Un camionneur revient de son trajet avec une femme mystérieuse.

Le camionneur de nuit, Pierre, revint dun long trajet à travers la campagne normande avec une inconnue sous le bras.
«Elle vivra désormais avec nous!», annonça-t-il en descendant du cab, tandis que Gaëlle éclatait en larmes, les yeux noyés dincrédulité.

Gaëlle fixait la nouvelle venue dun regard ahuri. La femme, audacieuse comme une rafale dété, sengouffra sans cérémonie dans la salle de bains, revint drapée dune robe de chambre qui appartenait à la maîtresse de la maison, un grand torchon enroulé comme un diadème. En traversant le couloir, elle lança dune voix cassée :

«Ne reste pas là comme une statue! Dabord, jai faim. Ensuite, ton mari arrivera dune traite.»

Gaëlle aurait aimé hurler, la pousser dehors, mais elle resta muette. Lappartement, cétait celui de Pierre, un bien acquis avant le mariage, un petit cocon de briques parisiennes audelà duquel rien ne semblait annoncer le chaos. Jusquà ce jour.

Gaëlle ne travaillait pas ; largent roulait comme des pièces deuro dans leurs poches, Pierre gagnait bien sa vie sur les autoroutes de lAtlantique. Elle était capricieuse, un brin extravagante, et ses amis plaisantaient que Pierre sétait volontairement engagé comme routier pour ne plus la voir trop souvent. Malgré tout, il laimait dun amour que tout le monde, même elle, croyait inébranlable.

Le jour où Pierre revint, Gaëlle se demanda, comme dans un songe, ce quil avait apporté cette fois?

La réalité dépassa toutes les attentes. Pierre présenta la nouvelle : «Voici Ninon, elle habite maintenant avec nous.»

Gaëlle, trentequatre ans, belle et jeune, ne pouvait pas absorber limage dune femme de cinquante ans, négligée, au ton grinçant, qui sétait glissée dans son univers. «Comment mon charmant mari auraitil pu être attiré par une telle caricature?» se demandatelle, même si certains hommes préfèrent les dames plus mûres, mais jamais à ce point.

«Hé, tu vas rester là à attendre? Jai faim!», vociféra Ninon depuis la cuisine.

Gaëlle, sans répondre, se mit à préparer des raviolis. Ninon resta silencieuse, puis, quand Gaëlle déposa une assiette, elle lança, sourcils levés :

«Tu nourris ton mari avec des plats tout prêts? Et tu men jettes à la figure?»

«Oui», répliqua Gaëlle, le visage crispé dune haine muette.

Ninon ouvrit la fenêtre, projeta les raviolis dans lair.

«Questce que tu fais?», sécria Gaëlle.

«Le chat les mangera! Toi, ma chère, prépare la soupe ou fais frire des pommes de terre!», rétorquaelle en se dirigeant vers le téléviseur.

Lorsque Pierre rentra, Gaëlle lentraîna dun geste vers la cuisine, le cœur battant, et lâcha:

«Chasselahors! Pourquoi lastu amenée? Elle a jeté la nourriture!»

Ninon apparut alors, le regard méprisant.

«Pierre, pourquoi la supportestu? Tu es un bel homme, tu as une belle maison, de largent et elle ne sait même pas cuisiner. Une petite fille choyée, mais qui se plaint tout le temps!»

«Je vis ici. Je suis la maîtresse!», riposta Gaëlle.

«Oui, bien sûr,», répliqua Ninon.

Ensemble, ils descendirent au supermarché du quartier.

Ninon cuisina ce jourlà, tandis que Gaëlle, sans appétit, se contenta de regarder. Le lendemain, elle goûta un potage riche, des pâtes à la mode de la marine, un vrai petit festin.

Gaëlle navait jamais aimé cuisiner, mais elle décida de rattraper le passé. Elle parcourut les recettes en ligne, échoua au début, puis trouva le goût. Elle cessa de critiquer Pierre à chaque occasion.

Un doute la saisit: si Ninon restait, elle partirait. Elle ne lavoua à personne, même pas à sa mère, mais confia tout à sa meilleure amie, Catherine.

«Fousla dehors, imposteur! Si mon petit Pierre ramène une inconnue comme ça, je perds la tête!», lança Catherine.

«Cest facile pour toi, la maison est à vous deux, Pierre ne gagne rien, cest toi qui portes la famille. Moi, je nai rien, tout est à Pierre!», sanglota Gaëlle.

«Merci, ma chérie. Jai essayé de la soutenir, mais elle ma laissée tomber! Retourne auprès de Pierre et de Ninon!», sindigna Catherine.

Rien ne changea vraiment. Pierre continuait dadmirer Gaëlle, elle tentait daborder le sujet de Ninon, de savoir combien de temps elle resterait, mais Pierre restait muet.

Ninon trouvait un emploi dans une petite épicerie du quartier. Un matin, Gaëlle eut une idée surréaliste pour survivre à cette intrusion: tomber enceinte. Elle navait jamais envisagé de devenir mère, elle naimait pas lidée de perdre sa silhouette, ni les enfants.

Pourtant, elle pensa que cétait la clé. Les amis sétonnèrent de son revirement: elle cuisait, ne faisait plus de crises, était devenue la femme idéale. Puis, un jour, elle annonça à Pierre quelle attendait un bébé.

Il exulta.

«Il était temps! Éduque bien, sinon on sera expulsé comme moi!», soupira Ninon.

«Expulsé?», balbutia Gaëlle.

«Oui. Jai élevé les fils de mon mari comme les miens. Quand mon cousin a disparu, ils mont mise à la porte, mont dit de ne plus revenir. Jy ai mis tout mon cœur», sanglait Ninon, les yeux remplis de larmes.

Gaëlle, pour la première fois, sentit de la compassion, murmura:

«Et après?»

«Rien. Jai bu, je ne voulais plus vivre. Un jour, ton mari est passé. Jai sauté sur la route, il a freiné miraculeusement. Nous avons parlé longuement, jai changé davis. Jai compris que les gens peuvent être bons. Tu as de la chance davoir Pierre,», répondit Ninon.

Ce soirlà, ils dînèrent à trois, et Gaëlle ne ressentit plus lenvie de chasser Ninon. Ninon, avec un sourire, pensa quelle avait réussi à transformer lépouse de Pierre en une dulcinée.

Le lendemain, loncle de Pierre, venu de la campagne de la Loire, arriva en visite. Tous les regards se tournèrent vers Ninon. Après une semaine, il repartit, et Ninon le suivit.

«À notre âge, il faut saisir les opportunités, ne pas les refuser! Merci de nous avoir accueillis», dit-elle en riant.

Gaëlle ressentit même un petit manque delle. Sa vie changea, elle changea ellemême. Elle donna naissance à une petite fille, et invita Ninon à être la marraine. Elles devinrent inséparables.

Chaque été, Gaëlle se rendait chez eux à la campagne, lair frais nourrissait le bébé. Pierre ne cessait dêtre étonné: sa femme était méconnaissable, transformée, et il attribuait tout cela à Ninon.

Ainsi, le fil étrange du destin avait tissé une toile où chacun devint indispensable à lautre, dans ce rêve qui flottait entre la réalité et limaginaire.

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Un camionneur revient de son trajet avec une femme mystérieuse.
Je suis perdue — Ania ! Qu’est-ce qui t’est arrivé aux mains ? s’exclama Nastia, effarée. — Tout va bien, répondit Ania sur un ton tendu. Demain matin, je vais au salon, on va me refaire les ongles et retrouver une peau normale. — Comment tu as réussi à mettre tes mains dans cet état ? Tu travailles dans une carrière, ou quoi ? renchérit son amie Sylvie. — Juste un ménage humide dans un appartement de célibataire, lança Ania avec agacement. Et inutile d’en faire tout un drame ! — Tu es sérieuse ? s’étonnèrent les copines. Et pourquoi tu appelles ton appart’ « d’appartement de célibataire » ? Tu l’as toujours qualifié de nid… Et pourquoi tu t’en charges toute seule ? Il y a des gens faits pour ça… — Chez moi, tout va bien, répondit Ania, appuyée, et ça a toujours été le cas ! — Tu fais des ménages chez les autres, maintenant ? s’éloigna Sylvie, troublée. Mais Ania, on est tes amies ! Si t’as des soucis d’argent, tu pouvais le dire ! Je t’aurais toujours soutenue ! — J’ai de l’argent, grogna Ania. Et les affaires marchent bien. — Ania, je ne comprends vraiment rien ! s’inquiéta Nastia. Pourquoi tu as décidé de mettre de l’ordre chez quelqu’un d’autre ? Et pourquoi le faire toi-même ? — Tu as perdu un pari ? suggéra Sylvie. — J’aurais préféré, détourna Ania, le regard fixé au mur. Je suis carrément dans la galère, les filles… Si seulement j’avais perdu mon business et que je devais gagner ma vie en nettoyant des appartements d’inconnus ! Son annonce laissa ses amies sans voix. Face à la question muette qui brillait dans les yeux de ses copines, Ania lâcha, agacée : — J’ai un mec chez moi. Et franchement, j’aurais préféré avoir des poux, des souris ou des punaises, plutôt qu’un mec pareil ! Cette confidence fit naître davantage la panique que l’effroi dans les regards de ses amies. — Ania, fuis-le ! Si t’en es-là, c’est qu’il faut partir ! murmura Nastia. — Impossible, grimaca Ania. Et je ne veux pas ! C’est vers lui que je vais, jamais je ne partirais ! — Quoi ? Sylvie recula, sidérée. Ania, c’est bien toi que j’entends ? Tu as toujours été en acier trempé ! Inébranlable ! Et là… à cause d’un type !!! — Je sais ! lança Ania, furieuse. Je sais tout ! Moi-même, je ne me reconnais plus ! Je suis hors de moi, je crie ! Il ne me manque plus qu’à me cogner la tête contre le mur ! Peut-être que je devrais essayer ? Sylvie et Nastia étaient complètement perdues. L’idée de cogner la tête contre le mur, elles la rejetèrent vivement. Et ce qui les acheva, c’est de voir à quel point Ania était en colère contre elle-même. — Et Stanislas alors ? demanda soudain Nastia. Vous étiez pas mal tous les deux ! Et il était si attentionné, serviable ! — Tu peux le prendre pour toi, répliqua Ania. Moi, il ne me sert à rien ! Je t’assure, j’ai vérifié ! Même au niveau de Stéphane, c’est loin du compte ! — Stéphane ? fit la grimace Sylvie. Comme ça, tu as laissé tomber Stanislas pour un certain Stéphane ? Je pensais au moins à Gabriel ! — Va avec ton Gabriel ! Et tu peux emmener Raphaël aussi ! rétorqua Ania. Moi, j’ai Stéphane ! — Il est riche ? s’enquit Sylvie. — Non, secoua la tête Ania. — Beau ? demanda Nastia. — Ordinaire, répondit Ania. — Jeune et chaud ? tenta Sylvie, un peu sceptique. — Quarante et un ans, lâcha Ania, coupant les mots. — Et qu’est-ce que tu lui trouves, alors ? lança Sylvie en ricanant. — Il sait aimer ! dit Ania rêveusement, le visage illuminé d’un sourire béat. Il aime d’une telle façon que je pourrais tout lui donner ! Je lui donne tout ! L’appartement, la maison, les voitures ! Même le business, je lui céderais ! Tant qu’il est près de moi ! Tant qu’il est à moi ! À moi toute seule ! — C’est la clinique, dit Sylvie en hochant la tête. — Où tu l’as trouvé, au juste ? demanda Nastia. — Sur internet, répondit Ania en souriant. Je cherchais juste un petit frisson pour la soirée… Les femmes qui se consacrent à leur entreprise se marient rarement. Ce n’est pas la famille qui fait défaut, ce sont les hommes qui supportent mal la réussite de leur épouse. Sauf s’ils vivent carrément à ses crochets. Ania s’était choisie dès l’école, passionnée par le tissage de perles, puis très vite créatrice de bijoux pour ses camarades — évidemment, pas pour des bonbons ! Elle a fait des études d’économie, mais ses bijoux (et pas seulement en perles) sont devenus une vraie source de revenus. Son diplôme, ses compétences l’ont persuadée de faire de sa passion un vrai business. — Non, pas de la perle ! s’amusait Ania. Des bijoux faits main ! De l’exclusif ! Avec les envies du client ! — Des créateurs comme ça, y en a des centaines de milliers ! répliquait-on. Tu seras juste une de plus, à vivoter de bricoles ! — Qui t’a dit que je voulais être juste une artisane ? Ce serait trop petit et en vérité, ça ne permet pas de s’élever. On peut survivre, mais pas vivre comme on le souhaite vraiment. Ania a fédéré les créateurs sous son aile. Le travail était colossal. Pub, catalogues, clients, négociations, contrats. Puis ouverture des points de vente. Et encore de la pub pour positionner son magasin en haut de gamme pour les vrais connaisseurs ! Ce n’est pas juste un boulot — c’est titanesque ! Mais à trente-cinq ans, Ania était devenue une businesswoman à succès, avec tout ce qu’elle pouvait rêver — et même plus. Un appart’, une maison à la campagne, un garage pour six voitures et que des modèles de luxe, bien sûr. Et un solide compte en banque. Ses désirs, elle pouvait les exaucer d’un simple claquement de doigt ! Seule la famille n’avait pas de place dans sa vie. Et franchement, ça ne lui pesait pas. Pour la santé, la bonne humeur et la motivation, il y avait les « garçons ». Prêts à aimer et adorer contre une somme, aussi longtemps que nécessaire. Puis ils disparaissaient une fois l’intérêt envolé. Ces temps-ci, Ania voyait souvent Stanislas — un garçon charmant. Les copines disaient même qu’elle finirait par le garder toujours près d’elle. — Peut-être même pour en faire ton mari ! glissait la romantique Nastia. — Là, on le perdrait pour de bon, soupirait Sylvie. Elle aussi voyait Stanislas de temps en temps. Pourquoi Ania s’est-elle aventurée sur une appli de rencontres express, personne ne le sait. Un petit coup de blues un soir, elle a voulu pimenter sa soirée. Quand on a toujours à portée de main un Stanislas sucré, on finit par vouloir quelque chose de plus relevé. Mais son profil reçu des messages de garçons tout aussi sucrés. Trop ennuyant. Alors le « Bonsoir ! » d’un certain Stéphane a retenu l’attention d’Ania. — On discute ? ajouta-t-il, sans attendre de réponse. Ania a décidé de se divertir avec Stéphane. En même temps, elle lisait sa fiche et regardait ses photos. Tout de suite, elle s’est indignée intérieurement : — Et tu veux m’intéresser ? Tu vois pas que sur mes photos, j’ai les voitures, les yachts, l’or, les diamants ! Alors que toi, t’es dans un salon qui ressemble à celui de ma grand-mère ! Et visiblement, pas un passage chez le dermato ! Pas du tout mon niveau ! Mais la conversation continuait. Sur tout et rien. Il fallait reconnaître que Stéphane était cultivé et instruit. — Alors pourquoi t’es pas riche ? demanda franchement Ania. — Pourquoi faire ? répondit Stéphane. Ce fut le choc. — Comment ça, pourquoi ? Pour vivre à l’aise ! — J’ai tout ce qu’il me faut, répondit Stéphane. Éprouve aucun manque ! Une montre à un million donne la même heure que celle à cinq mille. La conversation continua jusqu’à l’aube. — Je dois aller bosser, écrivit Ania. — Bon courage, répondit Stéphane. Moi, j’ai un emploi du temps flexible. Plus simple ! Toute la journée, Ania pensa peu à l’étrange interlocuteur nocturne. Mais parfois, il lui revenait en tête. Le soir, elle déclina l’invitation au lancement d’un nouveau resto, par le propriétaire lui-même. Prétexta une urgence. Se posa sur son canapé, tablette à la main, pour écrire à Stéphane : — Salut ! Tu ne m’as pas oubliée ? — Salut ! J’ai pas Alzheimer ! Si j’oublie, j’en ressens une étrange satisfaction ! Et de nouveau, ils écrivirent quasiment toute la nuit. Ania dormit à peine quelques heures. Mais le soir, elle rentra vite, impatiente de retrouver Stéphane sur la messagerie. Deux semaines d’échanges virtuels mirent Ania dans un tel état qu’elle voulait absolument rencontrer Stéphane. Comme toujours, elle exprima son désir franchement. En réponse, elle reçut : — Viens ! Il envoya son adresse. Ania fut figée, la tablette d’une main, l’autre suspendue. Comme à l’oral quand on est soudain privée de mots. — Comment ça, viens ? demanda-t-elle, éberluée. Même question sur écran. — Viens, tout simplement, répondit Stéphane. Dis-moi juste, tu préfères le thé ou le café ? Et les éclairs à la crème, ça te va ? Sinon, je lance des steaks sur le grill ! Si c’était quelqu’un qu’Ania connaissait bien, rien d’étrange. Mais pour une première rencontre, tout de suite chez lui ? Chez elle ? Elle-même ? Envie de lui taper : tu abuses, franchement ! Mais la tentation de le voir l’emportait, elle se fit plus polie : — Je voyais plutôt un café ou un resto… — Trop la flemme ! répondit-il. Là, Ania se souvint de leur différence de statut social et financier. — Écoute ! Je peux payer le taxi aller-retour. Et le dîner et tout le reste ! Habitée par le réflexe des « garçons » à ses frais, elle envoya ça sans hésiter. — Je peux tout payer moi-même, répondit Stéphane. J’ai juste la flemme, vraiment ! Se préparer, sortir, rentrer… Et il fait pas super beau. Bref, ça me tente pas de me déplacer ! Si tu veux vraiment me voir, viens ! J’ai déjà donné mon adresse. — Attends ! Là, c’est trop ! Je tolère pas ce genre de manque de respect ! écrivit Ania, la tablette balancée sur le canapé. Et elle la laissa deux jours sans y toucher, se torturant mais résistant. Évidemment, elle espérait que Stéphane s’excuse, insiste, propose n’importe quel resto ou café. Ania attendait ça. Mais, quand elle consulta la messagerie, son dernier message restait sans réponse. Stéphane n’avait même pas fait l’effort d’un mot. Colère, comme une bouilloire oubliée sur le feu ! Ania se lâcha sur Stéphane avec des propos peu élégants. En fait, elle explosa deux heures d’indignation. Une fois calmée, une évidence : la conversation avec lui lui manquait. Son envie de le rencontrer n’avait pas diminué. Bien au contraire. — Il m’a bien attrapée, ce salaud ! grommela-t-elle en reprenant la tablette. Peut-être aurait-il pu se vexer, vu sa dernière remarque. — Salut ! écrivit Ania, fébrile. — Salut, répondit Stéphane. Quoi de neuf ? Ton neutre. Comme si la dernière fois, ils s’étaient quittés sur un banal au revoir. — Ça va, répondit Ania. Partant pour une rencontre aujourd’hui ? Ou tu es encore trop flemmard ? Petite pique, pour voir. — Tu me connais ! répondit Stéphane avec un emoji hilare. Trop flemme, même pour aller acheter du pain ! Je fais mes galettes à la poêle. — Mais quand alors on se verra, si t’as toujours la flemme ? demanda Ania. — Tu conduis ? demanda-t-il. — Oui ! J’ai une voiture ! — En état de marche ? — Évidemment ! s’étonna Ania. Six voitures. Si une tombait en panne, direct en réparation ou à la revente. — Je peux renvoyer mon adresse si tu l’as effacée, écrivit-il. Viens ! *** — Attends ! Attends ! coupa Sylvie en attrapant la main d’Ania. T’es sérieuse ? Tu as foncé chez un inconnu ? — Oui, acquiesça Ania d’un air solennel. — Tu n’as pas eu peur ? s’étonna Nastia. Il aurait pu être, je sais pas, dangereux ! — J’avais mon spray de défense, répondit Ania. Je ne m’en suis pas servie, finalement. — Tu as vraiment foncé chez un mec rencontré sur internet ? Direct chez lui ? s’insurgea Sylvie. C’est complètement insensé ! — Je l’ai fait ! acquiesça Ania. Et je n’ai pas regretté une seule seconde d’y être allée ! Les filles, je suis perdue ! Et, quand j’ai compris tout ça pour moi, je me suis reproché ces deux jours à l’avoir « mariné » ! Si j’y étais allée tout de suite, j’aurais été heureuse deux jours plus tôt ! — Mais quel bonheur ? s’exclama Sylvie. — Celui pour lequel je donnerais tout au monde ! répondit Ania avec sincérité. — C’est pas une blague, pour ta boîte et tes biens ? grimaça Sylvie. — Je suis prête à prendre des crédits pour lui ! Et ensuite à bosser dans une carrière, s’il le faut ! affirma Ania, la main sur le cœur. Nastia ouvrit de grands yeux, bouche bée d’étonnement. — Raconte la suite ! s’enthousiasma Sylvie. Alors, tu y es allée ? — J’y suis allée…