Alerte de l’amie

Salut, Marceline, sexclama Ysaline au téléphone, prépare ta tenue de cérémonie, je me marie, tu seras ma témoin, comme dhabitude, je donne les ordres dun ton sûr.

Marceline nattendait pas cet appel, il était encore tôt.

Tu te maries déjà? Quand avezvous prévu de dire «oui» ?

Dans dix jours.

Si vite! Je nai même pas eu le temps de cligner des yeux, et voilà que ton grand jour arrive, Ysaline? sétonna lamie. Et le temps de réfléchir?

Tout est déjà pensé, ria Ysaline. Tu sais, jai sauté dans le dernier wagon, Armand et moi attendons déjà un bébé, jai trenteneuf ans, cest lâge idéal pour un enfant. Mais je suis heureuse !

Mon Dieu, Ysaline, tu vas sauter où?

Pas dinquiétude, jaurai la limousine, même une robe blanche comme une princesse. Je nai jamais porté de robe de mariée, ça na jamais fonctionné avant Mais toi, en tant que témoin, tu dois être à la hauteur, ricana Ysaline.

Daccord. Et qui sera le témoin dArmand?

Quentin, lami dArmand. Tu ne le connais même pas Un beau, grand, bronzé.

Les deux amies se connaissent depuis leurs années détudes. Marceline sétait mariée juste après luniversité, a vécu six ans avec son mari puis sest séparée. Elle est calme, tandis que Laurent, le complice de longue date, était un blagueur qui lavait poussée à épouser un homme quelle navait jamais vraiment compris. Quand leur fils est né, Marceline a réalisé que son mari nétait pas du tout père, il voulait seulement la fête. Ils sétaient rencontrés, séparés, puis enfin Marceline avait mis un point final à cette histoire.

Après plusieurs tentatives sans succès, elle était restée seule, son fils était en première année duniversité à Lyon, vivant chez sa mère, cestàdire chez sa grandmère, ce qui convenait parfaitement à Marceline.

Marceline et Ysaline partageaient une petite chambre détudiant ; Marceline était dun an plus âgée, mais cela semblait linverse. Elle était comme une fleur cultivée sous serre, toujours trop confiante, se retrouvant dans des situations absurdes. Ysaline, elle, était une vraie guerrière, jamais prête à reculer, toujours affirmée et prête à défendre son amie. Deux contraires qui, pour sortir Marceline dune impasse, ne lui donnaient jamais de morale, seulement un «On ne change pas une amie».

La vie suivait son cours. Ysaline nétait pas encore mariée, un homme passait souvent à ses côtés, mais aucun ne lavait totalement conquise. Un jour, elle tomba amoureuse dun ancien footballeur devenu homme daffaires. Elle disparut peu à peu de la vue de Marceline, leurs rencontres se firent rares, puis un appel : Ysaline linvitait à son mariage.

Marceline, ne tombe pas sous le charme de Quentin, cest un sacré coureur de jupons! ajouta lamie.

Ne tinquiète pas, sourit Marceline, les beaux gosses ne mattirent jamais de toute façon.

Tu verras, Quentin est du genre mais tu comprendras plus tard.

Marceline choisit de se rendre au centre commercial pour trouver une tenue. Parmi les vitrines, aucune ne la séduisait jusquà ce quelle sarrête sur une robe longue beiges à lencolure découpée dans le dos. Soulagée, il ne restait plus quà prendre rendezvous chez le coiffeur.

Ysaline rappela les détails du mariage, plaisanta, était excitée.

Quelle Ysaline heureuse, même à distance, je le ressens, pensa Marceline.

Le matin du mariage, Ysaline rappela encore :

Quentin arrivera à onze heures pour te récupérer.

Oh, je serai chez le salon

Pas de problème, donnelui ton adresse, il viendra te chercher.

Ysaline, comment allonsnous nous reconnaître?

Ne ten fais pas, je lui ai montré ta photo. Il a même noté que tu étais une vraie beauté.

Quentin se révéla être exactement ce quon décrit : grand, aux épaules larges, cheveux bruns, le regard hypnotisant. Il savança, tendit la main.

Bonjour, beauté, quelle force! Je mappelle Quentin, enchanté de rencontrer une fée comme toi.

Marceline, les genoux tremblants, répondit simplement son prénom.

Tout le trajet, Quentin la divertissait, elle restait figée, un sourire sans parole. Il remarqua son agitation, pensa quelle sinquiétait pour Ysaline.

Ne ten fais pas, ce nest pas nous qui nous marions, mais nos amis, éclata-t-il de rire.

La cérémonie à la mairie fut solennelle, magnifique. Marceline était nerveuse, mais sincèrement ravie pour Ysaline. Au dîner, Quentin et Marceline étaient au centre de la table, près des mariés. Beaucoup de toasts, puis la musique. Quentin linvita à danser.

Jespère que, en tant que témoin, jai mérité le premier slow, dit-il. Marceline acquiesça, lui tendit la main, il la guida au centre de la salle.

La mélodie était lente, il chuchota près de son oreille :

Ton parfum est enivrant, plus que le meilleur vin.

Le cœur de Marceline battait, elle se répétait :

Ce type nest pas pour moi, je ne dois pas tomber amoureuse.

Facile à dire, plus difficile à tenir

Alors, ma chère, lança Ysaline plus tard, je tavais prévenue. Si cela arrive, gardele à distance.

Pourquoi, Ysaline? Il me plaît vraiment.

Je ne doute pas, cest un vrai séducteur, rusé et avide. Les femmes le laissent tomber. Mais écoute, ne tattache pas sérieusement, seulement flirte.

Mais je ne compte pas emménager avec lui.

Ah! Tu ne le feras pas. Avant que tu ne clignes des yeux, il sera déjà installé chez toi. Croismoi, il mentira, sintroduira, bref, je tai prévenue.

Après le travail, Quentin proposa à Marceline daller prendre un café, puis il resta chez elle. Ysaline rappela,

Tu nas pas écouté mes conseils? Bon, cest ton affaire. Mais sil se plaint dargent, ne lui donne rien.

Ysaline, où travaille Quentin?

Tu ne las même pas demandé? Il prétend que son père possède une entreprise, il voyage souvent en Allemagne. Cette belle voiture nest pas la sienne, cest celle de son père, il la conduit avec une procuration. Juste pour que tu ne te fasses pas dillusions

Marceline pensa, Pourquoi suisje si attirée? Quentin est charmant, attentionné.

Deux semaines plus tard, Quentin demanda :

Marceline, pourraistu me prêter de largent, dix mille euros? Cest pour réparer la voiture.

Tu veux acheter quelque chose?

Non, juste les réparations, notre société est sous contrôle, les comptes gelés, mais ce nest que temporaire

Marceline sortit de son argent caché, le lui remit.

Rembourse quand tu peux.

Ils convinrent de partir le weekend à une base de vacances.

Vendredi soir, après le travail, Ysaline et Armand invitèrent tout le monde au café. Avant dentrer, Marceline demanda à Quentin :

Tu as de largent sur toi? On devra payer nousmêmes.

Zut, je nai que trois cents euros, se blessa Quentin, fouillant ses poches.

Ce nest pas grave, dit-elle, tirant un billet de deux mille euros de son portefeuille, prendsle, les hommes paient toujours.

La soirée fut parfaite, vin, danse, puis le weekend suivant Ysaline proposa une escapade à la campagne.

Allonsy, la nature est splendide, la pêche, le repos, ditelle à Armand, qui travaille sans cesse. Et toi, Quentin, tu peux?

Bien sûr, je suis mon propre patron, répondit-il avec assurance.

Arrivés à lhôtel, Quentin réalisa quil avait oublié son portefeuille. Marceline, déjà méfiante, le vit jouer.

Comment ça, Quentin? Tu venais pourtant!

Je ne sais pas, Marceline, je suis embarrassé, se tapota le front.

Marceline sourit, pensant quil la manipulait. Au dîner, une blonde séduisante sapprocha de Quentin.

Salut, Quentin, tu attrapes encore des poules,? lançatelle avec ironie.

Quoi? Vous qui êtesvous? sétonna Quentin, mais elle se tourna vers Ysaline.

Les filles, on va se rafraîchir les lèvres, ditelle, puis à Marceline :

Il a encore trouvé une poule qui pond des œufs dor?

Questce que ça veut dire? balbutia Marceline.

Ça veut dire que je lai déjà vu, il vit aux dépens des femmes, oublie toujours son argent, se vante de voyages à létranger, prétend que son père est un businessman qui ne le fréquente pas. Voilà son quotidien

Marceline, tu comprends maintenant? Tu ne me crois plus, alors croismoi murmura Ysaline.

Et maintenant? demanda Marceline, déçue.

Rien. Éloignele, on na pas besoin de ces profiteurs. Je taiderai, affirma Ysaline.

De retour à la table, Ysaline fixa Quentin dans les yeux et le déclara tel quil était, linvitant à quitter le groupe.

Ce nest pas vrai, bafouilla-til.

Puis, en se levant, il hurla :

Allez tous vous faire voir! et sortit en lançant à Marceline :

Ça va être ennuyeux, appellemoi si tu veux, je ne suis pas fier, je noublierai pas la rancune.

Va où tu veux, cria Ysaline, mais on se souviendra de toi !

Merci, Ysaline, tu me défends toujours, répondit Quentin avec un sourire ironique.

Cest mon rôle, amie, rirent toutes les deux en éclatant de rire.

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Alerte de l’amie
Perte. Romain et Liliane se sont rencontrés pour la première fois au lycée. Le jeune homme a aperçu la jeune fille dans un couloir lors d’une pause. Tandis que les autres adolescentes riaient bruyamment et échangeaient des cigarettes, Liliane cachait timidement ses yeux d’une couleur extraordinaire sous de longues cils de velours. — La classe, je vous présente notre nouvelle élève : Liliane Avranches, — annonça la professeure principale aux élèves de Terminale B. Le regard de Liliane croisa un instant celui de Romain, et il comprit aussitôt qu’il était perdu. Il dut se battre pour conquérir le cœur de la jeune beauté, mais finalement la citadelle céda : ils se présentèrent ensemble, bras dessus bras dessous, au bal de fin d’année. Depuis ce jour, ils ne se quittèrent jamais. À chaque fois que Romain se perdait dans les grands lacs bleu tendre des yeux de son aimée, il était certain que sans eux, il ne serait qu’un poisson jeté sur la rive. Les années filèrent, Romain et Liliane terminèrent leurs études, devinrent ingénieurs et se marièrent. Ils commencèrent à envisager un enfant. Mais malgré de nombreux essais, Liliane n’arrivait pas à tomber enceinte. Après plusieurs années, le couple se lança dans la PMA. Cette fois-ci, ce fut un succès. Neuf mois plus tard, une fille naquit, et on lui donna le prénom d’Aurore. Mais la joie des jeunes parents fut bientôt assombrie : on découvrit un cancer chez Liliane. Comme une cruelle ironie du sort, à mesure qu’Aurore grandissait et devenait chaque jour plus semblable à sa mère, Liliane dépérissait, n’étant plus que l’ombre d’elle-même… Lorsque la fillette eut cinq ans, sa maman s’éteignit. À la mort de sa femme, Romain se brisa. Fou de douleur, il se mit à boire, tentant de noyer son chagrin, sa rage et la honte qu’il ressentait parce qu’il en voulait en secret à leur fille : c’était la PMA qui avait, croyait-il, réveillé la maladie. — Pourquoi maman est partie ? — se demandait sans cesse Aurore. — Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal ? Et papa… il a changé, il ne m’aime plus… — songeait la fillette en observant son visage pâle dans la vieille glace sale. — Il crie tout le temps… Des éclats de voix et des bruits de vaisselle brisée venaient de la cuisine. Une odeur d’alcool envahissait l’appartement. — Il va encore se mettre à hurler… — paniqua la fillette, enfilant sa petite veste et s’enfuyant discrètement par la porte d’entrée. — Je ne veux plus le déranger… L’automne enveloppait Paris d’un ciel d’ardoise, la nuit tombait vite sur la ville. Aurore s’aventura sur les sentiers humides d’un parc désert, tentant d’oublier la faim qui lui tenaillait l’estomac. Un homme, le col relevé, apparut à une vingtaine de pas derrière elle et la suivit tandis qu’elle s’engageait dans l’allée obscure. — Pourquoi tu me fixes comme ça ? — demanda Romain d’une voix pâteuse à la photo de Liliane dont les yeux azur lui souriaient autrefois. — Tu m’as abandonné… — Il s’agrippa la tête, tira sur ses cheveux sales puis une brise fraîche s’insinua dans la chambre. Il releva la tête et vit sa femme défunte devant lui. *** Aurore, transie, s’assit sur un banc sous un lampadaire fatigué. Soudain, un homme grand s’approcha. — N’aie pas peur. Je ne te veux pas de mal, susurra-t-il. Tu es seule ici ? — demanda-t-il d’une voix étrangement rassurante. — Oui, — murmura l’enfant en mordant ses lèvres. L’homme lui adressa un sourire, tendant la main : — Pierre Vausselin… Tout semblait irréel, Romain n’en croyait pas ses yeux. — Liliane ! — cria-t-il, tentant de la serrer dans ses bras, mais il traversa son spectre et s’écorcha le front sur la table de nuit. — Romain… — lui souffla le fantôme avec tendresse. — Je ne vous ai pas abandonnés, la vie en a décidé ainsi. Personne n’est coupable, surtout pas notre fille. Le souffle court, Romain s’immobilisa. — Aurore, c’est le prolongement de notre amour. Je ne reviendrai pas, mais toi tu peux la sauver. Ne la perds pas, ne vous perdez pas… En entendant sa femme, Romain sentit ses larmes couler, la douleur s’ouvrir enfin. — Je veillerai toujours sur vous. Mais dépêche-toi, Aurore est en danger ! — l’implora Liliane. Il se précipita vers la porte, prêt à courir. — Au parc… — s’éteignit la voix de Liliane dans un souffle. Romain fonça, haletant sous l’effort qu’il n’avait pas fait depuis des mois. Sur un banc, l’homme à la silhouette rigide discutait avec la fillette. À première vue, père et fille… Rassurée, Aurore accepta la confiserie offerte par Pierre Vausselin. Dès qu’elle l’avala, la terre tangua sous ses pieds. Pierre la saisit par la main et lui proposa un chocolat chaud. Agitée, elle faillit s’effondrer ; il la rattrapa, puis un petit porte-clés licorne rose tomba de la poche de la fillette sans qu’ils s’en rendent compte. Romain, parcourant le parc, s’arrêta net en voyant la licorne d’Aurore sur le sol trempé. Au loin, un chien aboyait. Soudain il vit Pierre, portant sa fille inanimée sur son épaule. — Lâchez ma fille, ordure ! — hurla-t-il en se jetant sur l’homme. Au même instant, un grand rottweiler mordit Pierre à la jambe. *** Aurore se réveilla à l’hôpital après des perfusions. Pierre Vausselin, lui, fut emmené menotté : il avait un passé criminel d’agressions sur mineurs. Quant à la propriétaire du rottweiler, Élise, elle se souvint avoir croisé une femme aux yeux d’un bleu saisissant la veille au parc, qui avait chuchoté à son chien. Aurore guérit rapidement, et Romain arrêta définitivement de boire. Élise devint une habituée de la maison. Un jour, elle reconnut sur une photo la femme mystérieuse du parc : c’était Liliane. — Princesse, viens, on a des invités ! — annonça Romain tandis que des ballons multicolores flottaient au plafond. Élise surgit dans l’entrée. Ce jour-là, Aurore fêtait ses six ans, la plus belle journée de sa vie. Dans sa jolie robe rose, elle courut vers Élise qui tenait un cadeau derrière son dos. — Joyeux anniversaire, mon trésor ! J’ai une surprise pour toi… — Un petit chiot rottweiler surgit dans ses bras. Liliane pouvait enfin reposer en paix, certaine que ceux qu’elle aime seraient heureux. Un souffle léger caressa les visages assemblés dans l’appartement, tandis que la maman d’Aurore s’éloignait vers la lumière.