Recommencer à zéro : Une nouvelle aventure commence !

Je te raconte tout ça comme si on était assis à la terrasse dun petit café à Montmartre, histoire de mettre un peu de notre quotidien français dans le récit.

Julien a fermé la porte de lappartement quil partageait avec Clémence depuis dix ans et a poussé un soupir profond. Le divorce était long, douloureux, presque inévitable. Ils en avaient assez des disputes, des incompréhensions, de ce qui était autrefois de lamour et qui nétait plus quune habitude.

Bon, cest fini, je suis libre, sest-il murmuré en descendant les escaliers.

Clémence restait à la fenêtre, regardant sa silhouette séloigner dans la cour. Son cœur se serrait, mais elle a serré les dents. « Cest mieux comme ça », se répétait-elle.

Il y a dix ans, tout était différent.

La première année était magique. Ils traînaient jusquau petit matin, ne pouvaient plus se quitter, riaient de leurs bêtises. Julien glissait des petites notes dans les poches de la veste de Clémence, et elle le réveillait avec le petit déjeuner, se levant une heure plus tôt rien que pour ça. Ils étaient convaincus que ça durerait toujours.

Puis la routine sest installée : boulot, ménage, fatigue. Julien, autrefois rêveur romantique, parlait moins et se taisait davantage. Clémence, qui lécoutait pendant des heures, en avait assez de ses « grandes réflexions philosophiques » et lui rétorquait : « Encore tes idées de grande pensée ? »

Les chamailleries arrivaient sans prévenir. Dabord pour des broutilles : la poubelle non sortie, un anniversaire oublié, la musique trop forte. Puis pour des sujets plus graves : largent, le manque de compréhension, les rêves non réalisés.

Tu ne mécoutes plus du tout ! criait Clémence.
Et toi, tu mentends vraiment ? répliquait Julien.

Malgré tout, même dans les jours les plus durs, ils pouvaient encore se dire, au fond deux, « on saime encore ». La nuit, quand le sommeil les fuyait, ils discutaient calmement, comme avant. On aurait dit quils pouvaient encore réparer les choses.

Mais la fatigue la emporté.

Alors, Julien descendait les escaliers, et elle le regardait partir, chacun se demandant la même chose :

« Cest vraiment ce qui nous arrive ? »

Trois mois plus tard.

Julien a loué un petit studio en périphérie de Lyon. Il pensait enfin avoir ce quil voulait : calme, liberté, zéro dispute. Mais chaque matin, à six heures, il cherchait encore du bout des doigts Clémence du côté opposé du lit.

Clémence est restée dans le même appartement. Elle a jeté sa vieille brosse à dents, réarrangé les meubles et sest juré que tout changerait. Pourtant, le soir, quand il faisait sombre, elle guettait le bruit de la clé dans la serrure.

La rencontre inattendue

Ils se sont retrouvés par hasard dans un supermarché du centre-ville. Julien, en tournant près du rayon des céréales, a accidentellement bousculé le chariot de quelquun.

Pardon a-t-il commencé, les yeux levés, puis sest interrompu.

Devant lui se tenait Clémence, sans maquillage, en pull ample, avec une boîte de ses biscuits préférés à la main.

Tu les détestais, tu sais, a lancé Julien en plaisantant.
Et tu achètes encore ces pâtes bon marché ? a rétorqué Clémence en pointant son panier.

Un silence pesant. Tous deux savaient quils devaient se dire « au revoir » et se séparer, mais leurs pieds refusaient de bouger.

Alors comment ça va ? a finalement sorti Julien.
Super, a menti Clémence.

Ils sont restés là quelques minutes, quand une vieille dame derrière eux a lancé : « Jeunes gens, vous bloquez le passage, cest pas la fête ici ! »

Julien a reculé dun pas.

Bon à plus. a-t-il dit.
À plus. a répondu Clémence.

De retour chez lui, il a dabord sorti son téléphone.

« Tu te souviens de notre premier voyage à la mer ? Tu tes tant énervée que jai oublié les serviettes »

Il a hésité une seconde, puis a appuyé sur envoyer.

Deux minutes plus tard, le message est arrivé :

« Je men souviens. Et ce quon a utilisé à la place, je le sais aussi. »

Julien a éclaté de rire. Ils avaient passé la nuit sur la plage, enlacés dans son Tshirt.

« Demain à sept, au café du coin. Tu viens ? »

Lécran affichait « en train décrire ».

« Jarrive. »

Repartir à zéro

Le café était le même, mais latmosphère avait changé. Les mêmes murs, lodeur du café fraîchement moulu, mais à la table près de la fenêtre, il ny avait plus deux amoureux rêveurs, seulement deux personnes prudentes, marquées par le temps.

Julien était arrivé quinze minutes en avance et tapait nerveusement du bout des doigts sur la table. Quand la porte sest ouverte et que le vent frais dautomne a emporté Clémence à lintérieur, son cœur sest serré. Elle était magnifique dans le pull quil lui avait offert pour son anniversaire, les cheveux légèrement ébouriffés par le vent.

Tu es en avance, a remarqué elle en sinstallant.
Et comme dhabitude, tu arrives en retard, a répliqué Julien, mais sans la colère davant, juste un sourire fatigué mais chaleureux.

Le silence a rempli lespace entre eux, chargé de tout ce qui navait jamais été dit, de toutes les rancœurs, de tous les « pardon ».

Pourquoi tu as acheté ces biscuits ? a demandé Julien soudain. Tu ne les supportes même pas.

Clémence a baissé les yeux, jouant du bout de sa tasse.

Jy ai pris lhabitude. Pendant dix ans je les mettais dans le panier pour toi Sans même men rendre compte, je les ai pris.

Julien a inspiré profondément.

Je me lève encore à six, je te cherche mécaniquement. Mais tu nes plus là

Ils se sont regardés et ont compris quils nétaient que des fantômes lun pour lautre.

On était si stupides, a murmuré Clémence. On pensait quon sétait quitté.

Pas quitté, juste oublié comment aimer, a corrigé Julien.

Il a tendu la main à travers la table. Elle a hésité une fraction de seconde, puis a posé sa paume sur la sienne.

Tentons encore, a chuchoté il. Mais cette fois on sait ce quil ne faut pas refaire.

Partir de zéro ? a demandé Clémence.
Non, a secoué la tête Julien. Pas à partir de zéro. Avec tout notre bagage, nos erreurs, notre histoire. Mais différemment.

Différemment, comment ça ? a pressé Clémence.

Julien a réfléchi. Dans ses yeux a brillé quelque chose de nouveau, plus calme, une confiance née de lexpérience.

Cest quand je cesse de faire semblant de détester ta série de médecins, a-t-il dit. Et que tu arrêtes de ténerver quand je mendors à la troisième saison.

Cest quand tu feras la poubelle sans rappel, a rétorqué elle, avec un léger ricanement.
Et que tu me laisseras les chaussettes sous le lit. a ajouté Julien.
Jamais ! a ri Clémence, puis, plus sérieuse, a dit : Mais je vais apprendre à ne plus crier à cause de ça.

Le silence sest installé, la pluie tombait dehors, la même que le jour où ils sétaient rencontrés.

Différemment, cest se disputer sans finir la nuit dans des chambres séparées, a dit Julien doucement.
Cest ne plus accumuler les rancœurs, et toi, cest ne plus te renfermer. a répondu Clémence.

Il a pressé sa main sur la sienne.

Cest se rappeler que personne dautre ne nous a fait rire comme on le fait lun avec lautre.

Clémence a entrelacé ses doigts aux siens.

Cest effrayant. a-t-elle murmuré.
Oui, a acquiescé Julien. Mais jai encore plus peur de me réveiller dans un monde sans toi.

Le serveur a apporté laddition. Ils sont sortis, la pluie sest arrêtée. Au loin, un arc-en-ciel timide sest dessiné, flou mais réel, comme leur amour. Pas de conte de fées, pas de perfection, juste la raison de se lever chaque matin.

On rentre ? a demandé Julien.
On rentre, a hoché la tête Clémence.

Leurs pas se sont accordés, irréguliers, marqués par le passé, mais à eux. Cette fois, pour toujours.

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Recommencer à zéro : Une nouvelle aventure commence !
« C’est gênant de sortir avec quelqu’un de ton âge, papa ! » — m’a lancé mon plus jeune fils. Il n’est pas facile d’être un homme célibataire de 60 ans en France, sans femme, avec des enfants déjà adultes et leurs propres familles. Je me sens seul, mais mes fils ne le comprennent pas. Autrefois, ils n’avaient que peu de contact avec moi, mais lorsque qu’une femme est entrée dans ma vie, celle dont j’aurais voulu prendre soin et partager mes vieux jours, mes deux fils ont commencé à me reprocher de l’aimer. Avec mon plus jeune fils, il n’y a jamais eu de véritable entente. Il est plutôt prétentieux, mais au fond gentil, si bien que les filles lui couraient après dès le lycée. Avant de rencontrer sa véritable épouse et de fonder une famille, il a eu deux autres enfants avec d’autres femmes. Il garde cela secret, honteux à l’idée de ruiner sa réputation. Et le fait que, à plus de soixante ans, je sois en couple, il le considère également comme une honte. « Tu es vieux maintenant, c’est la honte d’être avec des femmes de ton âge », m’a-t-il dit en découvrant que j’étais heureux avec une autre que sa mère décédée. « Quitte-la tout de suite et consacre-toi à tes petits-enfants ! » Il m’a mis au pied du mur : choisir entre sa famille et celle de son frère, avec les petits-enfants, ou ma compagne. Impossible de lui faire entendre raison, impossible de trouver un compromis ; aujourd’hui, mes enfants ne m’appellent plus du tout. L’aîné était plutôt neutre, mais le cadet le monte sans cesse contre moi, et maintenant tous deux me détestent. Dernièrement, j’ai de plus en plus l’impression de trahir mes enfants pour une femme que j’aime. J’ai troqué leur présence pour mon bonheur personnel. Mon nouvel amour m’apporte de la joie, mais cela ne suffit pas. J’aimerais tant avoir ma famille à mes côtés, mais je sais que cela n’arrivera pas. Même avant que je ne connaisse cette femme, mes fils n’avaient guère envie de me rendre visite.