Il a refusé de payer pour l’opération de sa femme, a choisi une place au cimetière pour elle, puis est parti en mer avec sa maîtresse.

28février2025

Aujourdhui, jai de nouveau observé la dureté des décisions prises dans les couloirs du Centre Médical privé SaintClaude, à Paris. Une jeune femme, Amélie Dubois, séteignait doucement dans lune des salles de soins intensifs. Les infirmières et les médecins saffairaient autour delle avec une précision presque cérémonielle, comme sils craignaient déveiller la mort ellemême. Les moniteurs affichaient de maigres impulsions vitales ; il était clair que même des sommes astronomiques ne pouvaient garantir un retour du côté obscur.

Pendant ce temps, dans le bureau du chef de service, le DrBernard Caron, une réunion tendue faisait rage. Autour dune table éclairée dune lumière tamisée se tenaient des médecins en blouses immaculées. Assis à côté deux, Didier Moreau, époux dAmélie, arborait un costume taillé sur mesure, une coupe de cheveux soignée et deux montres en or qui cliquetaient à chaque mouvement. Le jeune chirurgien Julien Lefèvre, le front plissé, sexprimait avec véhémence :

Il ne faut pas abandonner! Nous pouvons la sauver! criaitil, frappant du bout de son stylo le bois de la table.

Didier, les yeux embués de larmes, répliqua dune voix tremblante :

Je ne suis pas médecin, mais je suis le plus proche dAmélie. Cest pourquoi je moppose catégoriquement à lopération. Pourquoi lui infliger davantage de souffrances? Cela ne ferait que prolonger son agonie.

Le DrCaron, incertain, répondit à demivoix :

Vous pourriez vous tromper

Julien se leva, la voix rouge de colère :

Vous réalisez que vous lui refusez la dernière chance!?

Didier resta de marbre, implacable comme un rocher. Il savait manier les potsdevin: il offrit au médecin une «recompense» inavouable, puis signa, dun trait ferme, le refus dopérer. Ce simple geste scella le destin dAmélie.

Peu de gens connaissaient la raison cruelle de ce choix. Tout était pourtant limpide pour quiconque y prêtait attention. Didier senrichissait grâce à Amélie: ses contacts, son argent, son intelligence. Alors quelle vacillait entre la vie et la mort, il imaginait déjà le jour où il semparerait librement de son empire. Sa mort était pour lui un avantage quil nhésitait pas à exposer aux manipuleurs.

Il remit au DrCaron une somme inacceptable, afin dobtenir labstention de toute intervention. Parallèlement, il avait déjà réservé une parcelle au cimetière du PèreLachaise pour «la femme vivante».

Excellente place, sec et surélevée. Dici, lesprit dAmélie pourra contempler la ville, murmurat-il en arpentant les allées.

Le concierge du cimetière, Marcel Girard, un vieil homme aux yeux creusés, lécouta, perplexe :

Quand comptezvous amener le corps?

Je ne sais pas encore, répondit Didier, indifférent. Elle est toujours à lhôpital, suspendue à la vie.

Marcel resta sans voix, songeur. Didier ne voulait pas enterrer une femme vivante, mais il savait quelle ne tarderait pas à quitter ses tourments. Il pressait, car il attendait de profiter dun séjour à Nice avec sa maîtresse, la belle Sophie. Il simaginait déjà rentrer à temps pour les funérailles, comme un calcul parfait.

Dans la salle de soins, Amélie luttait encore. Sa force samenuisait, mais son désir de vivre restait intact. Les médecins, le regard baissé, la traitaient déjà comme une feuille morte.

Seul Julien Lefèvre restait à ses côtés, obstinément persuadé que lopération était possible, malgré les frictions avec le chef de service. Le DrCaron, pour ménager sa relation avec le directeur, se rangeait souvent du côté de Julien, comme un père protecteur.

Un autre allié inattendu surgit: le concierge Marcel, qui reconnut en lisant les documents le nom de jeune fille dAmélie, «Dubois». Il se souvint de la brillante élève quil avait eue il y a vingt ans, la future dirigeante dune société florissante dont les parents étaient décédés prématurément. Le lien le troubla profondément.

Sans perdre de temps, Marcel se rendit à lhôpital, espérant au moins dire un mot dadieu. Linfirmière, épuisée, le repoussa :

Elle est en coma artificiel, il vaut mieux ainsi, elle ne souffre plus.

Marcel insista, mais chaque responsable ne fit que répéter que létat était désespéré et que les médecins faisaient tout ce qui était possible. Découragé, il quitta létablissement, le visage pâle, le souvenir de létudiante vivante le hantant.

À la sortie, il croisa Julien, qui lappela dun ton passionné :

Je ne peux pas accepter quelle meure! Son mari veut son décès!

Marcel acquiesça, et ensemble ils cherchèrent un soutien. Marcel contacta un ancien élève, désormais haut fonctionnaire du ministère de la Santé, le DrRoman Vallée. Celuici, reconnaissant le devoir, appela immédiatement le DrCaron. En quelques heures, la décision fut renversée : Amélie fut opérée et reprit conscience.

Pendant ce temps, Didier profitait du soleil de la Côte dAzur, savourant son plan machiavélique :

Tout a fonctionné! Jai épousé une riche héritière alors quelle était orpheline, je lai aidée à organiser les funérailles pour paraître loyal Et maintenant je me retrouve à profiter de son argent.

Mais le hasard se joua de lui. Le téléphone de lhôpital sonna. Une infirmière, la voix tremblante, lui annonça :

Votre femme a subi lopération; elle se porte bien, elle nest plus en danger.

Didier, furieux, rentra précipitamment à Paris, la maîtresse Sophie le suivant, interloquée :

Dimka, que se passetil?

Il réalisa que le danger nétait plus celui dAmélie, mais le sien. Il décela dans le regard du DrCaron une complicité inattendue, et ce dernier pointa du doigt Julien, le jeune chirurgien, comme le responsable de ce retournement. Julien fut licencié, sa réputation anéantie.

Julien, au bord du gouffre, fut sauvé par Marcel qui lui proposa un emploi au cimetière: «Ce nest pas lidéal, mais cest mieux que de sombrer davantage. Vous avez sauvé une vie, cela a de la valeur.» Julien accepta.

Amélie se remit progressivement, chaque jour regagnant force et volonté. Elle découvrit que son mari, désormais distant, ne venait plus la voir. Ses collaborateurs se montraient étrangement réservés. Lun deux, le comptable, éclata en sanglots et confessa :

Didier a monté un jeu: il a usurpé tous les postes, il contrôle tout. La seule chance, cest vous, madame; quand vous reviendrez, vous reprendrez les rênes, sinon je ne sais même pas ce qui nous attend.

Amélie, trop faible pour agir, rassura le comptable :

Je reviendrai, tout redeviendra normal. Tenez bon, ne laissez pas Didier voir votre désarroi.

Les deux seuls soutiens dAmélie restaient Marcel et Julien. Mais Didier, toujours rusé, offrit un nouveau potdevin aux médecins, interdisant toute visite de ces deux hommes. Marcel repensa à son ancien élève, le fonctionnaire, mais se retint de le solliciter à nouveau, pensant quil était trop tard.

Julien, désormais fossoyeur au cimetière, continuait daider Marcel, le cœur lourd pour Amélie. Un jour, lors dune cérémonie funéraire pour un homme daffaires, il sempara du bras du «défunt» et découvrit un pouls faible. Il fit appel à une ambulance, sauva la vie de lhomme, qui savéra être le principal actionnaire de lentreprise dAmélie. Reconnaissant, cet homme contacta immédiatement Julien, apprit lhistoire dAmélie et décida dintervenir.

Grâce à son influence, il restitua à Amélie le contrôle de son entreprise. Didier perdit son pouvoir et disparut avec Sophie, comme sil navait jamais existé. Le DrCaron et le directeur du service furent radiés de leurs fonctions, leur réputation ruinée à jamais.

Julien fut réintégré dans le domaine médical. Amélie, reconnaissante, créa un centre de santé privé et le nomma directeur. Leur collaboration devint rapidement plus que professionnelle: ils se marièrent six mois plus tard, entourés de Marcel, le gardien devenu mentor. Peu après, ils annoncèrent quils attendaient un enfant.

Ce que jai retenu de toute cette histoire, cest que lavidité peut tout corrompre, mais la vérité et la solidarité finissent toujours par triompher. La leçon que je me porte à mon cœur : il faut rester fidèle à ses valeurs, même lorsque le vent souffle contre.

Pierre Laurent.

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Il a refusé de payer pour l’opération de sa femme, a choisi une place au cimetière pour elle, puis est parti en mer avec sa maîtresse.
Bonjour. Je m’appelle Adam. Je pense être ton fils. Elle venait tout juste de fêter ses 18 ans. Au travail, on lui a dit qu’elle n’était pas à la hauteur, puis on l’a licenciée sans hésiter. Ce jour-là, elle est rentrée plus tôt que d’habitude et a surpris son petit ami au lit avec une fille qu’elle ne connaissait pas. Elle a alors cherché refuge chez sa mère. Mais le soir même, celle-ci lui a fait comprendre qu’elle ne la voulait pas chez elle, car son compagnon voulait profiter de la vie sans enfants. Le lendemain matin, le test de grossesse indiquait sans ambiguïté deux traits bien nets. Neuf mois sont passés comme un souffle brumeux. Elle a dormi chez des amis, parfois dans les gares. Elle acceptait tous les petits boulots qu’elle trouvait. L’hiver fut terrible — un jour, elle a même dû mendier devant l’église. L’enfant est né dans la nuit du 13 décembre. Un magnifique petit garçon, si fragile et paisible… Elle a écrit sur un petit mot : « Mon fils, je t’aime et je te souhaite de trouver une famille qui prendra soin de toi ! » Elle a déposé le bébé à côté de son berceau, puis s’est enfuie. À Paris, toute la ville préparait le Nouvel An : des guirlandes et des flocons de neige ornaient vitrines et fenêtres, des petites cloches tintaient à chaque coin de rue. Julia est sortie de sa voiture rouge, élégante et seule sur le vaste parking. Encore une fois, elle était la première arrivée. Le vigile lui a ouvert rapidement la porte. Julia lui a adressé poliment un signe de tête, a fait résonner ses talons dans le couloir silencieux, puis s’est installée à son bureau, a sorti ses dossiers, et, d’un geste automatique, a tourné la page de son calendrier. Treize. Il y a encore quelques années, elle aurait sans doute pleuré ; aujourd’hui, elle serra seulement les poings. — Julia, votre café, comme d’habitude ! lança la secrétaire en entrant. — Vous avez un visiteur. Il voudrait vous voir sans rendez-vous, il dit que c’est très important. Julia a jeté un œil à son reflet, a remis une mèche de cheveux en place, et m’a autorisé à entrer. Un jeune homme de vingt ans entra dans le bureau. Il s’arrêta sur le seuil, regarda Julia avec attention, s’avança timidement, puis s’arrêta. — Bonjour, répondit Julia. Puis-je vous aider ? — Bonjour Julia. Je… Je m’appelle Adam. Je crois que je pourrais être votre fils. Julia en eut le souffle coupé. En croyant qu’il l’avait contrariée, il s’empressa d’ajouter : — Je n’en suis pas totalement sûr. Je suis né le 13 décembre. Mes parents m’ont dit que ma mère biologique avait dix-huit ans et s’appelait Julia. Et… Ils ont gardé ça. Il fouilla dans sa poche, cherchant fébrilement quelque chose. Julia reconnut alors le vieux morceau de papier, ce petit mot qu’elle avait écrit dix-neuf ans auparavant. Elle fondit en larmes. Julia n’avait jamais oublié son tout petit garçon. Elle avait si souvent imaginé sa vie, comment il était devenu. À travers ses pleurs, elle tenta de distinguer le jeune homme élégant qu’il était devenu, mais elle le voyait encore comme le bébé à qui elle avait dit adieu dix-neuf ans plus tôt. Elle détailla ses traits, y reconnut des ressemblances. Julia comprit. C’était bien lui. Et, pour la première fois depuis des années, elle retrouva ce parfum unique de bonheur, qu’elle pensait avoir perdu à jamais.