Il disait toujours que j’étais la seule. Puis j’ai découvert qu’il en avait une autre… depuis ses années universitaires.

Il me dit toujours que je suis son unique. Et puis je découvre quil a une autre depuis luniversité.

Je tombe dessus par hasard. Je voulais simplement imprimer nos billets, mais lordinateur de Marc est verrouillé.

Je pense que cest le nouveau logiciel, je saisis lancien code. Ça fonctionne. Sur le bureau, il ny a quun seul dossier, sans titre, daté de deux jours auparavant. Je louvre. En une fraction de seconde, un frisson me parcourt le corps.

Des photos. Des dizaines de clichés dune même femme: à la plage, dans un bistrot, devant un miroir. Des selfies pris à bout de bras, avec tendresse. Et sur plusieurs delles, il apparaît aussi mon mari, celui qui le matin membrasse sur le front et me demande ce que je veux pour le dîner.

Au premier instant, je crois à une erreur. Peutêtre sa sœur, une cousine. Mais quelques clics suffisent. Les messages, les fichiers, les dates. Leur histoire remonte plus loin que je ne peux limaginer. Elle débute avant même que nous nous rencontrions, et ne sest jamais vraiment arrêtée.

Et moi je ne suis que lune des deux. Probablement celle qui, pendant vingt ans, a vécu dans le plus grand mensonge.

Jai toujours su que Marc avait une jeunesse tumultueuse. Il a étudié à Lyon, était le cœur de la soirée, plein damis, jouait de la guitare. Il me disait quavant de me connaître, «il samusait un peu», mais il ne donne jamais de détails. Je ne le pousse pas; chacun a son passé.

Quand nous nous rencontrons, il a trente ans. Jai vingthuit. Il est mature, posé, affectueux. Il me fait la demande après un an. Nous achetons un appartement, notre fille voit le jour. Il ne me donne jamais aucune raison de douter. Il rentre à lheure, est tendre, attentionné, présent. Parfois, quand il part en déplacement, il menvoie un SMS «tu me manques». Je renvoie un cœur et je suis convaincue dêtre tout pour lui.

Pourtant, cette femme a toujours fait partie de sa vie.

Elle sappelle Dominique. Je trouve son adresse mail, son nom de famille, même son numéro de portable. Mon cœur bat à tout rompre. Des milliers de questions tourbillonnent dans ma tête, mais je crains chaque réponse. Avant de linterroger directement, je passe trois jours sans dormir. Je fais semblant que tout va bien: je prépare le dîner, je discute avec ma fille, je récupère les colis. Mais à lintérieur, tout me crie.

Je nen peux plus. Je massois en face de lui à la table. Je le fixe dans les yeux et je demande :

Qui est Dominique?

Il reste figé. Un instant, il détourne le regard, puis esquisse un sourire. Mais ce nest pas le sourire que je connais. Il est vide.

Cest une vieille histoire, rien de grave, répondil. Nous étions ensemble à luniversité. Mais cest loin maintenant.

Et maintenant?

Il se tait longtemps. Puis il lâche une phrase qui me transperce :

Nous ne nous sommes jamais séparés.

Il affirme ne pas savoir comment cela a pu arriver. Quil a tenté de rompre plusieurs fois, mais ils reviennent toujours lun vers lautre. Quelle na jamais épousé, quils se voient parfois quelques fois par an, voire une fois seulement, mais toujours.

Je vous aimais toutes les deux, ditil. Différemment, mais quand même.

Jai envie de crier, de lancer des assiettes, de pleurer. Je ne fais rien. Je reste assise, à regarder lhomme avec qui jai partagé plus de vingt ans, qui vient de mavouer quil était engagé ailleurs tout ce temps.

Pourquoi mastu mariée?je demande.

Parce que je taimais, répondil sans hésiter. Et je pensais que ça sarrangerait.

Arranger? Pensaitil vraiment pouvoir mener deux vies, deux mondes, deux cœurs simultanément?

À cet instant, je réalise que rien de ce que nous avons vécu nétait tel que je le croyais. Chaque anniversaire, chaque voyage, chaque rire partagé était teinté dune ombre que je ne voyais pas.

Je ne fais pas de scène. Je ne le jette pas hors de la maison. Je ne dis quune phrase :

Je ne sais plus qui tu es.

Je sors, je me promène, sans téléphone. Je le laisse avec son dossier, ses photos, son passé.

Les mois passent. Nous ne nous remettons pas ensemble, mais nous ne nous séparons pas officiellement non plus. Marc envoie des emails, laisse des petits mots, mais je refuse de les lire. Je sais que chaque phrase sera désormais suspecte.

Dominique vient me rendre visite, seule. Un jour, elle sonne à la porte, un bouquet de roses à la main. Ses yeux sont chaleureux mais fatigués. Nous nous asseyons à la cuisine, elle me regarde droit dans les yeux et dit :

Je pensais que tu ne savais pas. Ce nest que lan dernier quil ma avoué que vous étiez ensemble. Désolée.

Je reste muette. Lan dernier? Soitdisant dixhuit ans… elle pensait quil nétait que le sien.

Je réalise alors quil nous a menti à toutes les deux. Il a construit tout sur des demivérités, des demiréalités. Il ne voulait pas choisir, alors il ne choisit rien.

Mais maintenant, cest à moi de choisir.

Je dépose une demande de séparation. Pas forcément définitive, mais suffisante pour respirer, pour penser à moi, pas à lui.

Je me demande comment jai pu ne rien voir. Peutêtre que je ne voulais pas voir? Peutêtre que jétais trop amoureuse, trop confiante?

Aujourdhui, je sais une chose: je ne laisserai plus jamais personne vivre à moitié avec moi. Si je dois être lunique de quelquun, alors vraiment lunique, ou pas du tout.

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