Trop Tard pour Réaliser ses Rêves

Trop tard

Je suis sorti du cabinet de gynécologie le cœur plein dincompréhension. En dépliant la feuille de consultation, je relisai une nouvelle qui me laissa sans voix: «Grossesse de 78semaines». «Comment cela atil pu arriver? Pourquoi ne laije pas remarquée?», me dis-je en marchant vers ma voiture. «Aije oublié de prendre la pilule ce jourlà?Et maintenant? Accoucher? Jai déjà quarantetrois ans, et voilà»

Je rentrais chez moi, perdu dans mes pensées. Au feu rouge, je ne vis même pas les voitures sélancer jusquà ce quun conducteur derrière moi me klaxonne bruyamment.

Une fois dans mon appartement parisien, je me mis à faire le ménage pour chasser les inquiétudes. Vers midi, Anaïs, ma fille, fit un bref saut pour me rendre visite et partager les dernières nouvelles.

«Maman, jai une surprise pour toi!», sexclama-t-elle en sasseyant à la table de la cuisine.

«Allez, raconte, ne me fais pas languir,» lui répondisje, intrigué.

«Maman, Alexandre ma demandé en mariage!», annonçaelle, le visage illuminé dun sourire radieux, «et jai accepté!»

«Ma chérie, toutes mes félicitations!», dis-je, les larmes aux yeux, en la serrant dans mes bras. Elle avait trouvé un fiancé intelligent, ambitieux mais équilibré, cultivé et poli. À vingtcinq ans, il gagnait bien sa vie et vivait déjà loin du foyer parental. Ils se fréquentaient depuis près de trois ans, et javais eu maintes fois loccasion de vérifier la sincérité de ses intentions.

«Alors, quand le mariage?», demandaije en versant du thé chaud dans les tasses.

«Je ne sais pas encore,» haussatelle les épaules, «on na pas encore parlé de tout ça. Probablement lété prochain.»

«Tu le diras à ton père?», insistaije, le regard fixé sur elle.

«Je ne sais pas,» rétorquat-elle, un sourcil froncé, «honnêtement, je nai même pas envie»

«Anaïs, ce nest pas ainsi quon fait,» réprimandaije, «cest ton père, il taime. Je comprends que tu sois blessée, mais les séparations nannulent pas les liens. Jai pardonné à ton père, et je ten prie, fais de même. Nhésite pas à linviter à la cérémonie!»

«Maman, comment peuxtu être si indulgente?», sénervatelle soudain, «il ta abandonnée pour une autre, il a passé un an à me tromper avec sa secrétaire!Estce vraiment pardonnable?»

«Anaïs, ton père et moi avons vécu vingtdeux ans ensemble. Nous tavons élevée, tu es devenue une fille brillante et belle. Ce furent des années heureuses, je suis reconnaissante pour tout ce que ton père a apporté. Mais il a aimé une autre.»

«Le cœur, on ne contrôle pas», tentaije dexpliquer, «questce que jaurais dû faire? Créer un scandale, garder rancune, le haïr jusquà la mort? Cela naurait aucun sens.»

«Non, maman, je ne comprends pas,» secouatelle la tête, «si Alexandre me traitait ainsi, je je ne sais même pas ce que je ferais!»

Je ne voulus plus argumenter. Anaïs, si émotive, ne saisirait jamais mon point de vue. Dans ma jeunesse, ces choses se voyaient différemment.

Après lavoir raccompagnée, je repris le travail dans la cuisine, lavai la vaisselle, sortis du congélateur la viande pour le dîner. Mes pensées tournaient sans cesse autour de ma grossesse inattendue. Dun côté, accoucher à mon âge, sans conjoint, était effrayant; de lautre, je désirais ardemment redevenir mère, chérir un nouveau petit être, parcourir à nouveau ce chemin difficile mais si joyeux.

Je dénichai sur les étagères un album de photos dAnaïs lorsquelle était bébé. Dans les images, elle, toute petite en grenouillère, souriait à sa grandmère. Puis, plus grande, en robe élégante devant les portes du parc de la Villette, le jour où elle sétait blessée à la genou en tombant dune balançoire, laissant une fine cicatrice à peine visible. Une autre photo la montrait première écolière, bouquet à la main, aux côtés de Benoît, alors très sérieux.

Je me revoyais, alors jeune et mince, en costume clair, talons hauts, une frange courte sous les sourcils. Avaisje vraiment porté cette coupe?

Une autre image la présentait en classe de cinquième, jouant la fille du Père Noël lors du spectacle de fin dannée. Javais cousu moimême son costume: une robe argentée et une petite fourrure de lapin. Trois nuits passées sur la machine à coudre pour obtenir un résultat parfait.

Sur une photo de vacances, nous étions tous ensemble Benoît, Anaïs et moi sur la côte dAzur, bronzés et heureux.

Je réalisai alors que, autrefois, je pensais posséder la famille la plus solide et unie du monde. Benoît et moi nous aimions passionnément, nous partagions des projets, des rêves, une vraie vie à deux. Les années passèrent, Anaïs grandit, nous comblant de succès. La carrière de Benoît monta en flèche, nous achetâmes une maison, une voiture, nous voyagions souvent. Jouvris mon propre atelier de création de robes de mariée, réalisant mon rêve. Tout semblait éternel.

Mais un voile sombre planait sur ma joie: je ne parvenais plus à mener une grossesse à terme. La première se solda par une fausse couche précoce, la deuxième atteignit quatorze semaines avant quon découvre chez le fœtus des malformations graves. Le médecin me conseilla dinterrompre. Après une nuit de pleurs sous la surveillance du personnel de lhôpital, je décidai de ne plus tenter.

En repensant à ces temps lointains, je constatais lironie de ma situation actuelle. Alors, jeune, javais tout: santé, mari aimant, stabilité, lenvie brûlante dun autre enfant. Aujourdhui, tout sest évaporé, et le destin me renvoie, comme une plaisanterie cruelle, cette grossesse non désirée.

Lorsque Benoît annonça son départ, ce ne fut aucune surprise. Je soupçonnais déjà son aventure avec une autre femme. Dabord, javais paniqué, tentant de le reconquérir par toutes sortes de stratagèmes: discussions profondes, même un peu de danse sensuelle à la maison. Rien ny fit; il empaqueta ses affaires et, il y a un mois, il déposa les papiers du divorce.

Il refusait toute aide dun psychologue familial, déclarant que cétait du vent. Javais lu des forums de femmes, essayant toutes les astuces, du conseil à cœur ouvert aux performances de séduction, mais rien ny changea rien.

Benoît était passé à la recherche dune nouvelle compagne, une secrétaire nommée Camille, jeune, un peu plus âgée quAnaïs, aux lèvres augmentées de silicone, aux cils à la poupée, au décolleté plongeant comme la baie de Marseille. Je lavais supplié de la remplacer, mais il rétorquait:

«Lara, peu mimporte son apparence, tant quelle fait son travail, elle est efficace, je ne peux pas me passer delle.»

Je sentais que Camille nétait quune façade, et mes soupçons savérèrent justes.

Il me laissait un appartement de deux pièces dans le 11e arrondissement ; il sétait installé avec Camille dans un pavillon à la campagne. Lidée quune inconnue occupe désormais le lieu où nous avions construit tant de souvenirs me rendait furieux. Javais accepté ce compromis: la ville était plus pratique pour mon atelier, et Anaïs et Alexandre vivaient à proximité. Mais le malaise persistait.

Le lendemain, dimanche, je rendis visite à Catherine, une amie de longue date que je connaissais depuis lépoque où nos enfants allaient à la même crèche. Elle maccueillit avec une bouteille de cognac.

«Allez, Lara, on se sert un petit verre, jai préparé de la viande, ça ira bien avec le cognac,» me lançatelle, sortant des verres du placard.

«Merci, Catherine, mais je ne bois pas.»

«Pourquoi donc? Des médicaments?»

«Non, rien, je suis enceinte.»

Surprise, elle sassit.

«Et vous vous êtes séparés de Benoît? Ou vous avez déjà un amant?» ricanatelle.

«Pas damant, cest lenfant de Benoît, il y a eu une nuit il y a deux mois, bougies, vin, sousvêtements en dentelle» répondisje, en faisant le geste de mon ventre.

«Ma chère, cest incroyable! Que vastu faire?»

«Je ne sais pas, je viens juste dapprendre, je ne sais pas comment réagir»

«À ton âge, cest tard pour accoucher. Tu devras élever cet enfant seule, sans mari, cest difficile. Tu pourrais demander une pension alimentaire Mais, regarde, Anaïs se mariera bientôt, tu auras des petitsenfants, alors»

Je hochai la tête, consciente que ses mots confirmaient mes propres craintes.

Je repris la route vers chez moi.

«Maman, tu viens?» sécria Anaïs à mon arrivée. «Un café?»

«Non, chérie, je veux parler. Alexandre estil là?»

«Il est chez ses parents, il aide à des travaux,» réponditelle.

Je lui racontai alors ma grossesse.

«Maman, tu veux vraiment cet bébé?»

«Je le veux énormément, mais jai peur»

«Et le médecin?»

«Il dit que tout va bien, le bébé se développe normalement. Jai perdu deux enfants quand jétais plus jeune, on na jamais su pourquoi. Les médecins nétaient pas très compétents, je crains dy repasser.»

«Écoute, il faut que tu fasses des examens complets, ta santé passe avant tout. Beaucoup de femmes accouchent après la quarantaine aujourdhui, ce nest plus rare. Si tu es en forme, pourquoi pas?»

«Oui, je comprends, peutêtre fautil essayer»

«Cest toi qui décides, mais sache que nous serons là pour taider, daccord?»

Je me sentis un peu plus serein. Les examens ne révélèrent aucun problème, et je décidai de garder lenfant. «Peutêtre devraisje le dire à Benoît?», me demandaije, mais pourquoi? Il ne me servirait plus à rien. Nous ne nous étions vus que deux fois depuis le divorce, lorsquil récupérait quelques affaires. Six mois plus tard, il revint soudain à latelier.

«Lara, je suis venu chercher les documents de la maison. Ils doivent être chez toi. Jai appelé, tu nas pas répondu. Jai essayé dentrer dans lappartement, tu as changé les serrures?»

«Oui, je les ai changées, alors questce que tu pensais?Tu ne peux plus entrer quand tu le veux. Nous avons tout réglé, je nai aucun document à te donner.»

«Tu ne perds pas de temps, tu te remaries?»

«Non, je nai pas lintention de me remarier.»

«Ce nest pas ton affaire, je dois travailler, je nai pas le temps pour tes histoires,» rétorquaije, le renvoyant.

Il partit, mais son visage resta gravé dans mon esprit toute la journée. «Quel sera son terme?Je veux savoir sil a eu une grossesse rapide avec quelquun dautre», murmuraitil intérieurement.

À ce moment, Camille entra dans le bureau, les hanches balançant.

«Chéri, jai faim, on sort dîner?»

«Pas maintenant, je suis occupé,» répondisje.

«Faisle quand même,» protestatelle.

Il laissa échapper un soupir et retourna à son ordinateur, la pensée loin de son travail.

Quelques jours plus tard, à la maternité, Anaïs et Alexandre, accompagnés de Catherine et de plusieurs jeunes couturières de latelier, vinrent me chercher. Alexandre prit le bébé dans une petite boîte bleue.

«Mon Dieu, il est si petit!Cest effrayant de le tenir!» sexclamatil.

«Il est adorable, vraiment,» sourittelle, caressant son petit frère, «Il me ressemble, non, maman?»

«Exactement, il te ressemble,» répondisje, en riant.

De retour à la maison, je découvris que mes enfants avaient décoré une pièce en chambre denfant: guirlandes colorées, ballons, un gros panneau «Joyeux anniversaire, Jules!» (javais nommé le petit Jules).

Le bébé naquit en bonne santé, et je me sentis plein dénergie. Les journées sécoulaient entre les soins du petit, les visites dAnaïs qui lemmenait se promener au parc, me laissant un instant de répit.

«Voilà, ma fille, cest un entraînement à la maternité!», plaisantaije en la voyant gérer son frère, «Un jour, ce sera ton tour daccoucher, et tu seras déjà experte!»

«Jadore ça!», répliquatelle, le regard malicieux.

Quelques mois plus tard, on frappa à ma porte. Benoît se tenait là, un bouquet de roses à la main.

«Bonjour, Lara,» ditil, tendant les fleurs que je refusai de prendre.

«Bonjour, Benoît, que me vauttu?» répliquaije, les bras croisés.

«Je sais tout, Jules estJe sais tout, Jules est mon fils et je veux désormais être présent dans sa vie.

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Trop Tard pour Réaliser ses Rêves
Rivalité Poétique pour les Affaires du Cœur : Quand Lara, Collègue Amoureuse, Veut Emporter Pétruche Chez Elle – Entre Quiproquos, Confidences et Sacrifice de la Femme Française — Moi c’est Lara, on travaille ensemble. Nous nous aimons et vous nous empêchez d’être heureux ! Rendez-moi Pétruche ! — Mais comment est-ce que je vous gêne ? — s’étonne sincèrement Svetlana Anatolievna. — Donnez-moi des preuves ! — Eh bien… — la rivale hésite. — Il ne veut pas partir de chez vous ! — Tonton Pierre, t’es un andouille ? Ces mots géniaux sont du petit Serge, dans la nouvelle de Vera Panova, juste après qu’on lui ait donné un bonbon vide… C’est bien vrai, quelle andouille. Comme le disait Zadornov : il n’y a pas de maladies mentales, il n’y a que des andouilles ! C’est exactement ce que Svetlana a fini par dire à son mari. Pas tout de suite, pas lors de l’arrivée de la maîtresse — ça, elle a supporté ! — mais un peu après. Oui, Pétruche, le coq au plumage doré avec qui elle avait partagé tant d’années, avait su trouver une mignonne ailleurs. Et la prétendante ne manquait pas d’audace : « Nous nous aimons, laissez-moi votre mari ! » Svetlana avait déjà des soupçons ! Pétruche s’était mis à se raser et à s’apprêter avec une élégance toute nouvelle… L’odeur du parfum importé embaumait la maison, le jeans impeccablement repassé avec des plis. Au fond, Svetlana s’en amusait : « Tant mieux, il l’a bien cherché ! » Et ce soir-là, le pauvre époux s’en allait à son tour de garde de nuit à l’agence de travaux. — Tu comprends, chérie, — expliquait-il enthousiaste —, chez nous on est une petite boîte du bâtiment, et depuis que le veilleur est parti, on fait des tours ! Me voilà obligé de dormir au bureau… — Mais comment tu comptes passer la nuit là-bas, tu vas rester assis ? — demande Svetlana en mode campagnarde. Pierre fait la moue : « “Rester assis” — mais c’est quel mot ce truc ? » C’est un ancien participe passé, lui répond la prof de français la plus instruite du couple. Croyez-le ou non, Svetlana savait qu’il mentait. Quelque chose clochait dans le royaume danois ! Après 20 ans de mariage, leur fille partie, voilà que Pierre fréquentait une maîtresse. Bon, ça arrive… Au moins, qu’il soit honnête ! La maison appartenait à Svetlana avant mariage. Mais Pierre ne se décidait pas à avouer. Pourquoi ? Est-ce qu’il aimait encore Svetka ? Ou pensait-il que “l’autre” n’était pas sérieux ? Mais il restait là, comme si de rien n’était, même au lit ! Sauf quelques indices d’infidélité, rien n’était vraiment sûr. Peut-être s’est-elle fait des idées ? Un nouveau parfum, un pantalon repassé politiquement ! Svetlana était prête à passer l’éponge… Jusqu’au jour où la perfide rivale « Raïssa Zakharovna » débarqua… Pas de Pierre à la maison. Svetka faisait le ménage. La maîtresse frappe : « Bonjour ! » La gentille Svetka, croyant à une visite anodine, la laisse entrer, prête à écouter. Plus tard, “l’amour” de son mari, de cinq ans sa cadette, avait l’air d’une femme de 40 ans déjà bien mûre. La visiteuse lâche le morceau : — Moi, c’est Lara, on travaille ensemble, nous nous aimons, et vous nous empêchez d’être heureux ! Rendez-moi Pétruche ! — Mais en quoi vous vous gênez ? — s’étonne Svetlana. — Des faits ! — Eh bien… — La maîtresse hésite. — Il ne veut pas quitter votre maison. — Mais c’est lui qui ne veut pas ! Moi, je vous le donne volontiers ! Je vous fais sa valise tout de suite ! — propose Svetlana en souriant : — Il vous a raconté quoi ? Que j’étais mourante et qu’il ne pouvait pas m’abandonner ? — Ben… pas tout à fait mourante, — bredouille la visiteuse, — mais presque… En réalité, Svetlana ignorait que la conversation était le fruit de l’imagination de Lara ! — Vous voyez, je vais très bien. Vous pouvez partir avec Pétruche. Demain, divorce ! Je vous souhaite tout le bonheur chez vous ! — Vraiment ? — la maîtresse est aux anges. — Vous êtes bien plus positive que je ne l’aurais pensé ! « Tu n’as encore rien vu de ma positivité… » pense Svetka au fond d’elle en continuant de sourire : — Non vraiment, avec Pierre, on est sur la confiance totale ! Je lui dirai tout, vous pouvez y aller tranquille ! Ça ressemblait à un « reposez-vous en paix » pour la rivale, mais elle ne s’en rendait pas compte. — Dites-lui que je l’attends ce soir avec ses affaires ! — dit Lara triomphale et s’éclipse, sourire de la victoire aux lèvres. — Comptez sur moi ! — envoie la prof, prête à tenir sa parole. Le soir, Pierre rentre — découvre sa pauvre valise prête dans l’entrée et n’y comprend rien. — Svetka, c’est quoi ce bagage ? Tu pars ? — C’est ta copine qui est passée ! — annonce Svetka sans détour. — Ma copine ? – Pierre est perdu. — Oui, celle qui garde le bureau la nuit avec toi… Pierre rougit : — Lara ? Mais j’ai jamais gardé avec elle ! — Donc il y a une autre maîtresse que Lara ? Tu deviens chaud lapin sur le tard ! — tacle Svetka. — Mais c’est pas ce que tu penses… — Qu’est-ce que je pense alors, donne ta version, M. Prophète ! Tu vas me sortir que t’as rien fait avec elle ? Que c’est elle qui est venue toute seule ? — Non, j’avoue, mais c’était juste une fois… Je suis rentré bourré ce soir-là… Elle m’a sauté dessus ! C’était l’instinct, je te jure ! — Je comprends tout, Pierre, la passion te rend fou ! Pas de souci, comme disait le fameux Sharikov : l’amour, c’est la jeunesse ! Ne te gênes pas, j’ai tout compris. Tout est réglé. Lara t’attend, je lui ai promis ! — Mais pourquoi partir ? — panique Pierre : Lara louait une chambre miteuse, pourquoi vouloir partir ? — Pas la peine de cacher tes sentiments Pierre, je lis dans tes yeux ! Va, bonne chance ! — Mais je veux pas ! — s’accroche Pierre. — Quoi, elle transpire trop ? — plaisante Svetka. — Il fait chaud quand tu dors avec elle ? La collègue était plutôt rondelette et transpirait beaucoup. Pierre se tait. Avec Lara c’était vraiment juste une fois bourré, après la fête. Elle, s’était mise à le harceler. Toute la boîte le savait. En vérité, comme dans le temps, il y avait beaucoup de “folles de Magomaev” dans les asiles soviétiques, et à notre époque beaucoup de Laras… Mais dans la vie courante, ces gens semblaient tout à fait normaux ! Heureusement ce jour-là, Lara avait pris son vendredi : grosse discussion à venir. Pierre poussait un soupir de soulagement. — Pierre, tu goûtes mes crêpes, je les ai faites moi-même, ta femme doit pas te nourrir ! — Comment c’est passé ton week-end ? Tu veux qu’on en parle ? — Oh, je t’ai rêvé cette nuit ! Tu veux savoir ce qu’on a fait ensemble ? « Quel imbécile ! » songe Pierre. Faut vraiment quitter la boîte ! Il a mille fois regretté sa faiblesse… Qui aurait pu croire que Lara serait si obsessionnelle ? — Bon, — la femme pardonne, — admettons que tu dis la vérité, Casanova. Comment tu vois la suite pour nous ? Tu crois que je vais encore partager ton lit après tout ça ? — Je dormirai sur le canapé ! — promet Pierre, prêt à dormir dans l’entrée plutôt que dehors. Et sa femme accepte : on verra ! Samedi matin — Lara arrive déjà : on part ? Je comprends, hier tu n’as pas pu ! Pierre ouvre la porte, il est choqué par sa détermination. Il tente de raisonner la “fanatique” : — Lara, rentrez chez vous ! C’est dangereux, il fait glissant ! — Et toi ? — demande-t-elle surprise. — Je reste ici ! Avec ma femme ! — Mais nous nous aimons ! — insiste Lara. — Tout ça c’est le fruit de votre imagination ! Il n’y a rien ! — Pierre savait bien ce qu’il y a eu, mais bon… Et alors ? Ils sont partis ensemble, peut-être se sont séparés après ! Toute la petite agence savait que Lara avait un problème… Pierre décide de soutenir cette version jusqu’au bout. Dans la tête de Lara, tout s’est déjà éclairci : sa passion était irrésistible ! Et la femme l’a laissé filer ! Donc pourquoi pas ? — Au revoir ! — conclut Pierre en fermant la porte. C’est là que Svetka sort sa phrase culte tirée de la nouvelle de Vera Panova sur tonton Pierre — parfaite pour la situation… Lara reste devant la porte, espérant qu’il change d’avis… Finalement repartira bredouille ? Pierre n’était pas le premier : avant lui, deux employés avaient déjà quitté la boîte à cause du harcèlement de Lara. Et eux n’avaient rien eu avec elle ! Le lundi suivant, Lara ne revient pas : elle avait démissionné ! Peut-être que trois essais suffisent pour chercher l’amour ailleurs… Pas si folle finalement… Pierre, à nouveau, souffla : ouf, il n’a pas eu à quitter son job ! Merci, elle n’est même pas enceinte ! Et Svetka a pardonné. Après tout, ce n’était qu’un “écart de cuite” ! Et tout le reste était vrai ! On apprit plus tard que, oui, l’équipe masculine gardait bien tour à tour les locaux de l’agence : le patron était radin sur la sécurité ! Le parfum et les pantalons de Pierre n’avaient rien à voir ! Juste un concours de circonstances, ou bien un coup du rétrograde Mercure… Au moins ça, on sait à qui la faute ! En conclusion : ne buvez pas trop en soirée d’entreprise, les gars ! Car l’amour peut vite devenir toxique. Et dans la vie moderne… y en a à la pelle. Merci au ciel qu’il n’y ait pas eu de chantage ! Et pour le reste, ce n’est pas Mercure qui vous sauvera…