VIVRE POUR SOI.

Vivre pour soi, vraiment! ma lancé ma copine Léa pendant quon partageait un petit déjeuner, en remuant son thé dans un gobelet en papier. Tu nas jamais pensé à toi! Toujours à courir après les besoins de ton mari et de ton fils! Elle parlait de mon mari Pierre et mon petit Lucas.

Léa a trentequatre ans, elle est super intelligente et plutôt jolie. Elle a trois ans de moins que moi, mais elle passe son temps à me donner des leçons déquilibre.

Ils tont mis le coude à lépaule et tont filé le couteau! continuaitelle. Tout ce que jentends, cest «pour Pierre», «pour Lucas». Tu les as tant traités! Mais enfin, prends du temps pour toi! Baladetoi, chouchoutetoi!

Je hochais la tête, daccord. Léa est mariée depuis sept ans, mais elle na pas denfants. «Il faut enfin commencer à vivre pour soi», me répèteelle toujours.

Pourquoi tu rentres toujours à la maison dès le boulot? Laisseles préparer le dîner! Ils sont où, tes «braves»? Ils peuvent euxmêmes se faire un petit truc! Les hommes, cest des créatures ingratement reconnaissantes. Tu fais tout pour eux, ils ne voient même pas leffort! Léa jette un regard à son manucure impeccable. Mon Pierre ne me réclame même plus de cuisine. Au supermarché, il y a toujours des plats tout prêts: on les sort, on les mange. Avant, ils me demandaient un plat de bœuf et du poulet. Jaurais pu les remplacer en un clin dœil! Mariezvous avec une belle femme, faut lui offrir un cadre. Mais moi, la cuisine, cest pas mon truc. Gagne plus et engage un chef!

Je soupirais. Bien sûr, des gens comme Léa peuvent se permettre ces folies. Pierre laimera toujours. Moi, cest autre chose.

Mais Léa a raison, il faut vivre pour soi. Dès demain, je me mets en congé. Pierre commence le sien dans une semaine. Jaurai toute une semaine pour me gâter.

Le matin, je ne me lève pas tant que Pierre et Lucas ne sont pas prêts à partir au boulot et à lécole. Pas besoin de les réveiller, ils comprennent que cest mon moment. Juste avant quils ne franchissent la porte, je leur file un sac de sandwichs, je les embrasse, et je leur souhaite une bonne journée.

Alors, par où commencer? Je me regarde dans le miroir, pas du tout satisfaite. Tant mieux! Je prépare vite un petit déjeuner, puis je file au salon de coiffure du Marais. Une coupe moyenne, un petit rafraîchissement, et je me sens dix ans plus jeune! Pierre va adorer, jen suis sûre.

En bonne humeur, je me dirige vers les Galeries Lafayette. Jessaie plusieurs pulls, rien ne me plaît jusquà ce que je tombe sur un sweat à capuche à motif qui ferait craquer Lucas. La taille est parfaite! Je limagine tout heureux, et je sais quil me remerciera avec un grand sourire. Jachète le sweat, je pense quà moi, et cest tout.

Je continue dans plusieurs boutiques, je regarde des sacs, des chaussures, des petites robes, je commence à fatiguer. Puis, un panneau «Grandes remises» mattire au rayon parfums. Là, je repère le parfum Dior masculin que je convoitais depuis des mois, en promo! Je me projette déjà, profitant de cette fragrance qui me rappellera mon nouveau moi, loin des exigences de Pierre. Jen prends un flacon, et je choisis une petite truffe à manger avec ma nouvelle coupe.

Je descends au supermarché du rezdé

sol. Je suis une vraie sucrée, alors je file direct au rayon pâtisserie. Des minigâteaux aux couleurs vives, du palmier au beurre, du biscuit à la levure rien de mieux que du fait maison! Jopte pour une tarte aux pommes que je préparerai moimême, pour moffrir le vrai goût du plaisir.

Après un long tour parmi les produits «prêts à réchauffer», je me dis que si je veux vivre pour moi, je le fais avec de la bonne bouffe. Jachète un magret de canard, du riz, des pommes. Je me fais plaisir.

De retour à la maison, je suis heureuse et légèrement essoufflée. À la porte, notre chien Biscotte, la petite boulette de poils, mattend avec sa balle dans la gueule. «Baladetoi à ta guise», me rappelait Léa. Je le sors, je cours, je lance la balle, je cherche un bâton. En revenant, je me regarde dans le miroir, je suis rayonnante. Lair frais a rafraîchi mon teint.

Pendant que la canette mijote et que la tarte cuit, Pierre et Lucas rentrent. Pierre remarque ma nouvelle coupe et mon look.

Tu es magnifique aujourdhui! sexclameil, en me déposant un baiser sur la joue. Un petit éclat de jeunesse brille dans ses yeux.

Maman, tu ressembles à ma grande sœur, sécrie Lucas. Ce nouveau coiffure te va à ravir!

On déguste tous ensemble le canard et la tarte, que jai préparés pour me faire plaisir.

Cest tout simplement extraordinaire, ma chérie! me lance Pierre.

Mmmh, jadore quand tu cuisines, marmonne Lucas en dévorant un morceau de tarte.

Après que Pierre ait lavé la vaisselle et que Lucas ait rangé un peu, je leur donne les cadeaux que jai achetés. Le sweat a fait le bonheur de Lucas, qui me serre fort dans ses bras en signe de gratitude.

Puis, juste avant de se coucher, Pierre et Lucas emmènent Biscotte se promener. Mon téléphone sonne: cest Léa.

Tu ne devineras jamais, le gars qui me faisait vivre un calvaire ma quitté! sanglotetelle. Il a trouvé une autre, une collègue qui le harcelait depuis longtemps Jai perdu des années, et maintenant je suis toute seule.

Je lai rassurée du mieux que jai pu. Je lui ai rappelé quelle était superbe, quelle finirait bien par rencontrer quelquun de bien, un vrai partenaire, pas un bétail. Je lui ai dit que maintenant, elle était libre, quelle avait tout le temps de vivre pour elle-même. Elle a fini par rire, même si une larme a coulé.

Tard dans la soirée, alors que Lucas sest endormi, Pierre a allumé des bougies, sorti une bouteille de vin rouge.

Aujourdhui, cest une fête? aije demandé, en savourant le parfum du vin et les regards tendres de mon mari.

Avec une femme comme toi, chaque jour est une fête,matil murmuré en membrassant.

Plus tard, blottie sur lépaule de Pierre, presque endormie, je me suis dit à quel point cest beau de vivre pour soi, surtout quand on a autour de soi ceux quon aime et ceux pour qui on veut vraiment vivre.

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VIVRE POUR SOI.
«Apparemment, tous mes efforts n’ont servi à rien, » lança la mère de mon mari d’un ton acerbe. — C’est Dieu qui te punit pour avoir détruit une famille ! enchaîna ma belle-mère. — Eh bien, souffre maintenant ! — Je n’ai rien détruit, répondit enfin Véra. Vadim voulait déjà divorcer. — Mais bien sûr ! Vouloir ou pas, il est resté avec Zoé près de 15 ans ! Et il l’a quittée à cause de toi, elle en est morte de chagrin et de désespoir. À 30 ans, Véra cumulait un mariage raté et quelques histoires tout aussi malheureuses, tout en rêvant d’une vraie famille, d’un enfant. Voilà pourquoi, quand son histoire avec Vadim a commencé, elle a retrouvé l’espoir. De cinq ans son aîné, grand, solide, chauffeur-livreur, Vadim lui a semblé cet homme fiable derrière lequel elle pourrait se sentir protégée. Au bout de deux semaines seulement, il parlait déjà de leur avenir, rêvait à voix haute d’un fils. Et Véra priait intérieurement pour que leurs rêves se réalisent enfin. Ce à quoi elle n’était absolument pas préparée, c’était d’apprendre, quatre mois plus tard, que son compagnon était marié. — Ne t’angoisse pas comme ça, répondit Vadim avec sérieux en remarquant son visage défait. Ça fait longtemps que je prévois de divorcer. Mais je n’avais nulle part où aller, personne chez qui partir. Je suis un homme, je n’allais tout de même pas retourner vivre chez ma mère ? — Tous les hommes mariés disent ça, répondit Véra tout bas, le cœur fendu. — Je ne suis pas «tous», coupa-t-il. Et il n’a pas menti. Deux mois après, il lui montrait son jugement de divorce et, deux mois plus tard, ils se mariaient. Même s’il avait une fille de son premier mariage, restée chez sa mère, Vadim soutenait ardemment Véra dans sa volonté d’avoir un enfant commun. Mais là, ça coinçait. Deux ans à essayer en vain, puis Véra a fini par consulter. Elle n’avait jamais eu de souci de santé, alors la révélation du médecin l’a surprise. — Vous n’êtes ni la première, ni la dernière, rassura-t-elle la gynécologue. Un traitement, et tout ira bien. Mais les traitements hormonaux furent difficiles à supporter pour Véra. Les sautes d’humeur, l’appétit d’ogre, les douleurs à l’estomac s’enchaînaient. Son mari remarquait bien ses changements et tentait d’en comprendre la raison. Pourquoi cet irascibilité, cette nervosité, parfois ces cris ? Mais Véra était déterminée à ne rien révéler. Et s’il la quittait en apprenant, sur quoi reposerait sa vie ? Personne ne devait savoir. Un jour, le mari rentra avec une adolescente. — Je te présente Dacha, ma fille, dit-il en me la présentant. Elle va désormais vivre avec nous, sa mère est décédée. — Pardon ? bredouilla Véra, choquée mais se contenant devant l’enfant. Euh… Entre, fais comme chez toi. Étrangement, Véra n’avait jamais vu la fille de Vadim, qu’il rencontrait à l’extérieur et assez rarement ; elle ne savait que cela et qu’il payait la pension. Véra ne voulait pas élever une autre fille, aussi tragique soit la situation d’une orpheline de 13 ans. Elle le dit franchement à son mari une fois seuls. — Tu veux que je la mette à la Ddass ? s’agaça Vadim. — Non, mais elle pourrait vivre chez ta mère. Tu m’as bien dit que Marie-Alexandrine adore sa petite-fille. — Ma mère est âgée et a des soucis de santé ! Pourquoi lui imposer un enfant ? Avec sa belle-mère, Véra n’avait aucune relation, juste quelques rencontres polies, jamais plus de dix fois. Et à 58 ans, Marie-Alexandrine semblait en pleine forme. — Et moi, tu me crois en pleine santé ? lança Véra par réflexe, avant de se corriger pour ne pas éveiller de soupçon. — Probablement. Juste un peu trop nerveuse. Tu devrais peut-être voir un médecin. — Vadim, je ne connais pas ta fille. Dacha non plus ne me connaît pas. — C’est une gentille fille. Vous allez vous entendre. Et la conversation est close, j’ai tôt le travail demain. Véra se mordit la langue. Pas envie de se disputer. Le lendemain, elle essaya d’en parler à sa belle-mère qui la coupa net : — Tu as épousé un homme avec un enfant, tu savais à quoi t’attendre. De quoi tu te plains ? Elle raccrocha. Le soir même, Vadim cria sur elle malgré la présence de la fille dans la pièce d’à côté. — Tu ne peux pas me donner d’enfant, et en plus tu mens ! Je ne m’attendais pas à ça de toi. — Vadim, attends, explique-toi… — Arrête de faire l’innocente ! Ma mère m’a tout raconté, ton infertilité, ce traitement inutile ! Et tes scènes… Je ne veux plus jamais te voir ! — Laisse-moi t’expliquer, pleura Véra, mais Vadim n’écouta plus. Heureusement, Dacha était sortie faire des courses et n’assista pas à la scène. — Où sont les affaires de Dacha ? On part. Je demande le divorce pour de bon. Je croyais, naïf, que tu finirais par aimer ma fille. Je me suis trompé… — Mais je t’aime ! — Arrête, Véra… lança-t-il en fourrant les vêtements de Dacha dans des sacs. Véra fondit en larmes. C’est alors que Dacha rentra dans l’appartement. — C’est toi qui as tout raconté à mamie ? demanda Véra en pleurant. Je croyais qu’on était amies. — Je n’ai rien dit du tout ! s’effraya Dacha. De quoi vous parlez ? — Va dans la voiture, ma chérie, interrompit soudain Marie-Alexandrine sur le pas de la porte. Je t’avais bien dit de ne pas venir ici. C’est Véra qui t’a appris à ne pas obéir aux adultes ? — Mamie ! Arrête ! — Allons, ma fille, coupa Vadim, attends-nous dehors. Dacha obéit. — Pourquoi s’en prendre à l’enfant ? – interrogea la belle-mère, furieuse. Elle n’y est pour rien ! Je suis simplement venue déposer un pull et j’ai vu cette montagne de médicaments. J’ai suffisamment de bon sens pour comprendre à quoi ils servent. Marie-Alexandrine était allée fouiller, voilà tout. Mais peu importait. — C’est Dieu qui te punit pour avoir détruit une famille ! — reprit la belle-mère. Maintenant, tu n’as qu’à souffrir. — Je n’ai rien détruit, répondit enfin Véra. Vadim voulait déjà divorcer. — Bien sûr ! Vouloir ou pas, il est resté 15 ans avec Zoé ! À cause de toi, il l’a quittée et elle s’est perdue. Ma petite-fille est orpheline à cause de toi ! Sa vie foutue, sur ta conscience ! Vadim, perdu, passait son regard de l’une à l’autre, incapable d’intervenir. C’est Dacha qui mit fin aux hostilités. — Mamie, pourquoi tu mens ? s’exclama Dacha en ouvrant la porte : elle était restée derrière. C’est maman qui buvait déjà, c’est pour ça que papa voulait divorcer ! — Ma chérie, mais qu’est-ce que tu racontes ? — s’écria Marie-Alexandrine. Tu es bouleversée par la mort de ta mère… — Non ! Tu ne comprends rien ! Papa a bien fait de partir, on ne pouvait plus vivre avec elle ! Toujours ivre, elle criait sans arrêt… Je ne pouvais pas la quitter, c’était ma maman. Et Tata Véra est gentille ! Elle s’occupe de moi, m’apprend tout… — Dacha éclata en sanglots. Les trois adultes se précipitèrent pour la consoler. — On s’en fiche que tata Véra soit malade, ajoute la fillette en reniflant. Elle va guérir, je le sais ! Papa, pourquoi tu es parti ? Véra t’aime, et moi aussi… « Apparemment, tous mes efforts n’ont servi à rien, » soupira la belle-mère. J’ai même refusé de prendre Dacha, pensant que tu finirais par abandonner Vadim toute seule. Et j’ai enquêté sur tes médicaments… Mais regarde dans quel état est ma petite-fille. — Vous pouvez être fière, lâcha Véra avant d’emmener Dacha à la salle de bain. Vadim resta muet, confus. Le couple s’est réconcilié, Dacha est restée vivre avec eux, refusant catégoriquement d’aller chez sa grand-mère, à la grande joie de Véra. Depuis, ils ne voient plus beaucoup Marie-Alexandrine qui espère encore renouer des liens avec eux.