Véronique serrait dans son poing les résultats des examens. Le papier était trempé de sueur. Dans le couloir de la consultation gynécologique, on ne pouvait même pas avancer.

Élodie serre dans sa main les résultats des analyses. Le papier est trempé par la sueur. Dans le couloir de la consultation gynécologique de lhôpital SaintLouis, il est impossible de se frayer un chemin.
Élodie Marchand! crie linfirmière.
Élodie se lève, entre dans le cabinet. La médecin, une femme corpulente aux yeux fatigués, lui prend le dossier et parcourt les pages dun regard rapide.
Asseyezvous. Elle jette un œil indifférent aux résultats.
Tout est normal. Faites examiner votre mari.
Élodie frissonne. Vincent ? Mais il

Chez elle, la bellemère hache le chou pour le potaufeu. Elle tranche avec une rage qui semble couper les ennemis.
Alors, ma chérie, quelles nouvelles? demande Valérie sans lever les yeux.
Tout va bien pour moi, marmonne Élodie en retirant son manteau.
Mais pourquoi alors Valérie lève enfin le regard, où brille une inquiétude.
Il faut que Vincent passe un examen.
Le couteau sarrête au-dessus de la planche. Valérie se redresse, tendue comme une corde.
Quelle absurdité! Mon fils se porte à merveille! Ce sont vos médecins qui ne comprennent rien. Avant, les femmes accouchaient sans aucune analyse.

Élodie sort de la pièce. Sur le canapé, deux chaussettes gisent: lune bleue, lautre noire. Elle les ramasse machinalement et les glisse dans le panier à linge. En trois ans de mariage, ces chaussettes sont devenues le symbole de leur vie: désaccordées, jamais assorties.

Vincent rentre tard.
Quel visage de deuil? grogneil en se jetant dans son fauteuil.
Vincent, il faut quon parle.
De quoi?
Élodie lui tend les papiers. Il les parcourt du regard, les jette sur la table.
Et alors?
Tu dois te faire examiner.
Pourquoi? sélance Vincent, traversant la pièce. Je suis un homme en bonne santé! Regardemoi!
Il a lair vigoureux: épaules larges, chevelure sombre et fournie. Mais la santé se cache parfois sous la surface.
Vincent, sil te plaît
Ça suffit! tonneil. Tu ne veux pas denfants, alors disle! Pourquoi ces spectacles chez le médecin?

Le bruit des pantoufles frappe la cuisine. Valérie se tapit derrière la porte, respirant si fort quon entend chaque souffle.
Je veux des enfants plus que tout, murmure Élodie.
Alors pourquoi ils nexistent pas? Tu caches quelque chose? Tu as fait des avortements?

Le coup est douloureux. Élodie recule.
Comment
Comment je devrais faire? Trois ans et aucun résultat! Et voilà que les médecins nous disent que je il sinterrompt, serre les poings.

La porte souvre brutalement. Valérie fait irruption comme un char.
Vincent, ne lécoute pas! Cest de la paresse. Si tu travaillais plus, tu nirais pas chez le médecin si souvent.

Élodie regarde son mari, qui se tourne vers la fenêtre.
Vincent, tu penses vraiment que je
Je ne sais plus quoi en penser, râleil entre ses dents. Je sais une chose: un homme en forme ne fréquente pas les hôpitaux.

Valérie hoche la tête, triomphante.
Exactement, mon fils a raison. Ce nest pas une affaire dhomme daller de clinique en clinique.

Élodie sent quelque chose se briser en elle, comme une corde trop tendue.
Très bien, ditelle dune voix plate.

Le lendemain, la guerre commence. Valérie sattache à la moindre imperfection: le sel renversé, la casserole non lavée, la poussière sur le buffet. Élodie se tait, les dents serrées.
Peutêtre ne devraistu pas rester à la maison? lance la bellemère pendant le dîner, dun ton venimeux. Tu devrais travailler au lieu de courir après les médecins.

Vincent mâche son steak sans lever les yeux.
Je travaille, rappelle Élodie.
Trois jours par semaine, ce nest pas du travail, cest du loisir.
Quel rapport avec mon travail?
Et alors! Mon fils est en pleine santé, et toi tu le rends malade! Quand il ny a pas denfants, cest toujours la femme qui est fautive!

Élodie se lève, les jambes flageolantes.
Que tarrivetil? sétonne Valérie. Tu manges et tu fuis tout de suite?
Je suis fatiguée, répondelle doucement.
Fatiguée! Et pourquoi? Trois jours de travail par semaine, ce nest pas la peine de se plaindre!

Vincent lève enfin les yeux. Un éclat de pitié y passe, mais il se tait.

La nuit, Élodie écoute le ronflement de son mari. Avant, ce bruit la berçait, signe de la présence dun être cher. Maintenant, il la dérange. Elle se demande comment elle a pu ne pas voir son obstination.

Au petitdéjeuner, elle emballe quelques affaires dans son vieux sac à dos de sport: deux robes, des sousvêtements, son trousseau de maquillage.
Où vastu? interroge Valérie, tasse à la main, dans lentrée de la cuisine.
Chez ma grandmère.
Pour longtemps?
Je ne sais pas.

Vincent sort de la salle de bain, voit le sac.
Élodie, cest quoi ce truc?
Ce que tu vois.
Tu es sérieuse?
Et comment! Tu refuses de te faire examiner, ma mère me reproche tout. Pourquoi rester ici?

Il sapproche, baisse la voix :
Allez, ne fais pas lidiote. Où comptestu aller?
Chez grandmère Françoise.
Dans ce taudis? Ce nest que vingt mètres!
Dans le petit, mais sans rancune.

Valérie ricane :
Parfait! Quil aille chez la vieille, elle verra comment était sa vie ici.

Vincent lance un regard furieux à sa mère, mais ne répond pas.

Élodie prend son sac, se dirige vers la porte.
Élodie! lappelle son mari.

Elle se retourne. Il se tient, détrempé après la douche, les cheveux en désordre.
Quand reviendrastu?
Quand jirai chez le médecin.

La porte se referme brusquement.

Grandmère Françoise sexclame en voyant la petite avec le sac:
Ma chérie! Que se passetil?
Je me suis disputée avec Vincent. Je peux rester chez toi?
Bien sûr, ma petite. Cest juste un peu étroit
Ce nest rien, mamie.

Lappartement est vraiment minuscule: un lit, une table, deux chaises, une vieille télévision. Mais il est propre et embaume la vanille, la pâtisserie préférée de Françoise.

Racontemoi ce qui sest passé, demande la vieille en mettant leau à bouillir.

Élodie raconte tout. Françoise hoche la tête, les cheveux blancs flottant.
Ah, ma fille Les hommes sont comme ça, trop fiers. Admettre un problème, cest comme une mort pour eux.
Doisje attendre quil se décide à aller chez le médecin?
Non, tu as bien fait de partir. Laissele réfléchir.

Les premiers jours passent tranquillement. Élodie sinstalle sur un lit pliant, aide Françoise à faire le ménage. Vincent lappelle, mais elle ne répond pas.

Puis la grandmère se plaint de douleurs à la poitrine. Lambulance insiste pour lhospitaliser.
Ma petite, ne tinquiète pas, chuchote Françoise quand on lemmène. Je suis vieille, il marrive tout.

À lhôpital, Françoise se stabilise. Élodie vient chaque jour avec des plats faits maison, raconte les nouvelles.
Comment ça se passe avec ton mari? demande un jour Françoise.
Pas vraiment. Il a appelé deux fois, a crié au téléphone.
Et tu as répondu?
Une fois, la deuxième jai raccroché. Pourquoi écouter la même chose?
Il seratil allé chez le médecin?
Peu probable.

Dans le couloir, des visiteurs se bousculent. Élodie sapprête à sortir et frôle un jeune médecin en blouse blanche, les cheveux blonds, les yeux doux.
Pardon, murmureelle.
Pas de souci. Vous cherchez qui?
Ma grandmère, la chambre sept.
Ah, Madame Éphrosine! sourit le médecin. Excellente patiente. Je suis le Dr Denis Martin, cardiologue.
Élodie.
Enchanté. Ne vous inquiétez pas, votre grandmère ira bien. Cest juste lâge

Il parle du état de Françoise, du traitement, et Élodie observe ses mains: longues, ongles soignés, gestes rassurants.
Merci pour votre attention, ditelle.

Le lendemain, il reste un instant de plus pour parler. Puis le suivant, et encore le suivant. Élodie commence à venir tôt, espérant le croiser.

Élodie, le docteur se demande si tu viendras aujourdhui, annonce un jour Françoise avec un sourire en coin.
Il sen soucie?
Oui! Il demande: « Comment va votre petitefille? » Cest un beau garçon, au fait, et il est célibataire.

Élodie rougit.
Maman, questce que tu racontes
Quoi? Tu es presque libre. Ton Vincent
Je suis mariée.
Pff!

Une semaine plus tard, Denis est transféré dans une autre aile. Le dernier jour, il sapproche dÉlodie dans le couloir.
Vous allez me manquer, ditil simplement.
Moi aussi, avoueelle.
Il lui tend sa carte de visite.
Si vous avez besoin de quoi que ce soit ou juste dun verre.

Élodie prend la carte, leurs doigts se touchent.
Merci.
Et hésite Denis. Vous êtes très belle et très triste. Jespère que cela passera un jour.

Françoise sort de lhôpital. Chez elle, elle regagne des forces, mais Élodie redoute encore de la laisser seule.

Vincent appelle, parfois elle raccroche, parfois elle répond. La dernière fois, il hurle au téléphone que «elle se comporte comme une petite fille gâtée». Élodie raccroche et ne reprend plus le combiné.

Un mois plus tard, une inconnue sonne :
Élodie? Cest la mère de Denis. Il a donné votre numéro
Quelque chose sest passé?
Non, non! Cest juste son anniversaire demain, il aimerait vous voir. Vous pourriez venir?

Élodie hésite. Mais Françoise, qui a entendu la conversation, agite les bras :
Allez, ma chérie! Quand avezvous ri pour la dernière fois?

Lanniversaire se passe à merveille. Denis présente Élodie à tout le monde, reste attentionné sans être envahissant. En la raccompagnant, il dit:
Jaimerais vous revoir. On peut se revoir?

Oui, souffleelle.

Ils commencent à se fréquenter, prudemment, délicatement. Denis ne pose pas de questions gênantes, ne réclame pas dexplications. Il est simplement là. Parfois, Élodie passe la nuit chez lui.

Puis arrive limprévu: elle découvre quelle est enceinte.
Voulezvous mépouser? demande Denis quand elle le lui annonce.
Bien sûr, répondelle en éclatant de rire.

Un an plus tard, Élodie pousse une poussette dans lallée du parc. Denis marche à ses côtés, raconte une blague. Leur fils, Mickaël, somnole dans la nacelle.

Au même moment, Vincent et Valérie arrivent. En voyant Élodie, ils sarrêtent, figés comme pétrifiés.

Élodie ne ralentit ni naccélère le pas, elle continue, la tête haute. Dans les yeux de Vincent, elle lit toute la douleur, le regret, la compréhension.

Valérie saisit le bras de son fils :
Allons, Vincent.
Mais il reste immobile, fixant la poussette, le visage radieux dÉlodie, le bonheur de Denis. Il comprend enfin son erreur, mais il est déjà trop tard.

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Véronique serrait dans son poing les résultats des examens. Le papier était trempé de sueur. Dans le couloir de la consultation gynécologique, on ne pouvait même pas avancer.
Tes affaires t’attendent devant l’ascenseur. Prends-les et pars — Dasha, pourquoi tu t’es enfermée ? — Il souriait, mais l’inquiétude traversa son regard. — J’ai changé la serrure, Romain. — Pourquoi ? — Son sourire s’effaça. — Parce que j’ai appris de mes erreurs. Tes affaires sont devant l’ascenseur. Prends-les et va-t’en. Dasha a quarante-six ans, son «Roméo» en a cinquante et un. Une différence d’âge parfaite, deux adultes marqués par la vie, sans illusions. Derrière elle : un divorce longtemps digéré. Derrière lui : deux drames… Ensemble, ils semblaient former un couple idéal. Romain complimentait toujours sa compagne : — Ça sent tellement bon ici ! Tu es magique, Dasha. — Ce n’est qu’une simple tarte aux pommes, — disait-elle en rougissant. — Mange tant que c’est chaud. Le seul défaut de Romain, c’était son habitude d’évoquer le passé. — Tu sais, à Lucie aussi je préparais le petit-déj le week-end. Je faisais des crêpes. Mais elle me reprochait de gâcher la farine. Il racontait comment son ex avait fini par tout lui prendre, même la poêle offerte par sa belle-mère : — Elle est mesquine, disait Dasha. Se disputer pour quelques poêles… Romain poursuivait : — Si ce n’était que les poêles ! Tout l’appart y est passé. Elle a mis à son nom pendant que je bossais à droite à gauche pour la famille. La voiture, elle l’a cédée à notre fils, qui n’avait même pas le permis ! J’ai quitté la maison avec un sac de sport : caleçons, chaussettes et brosse à dents. Dasha avait pitié de lui. Comment peut-on ignorer des années de vie commune et jeter quelqu’un à la rue comme un chien abandonné ? — Et la deuxième ? — demandait-elle timidement, même si elle connaissait l’histoire par cœur. — On s’est vite compris, quatre ans de galère. Là aussi, la belle-mère s’est mêlée de tout. On a divisé les dettes, l’enfant, et voilà, j’ai tout laissé derrière moi. Je n’allais pas me battre contre une femme, je suis un homme, je retrouverai. « Un homme vrai », pensait Dasha avec respect. Un autre se serait battu pour chaque fourchette, lui est parti la tête haute. — Mon appart est grand, il y a de la place, — avait-elle proposé au début de leur relation, trois mois plus tôt. — Et j’ai une maison de campagne. J’aurais besoin de bras. — Dasha, ça me gêne, avait-il baissé les yeux. Je travaille, je ne suis pas un parasite… — Ne dis pas de bêtises. À deux, c’est plus facile. Il avait fini par s’installer chez elle, avec peu de choses : une valise usée, des costumes défraîchis et un ordinateur portable. Dasha l’entourait de soins. Elle voulait lui montrer que toutes les femmes ne sont pas des prédatrices. Avec son ex-mari, Vadim, ils s’étaient séparés d’un commun accord, sans drame. Tout avait été partagé et il versait la pension jusqu’à la fin des études de leur fille. Mais Romain était différent. *** Le premier signal d’alerte revint un mois après l’emménagement. Une petite chose, mais… Romain dit qu’il allait bricoler acheter des charnières pour le placard de l’entrée. — J’en ai pour cinq minutes ! Il revint au bout de quatre heures, sans charnières. — Tu te rends compte, fermé pour inventaire ! Toute la ville, j’ai fait, y avait rien à la bonne taille. — Fermé pour inventaire un samedi ? Ils sont ouverts 24h/24… — Le bazar, quoi. Il y avait une note, c’est tout. — C’est bizarre. Bon, tant pis, on verra la prochaine fois. Le soir, la voisine du palier, tante Valérie, ramenait de gros sacs du même magasin. Dasha : — C’est pas trop lourd ? — Oh, t’imagines pas ! Il y avait des promos aujourd’hui, les rayons bondés. Fallait se battre à la caisse ! Dasha, interloquée : — Il n’était pas fermé pour inventaire ? — Mais non ! Il tourne à plein régime. J’y étais il y une heure ! Elle est rentrée le cœur serré. Pourquoi avait-il menti ? Il serait allé voir un pote, aurait bu un café… Pourquoi inventer une histoire de magasin fermé ? Romain, lui, zappait à la télé, imperturbable. — Rom’, j’ai croisé la voisine tout à l’heure. Elle venait du magasin. C’était ouvert. — Ouais ? Ben, ça a réouvert. Quand j’y étais, il y avait écrit « pause technique 15 minutes ». J’ai attendu puis j’ai laissé tomber, je suis allé ailleurs, y avait rien. — Tu avais dit pour inventaire. Et que tu avais fait toute la ville. — Dasha, tu vas pas chipoter pour des mots ! Pause, inventaire… Qu’est-ce que ça change ? J’ai pas trouvé, j’ai pas trouvé, c’est tout. On verra demain. Tu dramatises pour rien. Dasha se sentit coupable. Pourquoi insister ? Peut-être a-t-il confondu… les hommes ne retiennent pas les détails. La semaine suivante, rebelote. Un entretien d’embauche soi-disant décroché par son ancien patron, une promesse d’un super job — mais le soir, il rentra dépité : — C’est de l’arnaque ! On m’a mené en bateau, payé des clopinettes pour bosser comme un chien. Je leur ai dit de trouver un autre pigeon. — C’est dommage. C’est qui, ton contact, Ivan ? — Quel Ivan ? Ah non, c’était Serge, l’ex-directeur adjoint. Ivan est à la retraite depuis longtemps… Pourtant trois jours auparavant, il disait tout le bien de ce fameux Ivan. « Peut-être que c’est moi qui ai la mémoire qui flanche… », pensa-t-elle. Le soir, son téléphone vibra, un SMS apparut sur l’écran : « Chéri, quand comptes-tu rembourser ta dette ? Un mois déjà. Ce n’est pas joli d’ignorer les gens. » Le matin, au petit-déjeuner : — Romain, t’as reçu un message cette nuit. On demande de l’argent. Romain avala de travers, rougit jusqu’aux oreilles : — Ça doit être une erreur, des spammeurs, y en a partout… — Pourtant ça commençait par “Chéri”… Il éclata de rire, un rire forcé. — Encore des escrocs, ils savent y faire pour t’appâter. N’y prête pas attention ! Il attrapa son téléphone, trifouilla nerveusement dedans. Il lança ensuite : — Dis, ma fille de mon premier mariage, Catherine, a des soucis… Son fils est malade, faut de l’argent pour les médicaments. — Combien ? — Quinze mille. J’ai personne d’autre, tu me sauverais la vie, dès que je bosse je te rembourse… — Quinze mille. C’est quoi, la maladie ? — Euh, allergie grave, œdème de Quincke, maintenant c’est la rééducation… — D’accord. Elle lui tendit l’argent. — Merci ma belle ! s’exclama-t-il, l’embrassant sur la joue. Catherine va t’adorer. Toute la journée, Dasha eut la nausée. Ce n’était pas tant l’argent. Elle sentait sur la peau que Romain lui mentait. Un soir, il avait laissé une vieille tablette à charger au salon. Dasha connaissait son code : quatre fois le 1. Elle consulta la messagerie. Conversation avec sa fille : « Papa, tu comptes payer la pension ? Maman menace de saisir les huissiers. On n’a plus rien à manger et tu racontes des histoires. » Réponse : « Attends, je suis en train d’arnaquer une “pigeonne”. Bientôt, je régularise. Me mets pas la pression. » Elle tomba sur un autre échange avec une certaine Tania. « Chéri, tu viens ? J’attends. Tu avais promis d’apporter quelque chose. » Réponse : « J’arrive, ma puce. Je viens de soutirer du fric à ma “radine” sous prétexte du petit-fils malade. À tout de suite. » Dasha reposa la tablette. Tout s’éclaircit. Toutes ces “mauvaises femmes” qui l’auraient dépouillé… Aucun monstre. Juste des femmes usées par le mensonge. Ce n’était pas une victime. Mais un parasite. Elle prit de grands sacs poubelle, vida toutes ses affaires dedans : costumes, chemises, accessoires. Puis elle changea la serrure ; heureusement, elle savait faire, il restait encore un cylindre de rechange. *** Romain tenta sa clé, échoua, sonna. Dasha ouvrit sans décrocher la chaîne : — Dasha, pourquoi t’as tout bouclé ? Et la serrure est cassée… — J’ai changé la serrure, Romain. — Pourquoi ? — Parce que la “pigeonne” a compris la leçon. Tes affaires sont devant l’ascenseur. Prends-les et fous le camp. — Qu’est-ce que tu racontes ? — T’as cru pouvoir me plumer tranquille ? J’ai lu tes messages à Catherine et Tania. Il blêmit. — Tu t’es permise d’ouvrir ma tablette ? Mais t’as pas le droit ! — Et toi, tu n’as aucun droit ici. Ni sur mon appartement, ni sur mon portefeuille ! Tu n’es qu’un voleur et un menteur ! — Va au diable ! fit-il en hurlant, t’es qu’une vieille chaussette ! J’ai eu pitié de toi, vu que tu savais cuisiner ! — Prends tes affaires. Les quinze mille, considère-les comme ton cachet de clown. C’est donné. Il voulut riposter, mais Dasha ferma la porte sans un mot. Puis elle jeta sa tasse et son assiette favorite à la poubelle. Son ex-mari lui écrivit : « Bonjour. Notre fille m’a dit que tu as un robinet à réparer à la campagne. Je peux passer samedi. Comment vas-tu ? » — Bonjour ! Viens donc, il y aura du thé et une tarte aux pommes. Je vais bien. Même mieux qu’avant. *** Romain tenta encore de l’approcher, passa des soirs entiers à pleurnicher puis à menacer, jusqu’à ce qu’un passage au commissariat règle l’affaire. Dasha n’avait plus besoin de rien d’autre. Seulement le calme, la tranquillité… et le luxe d’être seule. Tes affaires sont devant l’ascenseur. Prends-les et pars.