— Tu n’es pas ma mère

Tu nes pas ma mère! Laisse papa et moi tranquilles, dégage!
Laije entendu de toutes les femmes qui ont voulu partager le même lit, la même petite table et le même canapé dépliable avec Antoine. La petite Lisette, furieuse, lança des invectives et des lapins en peluche, parfois même des bouts de plastique tranchant, chaque fois quune candidate à la place de bellemère franchissait le seuil de leur modeste blocimmeuble. Tu ferais bien damener ta gamine hystérique chez le psy, sinon elle deviendra un autre «truc» qui crachera de la mousse sur tout le monde, lança la dernière prétendante dAntoine quand Lisette brisa contre le mur la statuette dun pigeon offerte par un invité. Pardon, mon Dieu, pardonnemoi, je nai pas prévu quelle la jette sexcusa Antoine, ramassant dune main tremblante la tête et la queue du pigeon pour les mettre dans la petite pelle. Je lavais bien prévenu, elle ne se remettra jamais de la perte de sa mère

Écoute, jai aussi perdu mon chien récemment, mais je ne crie pas comme une folle et je ne jette pas dobjets!
Un chien? Tu compares la mort dune mère à celle dun chien?
Je laimais. Allez, laisseznous, bande de marginaux.

Reniflant quelque chose de répugnant, la jeune femme tourna la clé à fond, dabord dans un sens puis dans lautre. Une fois le loquet désengagé, elle claqua la porte si fort que les ampoules du quatrième étage sallumèrent dun seul claquement. Mon chéri, pourquoi faire ça? Cela fait presque quatre ans que je ne tiens plus tout seul, tu le comprends? sagenouilla Antoine devant sa fille. Ne crains rien, je taiderai, cette tante nest pas nécessaire, elle est mauvaise, toutes sont mauvaises, chuchota Lisette en enlacent le cou dAntoine.

Chaque jour, Antoine se refermait davantage sur lui. Le vent doctobre semblait le frôler toute lannée, jusquau jour où le cœur dAntoine fut réchauffé par Éloïse. Elle ne réchauffa pas seulement son cœur, mais aussi ses jambes, renversant son café sur le sol du métro parisien. Elle le piéta trois fois, puis lui lança un parapluie en plein œil. Tout cela, après des milliers dexcuses.

Au cas où, prévois un mouchoir ou un désinfectant, au cas où ton nez se casserait ou que tu te teindrais, expliqua Éloïse en sortant un deuxième paquet de lingettes humides pour essuyer le pantalon dAntoine. Ça tarrive souvent? demandatelle. De temps en temps, réponditil sans réfléchir.

Après ce premier café, Antoine invita Éloïse à un deuxième, puis à un troisième. Elle, au grand cœur, semblait attirer toutes les situations absurdes : la porte dun bus qui se referme sur son pied, le chat du voisin qui lui raye la moitié du visage, et elle était championne olympique du stationnement interdit.

Éloïse ne remarquait rien, cela faisait simplement partie de sa vie. Elle ne se plaignait jamais, ne se mettait jamais en colère. Antoine en était tombé amoureux comme un collégien qui découvre la musique. La meilleure bellemère pour Lisette était difficile à imaginer, même avec une «dangerosité» comme Éloïse. Partout où elle était, tout le voisinage dans un rayon de cinq kilomètres était sur le point dêtre frappé.

Quand on rentrera à la maison, ne prête pas attention à ses remarques, elle est gentille, vraiment. Je ne sais pas comment laborder. Et toutes ces femmes Je suis coupable, mais
Calmetoi, respire profondément, caressa Éloïse la main dAntoine en arrivant à lentrée de limmeuble. On na même pas besoin daller chez vous. On pourrait se rencontrer ici, dans la rue?
Dans la rue? fit mine détonnement Antoine.
Oui, tu dis quelle est nerveuse à la maison, alors faisonsle dehors. Et mes souliers sentent le chat, ajouta Éloïse, gênée. La voisine ma demandé de surveiller son MaineCoon, mais il ne maime pas trop, souritelle.
Pas de souci. Viens, je ty amène, dit Antoine, appuyant le bouton du digicode. Dès que la porte souvrit avec un bourdonnement, il sengouffra à lintérieur.

Éloïse naviguait sur Internet sans but lorsquune voix derrière elle sécria: Cest votre portefeuille?
Oh, bondit Éloïse, se retournant et découvrant une petite fille denviron septhuit ans tenant son portefeuille rempli dargent, de cartes et dune ordonnance. Merci, jai failli le perdre, souritelle. Faites plus attention, réprimanda la fillette en se frottant le nez. Pourquoi estu seule ici?
Je ne le suis pas, je suis avec grandpère et Oleg, désigna la petite un vieil homme qui tripotait le moteur dune berline noire garée non loin, accompagné dun garçon du même âge.

Un colis tomba du poteau à côté dÉloïse. Oh, on dirait quune taupe volante a fait pipi dessus, gloussa la fillette. Ce nest rien, répondit Éloïse en sortant une lingette. Dailleurs ce ne sont pas des taupes, ce sont des pigeons.
Mon grandpère dit que ce sont des taupes, répliqua la fillette. Pff, les taupes ne livrent pas le courrier aux anges, non?
Aux anges? insista la petite. Les pigeons, cest les postiers qui apportaient les lettres avant, maintenant ils les envoient au ciel, expliqua Éloïse avec tant dassurance que quelques pigeons au-dessus semblaient lécouter.

Et si on les envoyait aux simples mortels? proposa la fillette. Pourquoi pas? Il suffit le bon code postal.
Vous ne fut interrompue quand la porte souvrit en poussant un bourdonnement et Antoine apparut. Voilà où tu étais! Tu es parti sans rien dire, je craignais quon tenlève. Il prit la petite dans ses bras. Ton grandpère ta appelé, mais tu nas pas répondu. Tu as vu le mot?
Oui, jai vu, ditil en présentant Éloïse. Et voici Lisette, ajoutail en désignant la fillette.

Lisette changea dexpression, lançant à Éloïse un regard venimeux. Les trente minutes suivantes furent dune gêne mortelle, les conversations restaient superficielles, latmosphère tendue comme un fil. Désolé, conclut Antoine en raccompagnant sa fille. Tout va bien, murmura Éloïse à peine audible.

Une semaine plus tard, Éloïse passait devant limmeuble dAntoine et vit Lisette cachée derrière le dossier dun banc. Salut, que faistu?
Jattrape des pigeons, répliqua Lisette sans quitter des yeux le pigeon gris qui picorait du pain rassis. Ah, cest vous fit la fillette, irritée, en se tournant vers Éloïse.
Et comment comptestu le piéger? demanda Éloïse, indifférente au regard sévère.
À la main.
Tu nen attraperas pas beaucoup comme ça. Il faut un filet.
Où je le trouve? demanda Lisette, lair stupide.
Je peux le rapporter.
Vous?
Bien sûr, pourquoi pas? Attends ici, nourrisle, je vais à la «Terre des Enfants» et reviens.

Sans attendre de réponse, Éloïse sélança vers larrêt. Quarante minutes plus tard, elle revint avec un énorme filet et un sac de graines. Mieux vaut mettre plus dappât dès le départ, ditelle en déversant la moitié du sac sur le trottoir. Lisette hocha la tête. En quelques minutes, le ciel se couvrit dune zone grise de pigeons qui sabattaient bruyamment sur le bitume. À toi, lança Éloïse le filet.

Lisette saisit loutil, se précipita et captura la nuée, qui se dispersa immédiatement. Jai attrapé, jai attrapé!
Parfait, donnemoi la lettre! sortit Éloïse le pigeon du filet. Je nai même pas encore écrit
Quoi? Quallonsnous en faire? demanda Éloïse, tandis que le pigeon, aveuglé par un angle de vue de trois cent quarante degrés, tournait en rond.

Vous faites quoi ici? Le trottoir est plein de déjection, grogna la concierge comme une bouilloire qui bout. Allonsy, rentrons chez toi, poussa Éloïse la fillette vers lentrée, qui savança rapidement. Papa estil là? interrogea Éloïse en montant les escaliers.
Oui. Tu veux dire que nous sommes venus?
Non, cest inutile, sourit Éloïse, constatant la tristesse dans les yeux de la fillette. Nous sommes ici pour autre chose. Va écrire, je tattends en haut.

Lisette sourit, monta, revint cinq minutes plus tard avec un rouleau de fil et une petite aiguille. Chut, chut Éloïse porta le doigt à ses lèvres et montra le pigeon perché sur le rebord. Lisette acquiesça, les yeux brillants dexcitation.

Éloïse tendit une main pleine de graines au pigeon, qui picora timidement. Quand loiseau perdit sa vigilance, Éloïse le saisit, mais le pigeon, plus rapide que son esprit, fonça sur elle. Un cri perça lair, loiseau frappa ses yeux dailes, griffant son visage. Éloïse courut dans le hall, tentant de le repousser, mais rien ny faisait. Les voisins sortirent, des rires et des jurons sélevèrent.

Durant dix minutes, Éloïse sessuya le visage et le couloir avec des lingettes humides. Le pigeon finit par senvoler par la fenêtre, ne faisant plus jamais confiance aux humains. Lisette disparut derrière la porte, revint avec un seau deau et une serpillière. Ce sera plus rapide, ditelle en tapant le sol, répandant une odeur de pierre mouillée.

Lisette, où vastu? apparut Antoine dans lencadrement, lair perplexe devant le spectacle de sa fille et dÉloïse qui lavaient le hall. Que faitesvous?
Ne pose pas de questions, cligna lœil Éloïse.
Ouais, papa, tu nas pas besoin de tout savoir, rétorqua Lisette.
Ddaccord, compris, ferma Antoine la porte.

Tu sais, je me suis demandé pourquoi on les attrapait. Il existe des colombariums où travaillent des pigeonscourriers professionnels, pas ces freelances douteux, dit Éloïse quand le nettoyage fut fini. Vraiment? Pourquoi ne lastu pas dit plus tôt?
Jai simplement oublié, ça fait longtemps que je nai pas envoyé de lettres au ciel, réponditelle. On peut y aller? Sil vous plaît! sauta Lisette dimpatience. On peut, mais demain. Je passerai te prendre après le travail, daccord?
Hourra! sexclama Lisette.

Le soir même, Éloïse téléphonait à Antoine pour tout raconter. Tu penses que cest une bonne idée? Quand elle grandira, elle pourrait garder rancune pour ce mensonge,
Si on mavait dit la vérité depuis toujours, je serais peutêtre déjà folle, confessa Antoine. Tu as raison. Vous partez sans moi demain?
Oui, on sen sortira. De plus, elle est tellement futée que je pourrais discuter avec elle, répliqua Éloïse. Merci à vous.

Le lendemain, Éloïse récupéra Lisette et, en taxi, elles se rendirent au colombarium. Oh, ils sont si blancs et beaux, sémerveilla Lisette. Puisje peux en choisir un? Il livrera vraiment la lettre au bon destinataire? Il ne se perdra pas? Il a un GPS? Jai besoin que la lettre aille à ma mère, je ten prie, insistatelle le propriétaire, qui ne répondait que par des «Oui, oui».

Limportant, cest le bon code postal, rappela Éloïse.
Jai mis notre adresse, il faut que ça corresponde, et jai précisé que cest la fille qui écrit, pour que les anges ne se trompent pas, déclara Lisette avec sérieux.

Éloïse tendit largent au propriétaire, qui attacha la lettre à la patte du pigeon avant de le libérer dans le ciel. Ça me touche, sanglota lhomme en essuyant ses larmes avec sa manche, tout en fermant la cage.

Deux jours plus tard, Antoine appela. Lisette dit quune réponse est arrivée du ciel, avec ton nom dessus. Tu veux la lire?
Bien sûr, jarrive, répondit Éloïse, secouée, qui décida de partir plus tôt du travail et, en fermant son ordinateur, supprima accidentellement le projet sur lequel elle travaillait.

Elle monta à létage, sonna à la porte. Antoine apparut. Lisette joue dans la cour avec le petit garçon du voisin. Elle ta laissé une lettre sur la table, elle était trop timide pour la remettre, expliquail.

Éloïse entra, prit le papier froissé, où un enfant, en écriture tremblante, avait écrit:
«Merci ma fille pour la lettre, je suis aussi très forte et je pense à vous avec papa. Jai vu Éloïse, elle est gentille. Elle nest pas ta mère, mais vous pouvez être amies. Jaimerais cela. Ta mère.»

Éloïse sentit un nœud dans la gorge, maudit à peine le texte qui se dissolvait sous les larmes. Elle a compris, dit Antoine, lembrassant par derrière. Éloïse hocha la tête, submergée par les sanglots.

Jai toujours cherché une mère pour elle, mais je ne réalisais pas quelle voulait juste une amie, puisquelle a déjà sa maman,
Je ne voulais pas me substituer à rien, sanglota Éloïse, puis aperçut à la fenêtre le pigeon qui les observait, comme sil voulait raconter aux anges ce qui venait de se passer.

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— Tu n’es pas ma mère
Moi aussi, je rêve d’être heureuse : Merci du fond du cœur pour votre soutien, vos likes, votre bienveillance, vos commentaires sur mes histoires, vos abonnements et un immense merci de la part de moi-même et de mes cinq chats pour vos dons. N’hésitez pas à partager les histoires qui vous ont plu sur vos réseaux sociaux, cela fait toujours plaisir à l’auteur ! Une femme d’un peu plus de quarante ans a complètement perdu goût à la vie. Sage-femme à la maternité, son travail était la seule chose qui lui apportait encore un peu de joie, car elle vivait seule. Son mari, policier, est décédé en service. Ils n’avaient partagé que deux années ensemble, leur fils est né trois mois après le drame. Elle élève seule son fils, aujourd’hui adulte, marié, installé dans une autre ville où il mène sa propre vie, heureux et épanoui. De temps en temps, Gleb vient rendre visite à sa mère, il l’appelle régulièrement, mais elle reste seule le reste du temps… Ses collègues à la maternité lui enviaient sa liberté, tandis que Lyuba souffrait cruellement de solitude. Eux-mêmes, à la pause déjeuner, parlaient de leur famille, de leurs tracas et de leurs joies. Elle, elle n’avait rien à raconter : juste le vide, rien qui ne donne envie de rentrer chez elle… Lyuba écoutait les conversations, opinait, parfois effarée par les récits de ses collègues, mais dans le fond, elle leur enviait leur vie bien remplie. Sa liberté ne la réjouissait pas du tout. Elle repensait sans cesse à son époux disparu, à son regard amoureux, à ses mains. Cet amour bref, si jeune et tragiquement interrompu avait laissé en elle une blessure béante qui ne voulait pas cicatriser. Elle ne se sentait vivre qu’au travail. Récemment, elle a assisté une toute jeune fille lors de son accouchement. Un bébé magnifique est né, mais la mère, presque encore une enfant, n’en voulait pas. Elle restait tournée vers le mur, muette. « Bonjour, jeune maman », l’a saluée Lyuba – comme on s’adresse d’ordinaire aux mamans heureuses – mais la jeune fille a réagi violemment, sans même ouvrir les yeux : « Partez, nous n’avons rien à nous dire, c’est inutile de perdre votre temps. Je vous l’ai dit, je ne veux pas de cet enfant, je ne veux pas le voir et je ne compte pas le garder. Ma vie doit prendre une autre direction… » Lyuba tenta encore de la raisonner, mais la jeune femme tourna la tête et ne dit plus un mot. La mine défaite, Lyuba quitta la chambre. Croisant le regard d’une infirmière de garde, celle-ci haussa juste les épaules, puis fit un geste explicite en direction de la toute récente maman, faisant tournoyer son doigt près de la tempe : « On a déjà vu ça : une fille voulait piquer un homme à sa femme, pensait qu’il avait de l’argent, mais il s’est avéré fauché. Du coup, elle n’a plus voulu du bébé… Il y en a, des cas comme ça. » Lyuba connaissait ce genre d’histoire, après près de vingt ans de carrière. Mais habituellement, les jeunes mamans finissaient par garder leur enfant, malgré la détresse. Cette fois, elle sentait que la décision était sans appel. Sans trop savoir pourquoi, Lyuba décida d’aller voir la petite fille abandonnée. Failli heurter dans le couloir le docteur Konstantin Léonard, le pédiatre. Dans l’aile pédiatrique, tout était calme. Les bébés rassasiés dormaient paisiblement. Elle s’approcha de la fillette. Soudain, la petite ouvrit les yeux. Lyuba retint son souffle : elle allait pleurer, réveiller tous les enfants… Mais le bébé la fixait dans les yeux d’un regard profond, sage, comme si elle savait déjà tout de la vie. « Quelle adorable petite… » Konstantin Léonard s’était approché sans bruit derrière elle. En salle de repos, les collègues la taquinaient parfois, insistant sur le fait que le docteur n’était pas indifférent à Lyuba, mais elle souriait simplement, ne ressentant pour lui aucune attirance particulière, malgré sa gentillesse et son professionnalisme. « Elle est mignonne, n’aie pas peur », murmura doucement le médecin en caressant la fillette, jetant à Lyuba un regard étrange qui la déstabilisa… Dès lors, Lyuba se mit à rendre visite chaque jour à la petite abandonnée. Elle avait l’impression que la fillette la reconnaissait déjà. Pour la première fois depuis longtemps, Lyuba sentit renaître en elle des émotions chaleureuses. « Pourquoi passes-tu tout ton temps à la pédiatrie ? demanda une collègue, tu viens voir le docteur, ou quoi ? » « Mais non, répondit une autre, elle va voir la bébé abandonnée, cette petite… » « Tu comptes l’adopter ? La mère a signé l’abandon hier, elle est repartie… » « Fais attention, tu vas t’attacher, ils vont bientôt la transférer ailleurs… » Adopter cette petite ! Cette idée, jusque-là à peine formulée, prenait racine dans son cœur. Le temps pressait : les enfants abandonnés restaient un mois à la maternité avant d’être transférés à la pouponnière, parfois dans une autre ville, où d’autres familles pourraient les adopter. Lyuba eut peur de la perdre, et entama les démarches pour adopter la fillette. Elle remplissait toutes les conditions, mais le fait d’être célibataire favorisait d’autres candidats, en couple. Une idée folle germa alors en elle. Elle savait que Konstantin Léonard n’était pas insensible. Il louait un studio loin de la maternité, plus de deux heures de trajet chaque jour. Il lui fallait un mari – pour la paperasse, au moins ! – quitte à divorcer ensuite… « Konstantin Léonard, j’ai une proposition à vous faire… Accepteriez-vous de louer une chambre chez moi, tout près de la maternité ? Et… accepteriez-vous de m’épouser, temporairement ? Je veux adopter la petite, mais j’ai peur qu’on ne me laisse pas faire seule… » « C’est très inattendu comme demande, mais… j’accepte », sourit le pédiatre, non sans un regard mystérieux. Il s’approcha alors et l’embrassa tendrement. Surprise, un peu troublée – et en plus, quelqu’un passait par là, ils allaient tous en parler ! « Pour que ça paraisse crédible, précisa tout de suite Konstantin Léonard. » Cette nuit-là, peu avant de s’endormir, Lyuba pensait avec tendresse à la fillette qu’elle considérait déjà comme sa propre fille. Elle se surprit aussi à repenser à cet inattendu baiser de Kostia – et avait du mal à s’avouer combien il lui avait plu… Ils se sont mariés en toute simplicité, fêtant l’union à la maternité avec leurs collègues. Tout le monde était ravi, surtout en apprenant que Lyuba et Kostia avaient fait une demande d’adoption pour la petite… Aujourd’hui, Lyuba est une femme mariée, une petite fille grandit à la maison, et la tristesse n’a plus le temps de l’habiter. Kostia est un homme bon et intègre, elle l’a toujours su. Et désormais, l’amour s’est enfin réveillé dans son cœur. Elle a de nouveau envie de vivre, d’élever sa fille, de savourer chaque instant et… d’aimer cet homme à qui elle a elle-même demandé d’être son mari. Kostia, Marina et Lyuba – une famille Lyuba désirait si intensément être heureuse, qu’elle y est parvenue… pour de vrai !