A refusé de passer son unique jour de repos avec les neveux de son mari

Bon, Sébastien, tes sérieux, là? Dis-moi que cest une blague. Jsuis juste rentrée, jai pas dormi depuis vingtsix heures, mes pieds font du bruit comme si javais couru un marathon en bottes de fer, et tu me dis que tes neveux arrivent dans une heure?

Célestine était appuyée contre le mur du hall, le regard sceptique envers son mari. Sébastien se trémoussait, les mains dans le col de son teeshirt, les yeux pleins de cette peur mêlée au besoin de plaire à tout le monde qui la rendait folle. Elle retira lentement ses chaussures, soulagée quand son pied gonflé toucha le parquet froid. Être infirmière en chef aux urgences, ce nest jamais facile, mais le quart de la nuit précédente avait été infernal: trois admissions graves daffilée, des proches qui criaient, et une équipe qui manquait cruellement.

Ma petite, écoute, lança Sébastien, essayant denlever son manteau, mais à la vavite, ce qui ne faisait quencombrer. Ce nest pas toute la journée. Océane doit absolument filer à un rendezvous urgent, quelque chose de crucial pour les papiers de sa voiture, elle était stressée au téléphone. Et il ny a nulle part où mettre Victor et Théo. La crèche est fermée à cause du confinement, la nounou est malade. Ce sont nos neveux, du sang de la famille.

Célestine se dirigea vers la cuisine, avala dune traite un verre deau, le goût la fit presque sourire. Elle jeta un œil à lhorloge: neuf heures du matin, samedi. Son unique jour de repos. Le jour où elle espérait enfin sallonger, lever les yeux au plafond et profiter du silence.

Sébastien, ditelle doucement mais fermement. Victor a cinq ans, Théo quatre. Deux tornades qui déchirent lappartement en quinze minutes. La dernière fois quon a accepté de les garder «une petite heure», ils ont brisé mon vase préféré, griffonné les murs du couloir avec des feutres et même nourri Minou, le chat, avec de la pâte à modeler. Jai passé deux jours à nettoyer, deux autres à récupérer. Aujourdhui je ne peux pas, je nen suis plus capable physiquement.

Mais je vais les prendre! sexclama Sébastien, tout excité. Je moccupe deux, tu te reposes dans la chambre, tu fermes la porte et tu te détends. On jouera tranquillement au Lego dans le salon, tu nentendras même pas nos rires.

Célestine esquissa un sourire amer. Loptimisme naïf de Sébastien frôlait parfois la bêtise. Il aimait sa sœur et ses neveux dune façon aveugle, sans voir quOcéane était déjà bien trop collée à eux depuis longtemps.

«Tranquillement»? Ils nont pas de bouton volume. Ils vont crier, courir, taper, réclamer dessins animés, bouffe, toilettes. Et Océane? Elle a dit quand elle reviendrait?

Elle a dit quelle essaierait de finir avant le soir.

Avant le soir?! Célestine posa son verre avec fracas, faisant sursauter Sébastien. Tu veux que je passe mon seul jour de repos à la crèche pendant quOcéane règle ses «affaires urgentes»? Tu tes demandé pourquoi ça tombe un samedi? Pourquoi on ne peut pas simplement lemmener avec nous pour les papiers?

Cest la file dattente, cest difficile pour les enfants ne sois pas égoïste. Océane est la seule qui les garde, le mari paie à peine les pensions. Elle a besoin daide, je lai déjà promise.

Tu as promis sans me demander. Dans ma maison. Dans mon jour de repos.

Cest alors que la sonnette retentit, longue et insistante, comme si on pressait un bouton et on lavait oublié. Sébastien pâlit, fonça au hall. Célestine resta dans la cuisine, le sang bouillonnant de froide colère. Elle connaissait ce son: Océane appelait toujours comme si on fuyait des loups.

Des rires, des petits pas et la voix criarde dune bellesœur retentirent depuis le hall.

Oh Sébastien, mon sauveur! Salut! Où est Célestine? Dormeelle déjà? Pas de souci, je les déshabillerai tranquillement. Les garçons, soyez sages, écoutez mon oncle!

Célestine prit une grande respiration, remit ses cheveux en place et sortit. Le décor était typique: chaussures éparpillées, vestes sur le pouf, deux charmants marmots hurlant vers le salon où le nouveau téléviseur trônait. Océane, blonde éclatante en manteau à la mode, retouchait son maquillage devant le miroir.

Salut, Célestine! lança-telle en la voyant. Tu as lair épuisée, des patchs sous les yeux et une petite bouillotte? Bon, je file, jai mon rendezvous dix heures, pas question dêtre en retard.

Rendezvous? Célestine bloqua son chemin. Tu mavais dit à Sébastien que cétait un problème de papiers de voiture.

Océane bafouilla un instant, puis sourit à nouveau, impassible.

Oui, les papiers et tout ça. Mais dabord manucure et cils, puis le pointage au centre des formalités, et le soir peutêtre un café avec les filles. Je suis mère célibataire, jai droit à ma petite vie, non? Vous, les parents, restez à la maison, vos enfants ne sont pas les nôtres, entraînezvous un peu. Bisous, je repars, à huit heures!

Elle tenta de passer, mais Célestine ne bougea pas. Un fracas retentit dans le salon: un lampadaire était tombé. Sébastien hurla et se précipita.

Océane, prends les enfants, dit Célestine dune voix glacée.

Quoi? Tu plaisantes? Je suis en retard! Le maître dœuvre nattendra pas!

Peu importe. Je viens de finir mon quart, je veux dormir. Je ne suis pas engagée comme nounou gratuite pour que tu fasses tes extensions. Sébastien a promis sans me demander. Cest son erreur, mais je ne paierai pas avec ma santé.

Tu détestes mes enfants! cria Océane, le visage rougi. Sébastien! Viens! Ta femme chasse les neveux!

Sébastien sortit en courant, tenant les restes du lampadaire, lair désespéré.

Célestine, vraiment Océane est déjà là Laisseles, je les surveillerai, parole dhonneur! Ferme la porte, mets une couette pour étouffer le bruit. Océane, tu vas

Océane lança un regard meurtrier à Célestine, senvola par la porte en hurlant:

Leur goûter est dans le sac, mais cest que des chips, faitesleur une vraie soupe!

La porte claqua. Célestine fixa son mari, le lampadaire brisé à la main, puis lappartement qui se transformait peu à peu en champ de bataille: Denis (Théo) sautait sur le canapé, Victor tirait la queue du chat Minou, qui sifflait sous la chaise.

Tu vas vraiment toccuper de tout? demanda doucement Célestine.

Oui, ma petite, je men charge. Ne te dispute pas, reposetoi. Je mets les dessins animés, je les nourris, tout ira bien.

Célestine se dirigea vers la chambre, mais pas pour dormir. Elle attrapa son sac de sport, fit des gestes rapides et précis: sousvêtements de rechange, jean, teeshirt frais, livre, chargeur, trousse de beauté.

Célestine, où tu vas? lança Sébastien, attrapant Victor par le col. Où tu cours?

Je vais me reposer, Sébastien. Comme prévu.

Dans une autre pièce?

Non, ailleurs.

Elle se changea en vitesse, enfilant le jean, laissant le peignoir de côté. La fatigue la submergeait, mais la colère la poussait. Si elle restait, elle ne dormirait jamais, elle entendrait les cris, attendrait que tout se brise ou que Sébastien revienne en pleurant pour savoir où sont les pâtes ou comment enlever une tache de jus du tapis.

Tu ne peux pas partir! sexclama Sébastien, paniqué. Et moi? Je ne tiendrai pas les deux tout seul! Il faut leur faire de la soupe!

Tu avais dit que tu ten chargerais. Tu avais dit: «Je vais aider, on jouera tranquillement». Alors jouez. Tu voulais être le bon frère dOcéane? Soisle. Moi, je veux juste être vivante, pas un cheval de trait.

Célestine mit le sac sur lépaule et sortit dans le couloir. Théo essayait de dessiner sur le miroir avec du rouge à lèvres, Sébastien larrêta :

Non! Denis, stop! Célestine, attends!

Mais la porte souvrait déjà.

Je reviens ce soir, quand ils partiront. Ou demain matin. La bouffe est au frigo, faut la préparer. Bonne chance, mon amour.

Elle sortit dans le vestibule, inspira lair frais dune fin dautomne parisienne. Le cœur battait, les mains tremblaient. Jamais elle navait agi ainsi. Toujours elle fléchissait, faisait des concessions pour «la paix du foyer». Ce jourlà, le vase était plein à ras bord.

Elle entra dabord dans un café du coin, commanda un gros cappuccino et un croissant. En regardant les passants, elle ouvrit lappde réservation dhôtels, chercha une chambre calme, avec grand lit et rideaux épais. À trois pâtés de maisons, un petit hôtel daffaires souvent pris par les voyageurs daffaires proposait des tarifs un peu élevés, mais elle décida que son bienêtre valait le prix.

Quarante minutes plus tard, elle franchit la porte de la chambre. Le silence était palpable, presque tangible. Une douche chaude lava le parfum de lhôpital et le chaos domestique, les rideaux furent tirés, le téléphone mis en silencieux, et elle sendormit profondément.

Pas de rêves, juste un sommeil réparateur.

Elle se réveilla quand il faisait déjà noir. Il était sept heures du soir. Son téléphone affichait vingt appels manqués de Sébastien, cinq dOcéane, et une ribambelle de messages. Elle sassit sur le lit, sétira et lut.

Les premiers textos de son mari étaient joyeux: «Tout va bien, on regarde «Pat’ Patrouille» », «Ils ont faim, je fais des raviolis». Puis le ton changea: «Célestine, où est la Bactine? Victor sest blessé au genou», «Théo a renversé du fruitspunch sur mon portable, que faire?», «Réponds, ils se battent», «Quand revienstu? Je nen peux plus». Le dernier, il y a trente minutes, disait: «Océane ne répond pas, le téléphone est hors service. Ils ont détruit la cuisine. Viens». Un seul message dOcéane, furieux: «Tes normale? Tu lâches ton mari et ses enfants! Quelle égoïste!».

Célestine reposa le téléphone, commanda un dîner à la chambre: une salade César et un verre de vin. Elle nallait pas courir à la rescousse de Sébastien. Cétait sa leçon, il devait lavaler. Elle mangea tranquillement, regarda un film léger, et vers dix heures décida de rentrer. Le checkout était à minuit, mais elle préférait la chaleur de son appartement et, surtout, Minou, qui devait être stressé.

En arrivant, un bruit venait de létage. Quelquun pleurait, sûrement un des enfants. Elle ouvrit la porte avec sa clé.

Ce qui lattendait ressemblait à un champ de bataille. Un portemanteau renversé, de la farine éparpillée comme une voie blanche menant à la cuisine, lodeur de plat brûlé et de valériane. Au salon, Sébastien était affalé sur le canapé, cheveux en bataille, teeshirt taché, un bleu sous lœil. Au sol, parmi les jouets et les livres déchirés, Victor et Théo dormaient, recouverts dune couverture, probablement épuisés par labsence délectricité.

Il leva les yeux vers elle, le regard plein de désespoir.

Tu es rentrée murmuratil.

Oui, réponditelle calmement, contournant une flaque collante. Où est Océane?

Elle nest pas encore arrivée. Le téléphone est éteint.

Ah, le «avant le soir» de ta sœur, cest donc avant laube. Alors, comment ça sest passé? Tranquillement?

Sébastien se couvrit le visage, grogna.

Célestine, cest lenfer. Pas une seconde de repos. Ils ont mis de la farine partout, ont voulu faire un gâteau, se sont battus pour la télécommande, ont cassé un vase, un autre. Victor a failli noyer Minou dans la baignoire. Je nai même pas pu aller aux toilettes, à chaque fois que je tournais le dos, ils mettaient le feu partout.

Je tavais dit, ditelle sans moquerie, simplement. Je tai prévenu, Sébastien. Tu as pensé que jexagère, que je suis une égoïste.

Pardon, le regard implorant. Jai été idiot. Je pensais que ce serait facile, que tu te contentais de te plaindre. Je ne comprenais pas comment tu survivais avant.

Je ne survivais pas, jéternellement me cassais les os pendant deux jours. Mais je tai épargné, jai pas tout dit. Aujourdhui je me suis sentie désolée pour moi.

À ce moment, la porte dentrée grinça. On essayait douvrir, la clé refusait. Finalement, la porte souvrit sur Océane, le parfum de lalcool à la bouche, le visage rougi.

Salut tout le monde! lançatelle en débarquant, en riant. Oh, cest si calme? Mes petits anges dorment?

Elle vit Célestine au milieu du chaos, les bras croisés, le sourire disparu.

Alors, tu as pu te reposer? Ta conscience te pèse? Tu as abandonné ton mari

Fermela, Océane, coupa Sébastien, la voix basse mais tranchante.

Questce que tu dis? répliquatelle, battant des cils.

Sébastien sapprocha, la regarda droit dans les yeux.

Jai dit fermela. Tu devais être là à huit heures, il est déjà onze. Tu as laissé les enfants, coupé le téléphone, sorti boire avec tes copines, et tu mas menti sur les papiers.

Jai le droit de me détendre? Je suis mère célibataire protestatelle.

Tu es une couvrette, la coupa Sébastien. Regarde ce que tes enfants ont fait de mon appartement. Qui va nettoyer? Célestine? Non. Toi! Maintenant.

Tu deviens fou! Je suis fatiguée! Je porte des talons! Ce sont juste des enfants qui jouaient! Le ménage, cest à moi!

Alors prendsles et emmèneles dehors, maintenant. Et que tes pieds ne reviennent pas ici avant un mois.

Tu les chasses la nuit? hurla Océane, montée dun ton strident. Jen parlerai à la mère!

Parle, répliqua SébElle se retourna, posa son sac à côté du lit, fixa Sébastien du regard et déclara calmement que, dès demain, les enfants resteraient chez leurs grandsparents et elle ne reviendrait plus jamais les garder.

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A refusé de passer son unique jour de repos avec les neveux de son mari
Un moment de répit pour une maman Alina, épuisée, marchait sur le trottoir en direction de l’école, convoquée une fois de plus par le directeur : la troisième fois ce trimestre. Elle avait dû demander à sa collègue de la remplacer le soir à l’entrepôt. Elles s’entraidaient souvent, car l’emballage des commandes pour le site n’était qu’un petit boulot pour toutes les deux. Le salaire était modeste, mais payé sans retard chaque semaine, et le travail n’était pas compliqué. Pas compliqué, certes, mais quand c’est le troisième emploi, chaque effort supplémentaire épuise. Alina avançait, presque soulagée d’être appelée à l’école. Un motif de joie discutable, mais pour elle, c’était l’occasion de souffler. Elle était lasse de courir après l’argent et de lutter pour survivre. Dans trois mois, elle aurait remboursé le crédit et il n’en resterait plus qu’un. Cela lui donnait du courage. Alina s’était promis qu’après le dernier paiement, elle irait avec Léo à la pizzeria pour fêter ça. Ils avaient mérité une fête – toute une année à se priver pour rembourser le crédit contracté par son défunt mari. Léo l’attendait sur le perron, et main dans la main, ils sont allés écouter les reproches du directeur. Alina savait déjà ce qu’on allait lui dire, sur les études et le comportement. – Votre fils, – la directrice lança un regard lourd de sens à la maman, – a traité un camarade de “mauvaise brebis” ! Et cela devant le tableau, en pleine réponse. D’où lui viennent ces expressions ? Comment parlez-vous à la maison ? – Ce n’est pas à la maison, il a appris ça à l’école, – répondit la mère, fatiguée. – En général, le comportement d’Alexis est terrible : il manque de respect aux professeurs, embête ses camarades, chante en classe, fait du bruit avec des bonbons, va aux toilettes et revient. – Je vais lui parler, — Alina serra la main de son fils sous la table. – Alina Andréievna, c’est la troisième fois ce trimestre que vous êtes dans ce bureau ! Et après ? Au collège, personne ne le maternera. – Je comprends. – Que comprenez-vous ? C’est facile pour vous : vous laissez votre enfant à la garderie jusqu’à 19h, et vous ne venez que quand l’école ouvre. C’est l’école qui élève votre fils ! – Victoria Victorovna, nous vivons à deux, il n’y a que nous. Je travaille sur trois emplois à cause du crédit immobilier et du prêt contracté par mon mari décédé. Il n’est plus là, mais le crédit, oui. J’ai un jour de repos, et encore, pas toujours complet – si on me propose un extra, j’accepte. Je fais ce que je peux pour nous nourrir tous les deux. Léo comprend tout ça et ne me demande rien de superflu. J’essaie de lui parler plus, mais je n’ai pas toujours la force. Je sais que c’est ma responsabilité, mais je ne peux pas l’envoyer à l’école affamé et en pantalon trop court, alors je dois beaucoup travailler. – Alina n’aurait pas dû dire tout cela, mais c’est sorti, elle en avait gros sur le cœur. La directrice se tut. Elle sembla remarquer la fatigue de la femme assise en face d’elle, ses cheveux ternes rassemblés en chignon, ses épaules tombantes. Elle eut pitié et, adoucissant son ton, ajouta : – Et surtout, Alexis travaille bien, il n’a aucun problème scolaire. Il a fini troisième à l’olympiade du quartier, participe aux concours créatifs. C’est un bon garçon, seul le comportement pose problème. Comprenez-moi, je ne peux pas ignorer les plaintes. L’enseignant n’arrive pas à le gérer, les autres parents se plaignent. Aujourd’hui, les profs ont moins de droits, mais chaque enfant peut intervenir dans le processus éducatif. Je dois donc vous convoquer, car après ces discussions, le comportement d’Alexis s’améliore. – Je comprends. – Bien, je ne vous retiens pas plus. Parlez-lui encore à la maison, faites le point. Je suis sûre qu’il comprendra, il est intelligent, seul le comportement cloche. — D’accord, je lui parlerai. — Et toi, ne déçois pas ta maman ! – La directrice lança à l’enfant un regard sévère, sa voix se durcit – Comporte-toi bien, ta mère a déjà assez de soucis ! Le garçon acquiesça, Alina se leva, comprenant que la conversation était terminée. – Faites entrer les suivants, s’il vous plaît. Bonne journée. – Au revoir. La mère et le fils quittèrent l’école. Alina respira avec plaisir l’air frais d’automne : fin octobre, bientôt il fera froid, mais pour l’instant il fait encore doux. Ils rentreraient à la maison, et pourraient discuter. Elle n’avait pas vraiment envie de faire la morale – cela demande aussi de l’énergie, mais en tant que mère, elle devait sûrement le faire. – Léo, dis-moi ce qui se passe ? L’an dernier, je n’ai pas assisté une seule fois aux réunions de parents, et cette année, je vais à l’école comme au travail. – Rien, maman, – le fils poussait des cailloux du pied. — La prof principale t’en veut ? Les garçons t’embêtent ? — Non, tout va bien. Les garçons sont sympas et Mme Hélène est gentille, quand on ne l’énerve pas. – Alors quoi ? Je ne comprends pas, explique-moi, s’il te plaît, – elle s’arrêta et le regarda dans les yeux. — En septembre, on a eu une heure de vie de classe, et Mme Hélène a dit qu’il fallait donner du repos aux enfants. Quand tu es convoquée chez le directeur, tu demandes à quitter le travail, et le soir tu ne vas pas bosser, tu te reposes, et le lendemain tu es de meilleure humeur. – Donc tu fais ça pour que je me repose ?? — s’exclama la mère, stupéfaite. – Oui. Maman, j’ai économisé de l’argent et j’ai acheté du sel marin et de la mousse pour le bain, j’ai vu ça dans une pub. Hier à la cantine, il y avait des chaussons à la confiture, et aujourd’hui des brioches. Je n’ai pas mangé, tout est dans mon sac. On rentre, on boit un bon thé, et après tu prends un bain. – Mon fils, – murmura Alina en essuyant ses larmes – Comme tu es devenu grand et attentionné ! Tu es déjà un vrai petit homme ! On va boire le thé, puis je prendrai un bain. C’est une très bonne idée. Merci infiniment. Alina lui expliquera bien sûr que faire des bêtises à l’école n’est pas la meilleure idée, et que bientôt elle aura fini de payer un crédit et il ne restera que l’emprunt immobilier. Elle promettra à son fils qu’ils choisiront un jour où ils ne feront rien, même pas les devoirs, juste se reposer. En attendant, elle tient la main de son petit grand Homme et s’en va boire le thé avec des chaussons…