À Mamie Masha, un mauvais rêve a rendu visite, où sa maman décédée lui proposait des tartes : « Mange, ma chérie ».

Grandmère MarieDupont ma raconté, tout en sirotant son café, quelle a fait un cauchemar bien étrange la nuit dernière. Dans son songe, sa maman décédée lui servait des tartes en boucle, en disant dune voix douce: «Mange, ma petite». Marie mangeait, mangeait, mais rien ne la remplissait, comme si lestomac ne voulait jamais se rassasier. Au réveil, elle a eu la chair de poule: si les proches morts nous nourrissent, ce nest pas bon signe, sestelle dit. Elle a allumé son ordinateur, tapé «signes avant la mort», et est tombée sur un moine bouddhiste qui affirmait que plus de deux semaines restent au monde.

Au lieu de se morfondre, Marie a décidé dêtre courageuse. Elle a arraché ses vieilles photos en lambeaux, même si ça ne servait à rien, et sest dit que le soleil était enfin levé: «Allez, on va prendre lair». Elle sest habillée, est sortie sur le petit square de limmeuble et a entendu un bébé crier derrière la porte voisine. «Quel bruit!», sestelle exclamée, parce que chaque son semble venir du couloir dun immeuble ancien.

Derrière la porte, un jeune couple vit en location. La petite Manon, à peine quatre ans, pleure sans que personne la console. La mère est enceinte du deuxième enfant. Marie a frappé à la porte, un homme à lair pâle la ouverte. Il a raconté dune voix tremblante que laccouchement venait de commencer et que la femme a failli sévanouir en donnant Manon. «Je lai accompagnée jusquà la voiture, elle ma dit quelle ne survivrait pas», atil soufflé, les larmes aux yeux.

Ils sont entrés chez Marie, directement dans la cuisine. Elle a versé un verre de jus de fruits rouges à Manon, en faisant semblant de dessiner des petites baies sur le verre: «Tu vois les baies qui flottent? Ça porte chance, bois un peu.» Aucun sens na été donné, mais Manon se calma rapidement, même si tout était encore inconnu autour delle.

Le père de Manon, Alexandre Lefèvre, était déjà là, assis, figé comme une statue. Marie a pris la petite par la main: «Viens, je te montre mon chezmoi.» Elles ont parcouru lappartement. Alexandre sest levé pour les suivre. Marie a pointé un portrait en noir et blanc sur le mur: «Cest mon grandpère, il était soldat pendant la guerre.»

Dans le salon, une étagère débordait de figurines en porcelaine: un écureuil, un lapin, un cygne, et plusieurs oiseaux. Manon a passé ses doigts sur les petites statuettes, les a montrées à son père qui les a examinées avant de les reposer. Elle a choisi lécureuil, et son père a souri: «Belle petite, tu pourras jouer avec plus tard.»

Après la petite visite, la maîtresse de maison a proposé de manger. Tous trois sont revenus à la cuisine. Alexandre sest installé à la table, Manon à côté, et Marie a réchauffé une soupe de poulet. Quand le bol dAlexandre sest vidé, Marie a remarqué et a rajouté un peu de bouillon. Le soleil déclinait, et Alexandre navait plus envie de rentrer chez lui, où tout était plus gris. Il a remarqué que leau de la baignoire ne sécoulait pas bien, et a sorti son téléphone pour appeler un plombier.

Il a passé un moment à déboucher la canalisation, téléphone à la main, pendant que la nuit tombait. Manon commençait à somnoler, alors Marie lui a donné un biberon de lait tiède et la déposée sur le canapé. Alexandre, à la fois fatigué et soulagé, a demandé doucement: «Estce que je peux rester ici pour la nuit?» Marie, qui avait senti le poids de la solitude dans son petit appartement, a accepté. Elle a sorti une petite table pliante, et ils ont passé la soirée à se chuchoter des histoires. Alexandre a parlé de sa femme, de son amour, et de comment il voulait que tout aille bien pour Manman.

Quand la petite sest enfin endormie, Marie la bercée doucement et lui a souhaité une bonne nuit, en lappelant affectueusement «ma petite fille». Le cœur dAlexandre sest réchauffé, comme si le temps de sa jeunesse revenait, quand son fils dormait encore chez sa mère. Dans le silence, Marie a pensé que le moine bouddhiste sétait trompé: être nourri dans un rêve nest pas forcément un mauvais présage, cest parfois le signe quon va bientôt rendre le bonheur à quelquun dautre.

Le lendemain, le téléphone a sonné. Alexandre a crié de joie: «Manon, ta petite sœur est née!» Il a couru chercher le gâteau, et tout le petit déjeuner sest transformé en fête. Le père et la fille ont passé la journée avec Marie, comme une vraie famille. Le soir, ils ont dormi chez elle, sans aucune peur ni angoisse.

Le lendemain même, Alexandre est parti au travail, mais na pas emmené Manon à la crèche; au lieu de ça, Marie a promené la petite dans le parc du quartier, tout près de limmeuble. Plus tard, la maman de Manon est arrivée avec le nouveau-né, et la joie sest multipliée dans lappartement de Marie. Voilà, ma chère, cest tout ce qui sest passé! Jespère que ça te fait sourire autant que moi. À bientôt.

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À Mamie Masha, un mauvais rêve a rendu visite, où sa maman décédée lui proposait des tartes : « Mange, ma chérie ».
La belle-fille intrépide : — Grégoire, j’aurais pu partir il y a une demi-heure, dit-elle. Et si tu essaies de m’attaquer, c’est toi que j’enterre ici ! — Alors pourquoi tu t’es laissée ligoter ? demanda-t-il en se redressant d’un bond. — J’étais curieuse de voir jusqu’où irait ton cirque, répondit Dasha en jetant au loin la barre de fer. Là où j’ai survécu, toi tu te serais roulé en boule en appelant ta maman ! — Tu comptes me garder ici longtemps ? demanda Dasha, imperturbable. Tu sais, ça s’appelle un enlèvement, au cas où tu l’ignorerais. — Je peux te garder ici autant que je veux, ricana Grégoire. Et il faudra le prouver, l’enlèvement ! — On va me chercher ! remarqua Dasha. — Non, personne ne va te chercher ! Le seul truc que l’enquête pourra établir, c’est que tu t’es enfuie de ton plein gré ! — Qu’est-ce que tu veux dire ? demanda Dasha, perplexe. — Tu as retiré de l’argent au distributeur ? — Mais c’est toi qui m’as fait un virement pour que je retire sans frais ! protesta Dasha. — Qui est au courant ? Tu étais seule devant le distributeur, à prendre de l’argent ! Et puis la station-service à la sortie de la ville… il y a des caméras partout ! T’as pas seulement fait le plein, t’as rempli trois jerricans ! Et dans ton coffre, il y avait tes valises ! — Mais ils te poseront des questions à toi aussi : tu étais avec moi, fit remarquer Dasha. — Je dirai que tu m’as déposé à la sortie de la ville et que je suis rentré chez moi, répondit Grégoire. Toutes les preuves disent que tu as pris tes affaires, de l’argent, du carburant, et tu as disparu ! — Et tu comptes me garder encore combien de temps ? demanda Dasha, moins sereine. — Aussi longtemps que j’en aurai envie, haussa les épaules Grégoire. Tant que le monde tourne, ou que tu respires ! Cette phrase aurait dû l’effrayer, mais elle ne broncha pas. — Une question, dit-elle en le fixant dans les yeux : pourquoi tu fais ça ? — Quel sang-froid, s’étonna Grégoire. J’ai comme un doute, tu es aussi indifférente à mon frère ? Tu restes avec lui pour son argent ! Et tu te donnes un genre de sainte pour mieux le plumer le jour où il sera devenu faible ! — Donc tu veux défendre ton frère ? Tu veux démasquer la belle-fille perfide ? — Dasha, soyons honnêtes, dit-il en s’accroupissant devant elle, personne ne peut encaisser autant de critiques de la belle-famille et traverser tous ces problèmes tout en gardant le sourire. On dirait que rien ne te touche, que tu gères tout… Ce n’est pas humain, tu caches forcément un grand but ! Et Ivan a appartement, maison de campagne, garage, deux voitures, une société… D’accord, le grand-père était généreux, et tout le monde lui en veut pour ça. Mais Ivan, ce n’est pas son grand-père ! Et lui, ce serait facile de le rouler ! Pour toi, c’est le jackpot ! Alors tu encaisses tout, de lui, de moi, des parents ! — Tu m’as séquestrée pour comprendre mes motivations ou juste pour m’enterrer là ? demanda calmement Dasha. — Voilà ! Même là tu ne paniques pas ! s’écria Grégoire. Une autre à ta place aurait déjà fait une crise ! T’es une psychopathe ou quoi ? Tu ressens rien ? — Grégoire, j’en ai vécu des choses : tes histoires, à côté, c’est du pipi de chat, répondit Dasha. Tout ce que tu as dit n’a rien à voir avec ce que j’ai traversé ! — Mensonge ! s’offusqua Grégoire. Tu veux m’amadouer ! — Tu veux que je me confesse ? réfléchit Dasha. Tu veux écouter mon histoire ? Toi, le ravisseur ? — Je t’écoute, grogna Grégoire, adossé au mur de la maison en ruine où il l’avait emmenée. — Je n’ai jamais tout raconté à personne… commença Dasha. On va partir du début… *** Dasha est née ni à la maternité ni à la maison, mais dans un autocar qui emmenait des ouvriers à l’usine. Papa s’est enfin décidé à emmener maman à l’hôpital pour stopper ses cris, mais ils étaient dans un état… Bref, ils étaient à peine conscients après neuf mois de grossesse que le bébé allait arriver ! Son arrivée a perturbé une vingtaine d’ouvriers fatigués. Papa s’est pris une raclée, mais maman a eu la compassion du groupe – elle venait d’accoucher ! Le bus fonça à l’hôpital. Les médecins redoutaient le pire, mais elle était en parfaite santé. L’assistante sociale a été appelée. C’est la grand-mère, Zoé, qui est venue chercher Dasha à la maternité. Elle a pris la petite, posé la mère, et partie. Des rumeurs disaient que ses parents n’étaient pas si tristes de ne pas l’avoir. Dasha n’est revenue chez ses parents qu’à cinq ans, dans des circonstances épouvantables… Zoé s’était mise en congé pour s’occuper de sa petite-fille, mais elle n’avait plus la force ni la santé… Après cinq ans, Zoé est morte brutalement. Dasha a passé cinq jours enfermée avec le corps, survivant tant bien que mal, jusqu’à ce qu’on vienne vérifier ce qui avait pu arriver. «On espère qu’elle ne gardera pas de traces…» disait le psy… Mais tout cela forgea son caractère. Après la mort de grand-mère, la mère de Dasha a fait le nécessaire pour récupérer sa fille. Le père a essayé lui aussi de s’améliorer pendant un temps… Une année presque normale. Dasha alla à l’école, accompagnée par ses parents. Mais les vieilles habitudes reprirent vite le dessus : l’alcool, le chaos, la misère… Dasha, petite fille maigre, traînait ses parents ivres dans la neige, de peur qu’ils ne meurent de froid : «Si maman n’est plus là, tu es perdue !» À douze ans, Dasha fut placée en foyer. Cela la sauva de ses parents, mais pas de la cruauté d’autres enfants. Là-bas, c’était la loi du plus fort. Il a fallu se battre chaque jour… Mais elle a survécu. Et elle a compris que le monde «normal» fonctionnait autrement. Plus tard, elle rencontra Ivan. Elle tomba amoureuse d’un homme bon, qui se fichait de son passé difficile. Mais sa belle-famille ne l’acceptait pas et la persécutait. Dix ans à tout encaisser dans le silence, à organiser la maison, s’occuper de sa fille, soutenir Ivan, travailler… Et Grégoire qui l’observait, persuadé qu’il y avait un plan derrière sa docilité. C’est pour ça qu’il avait monté ce coup d’enlèvement : pour la tester. *** — Grégoire, tout ce que j’ai vécu avant n’a rien à voir avec ma vie d’aujourd’hui, disait calmement Dasha. Le boulot, la maison, la petite, les critiques de ta mère… c’est rien pour moi ! Même ton kidnapping, c’est presque une blague ! — Mais je peux te laisser ici ! répliqua Grégoire. — Sérieusement ? ricana Dasha. Essaie voir. Elle retira les liens et se dressa, brandissant sa barre de fer. — Grégoire, j’aurais pu m’en aller depuis une demi-heure. T’essaies de m’attaquer, je t’enterre ici. — Alors pourquoi t’es restée attachée ? bondit-il. — J’étais curieuse de voir ton cirque, répondit-elle en jetant la barre. Là où j’ai survécu, toi tu pleurerais ta maman. Les problèmes que tu trouves insurmontables, moi ça ne me fait même pas sourciller ! J’aime juste ton frère. J’aime ma famille ! Et si tu t’opposes à notre bonheur, tu disparaîtras. Même pas besoin de ce cinéma. Sa voix était froide et tranchante. Grégoire eut des frissons. — Ramène-moi chez moi, ravisseur ! dit-elle en souriant. En la déposant, Grégoire risqua : — Je dois quitter la ville ? Tu vas me dénoncer ? — Fais moins de bêtises, répondit-elle avec un sourire. Et ne jugez pas les autres à votre image ! Grégoire quitta la ville. Dasha ne dit rien à son mari. Elle prit simplement rendez-vous pour une manucure — en se débattant avec les liens, elle avait cassé trois ongles. Voilà, ça, c’était un vrai problème ! LA BELLE-FILLE INTRÉPIDE : De l’autocar de l’usine aux épreuves d’une famille française, le destin extraordinaire de Dasha – entre drames, secrets et kidnapping raté dans la campagne, une femme sur qui l’adversité n’aura jamais le dernier mot