Nous ne voulons pas de ça !

Pardon, ma petite, pour mes paroles abruptes, sexcusa à la hâte la future bellemère. Je ne lai pas dit avec méchanceté. Peutêtre viendrastu nous rendre visite un jour? Victor est toujours seul, depuis votre rupture il na pas trouvé sa voie. Il ne vit que dans les jeux vidéo

***

Clémence et Victor ont vécu ensemble près de deux ans. Leur relation, du moins à mes yeux, semblait sérieuse: elle se rendait souvent chez les parents de Victor, où lon laccueillait poliment, mais sans chaleur particulière. Elle était persuadée dun avenir solide. Victor, un peu frivole, possédait pourtant du charme et savait faire preuve de détermination.

Lidylle seffondra quand Victor échoua à un examen crucial danglais. Cette défaillance était le fruit de sa négligence: pendant le confinement, il senferma dans les jeux vidéo, abandonnant les révisions. Le risque dexpulsion planait.

Au cœur de la crise, Clémence perdit patience et déclara, devant la mère de Victor :

Je ne veux pas dun homme qui naccomplit rien. Il me faut un compagnon autonome. Je ne veux pas jouer les bonnes à tout faire; je veux que nous partagions les tâches ménagères et les revenus!
Ces mots flottèrent dans lair, jetant immédiatement le futur dans le doute.

Madame Lefèvre les prit pour une insulte personnelle. Toute sa vie, elle avait soutenu son mari et son fils, croyant que son rôle était de prendre soin, non dexiger des résultats. Maintenant, elle sattendait à ce que Clémence se comporte de la même façon.

Ah! Mais quelle imagination! Elle ne veut pas être femme de ménage. Une femme, avant tout, doit être gardienne du foyer! Et lhomme, le chef de la famille!
Clémence se tut, ne voulant pas envenimer la dispute. Depuis ce moment, la porte ne souvrait plus pour elle. Les échanges avec Victor se limitaient à des messages furtifs, de rares appels et de brefs rendezvous sur un terrain neutre. Il souffrait de leur éloignement, mais au lieu dhonnêteté, il usait de manipulations.

Clémence, nous devons parler à ma mère, insista Victor au téléphone. Tu dois lui expliquer que tu ne penses pas ainsi. Jen ai assez de me cacher! Fais la paix avec tes parents, daccord?
Pourquoi devraisje prouver quoi que ce soit à ta mère? Ce nest pas elle qui ma élevée. Ce sont tes problèmes, pas les miens. Pourquoi devraisje madapter?
Parce que tu maimes et je taime. Cest le seul moyen de réparer les choses. Si tu ne le fais pas, nous nous perdrons à jamais
Le cœur lourd, Clémence accepta: par amour, elle était prête à faire ce pas humiliant, tenter de sexpliquer auprès dune femme quelle ne connaissait pas.

Mais les choses ne se déroulèrent pas comme elle lespérait

Lorsquelle arriva, Victor laccueillit dans le hall. À ce momentlà, le père descendit les escaliers :

Victor, questce que cette fille fait ici? demanda-til dun ton sec.
Victor se décontenança. Le visage de Clémence pâlit. La question semblait la réduire à une simple connaissance, pas à la petite amie de son fils.

Papa, Clémence, nous voulions commença Victor, mais le père linterrompit :
Je vois qui cest. Quelle sen aille dici!
La mère sortit du salon :

Qui fait du bruit? Victor, qui taccompagne?
Le père, sans prêter attention à Clémence, lança :

Celle qui ta appris la vie.
Clémence comprit alors quelle nétait pas la bienvenue. Loffense et lhumiliation la poussèrent à réagir instinctivement.

Je men vais, et toi restey! Pitoyable fils de maman! siffla-telle avant de sortir en claquant la porte bruyamment.
Victor, abasourdi, ne fit rien pour larrêter.

À peine sortie de limmeuble, son téléphone sonna. La voix de Victor ne trahissait aucune repentance, seulement de la colère :

Pourquoi lastu dite?! Tu as tout gâché!
Quaije gâché? Ton père vient de me placer au rang de fille de service!
Peu importe qui il a mis où! Tu as déclenché une scène! Maintenant maman est en furie et papa veut que je ne te voie plus!
Puis il ajouta ce qui la fit exploser :

Et le pire, cest que je ne pourrai plus jouer aux jeux vidéo.
Clémence sentit la douleur se transformer en une ferme résolution.

Tu me reproches de ne plus pouvoir jouer? Les problèmes de ta famille sont les tiens. Tu aurais dû les régler toimême, pas men faire un bouc!
Tout devint clair: il navait pas changé. Il restait ce jeune homme immature, cherchant des coupables. Il ne lavait pas protégée.

Je nen peux plus, Victor. Cest fini! déclara-telle avec assurance.
Elle le bloqua partout. La rupture fut brutale, mais nécessaire. Les soucis de sa famille étaient son fardeau, pas le sien.

Un an plus tard, Clémence se remit de la séparation et entreprit une nouvelle vie. Elle rencontra un homme, ils sortent depuis trois mois, et le mariage se profilait.

Un jour, par hasard, elle croisa dans un magasin Madame Jeanne Lefèvre.

Ma petite! Ma chère, bonjour! sélança la mère de Victor.
Clémence resta figée :

Bonjour
Madame Lefèvre létreignit et la bombarda de questions :

Ça fait si longtemps! Comment vastu? Comment va ta vie? Cest dommage que vous ayez rompu, Victor est devenu fou avec ses jeux! Il ne veut plus travailler, il reste devant lordinateur. Quand vous étiez ensemble, il était bien plus responsable Venez nous rendre visite!
Pardon, Madame, je suis très occupée. Travail, maison
Madame remarqua lanneau au doigt de Clémence :

Cest quoi ça? Tu tes mariée?
Non, nous sommes seulement fiancés. Le mariage sera cet été.
Lamabilité de la future bellemaman se changea aussitôt en dédain :

Ah! Je vois! Bien, Victor ta bien quittée! On na pas besoin de toi
Clémence haussa les épaules et se détourna vers les étagères. Une part de vérité dans les mots de la mère de Victor: tant mieux quelle lait laissée partir à temps. Mais cétait regrettable dy avoir perdu du temps.

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Nous ne voulons pas de ça !
– Mais enfin, maman ! Tu as ta propre maison, c’est là que tu vis. Ne viens plus ici, à moins qu’on t’invite. Ma mère habite dans un petit village élégant au bord de la Loire. Sa maison est entourée d’un bois, où, pendant la saison, on peut cueillir des myrtilles et des champignons. Depuis mon enfance, j’explore les clairières avec mon panier, savourant la nature. J’ai épousé mon camarade de classe ; ses parents vivent tout près de ma mère, mais de l’autre côté de la rue, sans accès à la rivière ou au bois. C’est pourquoi, lors de nos retours en province depuis Paris, nous nous arrêtons toujours chez maman. Depuis quelques temps, ma mère a changé, peut-être à cause de l’âge ou de jalousie envers mon mari ; nos vacances se sont transformées en disputes. Impossible de régler les choses pacifiquement. Après quelques séjours chez mes beaux-parents, ma mère a réussi à se disputer aussi avec ma belle-mère, sur des détails insignifiants. Ma belle-mère en a eu assez, a crié si fort que toute la rue a entendu leurs vieux reproches. Un mois plus tard, l’idée s’est imposée à mon mari et à moi, construire notre propre maison, pour venir en vacances sans gêner personne et enfin se sentir chez soi. Le terrain fut difficile à obtenir, mais nous avons réussi. Mon beau-père et ma belle-mère ont aidé avec enthousiasme à la construction. Mon beau-père était toujours là. Seule ma mère posait problème : elle venait, donnait des conseils, critiquait régulièrement, ne nous laissait jamais tranquilles. Construire cette maison fut un cauchemar. Un an plus tard, notre maison était prête ; on pensait souffler, mais non ! Ma mère n’a pas arrêté de nous rendre visite, nous reprochant notre égoïsme et de ne plus aider. Pourtant, mon mari s’occupait toujours de tout chez elle – la tonte, la réparation du toit… Un jour, ma mère m’a lâché : – Mais pourquoi vous venez ici ? Restez à Paris, et quand vous venez, vous exhibez votre richesse ! C’en était trop pour mon mari. Il a calmement dit à ma mère, d’une voix qui ne laissait pas de place à la discussion : – Mais enfin, maman… Tu as ta maison, non ? Vis chez toi ! Ne viens plus sans invitation. Laisse-nous au moins un week-end tranquille, et si tu as besoin d’aide ou qu’il y a le feu, appelle-nous ! Surprise, ma mère a quitté la maison, et nous avons tous ri. Depuis ce jour, notre maison est paisible. Ma mère accepte l’aide, mais ne vient jamais sans nous prévenir. Et elle continue de se souvenir de cette histoire d’incendie…