Je vais épouser celle qui me donnera un fils

«Je vais épouser celle qui me donnera un fils», déclare Maxime en souriant.
«Alors, questce quon hérite, Monsieur le Sultan, pour quon se lance tous à la course à la naissance comme dans les séries turques?», lance Océane en haussant les épaules.
«Un sofa usé et la moitié de lappartement Khrushchev de ma mère, cest évident», enchaîne Léa.
«Ce joli bracelet», ces remarques lassent déjà Daphnée.

Dans les toilettes, je ne veux plus les entendre pendant que je me lave les mains, profitant du miroir pour vérifier que mon teint et mon rouge à lèvres du premier jour tiennent toujours, sans espoir quils survivent jusquà la fin du troisième cours.

«Merci», je réponds, même si les commentaires mennuient, la politesse restant de mise.

«Doù vous sortez ces trucs?», sétonne Camille, qui semble suivre un cours un cran en dessous.

«Cest du faitmaison, un cadeau dun jeune homme, exclusif. Pas de métaux précieux, mais du travail manuel, impossible à trouver ailleurs», lance brièvement Daphnée.

«En fait, jen ai déjà vu deux aujourdhui», réplique Camille.

«Ah? Tu tes sûrement trompée. Peutêtre que ce ne sont que des modèles similaires», répond Daphnée, qui soupçonne que Maxime na pas créé le design de zéro, mais a repris un gabarit en ligne et y a ajouté quelques détails.

Un joaillier débutant ne pourrait pas tout calculer et fabriquer sans un vrai plan, sappuyant uniquement sur son intuition.

«Non, cest exactement le même. Je suis sûre», affirme Léa. «Un gars de mon cours la offert à Lena. Il nest pas très riche, mais il a eu une bonne idée, on voit bien quelle aime ça».

«Alors, racontemoi son petit ami. Tu sais comment il sappelle?».

«Comment ne pas le savoir? Maxime».

«Tu las déjà vu?».

«Pas en vrai, mais Léa nous a montré des photos quand elle se vantait», continue Camille sans remarquer le changement dhumeur de Daphnée.

Daphnée débloque son téléphone et affiche la photo en fond décran.

«Ce Maxime?».

«Oh», la fille comprend soudain doù vient le vent et se tait, inquiète.

«Ne tinquiète pas, je ne ferai rien à toi ni à Léa. Mais avec Maxime, la discussion sera particulière».

«Tu las vu porter ce bracelet? Si ce Don Juan sest aussi procuré le même, il faut prévenir la fille quelle nest pas la seule».

«Je ne la connais pas. Je lai aperçue à luniversité, sembletelle être en deuxième année, mais je ne sais pas de quelle filière ni quel groupe», secoue la tête la fille.

«Daccord, si tu croises dautres filles avec ces bracelets, envoieles moi pour en parler, je suis en troisième année déconomie».

«Je ne promets rien ils ne mécouteront peutêtre pas mais si jamais, je transmettrai linfo», promet la fille.

Et elle tient parole : dans la journée, quatre autres étudiantes sapprochent delle. Toutes viennent de filières différentes, comme si Maxime les avait ciblées pour quelles ne se croisent pas et ne découvrent pas les unes les autres.

Elles décident toutes de porter le bijou lors des cours, et les bracelets identiques attirent lattention dune curieuse passante.

«Cest quoi ce plan? On forme une «semaine» à la Max? Lundi cest moi, mardi toi, mercredi elle, et ainsi de suite?».

«Alors on serait sept», remarque calmement la première année Mariette.

Étudiante en psychologie, elle possède la résistance nécessaire à sa future profession, ne se plaignant pas comme Léna et ne cherchant pas à comprendre où elle a échoué, à la différence de Daphnée.

Angélique, en quatrième année, a déjà appelé sa mère, ses trois sœurs, ses deux frères et même une cousine éloignée, se plaignant du même motif : la nature masculine.

Il ny a pas de rancune entre les filles, chacune ignorait lexistence des autres. Elles imputent les rencontres rares à lemploi du temps chargé de Maxime, qui ne peut pas sortir chaque jour.

Depuis le début de lannée universitaire, cela dure ; Maxime vient justement dêtre muté à Lyon pour son travail.

Reste à savoir quoi faire maintenant. Elles savent quil faut le corriger, mais comment? Pas en le frappant avec leur groupe

«On ne peut pas le frapper, mais on peut le mettre en honte», décidentelles à lunanimité.

Mariette, la plus «incassable», devient la bourreau, guidant la victime vers le «coup final», cestàdire une rencontre «inattendue» avec toutes les complices.

Demain étant son «jour», aucune attente nest nécessaire.

***

«Salut, petit matou, ça fait longtemps», accueille Maxime, comme à lhabitude, la jeune femme à la porte du café.

Elle le serre dans ses bras, puis lemmène à la porte qui vient de souvrir, en lui disant quil ne fait pas froid dehors.

À lintérieur, dès que Maxime entre, quatre «élues» lattendent à la première table, chacune avec le bracelet fraîchement offert posé devant elle.

«Allez, héroscupidon, raconte comment tu en es arrivé là», ricane Daphnée quand Maxime, les joues rougies, tente de parler.

«Je me demande comment tu pensais épouser toutes, alors que la loi nautorise quune seule épouse. Tu pensais être tellement irrésistible que nous courrions tous dans ton harem?», lance Océane en agitant un couteau de table, comme prête à le lancer.

«En fait, je le pensais. Je me marierais à celle qui me donnera un fils. Cest le plus important pour un homme: un héritier qui perpétue le nom».

«Et questce quon hérite, Monsieur le Sultan, pour quon se lance dans la course à la naissance comme dans les séries turques?», répond Océane.

«Un canapé abîmé et la moitié de lappartement Khrushchev de ma mère, évidemment», ajoute Léna. «Bref, bravo, tu es le héros de notre ville, je posterai la vidéo ce soir sur mes réseaux et sur le groupe de luniversité».

«Tu nen as pas le droit», sécrie Maxime.

«Si, la diffusion en lieux publics est permise, même si tu ne veux pas. Ton visage nest pas visible, mais je massurerai que tout le monde sache qui tu es, sans aucune prétention à mon égard».

«On voit tout de suite que tu seras avocat», marmonne Mariette, silencieuse jusquelà. «Je te conseille, en tant que psychologue, de soigner ta cobaye, puis de fréquenter des filles sérieusement».

«Sinon, donnelui un enfant. Implantetoi un et ne touche pas aux filles avec tes raccourcis».

En partant, Océane renverse accidentellement un café chaud sur Maxime. «Aïe, quelle maladresse», sexcuset-elle, pensant que la vengeance est accomplie.

Lorsque la vérité éclate, la réputation de Maxime seffondre dans une ville de cinquantemille habitants où les ragots voyagent vite. Il na plus aucune chance ici, à moins de déménager ailleurs pour le travail.

Océane, Mariette, Angélique, Léna et Daphnée restent amies, et chacune trouve des petits amis bien meilleurs que Maxime. Au final, cest pour le mieux quelles se soient rencontrées et aient tout résolu.

Ce serait vraiment dommage sil les avait manipulées pendant des années au lieu de quelques mois, tout ça à cause de leurs «bracelets uniques». Un peu de bon sens naurait pas fait de mal au futur «sultan».

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Je vais épouser celle qui me donnera un fils
Tes affaires t’attendent devant l’ascenseur. Prends-les et pars — Dasha, pourquoi tu t’es enfermée ? — Il souriait, mais l’inquiétude traversa son regard. — J’ai changé la serrure, Romain. — Pourquoi ? — Son sourire s’effaça. — Parce que j’ai appris de mes erreurs. Tes affaires sont devant l’ascenseur. Prends-les et va-t’en. Dasha a quarante-six ans, son «Roméo» en a cinquante et un. Une différence d’âge parfaite, deux adultes marqués par la vie, sans illusions. Derrière elle : un divorce longtemps digéré. Derrière lui : deux drames… Ensemble, ils semblaient former un couple idéal. Romain complimentait toujours sa compagne : — Ça sent tellement bon ici ! Tu es magique, Dasha. — Ce n’est qu’une simple tarte aux pommes, — disait-elle en rougissant. — Mange tant que c’est chaud. Le seul défaut de Romain, c’était son habitude d’évoquer le passé. — Tu sais, à Lucie aussi je préparais le petit-déj le week-end. Je faisais des crêpes. Mais elle me reprochait de gâcher la farine. Il racontait comment son ex avait fini par tout lui prendre, même la poêle offerte par sa belle-mère : — Elle est mesquine, disait Dasha. Se disputer pour quelques poêles… Romain poursuivait : — Si ce n’était que les poêles ! Tout l’appart y est passé. Elle a mis à son nom pendant que je bossais à droite à gauche pour la famille. La voiture, elle l’a cédée à notre fils, qui n’avait même pas le permis ! J’ai quitté la maison avec un sac de sport : caleçons, chaussettes et brosse à dents. Dasha avait pitié de lui. Comment peut-on ignorer des années de vie commune et jeter quelqu’un à la rue comme un chien abandonné ? — Et la deuxième ? — demandait-elle timidement, même si elle connaissait l’histoire par cœur. — On s’est vite compris, quatre ans de galère. Là aussi, la belle-mère s’est mêlée de tout. On a divisé les dettes, l’enfant, et voilà, j’ai tout laissé derrière moi. Je n’allais pas me battre contre une femme, je suis un homme, je retrouverai. « Un homme vrai », pensait Dasha avec respect. Un autre se serait battu pour chaque fourchette, lui est parti la tête haute. — Mon appart est grand, il y a de la place, — avait-elle proposé au début de leur relation, trois mois plus tôt. — Et j’ai une maison de campagne. J’aurais besoin de bras. — Dasha, ça me gêne, avait-il baissé les yeux. Je travaille, je ne suis pas un parasite… — Ne dis pas de bêtises. À deux, c’est plus facile. Il avait fini par s’installer chez elle, avec peu de choses : une valise usée, des costumes défraîchis et un ordinateur portable. Dasha l’entourait de soins. Elle voulait lui montrer que toutes les femmes ne sont pas des prédatrices. Avec son ex-mari, Vadim, ils s’étaient séparés d’un commun accord, sans drame. Tout avait été partagé et il versait la pension jusqu’à la fin des études de leur fille. Mais Romain était différent. *** Le premier signal d’alerte revint un mois après l’emménagement. Une petite chose, mais… Romain dit qu’il allait bricoler acheter des charnières pour le placard de l’entrée. — J’en ai pour cinq minutes ! Il revint au bout de quatre heures, sans charnières. — Tu te rends compte, fermé pour inventaire ! Toute la ville, j’ai fait, y avait rien à la bonne taille. — Fermé pour inventaire un samedi ? Ils sont ouverts 24h/24… — Le bazar, quoi. Il y avait une note, c’est tout. — C’est bizarre. Bon, tant pis, on verra la prochaine fois. Le soir, la voisine du palier, tante Valérie, ramenait de gros sacs du même magasin. Dasha : — C’est pas trop lourd ? — Oh, t’imagines pas ! Il y avait des promos aujourd’hui, les rayons bondés. Fallait se battre à la caisse ! Dasha, interloquée : — Il n’était pas fermé pour inventaire ? — Mais non ! Il tourne à plein régime. J’y étais il y une heure ! Elle est rentrée le cœur serré. Pourquoi avait-il menti ? Il serait allé voir un pote, aurait bu un café… Pourquoi inventer une histoire de magasin fermé ? Romain, lui, zappait à la télé, imperturbable. — Rom’, j’ai croisé la voisine tout à l’heure. Elle venait du magasin. C’était ouvert. — Ouais ? Ben, ça a réouvert. Quand j’y étais, il y avait écrit « pause technique 15 minutes ». J’ai attendu puis j’ai laissé tomber, je suis allé ailleurs, y avait rien. — Tu avais dit pour inventaire. Et que tu avais fait toute la ville. — Dasha, tu vas pas chipoter pour des mots ! Pause, inventaire… Qu’est-ce que ça change ? J’ai pas trouvé, j’ai pas trouvé, c’est tout. On verra demain. Tu dramatises pour rien. Dasha se sentit coupable. Pourquoi insister ? Peut-être a-t-il confondu… les hommes ne retiennent pas les détails. La semaine suivante, rebelote. Un entretien d’embauche soi-disant décroché par son ancien patron, une promesse d’un super job — mais le soir, il rentra dépité : — C’est de l’arnaque ! On m’a mené en bateau, payé des clopinettes pour bosser comme un chien. Je leur ai dit de trouver un autre pigeon. — C’est dommage. C’est qui, ton contact, Ivan ? — Quel Ivan ? Ah non, c’était Serge, l’ex-directeur adjoint. Ivan est à la retraite depuis longtemps… Pourtant trois jours auparavant, il disait tout le bien de ce fameux Ivan. « Peut-être que c’est moi qui ai la mémoire qui flanche… », pensa-t-elle. Le soir, son téléphone vibra, un SMS apparut sur l’écran : « Chéri, quand comptes-tu rembourser ta dette ? Un mois déjà. Ce n’est pas joli d’ignorer les gens. » Le matin, au petit-déjeuner : — Romain, t’as reçu un message cette nuit. On demande de l’argent. Romain avala de travers, rougit jusqu’aux oreilles : — Ça doit être une erreur, des spammeurs, y en a partout… — Pourtant ça commençait par “Chéri”… Il éclata de rire, un rire forcé. — Encore des escrocs, ils savent y faire pour t’appâter. N’y prête pas attention ! Il attrapa son téléphone, trifouilla nerveusement dedans. Il lança ensuite : — Dis, ma fille de mon premier mariage, Catherine, a des soucis… Son fils est malade, faut de l’argent pour les médicaments. — Combien ? — Quinze mille. J’ai personne d’autre, tu me sauverais la vie, dès que je bosse je te rembourse… — Quinze mille. C’est quoi, la maladie ? — Euh, allergie grave, œdème de Quincke, maintenant c’est la rééducation… — D’accord. Elle lui tendit l’argent. — Merci ma belle ! s’exclama-t-il, l’embrassant sur la joue. Catherine va t’adorer. Toute la journée, Dasha eut la nausée. Ce n’était pas tant l’argent. Elle sentait sur la peau que Romain lui mentait. Un soir, il avait laissé une vieille tablette à charger au salon. Dasha connaissait son code : quatre fois le 1. Elle consulta la messagerie. Conversation avec sa fille : « Papa, tu comptes payer la pension ? Maman menace de saisir les huissiers. On n’a plus rien à manger et tu racontes des histoires. » Réponse : « Attends, je suis en train d’arnaquer une “pigeonne”. Bientôt, je régularise. Me mets pas la pression. » Elle tomba sur un autre échange avec une certaine Tania. « Chéri, tu viens ? J’attends. Tu avais promis d’apporter quelque chose. » Réponse : « J’arrive, ma puce. Je viens de soutirer du fric à ma “radine” sous prétexte du petit-fils malade. À tout de suite. » Dasha reposa la tablette. Tout s’éclaircit. Toutes ces “mauvaises femmes” qui l’auraient dépouillé… Aucun monstre. Juste des femmes usées par le mensonge. Ce n’était pas une victime. Mais un parasite. Elle prit de grands sacs poubelle, vida toutes ses affaires dedans : costumes, chemises, accessoires. Puis elle changea la serrure ; heureusement, elle savait faire, il restait encore un cylindre de rechange. *** Romain tenta sa clé, échoua, sonna. Dasha ouvrit sans décrocher la chaîne : — Dasha, pourquoi t’as tout bouclé ? Et la serrure est cassée… — J’ai changé la serrure, Romain. — Pourquoi ? — Parce que la “pigeonne” a compris la leçon. Tes affaires sont devant l’ascenseur. Prends-les et fous le camp. — Qu’est-ce que tu racontes ? — T’as cru pouvoir me plumer tranquille ? J’ai lu tes messages à Catherine et Tania. Il blêmit. — Tu t’es permise d’ouvrir ma tablette ? Mais t’as pas le droit ! — Et toi, tu n’as aucun droit ici. Ni sur mon appartement, ni sur mon portefeuille ! Tu n’es qu’un voleur et un menteur ! — Va au diable ! fit-il en hurlant, t’es qu’une vieille chaussette ! J’ai eu pitié de toi, vu que tu savais cuisiner ! — Prends tes affaires. Les quinze mille, considère-les comme ton cachet de clown. C’est donné. Il voulut riposter, mais Dasha ferma la porte sans un mot. Puis elle jeta sa tasse et son assiette favorite à la poubelle. Son ex-mari lui écrivit : « Bonjour. Notre fille m’a dit que tu as un robinet à réparer à la campagne. Je peux passer samedi. Comment vas-tu ? » — Bonjour ! Viens donc, il y aura du thé et une tarte aux pommes. Je vais bien. Même mieux qu’avant. *** Romain tenta encore de l’approcher, passa des soirs entiers à pleurnicher puis à menacer, jusqu’à ce qu’un passage au commissariat règle l’affaire. Dasha n’avait plus besoin de rien d’autre. Seulement le calme, la tranquillité… et le luxe d’être seule. Tes affaires sont devant l’ascenseur. Prends-les et pars.