L’Essence Révélée par l’Action

Églantine, tu ne me reconnais pas, tu passes sans même me dire bonjour? demanda en souriant une femme élégante, aux rondeurs de quarantesept ans. Ou bien estce que tu te crois meilleure que les autres?

Gisèle, ma chère, pardonne, je nai vraiment pas vu qui tu étais, sarrêta Églantine, la regardant de plus près. Comment auraisje pu te reconnaître après toutes ces années depuis le lycée? Nous ne nous étions plus croisées.

Elles sétreignirent, anciennes camarades de classe. La vie les avait simplement éparpillées. Églantine était restée à Lyon, tandis que Gisèle sétait mariée et avait suivi son époux dans les montagnes de la Savoie.

Gisèle, tu as pris de la bonne humeur, ça se voit, ricana Églantine, à peine changée, si ce nest quelques rides autour des yeux et une touche de cheveux argentés. Questce qui tamène dans notre région? Tu nas plus personne ici, nestce pas?

Pas du tout, ma cousine Adélaïde, souviensten, elle était un peu plus âgée que moi

Ah oui, je lai parfois croisée. Pourquoi tant de mystère?

Elle est décédée, cest à ses funérailles que je suis revenue Ce soir, jai un vol de retour. Maintenant, plus aucune famille nest restée ici, dit Giselle dune voix triste.

Cest dommage, elle était une femme gentille, acquiesça Églantine.

Tu sais qui jai revu aux obsèques? poursuivit Gisèle Michel.

Le Michel? sétonna Églantine.

Tu sais, celui avec qui tu avais brièvement fréquenté, je ne connais pas les détails de votre histoire, mais tu las vite laissé tomber

Ah, Michel je nen sais rien, répondit Églantine.

Cest un parent éloigné dAdélaïde, du côté de son mari, je crois. Il a changé, vieilli, paraît négligé Nous avons tous changé, mais Il sest séparé de sa première femme rapidement, sest remarié, a eu deux fils, le second étant né handicapé. Incapable de supporter ces épreuves, il a abandonné sa femme et ses enfants, puis sest marié une troisième fois. À lenterrement il était seul, racontait Gisèle.

Il était toujours dur, cest pour ça que nos chemins se sont séparés, ajouta Églantine. Dieu merci.

Cest la sœur de Michel qui men a parlé, elle ne le voit plus, mais Véra était aussi à lenterrement. Elle a décrit la deuxième épouse et son fils handicapé. Quand il a laissé le petit malade, sa famille la critiqué, et il leur a rétorqué: « Il y a tant de femmes sans soucis, pourquoi devraisje souffrir? » fit Gisèle, un rire amer.

Je limagine, et je ne suis pas surprise, répliqua Églantine.

Elles continuèrent à évoquer danciens camarades, puis Gisèle dut repartir, échangeant leurs numéros de téléphone. En rentrant chez elle, Églantine, lesprit encore trouble, se souvint de Michel, celui avec qui elle avait fréquenté avant dépouser son mari André.

Oui, le destin ma tirée de ce piège, ou plutôt, je remercie mon père qui a tout de suite perçu la vraie nature de Michel, se disaitelle en revivant ces souvenirs.

Églantine, aujourdhui quarantesept ans, reste une femme svelte et respectable. Dans sa jeunesse, elle était une jolie fille qui attirait les regards des garçons, tant doffres et de galanteries. Mais elle nétait jamais frivole, ne changeait pas de compagnon, et préférait garder des relations amicales.

Elle avait fréquenté Michel vers ses vingt ans. Il semblait romantique, lui apportait parfois des fleurs, ils allaient au cinéma, se promenaient. Trois mois plus tard, elle croyait même laimer et rêvait de le marier, comme toute adolescente de lépoque.

Michel la raccompagnait toujours chez elle, et les parents dÉglantine étaient au courant de leur relation. Henri, son père, était un homme jovial et sociable, capable de mettre à laise nimporte qui.

Ma fille, invite Michel à dîner chez nous, proposa un jour Henri. Nous voudrions le rencontrer, car ta mère et moi ne savons pas vraiment qui il est.

Daccord, papa, nous viendrons tous les deux, acquiesça Églantine.

Le lendemain, elle lança :

Michel, viens chez nous, nos parents veulent te connaître.

Sils le veulent, jy vais, accepta-til aussitôt.

Ils arrivèrent au moment où les parents préparaient le souper.

Entre, je ten prie, dit Henri en tendant la main à Michel. Asseyonsnous tous les deux, le dîner est prêt. Tu ne vas pas repartir avec ma fille affamée jusquà minuit! Mange dabord un morceau.

Après les présentations, Michel sinstalla à côté dÉglantine. Elle se sentait un peu gênée sous le regard de ses parents, même chez elle. Sa mère, Marie, faisait griller du poisson.

Chez eux vivait un chat, Mistigri, qui errait dehors le jour et rentrait le soir, se frottant aux pieds dès quil sentait lodeur du poisson. Quand tout le monde sassit, Marie déposa un morceau de poisson dans la gamelle du chat.

Sil na pas le droit, il ne partira pas, riait Marie. Il tournera toujours autour de nos pieds.

Henri bavardait avec Michel, Marie le couvrait de friandises. Soudain, Mistigri, pressé, sétouffa avec une arête. Tous se levèrent dun bond, sauf Michel, qui resta impassible. Ils entourèrent le chat, cherchant à laider, mais demeuraient hésitants.

Le chat toussa, se débattait ; Marie le prit dans ses bras et le porta dehors :

Il doit recracher larête, murmuratelle, presque en pleurs. Henri la suivit immédiatement.

Pendant que la famille sagitait, Michel continuait de manger, lair serein. Quand les parents revinrent avec le chat, larête était sortie, tout était fini.

Dieu merci, sexclama Marie, soulagée, en laissant le chat retourner à lintérieur.

Ah, Mistigri, tu nous as fait peur, ajouta Églantine.

Michel, sans se troubler, déclara :

Vous avez tant fait de bruit pour un simple chat. Rien ne lui arrivera, et sil le devait, il y a des mouettes partout dans les rues

Églantine et ses parents séchangèrent un regard incrédule.

Michel, vous avez un chat à la maison? demanda Marie.

Non, je nai jamais eu le temps den garder, les appartements ne me conviennent pas, répliqua Michel avec désinvolture.

Après le thé, ils décidèrent de se promener.

Allons nous balader, proposa Michel. Églantine voulait le raccompagner, ayant remarqué le visage sombre dHenri, qui semblait renfermé.

La soirée, qui avait commencé en beauté, se termina sur une note triste. Églantine ne voulait plus marcher longtemps avec Michel, alors elle rentra précipitamment chez elle.

Michel, je nai plus envie de sortir, je rentre, ditelle. Tu nas pas besoin de me raccompagner, cest à deux pas, je men charge.

Daccord, fais attention, réponditil en lembrassant sur la joue.

De retour, ses parents discutaient sur le canapé, probablement de lincident du chat. Églantine les rejoignit. Elle savait que son père était juste et perceptif, que sa mère était douce mais parlait toujours avec tact. Son père, en revanche, nhésitait pas à dire les choses franchement.

Ma fille, je te le dis sans détour, tant que je verrai ce garçon près de toi, je ne laccepterai pas, déclara Henri, le regard perçant. Il nest pas digne de partager ta vie.

Églantine resta muette, déjà convaincue de sa décision.

Tu sais, on peut juger une personne par bien des critères: son argent, son pouvoir, ou même son comportement envers les animaux. Aujourdhui, tu las vu étouffer son chat sans même broncher. Un tel homme nest pas fiable, il fuira au premier obstacle. Alors, coupe les ponts tant que tout nest pas trop tard, conclut Henri avec gravité.

Oui, papa, cest pourquoi je suis rentrée tôt ce soir, je ne voulais pas continuer à marcher avec lui, admit Églantine, le cœur lourd. Ses remarques sur Mistigri et les chats mont déplu.

Elle lui annonça alors sa décision sans ambages. Peutêtre quÉglantine naimait pas vraiment Michel, ou bien les paroles de son père sétaient ancrées profondément dans son âme, mais mettre un terme à la relation ne fut pas difficile.

Le lendemain, lorsquil la chercha, elle était déjà prête à lui parler clairement.

Bonjour, Églantine, sexclama Michel, sinclinant comme dhabitude pour lui donner un baiser sur la joue, mais elle se détourna.

Questce que tu fais, Michel? Tu te la pètes?

Michel, je veux être nette: il ny aura plus rien entre nous. Jai pris ma décision, restons simplement amis, daccord?

Et pourquoi cette décision? Mes proches nont pas aimé? Tu te fies à leurs avis? rétorquatil, sarcastique.

Les deux, et je ne veux plus te voir, conclutelle, séloignant vers la porte, tandis que des paroles acerbes sur elle et ses parents séchappèrent derrière elle.

Donc jai bien fait, pensa Églantine, soulagée. Mon père avait raison.

Le temps passa. Michel ne revint plus, et Églantine découvrit que certains garçons restent à jamais dans les souvenirs lointains.

Nous navions jamais eu damour véritable, conclutelle un jour.

Peu après, elle rencontra André, lamour de toute une vie. Ils se marièrent, eurent deux enfants, puis une petitefille. Ils vivaient en parfaite harmonie.

Alors quelle approchait de la porte de son domicile, les pensées dÉglantine revenaient encore à cet incident avec Gisèle et à Michel.

Je narrive toujours pas à oublier cet épisode. Je suis reconnaissante à mon père. Si ce soir-là il navait pas invité Michel à dîner, si notre chat ne sétait pas étouffé, comment auraisje découvert la vraie nature de mon compagnon? Peutêtre que la vérité aurait fini par éclater plus tard, mais alors, ce serait trop tard

Cest ainsi que son ancienne camarade de classe, en évoquant Michel, rappela à Églantine comment il avait abandonné sa femme et son enfant malade, une histoire qui faisait écho à celle du chat.

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L’Essence Révélée par l’Action
Noir. Le vacarme parisien lui était devenu insupportable. Olivia habitait en plein centre, au dixième étage. Klaxons, bourdonnements de climatiseurs, rumeurs de la rue. Et puis, il faisait une chaleur caniculaire, impossible de fermer les fenêtres. Deux petites semaines de congés seulement, mais elle espérait s’arracher un peu à la routine du bureau, semblable à une ruche, où tout le monde s’agite, bavarde, cancane, se dispute une place au soleil. Elle avait soif de silence et de paix. À quarante-six ans, elle vivait seule, dans un grand appartement, lassée par l’agitation urbaine. Olivia décida de louer une petite maison à la campagne et d’y passer quelques jours, loin de la civilisation. Ses recherches furent longues, jusqu’à trouver ce qu’il lui fallait : un village à cent cinquante kilomètres de Paris, le prix modeste, la maison en photo tout à fait correcte. Ayant joint les propriétaires, Olivia se décida. *** Le village l’accueillit par des senteurs d’herbe, des bourdonnements d’abeilles, des aboiements de chiens et des regards curieux. La maisonnette était modeste mais charmante. La propriétaire, une dame d’une soixantaine d’années, fit les honneurs du lieu et remit les clés. — Profitez ici, vous verrez, on est bien. — Merci, c’est exactement ce qu’il me fallait. Le village était presque désert, peuplé surtout de retraités. Dans le jardin de sa maison en location poussait un vieux cerisier, quelques plates-bandes envahies de mauvaises herbes, le tout ceint d’une barrière en bois un peu de guingois, ce qui donnait du charme à l’ensemble. Olivia décida de se promener pour explorer les environs. Elle ne croisa que quelques habitants, qui l’observaient avec étonnement mais sans hostilité. Au centre du village, elle tomba sur une petite épicerie, tenue par une femme d’une cinquantaine d’années. Les rayons étaient modestes : lait, pain, saucisses, produits d’entretien. Olivia s’avança. — Qu’est-ce que je vous sers ? — demanda la commerçante. — Je cherche quelque chose pour le petit-déjeuner. Trois cents grammes de cette saucisse, et du pain frais, s’il vous plaît. — T’es d’où, toi ? — la tutoya la vendeuse d’emblée. — J’ai loué une maison ici pour la semaine, je suis en vacances. Je m’appelle Olivia. — Moi, c’est Marie. C’est laquelle, de maison ? — La vingt-trois, pas loin d’ici. — Ah… — fit Marie songeuse. — Celle de la vieille Éléonore. T’as du cran. — Pourquoi ? C’est qui, Éléonore ? J’ai loué par sa fille, Amélie. — Amélie, c’est sa fille, elle vit à Paris. La vieille est morte l’année dernière. Sorcière, qu’on disait ici. Ça ne te fait pas peur de dormir chez elle ? — Sorcière ? Elle soignait les gens ? — Pas du tout, on la craignait. Elle avait une amie, Clémence, une mamie d’en face ; elles étaient proches. Tu peux lui demander, elle t’en dira peut-être plus. Cette maison… elle est sombre. Des gens l’ont louée, mais ils sont partis au bout de deux jours sans explication. Ils disaient comme toi qu’elle était sympa, et puis, finalement, ils la trouvaient sinistre. — Moi je la trouve agréable, même si le jardin est en friche. Et puis, je reste juste une semaine. J’avais besoin de m’éloigner de la ville. — Je comprends. Mais fais attention quand même, on ne sait jamais. — Merci, — dit Olivia, en prenant ses courses. — Et évite de traîner dehors la nuit — lui lança Marie, — y’a plein de chiens errants et d’autres bêtes sauvages. *** La soirée venue, Olivia s’apprêta à passer sa première nuit dans les lieux. Elle ferma les fenêtres et verrouilla la porte. Ce n’était pas très rassurant, de dormir seule dans une maison inconnue. Dehors, on entendait parfois aboyer les chiens, le froissement des grillons, le gazouillis d’un oiseau. Elle prépara un dîner léger, s’installa sur le canapé avec un roman trouvé sur l’étagère. Peu à peu, elle s’endormit bien au chaud sous la couette. Mais son repos fut de courte durée. Soudain, elle entendit un bruit sourd. Son cœur s’accéléra, le sommeil s’évapora. Elle guetta le moindre son dans la pénombre. « Des souris, sûrement », pensa-t-elle. Les souris, elle ne craignait pas trop, mais ce n’était pas très rassurant non plus. À la campagne, après tout, c’est chose courante. Le bruit recommença, faible, presque imperceptible. « Si quelqu’un s’est introduit ? » Son angoisse monta. Puis quelque chose tomba dans la cuisine. Immobilisée, elle n’osa plus bouger. Si c’était un intrus, mieux valait ne pas se montrer. Mais rien ne se passa plus. Elle ne dormit pas de la nuit, jusqu’à l’aube naissante, où elle s’assoupit enfin. Elle se réveilla vers onze heures. Un rayon de soleil entrait par la fenêtre et égayait la pièce. Olivia se leva, se rendit prudemment à la cuisine. Rien n’aurait pu tomber ici… sauf qu’un détail la glaça : sur la table, il y avait une marguerite séchée. Elle était sûre que la veille, elle n’était pas là. Elle vérifia fenêtres et portes : tout était fermé. Qui était entré ? Qui a déposé cette fleur ? Comment ? Si tout était verrouillé ? L’angoisse monta. « Peut-être qu’elle y était et que je ne l’ai pas vue hier ? » Puis elle se rappela les propos de Marie sur l’ancienne propriétaire — « Une sorcière, tu sais ». « N’importe quoi, arrête », se dit Olivia, chassant ces idées superstitieuses. La journée se passa en balades dans la campagne environnante. Mais le soir venu, la perspective d’une nouvelle nuit l’inquiétait malgré tout. Elle referma soigneusement tout et se coucha, sans parvenir à dormir. Elle écoutait le moindre bruit. Et entendit : un léger remous, vers la cuisine. Clouée par la peur, Olivia n’osait plus respirer. Une apparition ? Le fantôme d’Éléonore ? Elle se trouvait ridicule… Mais la nuit passa sans sommeil et, à l’aube, elle décida : il lui fallait soit partir, soit en avoir le cœur net. *** Elle commença par aller acheter une lampe torche à l’épicerie. Sans raconter à Marie ce qu’il s’était passé : elle redoutait qu’on la prenne pour une folle. Le jour, la maison semblait normale. Rien de suspect, tout à sa place. Le soir, Olivia monta la garde dans la cuisine, assise dans un recoin, guettant la nuit noire. L’angoisse grandissait, mais la curiosité l’emporta. Le silence était total. Soudain, un bruit. Une tasse tomba du buffet près de la cuisinière. Paniquée, Olivia alluma sa torche. Ce fut un chat noir qui la fixait. Un grand, aux yeux verts pleins de peur et de malice. Un chat, rien qu’un chat ! Olivia en rit nerveusement : — Et d’où tu sors, toi ? Le chat ne répondit pas. Après un moment, il bondit dans la nuit. Olivia fut soulagée, mais intriguée. Comment un chat pouvait-il être là ? Comment était-il entré ? Où s’était-il faufilé ensuite ? Le matin, elle alla frapper chez la voisine d’en face. Une petite dame âgée l’observa depuis sa barrière. — Bonjour, — dit Olivia. — Je loue la maison d’en face. — Bonjour, — répondit la dame. — Vous n’auriez pas vu un chat noir, qui traîne chez moi toutes les nuits ? — C’est le chat d’Éléonore. Elle est morte, et lui, le Noir, il est resté. Amélie n’en a pas voulu. Il rôde dans le coin. Il aidait Éléonore, c’était son compagnon. Depuis, il erre, il cherche sans doute sa maîtresse. C’est triste. — Ah, il m’a fait peur, je l’avoue. On m’a parlé de la vieille dame comme d’une sorcière. La voisine se tut. — C’était un bon chat, — reprit-elle soudain. — Éléonore l’adorait, il la protégeait. Il ne va jamais vers les gens mauvais. Il t’a choisie, toi. Prends-le. — Le prendre ? — Oui. Peut-être t’apportera-t-il bonheur, — dit-elle avant de s’en aller. Olivia hésita. Ce n’était pas prévu d’adopter un chat, encore moins un grand chat adulte, et non à elle. Mais elle décida, pour les quelques jours restants, de le nourrir. À l’épicerie, elle acheta des croquettes, et la nuit, le chat vint dévorer sa gamelle. *** Le dernier jour arriva. Olivia se sentait apaisée. Cette parenthèse lui avait fait du bien. Le soir, elle mit à nouveau une gamelle dans la cuisine, prépara du thé. Soudain, le chat noir apparut, s’approcha d’elle, mangea, puis frotta sa tête contre ses jambes, ronronnant. — Salut, le Noir. Tu m’as fichu une sacrée trouille. Et moi, je dois repartir demain, tu sais. Le chat miaula, sauta sur ses genoux, s’y pelotonna. Ils restèrent de longues minutes ainsi, puis il repartit dans la nuit. Au matin, Olivia fit sa valise, vérifia qu’elle n’oubliait rien, déposa les clés dans la boîte aux lettres et verrouilla la porte. Le chat l’attendait près du portail, la fixant intensément. — Tu me raccompagnes ? Le chat s’avança, frotta à ses jambes. — Dis donc, tu voudrais venir avec moi ? Je vis en ville, dans un appartement… mais… qui sait ? Le chat la suivit, puis, sans hésiter, se laissa prendre dans ses bras. Le voyage fut long, avec plusieurs correspondances. Le chat resta tranquille, blotti contre elle. De retour à Paris, Olivia ouvrit sa porte à son nouvel ami. *** Le Noir se révéla d’une intelligence rare. La nuit, il dormait près d’elle, le jour, il ronronnait sur ses genoux. Désormais, Olivia ne se sentait plus seule. Dans sa vie, il y avait cet étrange et fidèle compagnon.