voix condescendante, alors achetez quelque chose de correct en chemin. Moi, je me repose.

Je crois que la mère doit savoir, montra Alexandre son mécontentement, ou tu vas cacher André jusquà la remise des diplômes? Cest important, je ne peux pas le cacher!

«Tenir une semaine», tournait dans la tête de Marine, pendant quelle cherchait comment calmer son mari. Sinon, il tout gâcherait!

Allez, on ne va pas se perdre! sécria Alexandre, alors que Marine freinait sur le bord de la route. Tu comprends, on ne cache rien. Imagine Élisabeth, fâchée après sa dispute avec Victor. On lui donne un petitenfant à la bouche! Attends une semaine, le tribunal décide, et ta mère se calmera. Peutêtre que Victor reviendra se réconcilier, et on pourra le présenter à tout le monde. Ça serait chouette, non?

Marine espérait vraiment quà larrivée dAndré, Élisabeth aurait déjà quitté la maison, pour ne plus entendre ses menaces de malédiction et de «fils dadoption». Alexandre savait quon le trompait quelque part, mais il ny avait plus de quoi se cacher, alors il a fini par accepter.

Comme prévu, laudience était une simple formalité. On a même autorisé Marine à prendre André immédiatement, sans attendre le verdict final.

La petite famille est rentrée chez elle, heureuse.
Cest super, mais comment on gère la mère? On aurait dû tout lui dire avant réfléchissait Alexandre.
Victor, cette fois, ne se précipitait pas à reprendre sa femme. Mais Marine craignait la réaction dAndré: Et si la grandmère balançait un de ses fameux «curses»?

André, mon chéri, dit Marine, tu vas rencontrer Élisabeth, ta nouvelle grandmère. Tu te souviens du chocolat en forme dœuf surprise?
Oui, les Transformers!
Exactement! Et tu te rappelles comme tu étais tout excité à louvrir?
Tous les Transformers, sauf un je voulais celui-là! Jai transpiré!
Tu vas aussi faire une surprise à Élisabeth, elle pourra transpirer aussi! gloussa le petit, détendant latmosphère. Alors ne toffusque pas si elle dit un truc désagréable, daccord?

André acquiesça, sûr de ne pas soffusquer.

Alors, présentonsnous, Élisabeth, voici notre fils André. Félicitations, vous êtes officiellement grandmère!
Surprise! sécria le garçon. Bonjour, Eli Le L!

Élisabeth pâlit.

Pourquoi tout le monde estil si détendu ? apparut Victor dans lembrasure, un bouquet gigantesque de marguerites à la main. Oh, qui est ce petit filou?
Je suis la surprise pour L Eli, dit le garçon en tendant la main.
Et moi, je suis le grandpère Vico! Allez, on se connaît!

Le repas de réconciliation se déroula enfin en silence, Élisabeth ne prononçant plus un mot. Marine, cependant, gardait un atout dans sa manche.

Mes chers, je lève mon verre,! ditelle, la voix tremblante démotion. Je suis ravie que nous soyons enfin une vraie famille! Jespère que notre fils aura non seulement le grandpère Vico, mais aussi la grandmère Lise!
Ldiète! coupa Victor, riant.

Après quelques flûtes de champagne, il poursuivit: Et je suis très heureuse que vous partagiez ce moment avec nous. Jaimerais que vous soyez là quand André aura un petit frère ou une petite sœur dans sept mois!

Alexandre laissa tomber son verre.
Quoi?
Oui, je suis enceinte. Huit semaines Pardon davoir gardé le secret! Aucun moment nétait propice. Mais maintenant, quelle joie!

Élisabeth esquissa enfin un sourire, bon augure.

Voilà, un deuxième petitenfant, sanglotait presque de bonheur Élisabeth, je suis la grandmère la plus heureuse du monde!

À la sortie de la maternité, seuls les proches étaient présents.
André, caressa Élisabeth le petitenfant, il faudra refaire le portrait de famille!
Avec plaisir, mamie! Tu seras la plus belle! Et maman aussi!

Et cest ainsi que ce petit noyau familial, le premier dune longue lignée, a trouvé son bonheur.

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Tenir bon une semaine
On connaît déjà la chanson – Regarde ce que j’ai trouvé, c’est magnifique ! – s’exclama Véronique en sortant de son sac une boîte de guirlandes lumineuses et en la secouant sous le nez de Cyril. Son mari quitta un instant son téléphone et jeta un œil distrait à l’emballage. – Mouais. – Comment ça, «mouais» ? C’est une guirlande «rosée» ! Tu imagines comme ça scintillera sur le sapin ? Ambiance féérique, comme des gouttes de lumière ! J’ai vu des photos sur Internet : c’est magique. Déjà, Véronique s’imaginait leur salon plongé dans une douce lumière, avec le scintillement subtil de centaines de petites LED, l’odeur des clémentines et de la résine. Un réveillon parfait, ce cocon chaleureux qu’elle s’efforçait tant de créer chez eux. Cyril replongea dans son écran. – Bon, tu l’as achetée, tant mieux… Véronique retint un soupir. Pas grave. L’important, c’est le résultat. Le sapin attendait sagement dans le coin, prêt à être décoré. Véronique ouvrit la boîte de la guirlande et laissa glisser les fins fils de cuivre semés de diodes entre ses doigts. Superbe. Restait plus qu’à enrouler chaque branche avec application. – Cyril, tu veux bien m’aider ? Toute seule, ce n’est pas pratique. Le mari, en soupirant, posa son téléphone et se leva du canapé. On aurait dit qu’on lui demandait de vider la cave plutôt que d’accrocher une guirlande. – Tiens ici, je commence par le bas, ordonna Véronique. Les vingt premières minutes se passèrent à peu près bien. Véronique s’attelait à répartir le fil délicatement entre les aiguilles, veillant à la symétrie des lumières. Cyril tenait le sapin et déroulait la guirlande. – Ver, c’est encore long ? Je fatigue… – Courage, il ne reste plus grand-chose. Mais ce « plus grand-chose » s’éternisa… La guirlande s’emmêlait, les ampoules formaient des paquets ; il fallait recommencer. Véronique voulait que tout soit parfait, peu importe le temps. Cyril se mit à jeter des coups d’œil ostensibles à sa montre, puis se mit à soupirer lourdement, d’abord discrètement, puis sans retenue. – Vérouchka, ça fait plus d’une heure là… – Et alors ? – Rien. Je constate. Véronique mordit sa lèvre : ne pas s’énerver, pas maintenant. – Aide-moi plutôt à tendre ici. Cyril tira un peu trop vivement, dérangeant toute une branche que Véronique venait de décorer. – Fais attention ! – Mais je fais attention. – Attention, tu as tout défait ! J’ai mis trente minutes à placer cette branche… – Trente minutes par branche ? Je devrais te filer une pince à épiler ? Comme à la bijouterie ? Véronique se tut, recommença. Puis continua. Mais quarante minutes plus tard, la patience de Cyril explosa… – Dis-moi, tu peux m’expliquer pourquoi on perd notre temps avec ce genre de chose ? – Ce n’est pas «ce genre de chose». – Arrête, c’est une guirlande. Tu l’installes à l’arrache et basta. Véronique se retourna lentement. Quelque chose de brûlant lui serrait la poitrine. – À l’arrache… Très bien. – Ben quoi ? Y a plus important dans la vie que de tripoter des lampouilles. – Genre quoi ? Te vautrer sur le canapé ? Scroller Insta ? Cyril se renfrogna. – Ne commence pas. – Mais si, dis-moi ! Parce que j’ai l’impression que rien ne t’intéresse dans cet appart. Rien, à part manger, dormir et la télé ! – Pas vrai. – Si ! J’essaie de faire de jolis trucs, que ce soit sympa, chaleureux ici. Et toi, rien ! Tu t’en fous, Cyril, tu t’en fous totalement ! – Tu vas me faire une scène pour une guirlande ? – Je te fais une scène parce que tu me traites comme un meuble ! Je compte pas ? Mes efforts tu t’en fiches ? – C’est quoi, tes efforts ? Tirer les fils sur les branches ? Non mais, tu te rends compte… Les gens normaux foutent une guirlande en dix minutes. – Les gens normaux respectent leur femme ! La dispute éclata. Véronique déversa alors tout ce qu’elle avait gardé en elle : les chaussettes qui traînent, la vaisselle qui s’accumule, son anniversaire oublié l’an dernier, tous ces petits manques. Cyril répliquait, se justifiait, dressait sa propre liste de griefs : ses reproches constants, son besoin de tout contrôler, le fait qu’il n’arrive jamais à se détendre à la maison. La guirlande «rosée» resta suspendue n’importe comment – à moitié droite, à moitié de travers, un coin mollement affaissé. Le sapin se retrouvait planté au milieu de leur dispute, pathétique et triste. À un moment, tous deux se turent. Pas parce qu’ils étaient réconciliés : ils étaient juste à bout. – J’en peux plus, lâcha Véronique avant de filer dans la chambre. La porte se referma doucement, sans fracas. De toute façon, elle n’avait plus la force de claquer quoi que ce soit. Dans la chambre, elle attrapa un sac de voyage. – Je vais chez mes parents, lui annonça-t-elle, glissant un pull dans le sac. Cyril fronça les sourcils. – Pour le week-end ? – Pour l’instant oui. – Tu reviens quand ? – Je ne sais pas. Il ne posa pas d’autres questions. Il la regarda juste préparer son sac. – Très bien, dit-il enfin. – Très bien, répéta Véronique. … Elle passa le samedi et le dimanche chez ses parents, ignorant les rares messages de Cyril. « Ça va ? » – bip du matin. Véronique posa son portable sans répondre. « On s’appelle ? » – proposition du soir. Même résultat. Laisse-le réfléchir. Qu’il expérimente un peu ce silence. Qu’il sache ce que ça fait d’être seule dans ce dialogue muet. … Dimanche, Véronique retrouva Léa et Océane dans un café rue de la Paix. Endroit cosy, canapés moelleux, senteur de cannelle : cadre idéal pour se confier. – Et là il me sort : c’est n’importe quoi, une guirlande ça se pose en dix minutes ! – Véronique sirota son latte. – Vous imaginez ? Léa échangea un regard entendu avec Océane. – Vérou, – Léa s’approcha, une lueur vive dans les yeux, – tu comprends bien que ce n’est que le début ? – Comment ça ? – Aujourd’hui, il se moque de ta guirlande ; demain, c’est de toi tout entière. Océane hocha la tête, faisant tinter ses boucles d’oreilles. – Mon ex aussi a commencé comme ça. Et puis, tu te rends compte qu’en fait, il se servait de la maison sans rien donner. – Les mecs ne changent pas, – souffla Léa avec autorité. – C’est une loi de la nature. Tu peux t’épuiser, il s’en fiche. Véronique tournait sa tasse. Ce dialogue-là la gênait, quelque chose de neuf s’y glissait… – Les filles, c’est juste une dispute… – Juste une dispute ? – Océane éclata de rire. – Vérou, réveille-toi ! C’est un signal. On a déjà vécu ça. – C’est clair, – ajouta Léa. – Demande-toi si ça vaut vraiment la peine de t’accrocher à quelque chose qui s’effondre déjà. Véronique leva les yeux. Et, soudain, elle vit : dans leurs regards, pas de compassion ni d’inquiétude. Plutôt une étincelle bizarre. Un petit plaisir caché ? Un peu de jubilation ? Léa et Océane, toutes deux divorcées, vivaient seules avec leurs chats et mille séries télé. Et Véronique comprit tout à coup : elles ne voulaient pas l’aider. Elles voulaient l’intégrer à leur club. – Merci pour vos conseils, les filles, – sourit Véronique. – J’y réfléchirai. Mais elle pensait déjà à autre chose. … Le lundi fut interminable. Le soir, Véronique, assise dans le métro, fixait son reflet dans la vitre noire, sans savoir ce qui l’attendait en rentrant. La clé tourna dans la serrure. Elle poussa la porte, entra dans l’entrée… Et s’arrêta, stupéfaite. Un halo doux filtrait du salon : des centaines de petites lumières ornaient le sapin – parfaites, régulières, impeccables. La guirlande «rosée» épousait chaque branche exactement comme Véronique l’avait rêvé. Leur appartement baignait enfin dans la magie dont elle avait tant rêvé. Cyril sortit de la chambre. Air penaud, mains ballantes. – Vérou… – C’est toi qui as fait ça ? – Oui… enfin, j’ai tout recommencé. Trois fois, pour dire vrai. C’est vraiment dur, en fait. Véronique resta muette. Le regardait. Regardait le sapin. Le regardait à nouveau. – Excuse-moi, – Cyril s’approcha. – J’avais tort, complètement tort. Tu voulais de la magie, et moi…Beh, j’ai réagi comme un idiot… – Cyril… – Laisse-moi te dire… Je suis allé chez ta mère ce week-end. Elle… elle m’a fait comprendre. Elle m’a dit que c’était important pour toi, cette ambiance. Que tu avais besoin que je le voie, que je te soutienne. J’ai pas vu tout ça. Pardon. Véronique eut les larmes aux yeux. – Maman t’a dit tout ça ? – Oui… Et bien plus. Que les détails comptent. Que je te fais du mal sans m’en apercevoir. Les larmes coulèrent toutes seules. Elle ne chercha pas à les retenir. Cyril s’approcha et la serra dans ses bras, fort, pour de vrai. – Tu m’as manqué, murmura-t-il dans ses cheveux. Ces jours sans toi… J’étais perdu. – Moi aussi, – souffla-t-elle. Ils restèrent longtemps enlacés. Les guirlandes jetaient des reflets chauds sur les murs. … Le Nouvel An, ils le passèrent à deux. Champagne, salade russe, clémentines, et cette fameuse guirlande «rosée» qui illuminait leur rêve partagé. Minuit, tintement des verres, baiser à côté du sapin. – Bonne année, dit Cyril en la serrant contre lui. – Bonne année, sourit Véronique. Quand Léa et Océane apprirent la réconciliation, leurs vœux sonnèrent si faux que Véronique faillit éclater de rire au téléphone. « On est contentes pour toi, » articula Léa. « J’espère qu’il va vraiment changer, » lança Océane avec, dans la voix, ce petit « c’est ça, cause toujours ». Véronique raccrocha et ne rappela plus. Elle venait de comprendre : beaucoup de copines ne savent que soulager les malheurs des autres, car se réjouir du bonheur, ça demande plus. Plaindre, hocher la tête, puis repartir, c’est facile. Mais pour célébrer la joie, il faut avoir trouvé les siens…