La mère de mon mari fait une inspection de mes placards et découvre une surprise désagréable

Je me souviens, il y a bien longtemps, lorsque la mère de mon époux est venue faire son «grand contrôle » dans nos placards et a découvert une surprise bien désagréable.

Alors, pourquoi avezvous acheté cette mayonnaise ? Jai déjà dit cent fois que la «Pâté de la Provence» de cette usine ne contient quun seul vinaigre lança Nadine Dubois, ma bellemère, dun ton dédaigneux, en repoussant le flacon de plastique du bout de son ongle rouge, comme si cétait un déchet radioactif plutôt quun aliment.

Madame Dubois, cest celui quaime Pierre. Il la choisi luimême répondit calmement Élise, sans se retourner de la cuisinière. La poêle crépitait, réclamant son attention, mais le dos de la bellefille restait tendu comme une corde.

Pierre gardera ce quon lui a inculqué reprit la mère, en levant un doigt. Si vous aviez préparé une sauce maison comme je le faisais pour lui quand il était petit, il naurait même pas jeté un œil sur ces produits chimiques. Le ventre de mon fils nest pas un four à pizza, il a de la gastrite depuis lenfance, on la conduit aux sanatoires, mais qui sen souvient aujourdhui ?

Pierre, assis à la table, le nez plongé dans son téléphone, faisait mine dêtre sourd. Il connaissait cette intonation de Nadine le début de la «Grande Inspection». Cétait toujours ainsi quand Nadine Dubois venait séjourner quelques jours. Formelle excuse : rendre visite aux petitsenfants (qui nexistaient pas encore) et aider à la maison ; en réalité, sassurer que le monde seffondre sans elle, tandis que la bruine de la bellefille finit par lécher son précieux fils.

Le thé, au fait, sent le balai poursuivit la dame, en prenant une gorgée. Élise, ne te vexe pas, je veux ton bien. Les jeunes daujourdhui ne savent plus juger la qualité. Vous économisez sur les allumettes, et plus tard vous vous ruinez avec les médicaments.

Nous néconomisons pas, Nadine, ce thé est un bon thé à grandes feuilles. Il sest simplement infusé fort répondit Élise en déposant une assiette de fromage blanc. Servezvous.

La bellemère jeta un regard soupçonneux aux boules rosées.

Quel gras de fromage avezvous pris ? Cinq pour cent ? Il sera sec. Prenez neuf, ou mieux, du fromage maison chez la voisine Valérie du marché. Mais toi, tu nas pas le temps daller au marché, tu as ta carrière

Le mot «carrière» sortait de sa bouche comme le nom dune maladie vénérienne. Nadine Dubois croyait fermement quune comptable en chef ne pouvait être une bonne maîtresse de maison. Dans son imaginaire, les deux mondes étaient incompatibles, comme le feu et la glace.

Pierre, il faut que tu partes, tu vas être en retard à la réunion rappela Élise, soulagée son mari davoir à commenter le fromage.

Pierre acquiesça avec gratitude, avala rapidement le fromage blanc (délicieux, il faut le dire) et se leva.

Très bien, je men vais. Maman, ne tennuie pas. Élise, je serai tard, nous avons un audit.

Un audit, ditesvous grogna Nadine Dubois en refermant la porte derrière son fils. La famille doit passer avant les audits. Son père, que le ciel le bénisse, était toujours à la maison pour le dîner.

Élise poussa un soupir. Elle devait sortir dans quarante minutes.

Nadine, je dois aussi partir. Le déjeuner est au réfrigérateur, il suffit de réchauffer la soupe. Le soir je reviendrai, japporterai les courses. Vous voulez que jachète quelque chose de précis ?

Moi ? Rien. Je suis une femme modeste pinça la bellemère. Vay, je me débrouillerai. Je mettrai un peu dordre, sinon la poussière envahit les coins, on ne peut plus respirer.

Élise resta figée dans le couloir. «Mettre de lordre» signifiait pour Nadine un fouillis complet, avec déplacement des objets selon son bon plaisir, suivi dun cours magistral sur la place de chacun.

Sil vous plaît, ne vous fatiguez pas. On a fait le ménage samedi tenta Élise.

Le ménage! siffla la mère. Des étrangers avec leurs chiffons sales répandent la crasse. Allez, ne vous embêtez pas à toucher mes pièces, cela serait trop douloureux.

Mais dans ses yeux brillait déjà lardeur dune chasse. Élise le vit, mais ne put rien faire. Expulser la mère du mari pouvait déclencher un scandale de dimension cosmique, et Pierre aurait la mine dun chien battu toute la semaine.

Bonne journée, lança Élise en sortant, priant intérieurement que la bellemère se limite à la cuisine.

Dès que la serrure de la porte dentrée cliqua, Nadine Dubois se métamorphosa. La vieille femme fatiguée, exaspérée par le thé amer, devint une général­le qui défilait sur un territoire ennemi. Elle redressa son kimono de maison (celui quelle avait ramené, car «vos linges synthétiques sont impensables»), balaya la cuisine du regard.

Alors, on verra comment tu te débrouilles, petite «carriériste», murmuratelle.

Elle commença par les placards de la cuisine, une simple échauffement. Elle ouvrait les portes, passait le doigt sur les étagères. Pas de poussière. Cela la contraria. Mais elle découvrit un pot de sarrasin dont le couvercle nétait pas bien serré.

Ah! sexclamat-elle. Des mites se préparent.

Elle réarrangea les bocaux par taille. «Mieux ainsi». Puis elle examina sous lévier, où gisaient les produits ménagers.

De la pure chimie Pauvre Pierre, il respire ce poison. Il faudrait du bicarbonate, de la moutarde! Et ils dépensent pour ces bouteilles colorées. Des gaspilleurs.

Après la cuisine, elle passa au salon. Là, le décor était morne : peu de meubles, une télévision gigantesque, un canapé. Aucun buffet en cristal, aucun tapis mural. «Comme à lhôpital», constatat-elle. Elle désirait le confort, ce qui, à ses yeux, signifiait chaque centimètre rempli de statuettes, de vases et de photos encadrées.

Elle redressa les rideaux, quelle jugeait de travers, réaligna la télécommande au bord de la table basse. De petites choses, certes, mais son âme réclame davantage. Elle se dirigea vers la chambre.

La chambre était sacrée, lieu des effets personnels. Elle savait quentrer sans permission était impoli, mais en tant que mère, elle se sentait en droit de savoir où dormait son fils. Le matelas était impeccablement fait œuvre de la jeune femme de ménage. Elle testa le rebord de la fenêtre, aucune poussière. Cela lirrita : aucune raison de faire remarquer la propreté pour, plus tard, dire «Élise, je lai essuyée».

Son regard sarrêta sur le grand placardmiroir qui sétendait du sol au plafond. Derrière ces portes se cachait le véritable cœur de la maîtresse de maison. Lordre extérieur masquait souvent le chaos intérieur. Convaincue, elle tira la lourde porte, qui glissa silencieusement.

À lintérieur, les chemises de Pierre étaient suspendues, repassées, triées par couleur : blanches, bleu ciel, puis à carreaux.

Voyons, marmonna la bellemère. Il les envoie au pressing, il ne sait plus tenir le fer.

Elle passa les manches, vérifia les poignets, rien de cassé, aucune boutonnière arrachée. Un ennui mortel.

Vint ensuite le secteur dÉlise : robes, blouses, jupes. Nadine parcourut les cintres avec dédain.

Trop courts trop lumineux où les porter? Sur le plateau? chuchotat-elle, bien que la robe ne fût quun simple tailleur de bureau arrivant au genou. Et ça? De la soie? Pas dargent à y mettre. Et la mère, ses bottes dhiver nont pas changé depuis trois ans.

Elle se souvint de ses propres bottes, achetées par Pierre lan passé, mais le simple fait que la bruine possédait des affaires coûteuses éveilla en elle une brûlante injustice. Elle avait toute sa vie économisé, se privant pour son fils, et voilà la bruine qui jouissait du fruit de ses efforts.

Elle baissa les yeux vers les boîtes de chaussures, rangées en piles. Elle en ouvrit une, révéla des souliers élégants, puis referma.

Il restait les étagères supérieures, lentresol où lon garde ce qui nest pas utilisé quotidiennement, ou ce que lon veut cacher. Son cœur saccéléra. Lintuition lui disait que le plus intéressant se trouvait là.

Cependant, les étagères étaient hautes, presque au plafond. Elle chercha une chaise, en apporta une de la cuisine, mais elle ne suffisait pas. Elle traîna alors un petit escabeau quelle avait vu dans le cellier.

Je vais juste vérifier quil ny a pas de mites, se justifiat-elle en gravissant les marches branlantes. Les tissus de laine doivent être aérés. Élise est jeune, bête, elle abîmera les vêtements, puis il faudra en racheter avec largent de mon fils.

Au sommet, des sacs sous vide contenant des couvertures dhiver étaient rangés. Elle les toucha: durs comme la pierre. Rien dintéressant. Elle déplaça une pile de pulls (probablement anciens, de campagne). Au fond, contre le mur du placard, elle aperçut une boîte.

Ce nétait pas une simple boîte à chaussures, mais une boîte élégante, issue dun cadeau cher, liée dun ruban. Aucun texte.

Ah! sécriat-elle. Un cache!

Quy avaitil? De largent? De lor? Un dossier compromettant? Elle frémissait à lidée de découvertes qui pourraient ouvrir les yeux de Pierre! Elle tira la boîte, lourde, descendit précipitamment, mais ne perdit pas léquilibre, serrant la précieuse trouvaille contre son cœur.

Elle sassit au bord du lit conjugal (jamais auparavant, pensant que cela serait indécent, mais la situation ly poussait) et posa la boîte sur ses genoux. Le ruban céda facilement, le couvercle souvrit.

À lintérieur, il ny avait ni argent, ni lettres damour. Il y avait un carnet de cuir épais, quelques sachets de velours et un dossier de papiers.

Déçue, elle ouvrit un des sachets, détacha la corde et laissa le contenu tomber dans sa paume.

Des boucles doreilles. En or, serties de gros rubis. Terriblement familières.

Nadine Dubois se refroidit. Cétaient ses propres boucles, celles qui «avaient disparu» il y a trois ans, quand Élise et Pierre lavaient aidée à rénover lappartement. Elle avait alors retourné toute la maison, accusé les ouvriers, blâmé la voisine qui était passée chercher du sel. Puis, en plein accès de crise, elle avait laissé entendre à Pierre que peutêtre Élise les avait accidentellement jetées. Élise avait pleuré, juré ne les avoir jamais vues.

Nom! murmurat-elle. Voleuse! Kleptomanie! Elle a volé à sa propre mère!

Le sang montait à son visage. Voilà la preuve tant attendue! Elle se saisit dun second sachet, y découvrit un vieux médaillon en ambre, également à elle, perdu dans un autobus il y a cinq ans.

Seigneur pressat-elle les lèvres contre sa main. Cest malade. Elle ne fait que ramasser ce qui traîne.

Elle envisagea déjà de poser le tout devant son fils, de voir Élise pâlir, balbutier. Ce serait la victoire.

Elle déposa les bijoux et prit le dossier. Peutêtre contenaitil les papiers dun appartement que Élise aurait acheté en douce avec de largent volé?

Elle ouvrit le dossier. Au sommet, une feuille portait le titre: «Dépenses à la charge de N.D. (Nadine Dubois)».

Les sourcils de la bellemère se haussèrent.

Elle lut.

*12/01/202115000Dentiste. (N.D. disait que cétait gratuit via la Sécurité sociale, mais la facture a été réglée par Élise à la caisse).*

*03/03/202150000«Dette délectricité». (N.D. affirmait des pénalités, en réalité cétait lachat dune télévision neuve dissimulée dans la chambre, prétendue cadeau dune amie).*

*15/06/2022120000Sanatorium «Les Aurores». (Cadeau danniversaire. N.D. disait à toute la famille que le séjour était offert par le comité dentreprise comme prime dancienneté, alors que Pierre ny a jamais contribué).*

*20/08/2023Perte des boucles doreilles. Retrouvées dans la poche dun manteau dhiver de N.D., que jai demandé de jeter. Commentaire: ne pas le dire à la mère, honteux. Garder pour une occasion spéciale.*

*10/09/2023Perte du médaillon. Retrouvé sous la doublure dun sac offert comme «nouveau», mais usé. Commentaire: rester muet.*

Les chiffres dansaient devant ses yeux. Son visage se teinta dune couleur qui nétait ni colère ni tristesse, mais une chaleur collante.

Ensuite, des dizaines de tickets de paiement, de remboursements de crédits quelle navait jamais mentionnés à son fils, mais qui, par miracle, disparaissaient. Elle réalisa alors que Pierre et Élise payaient en silence ses dettes de microcrédits, contractés pour des babioles achetées à la télé.

Sous le dossier, le carnet de cuir lattendait. Elle louvrit au hasard.

«Aujourdhui, la mère de Pierre ma encore poussée aux larmes. Elle a dit que je suis une videcaisse stérile. Je suis restée muette. Pierre nentendait pas, il était sous la douche. Je ne lui ai rien dit, je ne veux pas les fâcher. Elle est vieille, elle a sûrement un problème de tête. Il faut lemmener chez le neurologue, mais que ce soit elle qui propose, sinon elle nacceptera pas. Jen paierai la consultation, je dirai que cest une offre spéciale pour les retraités.»

Une autre entrée:

«Jai trouvé les «argent perdu» derrière le placard. Elle cria encore que je lui avais volé 5000. Jai simplement glissé largent dans son portefeuille avant quelle ne voie. Quelle pense que cest un oubli. La paix familiale est plus précieuse.»

Le carnet tomba de ses mains sur le tapis moelleux.

Assise sur le lit, entourée de ses «biens volés», elle avait limpression dêtre exposée sur la place principale dune ville.

Elle se voyait toujours victime, la mère sage quon maltraite, la bruine qui sucerait largent de son fils. Mais dans cette boîte résidait la chronique de Nadine Dubois : ses petites mensonges, ses travers, son obstination, face à la persévérance presque sacrée dÉlise.

Élise navait pas volé les bijoux. Elle les avait trouvés dans le panier que Nadine forçait à jeter, mais ne les avait pas rendus immédiatement. Pourquoi?

Une annotation dans le tableau : «Si je les rends tout de suite,Ainsi, la trêve fragile se scella, chaque cœur battant à lunisson dune compréhension nouvelle, et le foyer retrouva enfin la quiétude dun matin où le parfum du pain chaud remplacait les rancœurs du passé.

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La mère de mon mari fait une inspection de mes placards et découvre une surprise désagréable
La rivale qui vient réclamer les affaires — Moi, c’est Laurence, nous travaillons ensemble. Nous nous aimons, et vous nous empêchez d’être heureux ! Rendez-moi Pierrick ! — Mais en quoi est-ce que je vous empêche ? — s’étonna sincèrement Sylvie-Antoinette. — Donnez-moi des faits ! — Eh bien… — balbutia la femme. — Il ne veut pas vous quitter ! Pierrick, tu es bête ou quoi ? Ces paroles géniales, c’est le petit Sébastien qui les a prononcées dans le roman de Véronique Panov. Après que l’adulte Pierrick lui a « offert » un bonbon dont le très joli emballage cachait… le vide. Eh oui, il est vraiment bête ! Comme le disait Desproges : il n’a pas de troubles psychiques — il est juste bête ! C’est exactement ce que Sylvie-Antoinette a dit à son mari, mais cela ne s’est pas passé quand sa maîtresse s’est installée chez eux — ça, elle avait encore encaissé ! — Non, c’est arrivé un peu plus tard. Oui, il s’est avéré que son Pierre-Édouard, Pierrick le coq doré, avec qui elle vivait depuis tant d’années, s’était trouvé une nouvelle flamme. Et celle-ci ne s’est pas contentée d’arriver : elle est venue avec des exigences — « Nous nous aimons, rendez-moi votre mari ! » À ce moment-là, Sylvie commençait déjà à se douter de quelque chose. Pierrick s’était mis à se raser chaque jour au lieu d’un jour sur deux, il avait acheté une nouvelle eau de toilette et, tout récemment, il avait repassé ses jeans avec une belle pliure sur le devant. Sylvie n’en a pas voulu à son mari et a pensé, avec une pointe de vengeance, que c’était bien fait pour lui. Il s’était couvert d’un parfum étranger étouffant et était reparti dans la nuit : on l’avait nommé de garde ! Oui, lui, simple cadre intermédiaire ! — Tu comprends, chérie ? — expliquait-il à table. — Chez nous, petite société du bâtiment, on n’a plus de gardien. Et le budget est serré ! Donc, on fait des tours de garde la nuit pour dormir au bureau et faire fuir les voleurs ! Pas envie, mais obligé… J’adorerais rester à la maison. Au bureau, même pas de quoi dormir ! — Et comment tu fais toute la nuit là-bas ? Assis comme ça ? — demanda Sylvie dans un style bien provincial. Pierre fit la grimace. Parler comme ça, vraiment ? «Assis comme ça», c’est quoi ? Mais c’est un gérondif, certes vieilli ! Et la prof de français qu’était Sylvie le savait bien, à la différence de son mari. Ça faisait longtemps qu’elle pensait que son mari mentait. Et qu’il y avait anguille sous roche dans leur royaume. Après vingt ans de mariage, leur fille s’était installée ailleurs. Et voilà que son mari avait sans doute une maîtresse. Ça arrive : il est tombé amoureux, il n’a qu’à avouer et partir. L’appartement appartenait de toute façon à Sylvie-Antoinette avant leur union. Bon, c’est comme ça. Crise de la quarantaine et autres balivernes. Mais Pierrick tardait à avouer. Aimait-il toujours sa Sylvie ? Pensait-il que sa nouvelle histoire n’était pas sérieuse ? Mais le fait était indéniable : il vivait toujours à la maison, comme si de rien n’était ! Et même il accomplissait son devoir conjugal. À part quelques indices d’infidélité, Sylvie n’avait rien de concret. Peut-être qu’elle se faisait des films ? Juste une histoire de parfum… juste des pantalons bien repassés. Sylvie voulait tourner la page sur ces bizarreries, mais la voilà, la perfide trouble-fête débarque — « Raymonde Zacchari », la séparatrice. Pierrick n’était pas là. Sylvie faisait le ménage dans leur deux-pièces. Et soudain — la voici : bonjour-bonjour ! Naïve, comme dans son film préféré, Sylvie l’a laissée entrer : on ne sait jamais, elle voulait peut-être juste expliquer quelque chose ! Plus tard, elle découvrit que « l’amour » de son mari était de cinq ans sa cadette. Mais elle avait tout l’air d’une femme de plus de quarante ans ! Et voilà ce qu’elle déclara : — Moi c’est Laurence, on travaille ensemble. Nous sommes amoureux, et vous nous gênez ! Rendez-moi Pierrick ! — Mais en quoi est-ce que je vous gêne ? — s’étonna Sylvie-Antoinette. — Expliquez-moi, donnez-moi des faits ! — Eh bien… — la femme hésita. — Il ne veut pas vous quitter ! — Mais c’est lui qui ne veut pas partir ! Moi, je n’ai aucune objection ! Je peux même vous préparer sa valise dès maintenant ! — proposa Sylvie, puis demanda : — Et qu’est-ce qu’il vous a raconté ? Que je suis mourante, c’est ça ? Et qu’il ne peut pas me laisser ? — Euh… pas vraiment mourante… — la visiteuse balbutia, — mais presque. En vérité, avec Pierrick, elle n’avait pas abordé ce sujet ! D’ailleurs, ils parlaient à peine : tout, sauf le fait d’une infidélité accidentelle, sortait de son imagination… Mais Sylvie ignorait tout ça. — Mais vous voyez bien que je vais très bien ! Donc, prenez le petit Pierrick sans souci — je lance la procédure de divorce demain ! À vous la voie libre, l’amour et que le bonheur inonde votre foyer ! — lui souhaita la femme, tout sourire. — Vraiment ? — la visiteuse s’en réjouit. — Vous êtes incroyablement positive ! Franchement, je ne m’y attendais pas ! J’avais peur du pire ! « Tu ne sais pas à quel point je peux être positive ! », pensa Sylvie sans bienveillance en continuant à sourire, puis dit tout haut : — Allons donc ! Pierrick et moi, nous avons une confiance totale ! Nous nous respectons. Je vais tout lui dire, et vous pouvez partir tranquille ! Cela sonnait comme « reposez en paix ». Mais la visiteuse, surexcitée, ne remarqua rien. — Eh bien, dites-lui que je l’attends ce soir, avec ses affaires ! — conclut Laurence, gratifia sa rivale terrassée d’un sourire triomphant et fila vers son bonheur tant rêvé. — Certainement, chère madame ! — s’exclama la prof de français. — Patientez bien ! Le soir, Sylvie avait préparé un « petit » bagage orphelin pour Pierrick dans l’entrée : pas grand-chose à emmener — on ne paye qu’à la hauteur du bien ! À la tête de son mari, Sylvie comprit qu’il n’était au courant de rien. Car Pierre-Édouard, habituel, embrassa sa femme sans montrer le moindre trouble et demanda : — Sylvette, qu’est-ce qu’on mange ? Dis, pourquoi il y a une valise dans l’entrée ? Tu pars quelque part ? — Ta copine est passée ! — lança Sylvie sans détours. — Ma copine ? — Pierrick était sincèrement surpris. — Oui, la gardienne ! Celle avec qui tu fais tes gardes de nuit ! — expliqua Sylvie. — Pour surveiller les biens ! Pierrick rougit et murmura tout bas : — Laurence ? Je n’ai jamais fait de gardes de nuit avec elle ! — Il y en a d’autres que Laurence ? Tu te révèles gaillard sur le tard, dis donc ! — Ce n’est pas ce que tu crois — commença l’homme. — Ah bon, et qu’est-ce que je crois ? Vas-y, lis dans mes pensées ! Allez ! Tu vas sûrement me dire qu’il ne s’est rien passé, ou qu’elle est venue d’elle-même ! — Non… — piqua du nez Pierrick. — Ça s’est passé, mais une seule fois ! Tu te souviens, quand je suis rentré ivre ? Et voilà ! Mais je ne voulais pas — victoire jurée, Sylvette ! Elle m’a séduit de force ! C’est… l’instinct ! Voilà… — Je comprends, Pierrick : l’amour, ça vient, on n’y échappe pas ! Et puis, ça arrive, comme disait Polygraphe Charicot ! Ne te gêne pas, j’ai tout compris. On a tout réglé : Laurence t’attend, j’ai promis de te laisser partir ! — Partir où ? — Pierrick blêmit : Laurence n’était pas d’ici et louait une chambre en colocation. — Pourquoi partir ? — Eh bien, inutile de dissimuler tes sentiments, Pierre ! Je le lis dans tes yeux ! Allez, va donc et bon vent sous toutes les voiles, et dans toutes tes parties du corps ! — Mais je ne veux pas ! — s’entêta son mari : il ne voulait vraiment pas ! — Trop chaud pour dormir, c’est ça ? — chambrât Sylvie. — Une sueur qui dégouline ? La collègue de son mari était effectivement plutôt enveloppée, et pendant leur échange, elle s’éventait avec un mouchoir brodé, ruisselante au-dessus de la lèvre. Pierrick se mura dans le silence. Et avec Laurence, tout ça s’était passé juste une fois, sous l’effet de l’alcool, après une soirée d’équipe. Pas de grand amour là-dedans. Pourtant, elle le harcelait, et dans la tête de Sylvie, tout s’alignait dans une logique limpide. Si vous saviez, chers amis, combien d’épouses de Magomaev il y avait à l’époque soviétique dans les asiles ! Une flopée : des étoiles sans nombre, des gouffres sans fond. Même aujourd’hui, les gens fous ne manquent pas : il y a bien des Pierricks au Brésil… Et à part cette obsession, le reste était parfaitement normal ! Ils n’avaient un pet au casque que sur un sujet précis… Mais aujourd’hui, heureusement, Laurence avait pris son jour de congé : elle avait un entretien sérieux avec Sylvie. Et Pierre respirait à nouveau, il avait honte devant son petit collectif. — Pierre, goûtez mes crêpes — c’est moi qui les ai faites ! On voit bien que votre femme vous laisse crever de faim ! Comment s’est passé votre week-end ? On en parle ? Oh, vous m’avez visitée en rêve cette nuit ! Vous voulez savoir ce qu’on y faisait ensemble ? « Voilà que j’ai fait une belle bêtise ! » rumina Pierrick, dépité. Il s’était vraiment mis dans de beaux draps ! Il n’avait plus qu’à démissionner ! Cent fois il a regretté sa faiblesse d’un soir ! Qui aurait cru que Laurence aurait été aussi déséquilibrée ? — OK, — se radoucit Sylvie, — admettons que tu ne mens pas, Don Juan. Comment envisages-tu la suite de notre vie ensemble ? Tu veux que je me recouche avec toi alors que je viens d’apprendre tout ça ? — Je dormirai sur le canapé ! — répondit prestement le mari fautif, prêt à dormir même sur le paillasson, n’importe où, pourvu que sa chère Sylvie ne l’expulse pas. Et elle accepta : on verrait bien ! Le lendemain, samedi, Laurence débarqua dès le matin : alors, on part ? Je comprends, hier ce n’était pas possible ! Quand Pierre ouvrit la porte, il hallucina : c’est grave ! Et il tenta de raisonner la femme, tout à fait euphorique : la phase maniaque, c’est du sérieux… — Laurence Victoire, chère amie, — et à ces mots, elle se tendit — on y est ! — rentrez chez vous ! Et doucement, il fait glissant aujourd’hui ! — Et vous ? — s’étonna la collègue. — Moi, je reste ici ! — tenta Pierre, rude. — Avec ma femme ! — Mais nous sommes amoureux ! — objecta la dame, lourde de conséquences. — Tout cela, c’est le fruit de votre imagination ! Il n’y a rien eu, rien ! — insista Pierre, sachant pourtant qu’il s’était bien passé quelque chose. Mais comment le prouver ? Rien à faire, si on est parti ensemble, peut-être qu’on s’est séparés aussitôt… D’ailleurs, tout le petit bureau savait que Laurence avait un grain. Et Pierre choisit de tout nier jusqu’au bout. Dans sa tête, Laurence ressassait. Elle resta bouche bée à regarder l’objet de sa passion. Puisqu’ils s’aiment ! Et que sa femme l’a libéré ! Alors pourquoi pas ? — Au revoir ! — dit Pierre-Édouard en fermant la porte. Et là, sa femme prononça les répliques légendaires du roman de Véronique Panov sur l’oncle Pierrick. Parfait pour la situation. Et Pierrick resta muet : le silence, c’est tout ce qu’on imagine… Laurence fixa la porte, espérant qu’il changerait d’avis. Mais non, c’était fini. Malheureusement, Pierrick n’était pas le seul : deux collègues avant lui avaient démissionné à cause des harcèlements de Laurence. Avec eux, il n’y avait absolument rien eu du tout ! Le lundi, Laurence ne revint pas au bureau : elle avait soudain démissionné. Peut-être que trois essais suffisaient, et elle irait chercher l’amour ailleurs. Après tout, pas si dérangée que ça… Pierrick, une fois encore, souffla : il avait même pensé à partir ! Heureusement, elle n’était pas enceinte… Quant à la gentille Sylvie, elle pardonna à son mari. Certes, il l’avait trompée, accidentellement et sous l’emprise de l’alcool ! Mais le reste était vrai ! On apprit plus tard que les collègues masculins faisaient vraiment des tours de garde la nuit au bureau de l’agence du bâtiment : la direction radine économisait sur le gardien ! Et le nouveau parfum et les jeans repassés de Pierrick n’avaient rien à voir. Oui, simple hasard, c’était le jeu de la vie ! Peut-être que tout était la faute de Mercure rétrograde et des tempêtes magnétiques : enfin une excuse commode… En conclusion ? Ne buvez pas trop en soirée d’entreprise, les amis ! Car l’amour peut parfois être toxique. Et dans la vie actuelle, on en trouve à la pelle. Heureusement, elle n’a pas fait de chantage… Mais tout ne pourra pas être mis sur le dos de Mercure…