En rangeant la maison de mon grand-père, j’ai découvert un second testament. Tout y était destiné à moi.

Je vous raconte ce qui sest passé lorsque jai aidé Élodie à trier la vieille maison de son grandpère. En entrant, elle a découvert un deuxième testament où tout était destiné à elle.

Le manoir de la campagne du Limousin accueillait Élodie sous un air lourd et un silence pesant. Elle a grand ouvert les fenêtres, laissant entrer la chaleur de mai et le parfum du lilas. Un mois sétait écoulé depuis le décès du grandpère, et ce nétait que maintenant quelle avait trouvé la force de venir ranger ses affaires.

Pierre Moreau était, pour elle, bien plus quun simple grandpère. Après la mort prématurée de ses parents, cest lui qui a remplacé la famille, qui la élevée et mise sur le chemin de la vie. Les dernières années, leurs rencontres étaient rares: le travail à la préfecture de Lyon, le tumulte du quotidien, le manque de temps chronique. Debout au milieu du salon, où chaque objet rappelait Pierre, Élodie se reprochait chaque jour non partagé.

Le téléphone a brisé le silence.

«Élodie, tes déjà en train de ty mettre?», a lancé la voix douce de sa tante Geneviève. «Victor et moi arriverons demain, on vous aidera avec les meubles. Ny touche pas un seul objet de valeur, daccord?»

«Oui, tante Geneviève», a répondu Élodie, les yeux fixés sur le buffet du grandpère chargé de coquillages. «Je ne fais que trier les affaires, les papiers.»

«Parfait. Après la lecture du testament, cest un peu gênant, je sais Ne sois pas vexée que le grandpère tait laissé que des livres et un piano. Il voulait simplement répartir les choses équitablement.»

Élodie a réprimé un sanglot. Le notaire, Maître Serge Dupont, avait lu le testament où la maison et le gros du patrimoine étaient partagés entre les enfants de Pierre: la tante Geneviève et loncle Victor. À Élodie ne restaient que les livres, le vieux piano et une montre gravée: des objets chers au cœur, mais sans grande valeur monétaire.

«Tout va bien, tante», a dit Élodie. «Je nai besoin de rien dautre.»

«Exactement! Tu as ton appartement, ta vie. Nous, Victor et moi, on a besoin de la maison de campagne pour la saison des vacances. Allez, à demain!»

Après avoir raccroché, elle a inspiré profondément. Grandpère lui avait toujours répété que la maison serait à elle. «À qui dautre la laisser si ce nest à toi, petitefille? Tu es la seule à connaître la valeur des murs qui nous abritent», se souvenaitelle de ses mots. Il avait donc, à la toute fin, changé davis. Cétait son droit.

Tout le jour, Élodie a passé son temps à trier les livres. Chaque volume gardait un souvenir: le recueil de contes à la couverture usée que grandpère lui lisait avant le coucher, les manuels de mathématiques sur lesquels il, ancien instituteur, travaillait avec elle. Certains livres renfermaient des fleurs séchées, des vieilles photographies, des notes en écriture soignée.

Le soir venu, elle sest rendue dans le bureau du grandpère. Petite pièce au lourd bureau en acajou, étagères jusquau plafond, toujours interdite sans frapper, «laboratoire de la créativité», plaisantait-il. Là, Pierre rédigeait mémoires, journaux, archives.

Élodie a manipulé avec soin dossiers, carnets jaunis, enveloppes vieillies. Dans le tiroir inférieur, un paquet de lettres liées à la ficelle: la correspondance de sa grandmère, quÉlodie navait jamais connue, ainsi quun vieux carnet de cuir. En louvrant, elle a lu une note datée de lannée passée: «Appeler S.P. pour le nouveau testament. Détruire lancien».

Le cœur a manqué un battement. Un nouveau testament? Mais le notaire, Maître Serge, navait présenté quun seul document.

Elle a continué à fouiller, chaque tiroir, chaque dossier. Derrière un tas de journaux anciens, elle a trouvé une enveloppe portant linscription «Testament. Copie. Loriginal chez le notaire S.P.». La date était un mois avant le décès de Pierre.

Les mains tremblantes, Élodie a sorti le papier et a commencé à le lire. Dans ce second testament, Pierre laissait la maison, le terrain et tous les biens de valeur à Élodie. Ses enfants, Geneviève et Victor, ne devaient recevoir que des compensations financières.

«Cette décision nest pas dictée par la préférence dun héritier à lautre,» écrivait le grandpère, «mais par le désir de préserver le nid familial. Élodie est la seule qui voit la maison non comme un bien matériel, mais comme le cœur de notre histoire. Je suis sûr quelle la gardera pour les générations futures.»

Élodie sest effondrée dans le fauteuil du grandpère, sous le choc. Pourquoi ce deuxième testament navaitil pas été présenté? Le notaire lavaitil connu? Que faire maintenant?

La nuit a passé sans sommeil. Allongée sur le vieux lit de la chambre quelle occupait autrefois, elle réfléchissait aux options. Présenter le testament déclencherait un scandale. Geneviève et Victor, déjà occupés à partager le terrain, navaient jamais été très proches du père. Leur droit était-il moindre?

Au petit matin, le bruit dune voiture sest fait entendre. Geneviève a franchi le seuil en premier, sa voix forte remplissant la maison.

«Élodie, nous sommes venues avec Marion,» a-t-elle annoncé en désignant sa fille, qui traînait les pieds dans le hall. «Voyons ce quon peut emporter tout de suite. Victor arrivera plus tard avec les déménageurs.»

Élodie a souri, forcée.

«Bonjour,» a-t-elle dit. «Je nai pas encore tout fini»

«Pas de souci, on aide!», a répliqué Geneviève en se dirigeant vers les pièces. «Ce buffet, je le prends. Et la commode de la chambre. Tu ne dirais pas non, Mariton?»

Marion a haussé les épaules.

«Peu mimporte, maman. Je suis venue pour la collection de pièces de monnaie du grandpère, tu lavais promise.»

«Oui, oui! sest exclamée GenevièveOù est la collection? Il la gardait depuis toujours, elle est à toi, Marion.»

Élodie a senti la colère monter. La collection numismatique était la fierté de Pierre, il lui montrait chaque pièce, racontait son histoire. La voir passer à Marion, qui était venue aux funérailles lair désabusé, était une provocation.

«Geneviève,» a commencé doucement Élodie, «avezvous parlé au notaire après la lecture du testament?»

Geneviève sest figée, puis a tourné brusquement la tête.

«Avec Maître Serge? Non, pourquoi?»

«Parce que jai trouvé, parmi les papiers du grandpère, la mention dun autre testament, plus récent.»

Un silence lourd sest installé. Marion a posé le regard sur le buffet, intriguée.

«Quelles bêtises? a rétorqué Geneviève, la voix tremblanteIl ny avait quun seul testament, celui quils ont lu.»

«Je pense quon doit appeler Maître Serge,» a déclaré Élodie fermement. «Jai une copie dun autre document.»

Geneviève est devenue pâle.

«Élodie, pourquoi remuer le couteau dans la plaie?Le père a fait son choix, il a tout réparti équitablement. Tu as reçu les choses qui comptaient pour lui!Livres, piano!»

«Ce nest pas la question des objets,» a répliqué Élodie. «Cest la dernière volonté du grandpère. Sil a changé davis, nous devons la respecter.»

Geneviève a ricanné, amère.

«Il na pensé quà toi!Tes parents sont morts, cest triste, mais pourquoi il te mettait toujours avant ses propres enfants?Nous nétions pas étrangers pour lui!»

Élodie, surprise par tant de rancœur, a gardé son calme.

«Je nai jamais demandé un traitement de faveur»

«Bien sûr que non!Tu étais toujours là.Nous, on a nos vies, nos soucis.On ne pouvait pas rester à ses côtés tout le temps.»

Marion, tentant de calmer le jeu, a intervenu :

«Si un autre testament existe, laissez les avocats trancher.»

À ce moment, la porte dentrée sest ouverte. Victor, loncle corpulent à la ressemblance frappante avec Pierre, est entré.

«De quoi vous disputezvous?»

«Élodie a trouvé un autre testament,» a annoncé Geneviève. «Il dit que le père tout lui a légué.»

Victor sest assis, lair fatigué.

«Vraiment? at-il demandéLe père ma dit quil voulait changer le testament. Il disait que la maison devait rester entière, que seule toi, Élodie, laimais vraiment.»

«Et tu las gardé secret? a explosé GenevièveTraître!»

Victor a soupiré :

«Je ne savais pas sil lavait réellement rédigé ou simplement envisagé. Quimporte?La vieille maison demande de lentretien, elle nous sert dactif à vendre. Pour nous, cest de largent. Pour Élodie, cest le souvenir.»

Geneviève a levé les bras :

«Alors tu es avec elle?Parfait!On lui donne tout, et on reste les bras croisés!»

Marion a roulé les yeux :

«Maman, arrête, Victor a raison. On veut la maison, on veut la revendre et sacheter un appartement à Lyon.»

Élodie écoutait, ressentant une distance étrange. Ils parlaient de la maison comme dun simple bien, alors que pour elle cétait tout un univers.

«Voici ma proposition,» a finalement dit Élodie. «Nous appelons Maître Serge et clarifions les testaments. Si la dernière volonté du grandpère est bien celle de me léguer la maison, je suis prête à vous indemniser pour vos parts, progressivement.»

«Quelle indemnité? a ricanné GenevièveSur le salaire dune bibliothécaire?»

«Je peux contracter un prêt, ou vendre mon appartement,» a répondu Élodie. «Je veux garder la maison.»

Marion a soupiré :

«Appelons simplement le notaire.»

Maître Serge est arrivé peu après, sacoche en main, et sest installé dans le salon.

«Vous avez trouvé un second testament,» a-t-il constaté après avoir écouté Élodie. «Puis-je le voir?»

Élodie lui a tendu le document. Le notaire la examiné, comparé les dates et signatures.

«Oui, cest une copie authentique,» a conclu Maître Serge. «Pierre a effectivement rédigé un nouveau testament peu avant sa mort.»

«Pourquoi ne lavezvous pas présenté? a demandé Geneviève, outrée.»

«Une semaine avant de mourir, le père ma appelé et a demandé dannuler le premier testament. Il voulait fixer un rendezvous, mais il na pas survécu pour le rencontrer.»

Victor a demandé :

«Donc son souhait final était de revenir au premier arrangement?»

«Je ne peux pas laffirmer avec certitude,» a répondu prudemment le notaire. «Il na donné aucune raison, seulement quil ne voulait pas de dispute familiale.»

Élodie a senti les larmes monter. Son grandpère pensait à elle jusquà la fin, même au prix de ses propres désirs.

«Légalement,» a poursuivi Maître Serge, «le testament le plus récent et non annulé est celui qui prime. Ici, il vous laisse la maison. Mais si vous contestez, la procédure pourrait durer des années, au profit des avocats.»

Le silence est retombé. Élodie a regardé la vieille pommier planté par Pierre avant sa naissance, qui chaque printemps éclatait en fleurs blanches. «Tant que le pommier fleurit, la maison vit,» se rappelait-elle les mots de son grandpère.

«Je ne vais pas faire valoir le second testament,» a déclaré soudainement Élodie, se retournant vers ses proches. «Restons comme ça.»

«Quoi? a demandé Marion, surpriseTu renonces à la maison?»

«Non,» a répondu Élodie. «Je propose une solution différente. La maison restera en possession commune. Personne ne la vendra. Jy vivrai, je la garderai en bon état. Vous pourrez venir quand vous voulez: lété, les weekends, les fêtes, comme un vrai foyer de famille.»

«Mais pourquoi faire cela? sétonna GenevièveSi la loi te donne tout, pourquoi partager?»

«Parce que Pierre voulait que nous soyons une famille,» a expliqué simplement Élodie. «Il craignait que lhéritage ne nous déchire. Il était prêt à changer sa dernière volonté pour nous protéger. Je veux honorer son désir.»

Victor a observé sa nièce un long moment, puis a acquiescé lentement :

«Je suis daccord. Cest le bon choix.»

Geneviève a hésité, son visage montrant le combat entre lappât du gain et le sentiment que la proposition dÉlodie était plus précieuse.

«Qui paiera lentretien? Les réparations? atelle demandé.

«Je prendrai les dépenses principales,» a répondu Élodie. «Vous profiterez dune maison prête à vivre. La seule condition: ne jamais demander la vente.»

«Et si jai besoin dargent rapidement? a persisté Geneviève.

«Alors je rachèterai ta part,» a affirmé Élodie, «peutêtre en plusieurs fois. Mais la maison restera la maison.»

Marion a ri :

«Pierre aurait approuvé cela. Il disait toujours quÉlodie était la plus sage de nous.»

Maître Serge, intéressé, a ajouté :

«Je peux rédiger un accord conforme à la volonté de Pierre. Ce sera juridiquement propre et respectera son souhait.»

Le soir, les papiers signés, la tension sest apaisée. Ils se sont installés sur la véranda, avec du thé, et ont évoqué les souvenirs. Victor a raconté comment il avait aidé à construire cette même véranda avec le père, Geneviève a revécu les tartes de sa mère, Marion a ri des anecdotes de lenfance de Pierre.

Élodie les a observés, réalisant quelle avait trouvé bien plus que des biens matériels: elle avait reconquis une famille. SiEt ainsi, la vieille maison retrouva son âme, portée par lamour retrouvé de toute la famille.

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En rangeant la maison de mon grand-père, j’ai découvert un second testament. Tout y était destiné à moi.
J’ai laissé mon mari partir à la fête d’entreprise… et je l’ai amèrement regretté – Livraison spéciale de maris ! Bonjour madame ! Alors, vous le prenez ? Valérie fixa, incrédule, le zigoto vacillant sur son seuil, incapable de savoir si c’était une blague ou pas. – Vous n’aviez pas un livreur un peu plus… sobre ? demanda-t-elle. – Chère Madame !, s’écria solennellement le livreur. Vous n’imaginez pas à quel point vous avez de la chance : c’est le plus raisonnable du lot qui est devant vous ! Quelle éloquence… À 3 heures du matin, le cerveau n’a pas envie de décoder des envolées lyriques. – Bon, alors, on vous laisse le mari ou on le dépose sur le palier ? insista le livreur. Je vous jure, madame, dans l’état où il est, il roupillera fidèlement devant chez vous jusqu’au petit matin ! – Puisque vous l’avez ramené…, soupira Valérie, tentant de rassembler ses esprits. Entrez, je vous prie. Le livreur s’effaça et Valérie vit apparaître trois énergumènes. Non, deux traînaient un troisième entre eux. – Et lequel des trois est mon mari ? demanda Valérie. Impossible d’en reconnaître un pour le sien. – Allons, voyons, madame ! C’est évidemment la perle du trio qui est à vous !, assura le livreur. – Je ne vois rien de perlé là-dedans, répliqua Valérie. Et au milieu… ce n’est pas mon mari ! – Comment ça ce n’est pas le vôtre ?, le livreur fronça les sourcils. Il n’y a pas d’erreur ! – Comment est-ce possible, puisqu’il est chauve, celui-là ? Mon mari n’a jamais été chauve ! – Ah, madame !, sourit le livreur. Tout le monde n’a pas la veine de remporter les concours du bureau !, dit-il en otant sa casquette et dévoilant lui aussi un crâne rasé, avec trois îlots de cheveux. On comprenait bien que la tondeuse avait fait des ravages. – Comme votre humble serviteur !, ajouta-t-il avec tristesse. – Mais enfin, vous êtes fous là ?! s’indigna Valérie. Entre les concours et la tonte générale… – Et encore, madame ! La pire, ce fut Mme Martin, l’adjointe du chef comptable, 56 ans ! Le stylo refusait obstinément d’entrer dans la bouteille ! – Elle aussi ?, balbutia Valérie, sidérée. – Avec tout l’acharnement possible !, confirma le livreur. Mais elle a tout de même remporté un bon de 1500 euros pour une perruque sur-mesure ! Voilà, madame, vous êtes satisfaite ? C’est bien votre mari ? – À vrai dire, sous ce maquillage, pas même sa mère ne le reconnaîtrait. Encore un concours ? – Plutôt une animation, s’amusa le livreur. De l’aqua-make-up ! Plongez-le dans la bassine, ça partira ! – Et cette tenue ridicule ? – Toujours les concours… Notre direction est très… créative ! Pas d’inquiétude : une fois dégrisés, chacun récupérera ses vêtements. – Chez vous, la cohésion d’équipe se fait par échange de fringues ? ironisa Valérie. – Plutôt une révélation de l’âme… et du costume !, Le livreur aperçut le regard effaré de Valérie et ajouta précipitamment : Mais tout est resté très correct, madame ! Chez nous, c’est strict là-dessus. – Après les crânes rasés et le maquillage intégral ?! Bon, on verra bien… reprit Valérie. Mais vite, posez-le au salon, je ne veux pas sentir ses vapeurs cette nuit ! Le paquet fut déposé, tête face au dossier du canapé : – Madame, au moins, les émanations seront filtrées !, glissa le livreur en saluant. – Et dire qu’il fallait vraiment que tu y ailles, à ce fichu pot !, lança Valérie à son mari inerte. Mais il ne broncha pas. – Tant pis, on reparlera demain… Dire que Valérie avait supplié Igor de ne pas y aller. Il s’était obstiné : pas question de vexer la direction ! Et elle savait déjà que le lendemain serait… sportif. On rêve toujours que la vie de couple, ce sera comme la première année. Mais la routine, les années, ça change tout. Avec le temps, chacun s’organise un espace à soi, des passions, des amis… Valérie et Igor étaient mariés depuis dix-neuf ans. Leur fils, André, venait d’atteindre la majorité et allait bientôt quitter le nid. Leur fameux « espace personnel » avait commencé il y a sept ans, quand Valérie s’était mise à la peinture. Igor s’était essayé à l’informatique mais s’en était vite lassé. Ses amis, les sorties, l’apéro au bar, tout cela lui suffisait. Mais la grande angoisse de Valérie, c’étaient ces fameux pots d’entreprise d’Igor. Les conjoints n’étaient pas conviés et le chef raffolait des « challenges » insensés. Igor racontait souvent, hilare, ces histoires de concours absurdes : « Tu gagnes si, recouvert de miel, tu attires le plus de plumes ! », « Cette année, pour la prime, c’est ambiance Koh-Lanta ! » Et chaque fois Valérie le suppliait : n’y va pas… Mais cette année, la consigne était claire : la prime dépendait de la participation au réveillon du bureau. Résultat : Igor y fila, promettant de rester discret. À minuit, Valérie douta déjà du « tout se passera bien ». …La nuit fut agitée, mais le réveil franchement épouvantable. Un hurlement glaça la maison. Valérie sursauta, réalisa que ça devait être son mari qui se découvrait dans la glace… Mais non : le cri reprit, et ce n’était pas la voix d’Igor. En arrivant, elle découvrit un inconnu, hagard, au beau milieu de son salon : – Qui êtes-vous ? – Où suis-je ?, gémit-il. – Vous vous souvenez au moins de votre nom ? s’agaça Valérie. – Michel…, balbutia-t-il. Mais où je suis arrivé ? – Chez moi. On t’a livré à la place de mon mari. Avec tes collègues du pot d’entreprise. – Ouf !, soupira Michel. Au moins je suis à Paris ! La dernière fois, je me suis réveillé à côté de Lyon sans papiers ni argent ! Un vrai cauchemar ! – Charmant, marmonna Valérie. Michel ajouta : « Une autre fois, je me suis retrouvé à l’aéroport pour un vol à Nice… Mais là, apparemment, on m’a épargné ! » – Félicitations, répliqua sèchement Valérie. Et mon mari, alors ? – Igor Sobolev ? Mais il a démissionné avant-hier ! Hier, il est juste venu dire au revoir et il est parti vivre ailleurs. Défaillante, Valérie attrapa son téléphone et appela Igor. – Alors, tu as fait connaissance avec Michel ? Il est sympa, non ? – C’est une blague ?, s’étrangla Valérie. – Pas du tout. On ne fait plus vraiment couple, tu l’as remarqué, non ? Je pars, la maison et la voiture sont à vous. Et Michel, c’est un gars bien, tu verras : pas d’enfant, pas d’ex-femme ni de pension alimentaire ! Il bosse, il est drôle, un peu paumé, mais avec toi il sera parfait ! Prends soin de lui pour moi, d’accord ? Je demande le divorce. Abasourdie, Valérie laissa tomber le téléphone. Michel la rattrapa. – Il ne plaisantait pas, confirma-t-il. Il a promis de me trouver quelqu’un de bien il y a un mois déjà… Valérie ne garda ni Michel, ni son amertume. Mais elle n’oublia jamais ce mari qui l’avait larguée… en la faisant remplacer comme un colis de Noël.